
MISE À JOUR : ARTICLE – Vitraux de Notre-Dame : et si M. Barnier mettait fin au « caprice » de Macron ?
Le ministère de la Culture est le seul à pouvoir autoriser ou interdire …
… le remplacement de vitraux d’un édifice religieux classé appartenant à l’État.
Et sommes nous dans le cadre de l’expédition des affaires courantes? Certainement pas .
Et en tous cas la mise en œuvre relève du budget de l’Etat, lui même de la compétence exclusive du gouvernement et du Parlement
Vitraux de Notre-Dame : l’obstination d’Emmanuel Macron
TITRAIT LA TRIBUNE DE L’ART qui poursuivait : « Le président de la République n’était pas content en apprenant la décision de la CNPA de voter contre le projet de remplacement des vitraux de Viollet-le-Duc par des vitraux contemporains. En colère et surpris car dans un premier temps il a cru, et le ministère également, que les fonctionnaires qui représentent ce dernier dans la commission avaient voté contre, le procès-verbal parlant d’un vote à l’unanimité. Or ceux-ci avaient eu l’ordre de voter en faveur du projet présidentiel ce qui, entre parenthèses, pose des questions sur une commission dont l’objectif est de conseiller le ministre de la Culture, alors que le même dit à une partie de ses membres ce qu’ils doivent voter.
« Il s’agissait bien d’une unanimité comme nous l’avons écrit, même si le ministère de la Culture prétend aujourd’hui le contraire. Si les abstentions comptent dans les suffrages exprimés, ici il n’y a pas eu d’abstention puisque ces fonctionnaires n’ont pas pris part au vote. Que ceux qui avaient l’ordre de voter pour n’aient pas pris part au scrutin afin de ne pas avoir à voter contre (et en refusant donc même de s’abstenir) dit assez, néanmoins, ce qu’ils en pensent.
« Des rumeurs courant au sein du ministère sont remontées jusqu’à nous, indiquant qu’Emmanuel Macron aurait souhaité une enquête interne et des sanctions – contre le directeur général des Patrimoines ou contre les membre de la CNPA, les versions divergent – mais notre enquête nous a convaincu que ce n’était pas le cas, même si l’idée l’a peut-être effleuré. Cela, de toute façon, aurait été trop visible. Il n’y aura donc ni enquête, ni sanction.
« Mais en revanche, le communiqué du ministère indiquant que le concours se poursuivait et que le projet lauréat serait à nouveau soumis à la CNPA en novembre (voir l’article) a été directement dicté par l’Élysée. Quoi qu’il en soit, le projet est évidemment mal parti, et pas seulement parce que le président de la République est désormais très affaibli…. »
ARTICLE – Vitraux de Notre-Dame : et si M. Barnier mettait fin au « caprice » de Macron ?
Georges Michel 08 septembre 2024 Bd VOLTAIRE
L’affaire des vitraux de Notre-Dame de Paris, que BV a évoquée à plusieurs reprises (voir les articles de Marie Delarue et Samuel Martin), peut paraître pliée. En effet, la semaine dernière, le ministère de la Culture a annoncé que le processus de consultation pour installer des vitraux modernes dans six chapelles latérales de Notre-Dame allait bon train. La liste des huit finalistes du concours lancé pour ce projet a été publiée. Ces finalistes devront rendre leur projet définitif avant le 4 novembre et le lauréat sera choisi par le président de la République et Mgr Ulrich, archevêque de Paris.
Son nom pourrait être annoncé à l’occasion de la réouverture de la cathédrale, le 8 décembre prochain. L’alliance du satrape et du goupillon. Peu importe que la commission ad hoc ait donné un avis défavorable à un projet dont il est légitime de se poser la question de la congruité : ne s’agit-il pas de démonter les vitraux installés par l’architecte Viollet-le-Duc à la fin du XIXesiècle pour les remplacer par des vitraux contemporains, alors même qu’ils n’ont pas été endommagés par l’incendie !
L’archevêque et l’hôte de l’Élysée ne sont pas propriétaires de leur charge
Certes, la cathédrale est la propriété de l’État, mais l’État n’appartient pas à Emmanuel Macron et, dans un État de droit – notion à laquelle Macron ne cesse pourtant de se raccrocher dans son combat messianique contre les méchants populistes -, être président de la République ne lui donne pas le pouvoir constitutionnel d’être l’arbitre des élégances et du bon goût.
Certes, cette volonté régalienne répondrait à la demande de l’archevêque de Paris, si l’on en croit un communiqué du ministère de la Culture daté du 11 mars dernier : « Lors de sa venue sur le chantier de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 8 décembre 2023, le président de la République a fait savoir qu’il donnait une suite favorable à la demande de Monseigneur Laurent Ulrich, archevêque de Paris, d’installer des vitraux contemporains dans les fenêtres de six chapelles du bas-côté sud de la nef. » Mais l’archevêque, tout comme l’hôte de l’Élysée, n’est pas propriétaire de sa charge. Du reste, on peut se demander quels ont été les avis de la commission d’art sacré de l’archidiocèse de Paris, quand on sait qu’elle a pour devoir, sous l’autorité de l’évêque, d’entretenir « des relations ordinaires avec les services des Monuments historiques et de la Conservation, pour une collaboration active dans la sauvegarde du patrimoine » (texte relatif à la constitution des commissions diocésaines d’art sacré établi par l’Assemblée plénière de l’Épiscopat), alors même que ces vitraux sont classés…
Par ailleurs, une lecture saine de la loi de séparation des Églises et de l’État rappellerait simplement que si Notre-Dame est affectée au culte catholique à titre exclusif et perpétuel, il n’appartient pas à l’affectataire – en l’occurrence l’archevêque de Paris – de décider des transformations relevant du propriétaire, dans la mesure où ces transformations ne remettent pas en cause l’exercice du culte. Certes, il s’agirait d’une demande, mais on peut imaginer qu’Emmanuel Macron a dû s’empresser de s’engouffrer dans cette sollicitation pour imposer sa marque dans ce chantier du siècle, voire du millénaire.
Affaire pliée, donc ? Voire ! À ce jour, la pétition lancée par Didier Rykner et La Tribune de l’art pour conserver les vitraux de Viollet-le-Duc vient de passer les 150.000 signatures. En vingt-quatre heures, cette pétition aurait même gagné 7.000 signatures, ce qui n’est pas rien. Et les circonstances politiques du moment sont peut-être l’occasion de remettre, sinon l’église au milieu du village, les pendules à l’heure. Appartient-il à un président de la République de décider « en boucle courte » de la modification, pour ne pas dire du saccage, d’un patrimoine séculaire ?
Or, un nouveau Premier ministre vient d’être nommé. Dans quelques jours, un gouvernement sera constitué. Selon la Constitution, ce gouvernement aura pour mission de déterminer et de conduire la politique de la nation. Michel Barnier serait donc tout à fait dans son rôle d’arrêter les frais de ce « caprice », pour reprendre le mot de Didier Rykner. Une décision, plus que symbolique, qui marquerait clairement et définitivement que Jupiter est renvoyé au musée des antiquités, là même où il voulait reléguer les vitraux de Viollet-le-Duc.