
MISE À JOUR 13 09 24 :
1. ARTICLE – « Les gens demandent ce qu’on fout encore avec eux » : le Parti socialiste est-il vraiment soumis aux insoumis ?
Tu sais c’est pas si facile…
Par Louis Nadau Publié le 12/09/2024 MARIANNE
Les détracteurs d’Olivier Faure trouvent dans l’absence de soutien socialiste à « l’hypothèse Cazeneuve » pour Matignon la preuve de son inféodation à La France insoumise, et l’occasion de réclamer un congrès du Parti socialiste. Le capitaine du PS est-il véritablement pieds et poings liés par le corsaire Mélenchon ?
Un choc thermique. À l’image d’une France saisie par un automne précoce, le mercure au Parti socialiste a dégringolé en un battement de cils. Au soir du 7 juillet 2024, un Olivier Faure radieux croit pourtant que la gauche est de retour aux affaires. « Je demande à ceux qui ont été désavoués d’annoncer clairement qu’ils reconnaissent leur défaite, et que pendant l’année qui vient, ils ne mêleront jamais leurs voix à celles de l’extrême droite pour empêcher le NFP de gouverner. » Le premier secrétaire socialiste n’aura « qu’une seule boussole, celle du programme du NFP », et prévient le chef de l’État : il n’y aura « aucune coalition des contraires ». Il ne se trompait pas : la droite et le centre gouvernent seuls, à rebours d’un front républicain ayant pourtant permis à la Macronie de limiter la casse.
La faute au maximalisme d’une gauche irresponsable, hurlent les détracteurs d’Olivier Faure, qui trouvent dans l’absence de soutien socialiste à « l’hypothèse Cazeneuve » pour Matignon la preuve de son inféodation à la France insoumise, et l’occasion de réclamer un nouveau congrès du Parti socialiste. Mais, à y regarder de plus près, la question se pose : le capitaine socialiste est-il véritablement pieds et poings liés par le corsaire Mélenchon ? …
…/…
PRÉCÉDENTE PUBLICATION :
Une gauche en échec qui renonce à son devoir de gouverner ? Est-ce faute de moyen ?
2. ARTICLE – Jean-Luc Mélenchon-François Ruffin : le pavé communautariste dans la mare de la gauche
Le député de la Somme reproche au leader insoumis de monter des murs entre les Français alors que selon lui il faut construire des ponts sans assigner quiconque à une identité ethnique ou religieuse.
par Paul Quinio publié le 12 septembre 2024 LIBÉRATION
Un «désaccord électoral et moral». C’est en ces termes que François Ruffin a expliqué dans une interview cette semaine au Nouvel Obs sa rupture avec Jean-Luc Mélenchon, entretien dans lequel il reproche explicitement au leader insoumis sa stratégie communautariste, mortifère pour la gauche. Alors que le député de la Somme sort un livre intitulé Itinéraire-Ma France en entier, pas à moitié, il accuse son ancien camarade d’avoir «théorisé» pour la campagne présidentielle de 2022 le fait de s’adresser à un électorat de banlieue dit «racisé», en oubliant l’électorat lui aussi populaire des bourgs et des campagnes, tombé dans les bras de l’extrême droite et qu’il serait inutile d’essayer de reconquérir.
Au passage, François Ruffin admet avoir lui-même mené «une campagne au faciès» en 2022, et d’en avoir honte aujourd’hui. Si les insoumis sont évidemment tombés à bras raccourcis sur leur ancien camarade, ils lui ont davantage reproché de diviser la gauche à un moment inopportun que contesté le fond des attaques de l’ancien journaliste. Cela aurait été difficile après la tonalité de la campagne insoumise des européennes, ou après que Jean-Luc Mélenchon a déclaré en marge de la manifestation du 7 septembre qu’il fallait «mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires, tout le reste, laissez tomber, on perd notre temps». Sur le plan électoral, la querelle est en réalité assez surréaliste. L’étiage de la gauche est aujourd’hui trop bas pour la voir minauder sur tel ou tel segment de l’électorat populaire qu’elle aurait le luxe de snober.
Sa diversité devrait de ce point de vue être plutôt comme un atout qu’un inconvénient… à condition de ne pas être en «désaccord moral». François Ruffin assume désormais de l’être avec Mélenchon, mais le clivage traverse toute la gauche. Le député de la Somme estime que le rôle de la gauche n’est pas d’ériger des murs entre Français mais plutôt de «construire des ponts». La formule est séduisante. Sans assigner quiconque, ajouterait-on, à une identité sociale, géographique, ethnique et encore moins religieuse.
3. ARTICLE – Les incompréhensibles faiblesses d’Olivier Faure face à La France insoumise
Laurent Sagalovitsch – 10 septembre 2024 SLATE – [BLOG You Will Never Hate Alone
En se perdant dans des alliances de circonstance, le patron des socialistes est en train d’éroder l’âme de son parti.
J’ignore les tréfonds de l’âme d’Olivier Faure, mais il existe dans sa relation avec La France insoumise une part de masochisme que la raison peine à comprendre. On ne compte plus les fois où le patron du Parti socialiste s’est offusqué des faits et gestes commis par des sbires appartenant au mouvement de Jean-Luc Mélenchon sans que jamais l’idée ou le courage lui vienne de couper les ponts avec eux. Comme si l’idée d’exister seulement par lui-même le terrifiait.
Or, on a beau chercher, de cette alliance foutraque avec La France insoumise, qu’a-t-il à y gagner si ce n’est de perdre au contraire le peu de crédit que nombre de sympathisants du PS lui réservaient encore? Se pourrait-il vraiment que sa seule ambition dans l’existence soit de conserver à tout prix son siège de député et auquel cas, quel besoin de prétendre diriger une formation politique qui fondamentalement, dans l’esprit et dans la lettre, n’a rien de commun avec LFI?
La présence d’Olivier Faure à la tête du PS est une énigme. On ne sent chez lui ni l’appétit vorace de l’homme de pouvoir, pas plus qu’on ne distingue cette sorte de virtuosité intellectuelle qui permet à la pensée de s’émanciper et de devenir ainsi une force de proposition. Il est tout de même singulier que depuis son arrivée comme premier secrétaire, aucune idée n’a émergé des rangs de ce parti, comme si finalement, il se contentait de faire acte de présence sans jamais chercher à provoquer la moindre réflexion quant au sens qu’il entendait donner à sa fonction.
D’un dirigeant politique, on n’attend pas seulement qu’il présente bien ou fasse montre d’une courtoisie et d’un sang-froid jamais pris en défaut. Il lui faut aussi incarner une espérance, laquelle ne peut être un vain mot mais posséder assez de substance pour sublimer le réel, une concentration de propositions capables d’incarner un véritable changement. Jean-Luc Mélenchon a tous les défauts du monde mais au moins s’entend-il à nourrir son mouvement d’idées et de réflexions qui couvrent l’ensemble des problématiques de notre époque.
Si au moins Olivier Faure entendait préserver l’héritage d’une pensée autrefois féconde, mais non, animé dont on ne sait quelles ambitions, le voilà qui se soumet au bruit et à la fureur d’une formation politique dont on ne dira jamais assez le danger qu’elle représente pour la République. Cette appétence pour le désordre, cet appel à la violence de la rue, ce goût pour les provocations les plus abjectes, sa radicalité outrancière, qu’ont-ils de commun avec un parti qui précisément a toujours privilégié l’ambition de gouverner afin d’essayer de changer la vie des gens?
Monsieur Faure n’est pas le plus antipathique de nos hommes politiques. On sent même chez lui une réelle probité, une vraie capacité d’écoute, qualités qu’un manque de caractère ne parvient pas à sublimer. En toutes occasions, il exhibe une pudeur à ne jamais brusquer les choses quitte à marcher dans les pas d’un homme, Jean-Luc Mélenchon, qui dans le secret de son âme doit le rebuter profondément. Or la prudence ne vaut que si elle s’exerce à l’ombre de la volonté, qu’elle soit un garde-fou sans jamais devenir une force castratrice qui éteint dans l’œuf tout élan vers la rébellion.
On attendait du Parti socialiste qu’il profite du chaos ambiant pour s’installer comme une force incontournable à la survie du pays. Qu’il prétende gouverner, non pas dans cette chimère née des circonstances de la dissolution, ce baroque et improbable Nouveau Front populaire, mais bel et bien par l’effort entrepris pour nouer avec d’autres des alliances capables de s’inscrire sur la durée.
Qu’attend donc Olivier Faure de sa fréquentation avec un parti qui joue avec les codes de l’antisémitisme pour mieux les détourner? Qu’a-t-il à y gagner au juste si ce n’est la médaille du déshonneur? Il existe dans la vie de chacun un moment où sa conscience doit prendre le pas sur toutes autres considérations. Où fricoter avec l’infâme pour préserver quelques sièges s’apparente à une bassesse qui corrompt tout, et sa propre morale, et son éthique sans laquelle, on ne le répétera jamais assez, rien de bon ne peut exister.
L’essence du Parti socialiste est d’essayer d’améliorer le quotidien de ses contemporains abîmés par la vie non pas par des slogans ou des plaidoiries au goût de sang mais en acceptant la charge de gouverner quand elle se présente. Si elle se dérobe à cette responsabilité, elle prend le risque de se dissoudre dans une alliance de circonstance où elle n’apparaîtra que comme une force d’appoint à un mouvement érigé comme une ode au chaos et à l’agitation stérile.
Olivier Faure n’est sûrement pas un benêt, mais à force de demeurer dans cette sorte d’hébétude où il se montre dans l’incapacité à indiquer la voie à suivre, il fait naître une exaspération, prélude à un désenchantement dont nul ne connaît la fin.
…/…