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Ce qui motive l’acte créateur, avec Gwenaëlle Aubry et Georges Perec

ÉMISSION – « La Vie mode d’emploi » de Georges Perec par la philosophe Gwenaëlle Aubry

Vendredi 6 septembre 2024 FRANCE CULTURE

Cette semaine, il est question d’inventaires, de contraintes, d’absence mais aussi de vitalité, de liberté et de puzzles… L’écrivaine et philosophe Gwenaëlle Aubry vient nous parler de l’œuvre qui habite son écriture mais aussi ses rêves : « La Vie mode d’emploi » de Georges Perec. 

Avec

  • Gwenaëlle Aubry Romancière, philosophe, chercheuse au CNRS

Adolescente, Gwenaëlle Aubry a dévoré La Vie mode d’emploi de Georges Perec à plat ventre sur son lit, et s’est tout de suite émerveillée : « on a le droit de faire ça ! » Ce texte continue aujourd’hui de la hanter, car Perec est un auteur avec lequel elle ne se lasse pas de jouer.
« Par-delà ou à travers ses textes, j’éprouve une profonde tendresse pour la personne qu’est Perec. Il instaure une relation privilégiée avec ses lecteurs. Quand on le lit, c’est comme si l’enfance venait nous visiter en rêve. »

Transformer le vide par le jeu

Selon Gwenaëlle Aubry, La Vie mode d’emploi parle avant tout de ce qui motive l’acte créateur : « il y est question de puzzle, et quand on écrit, il manque toujours une pièce de puzzle. L’absence est nécessaire, car c’est elle qui pousse l’écrivain à transformer le vide en foisonnement« . 

Elle rappelle que Georges Perec a été orphelin de parents victimes de la Shoah, et qu’il ne s’est pourtant jamais complu dans la mélancolie : « il y a toujours résisté par le jeu et l’invention« .

C’est pour cette raison que pour Gwenaëlle Aubry, Perec nous apprend que « dire le monde sous une forme habituelle, c’est s’y conformer, s’y résigner. Alors qu’à l’inverse, le dire sous des formes à chaque fois nouvelles, sous des formes à chaque fois joueuses, c’est y injecter, y insérer malgré tout du possible, des alternatives. »

« Avec W. G. Sebald, j’ai fait l’expérience du désamour »

Gwenaëlle Aubry a beaucoup lu Sebald, dont la phrase hypnotique l’a longtemps fascinée. « Et puis est venu un moment où, le relisant, j’ai eu l’impression que quelque chose me manquait dans ses textes, à savoir cette tension entre la mélancolie d’une part, et le désir et la relance vitale d’autre part. » Selon elle, Perec tient ces deux pôles, or Sebald se complaît dans la mélancolie, et par là est mensonger.

Extraits sonores

  • Archive de Georges Perec du 22 mars 1976, entretien avec la journaliste Viviane Forrester dans Chemins sur Antenne 2
  • Lecture par Anaïs Ysebaert d’un extrait de La Vie mode d’emploi de Georges Perec, 1978, Chapitre LXX, Bartlebooth 2, p. 1082-1083 de G.Perec, Romans et récits, Le Livre de poche, La Pochothèque
  • Archive de Raymond Queneau du 11 janvier 1962, Entretiens avec Georges Charbonnier, RTF
  • Lecture par Gwenaëlle Aubry d’un extrait de son roman Zone base vie, Gallimard, 2024
  • « J’aime pas », chanson de Magali Noël, tirée de son album Magali Noël chante Boris Vian sorti en 1964

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