
ARTICLE – Gouvernement fantôme : la Constitution y perd son latin
Julien Tellier 29 août 2024 BOULEVARD VOLTAIRE
Emmanuel Macron, pompier pyromane ? La Ve République traverse une période d’incertitude politique sans précédent. Un gouvernement démissionnaire, un Premier ministre absent : les institutions de la Ve, pourtant taillées dans le granit par Michel Debré et de Gaulle, semblent vaciller. Tous les observateurs se demandent combien de temps ce vide au sommet de l’État peut durer avant que cela n’affecte gravement la stabilité de la nation. Une question se pose, désormais : un gouvernement démissionnaire, sans Premier ministre, peut-il réellement tenir encore longtemps sans provoquer une crise de gouvernance qui pourrait ébranler les fondements mêmes de la République ?
Un vide à la tête de l’exécutif
La démission du gouvernement et l’absence de nomination immédiate d’un nouveau Premier ministre créent un vide politique inquiétant. Les ministres en place, sans une direction claire, peinent à avancer sur les dossiers cruciaux. La stabilité politique, pourtant essentielle à la bonne marche de l’État, est mise à mal par ce flottement au sommet de l’État.
Contacté par BV, un enseignant-chercheur en droit constitutionnel à la faculté de droit de l’université Panthéon-Assas estime que cette situation est sans précédent : « La Constitution de la VeRépublique prévoit des mécanismes de remplacement rapide du gouvernement, indique ce spécialiste. Mais l’absence prolongée d’un Premier ministre soulève des questions sur la capacité de l’exécutif à gouverner efficacement. Une telle situation pourrait rapidement devenir ingérable si elle persiste. »
La France se trouve donc à un carrefour décisif. Entre le besoin de stabilité et les réalités politiques, le pays doit rapidement trouver une solution à cette impasse. La responsabilité incombe maintenant aux dirigeants politiques de démontrer leur capacité à surmonter cette crise inédite.
Quelles solutions pour sortir de l’impasse ?
La paralysie gouvernementale a des conséquences concrètes. Les réformes cruciales voulues par Emmanuel Macron, qu’elles soient économiques ou sociales, sont mises en attente – provoquant le bonheur des uns et le malheur des autres. Les partenaires internationaux pourraient également percevoir cette instabilité comme un signe de faiblesse, ce qui pourrait nuire aux intérêts diplomatiques et économiques de la France.
La Constitution française, pourtant conçue pour assurer une continuité de l’État, n’est pas sans limites face à des circonstances aussi exceptionnelles. « Le Conseil constitutionnel pourrait être saisi pour clarifier la situation, mais cela ne remplacerait pas le besoin urgent d’un chef de gouvernement légitime », affirme le même enseignant-chercheur. « Le risque est réel que cette situation de blocage affaiblisse la légitimité même des institutions de la République. »
D’aucuns évoquent la possibilité d’un gouvernement de coalition, rassemblant des forces politiques diverses pour assurer une majorité parlementaire. Pour autant, la culture du compromis politique ne semble pas particulièrement ancrée dans la pratique des institutions de la VeRépublique et les consultations des jours derniers montrent que l’issue est introuvable. « Un gouvernement d’union nationale pourrait temporairement stabiliser la situation », suggère l’enseignant-chercheur d’Assas. « Cependant, cela nécessiterait un consensus politique large, qui semble difficile à atteindre dans le climat actuel de polarisation autant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. » Emmanuel Macron était loué en 2017 pour avoir « chamboulé le jeu traditionnel ». Est-il allé trop loin avec la dissolution de l’Assemblée, chamboulant les institutions elles-mêmes ?