
ÉMISSION – Six mois après les opérations « place nette XXL », les points de deal ont-ils disparu ? L’exemple de Dijon
Par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Guillaume CHIÈZE, Alice MOUCHARD, Soline CAFFIN TF1
En mars dernier, pendant trois semaines, des milliers de policiers et gendarmes avaient été déployés dans plusieurs départements pour tenter de démanteler des points de deal.C’était notamment le cas à Dijon, où 30 personnes avaient été incarcérées et 8,5 kilos de drogues saisis.Une équipe de TF1 est revenue sur place six mois plus tard.
Les chiffres ne mentent pas, prétend un fameux diction aux États-Unis. Mais ils ne disent pas toujours tout non plus. « Sur les neuf opérations place nette XXL, il y a eu 3.814 interpellations, plus de 500 armes saisies, quatre tonnes de drogues et 20 millions d’euros en argent frais », se félicitait, il y a six mois, le ministre de l’Intérieur pas encore démissionnaire, Gérald Darmanin, à l’issue des neuf opérations antidrogues labellisées « place nette XXL » menées tambour battant, durant trois semaines, par plusieurs dizaines de milliers de policiers et de gendarmes à Marseille, dans le Nord, en région parisienne, près de Lyon, à Dijon ou à Clermont-Ferrand, pour tenter de démanteler des points de deal. Ces derniers ont-ils vraiment disparu depuis ?
Dans le reportage du JT de 20H à retrouver dans la vidéo en tête de cet article, une équipe de TF1 revient sur les lieux d’une de ces opérations, à Dijon (Côte-d’Or). Première étape : le quartier de Chenôve, au sud de la ville, où, il y a six mois, les prix des produits stupéfiants s’affichaient encore sans vergogne sur les portes des ascenseurs, tandis que des chaises s’entassaient dans les parties communes pour ralentir une éventuelle intervention policière. À présent, force est de constater que ces mêmes halls sont déserts et désencombrés.
« Ça va beaucoup, beaucoup mieux. C’est calme, il n’y a plus personne. Avant, les dealers étaient constamment assis partout là. Maintenant, je ne les vois même plus », témoigne un habitant. « Ici, il y avait des problèmes tout le temps, des bagarres, des motos… Mais aujourd’hui, ça va », appuie un autre, considérant donc, lui aussi, que l’opération « place nette XXL » de la mi-mars a porté ses fruits. Au total, à Dijon, 27.000 personnes avaient alors été contrôlées, pour des saisies de 8,5 kilos de stupéfiants et 47 armes à feu. Mais tous les quartiers n’ont pas connu pareil retour au calme.
Plus au nord, aux Grésilles, haut lieu historique du trafic de drogue dans la ville, l’action de la police se poursuit. Parce que le territoire y est plus étendu, le réseau, plus structuré, les endroits pour se cacher, plus nombreux. « Cette configuration fait que c’est plus compliqué pour nous d’arriver à déloger de façon durable ces trafiquants », explique David Djamshidi, chef du service départemental de la sécurité publique de Côte-d’Or, en nous montrant une porte où les tarifs du cannabis, de l’héroïne et de la cocaïne sont affichés au grand jour : « C’est relativement récent, ce n’était pas là quand on est passés la semaine dernière. » Alertés dès l’arrivée des policiers, les dealers, eux, ne sont plus là pour tenir boutique.
Ce jour-là, une vingtaine de membres des forces de l’ordre passent, une nouvelle fois, le quartier au peigne fin. Ils découvrent, lâchés dans des buissons par les trafiquants juste avant leur fuite, une centaine de grammes de différentes drogues. « On fait régulièrement ce genre de saisies, parfois quand les dealers sont en train de revendre le produit, parfois, comme aujourd’hui, sans trafiquants. Et on y sera demain. On y sera après-demain. C’est vraiment notre travail quotidien de harcèlement des points de deal », clame David Djamshidi, dans une description de cette lutte sur le long terme.
Dès que la police est partie, les dealers sont revenus et jusqu’à maintenant, c’est pareil.Une habitante des Grésilles
Le lendemain de cette opération, TF1 est retournée dans le quartier des Grésilles. Les rares habitants qui acceptent de parler de leur quotidien le font à visage couvert. « Le matin, le soir, l’après-midi, on a peur de laisser les enfants tout seuls. ‘Place nette’ n’a rien changé pour nous. Quand la police était sur place, ça les calmait un petit peu, mais dès qu’elle est partie, les dealers sont revenus et jusqu’à maintenant, c’est pareil », assure une mère de famille.
Du côté de la justice, où l’on se félicite des 164 gardes à vue et des 30 incarcérations du mois de mars dernier à Dijon, on relativise cependant ces arrestations de petites mains ou de guetteurs, facilement remplaçables. « Il y a ‘place nette’ et, en parallèle, il y a des investigations de fond sur les têtes de réseau, qui sont beaucoup plus longues et complexes à mener. ‘Place nette’ est nécessaire, mais ce n’est évidemment pas suffisant », synthétise Olivier Caracotch, procureur de la République de Dijon, qui remarque que, ces six derniers mois, le trafic s’est surtout reporté vers la livraison à domicile.