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SUÈDE, DANEMARK, ALLEMAGNE, ANGLETERRE … LA GAUCHE EN POINTE CONTRE L’IMMIGRATION (PARTIE 8)

LIEN VERS LES PARTIES 1 À 7 DU DOSSIER DE METAHODOS :

LA GAUCHE BRITANNIQUE VA SUIVRE LA DROITE ITALIENNE – EXPULSER ET CIBLER LES PASSEURS – IMMIGRATION (PARTIE 7). https://metahodos.fr/2024/09/25/immigration-7/

PARTIE 8 :

ARTICLE – Cette gauche de plus en plus stricte sur l’immigration qui monte (ailleurs) en Europe

Changement de paradigme

Suède, Danemark, Allemagne … En Europe, de plus en plus de partis de gauche exigent des mesures strictes pour endiguer les flux migratoires.

ATLANTICOOlivier Vial est Directeur du CERU, le laboratoire d’idées universitaire en charge du programme de recherche sur les radicalités.

En Europe, de plus en plus de partis de gauche exigent des mesures strictes pour endiguer les flux migratoires. C’est notamment le cas en Suède, ou Magdalena Andersson, cheffe de file des sociaux-démocrates, a affirmé défendre une politique migratoire stricte. Les partis de gauche européens sont-ils de plus en plus stricts sur l’immigration ? Comment l’expliquer ?

Olivier Vial : Effectivement, au sein de la social-démocratie, en particulier dans les pays nordiques, on observe depuis quelques années une évolution dans la perception de la question migratoire. La Suède a été l’un des premiers pays à amorcer ce virage, suivie par le Danemark.

Récemment, l’Angleterre, sous la direction de son nouveau Premier ministre travailliste, a fait un pas notable en sollicitant des conseils sur la politique migratoire auprès de Giorgia Meloni, la Première ministre italienne. Ce geste revêt une forte charge symbolique, car Meloni a longtemps été associée à une droite dure, voire à l’extrême-droite. Ce genre de démarche aurait été inimaginable il y a encore quelques mois pour un dirigeant travailliste. De plus, l’Allemagne a récemment adopté des mesures d’expulsion concernant des ressortissants afghans et a temporairement fermé ses frontières après avoir été confrontée à plusieurs agressions.

En Europe, une partie de la gauche social-démocrate modifie donc son approche sur l’immigration, et cela pour plusieurs raisons. Ce qui est particulièrement frappant, c’est que ce changement se manifeste dans des pays ayant historiquement une tradition multiculturelle marquée.

Cette évolution s’est faite en deux temps. Le premier tournant a été la remise en question du modèle multiculturel, un débat d’abord lancé par la droite, avec des leaders comme Angela Merkel en 2010 et David Cameron entre 2010 et 2011, qui ont reconnu l’échec de ce modèle. Ces réflexions ont incité à revoir le discours selon lequel l’immigration était systématiquement perçue comme une opportunité. Ils se sont rendu compte que la réalité était plus complexe.

Progressivement, la gauche a intégré cette nouvelle perspective, en particulier au Danemark et en Suède, en comprenant qu’il fallait désormais choisir entre la protection du modèle social et l’accueil d’une immigration non régulée. Ces pays, disposant d’un modèle social très développé et coûteux, ont réalisé qu’ils ne pouvaient maintenir ce niveau de protection tout en ouvrant largement leurs portes à l’immigration : une politique migratoire plus stricte s’avérait nécessaire pour préserver les acquis sociaux de leurs citoyens.

Pourquoi la gauche française est-elle aussi allergique à tous les discours cherchant à contrôler les flux migratoires ?

La gauche française s’inscrit dans une tradition politique assez distincte de celle des autres pays européens. Un autre facteur crucial est le changement de stratégie politique qu’elle a adopté ces dernières années. L’une des explications de cette posture remonte à la célèbre note de Terra Nova, qui recommandait à la gauche de s’éloigner de la classe ouvrière, historiquement son socle électoral, pour se tourner vers un nouveau public : la jeunesse et les minorités ethniques. Ce repositionnement stratégique est clairement visible aujourd’hui, notamment dans la ligne adoptée par La France Insoumise (LFI).

Un exemple révélateur est le dernier livre de François Ruffin, où il critique la stratégie de son propre parti, accusant LFI de privilégier un militantisme axé sur les minorités issues de l’immigration plutôt que sur la classe ouvrière française. Cette approche est également perceptible dans les déclarations récentes de Jean-Luc Mélenchon, lorsqu’il met l’accent sur les jeunes et les quartiers populaires.

Cette approche cache en réalité une stratégie électorale calculée. En prônant une immigration sans contrôle, la gauche française espère obtenir des bénéfices politiques et électoraux. Il ne s’agit pas simplement de défendre des valeurs humanistes, car si c’était le cas, elle reconnaîtrait que la France n’a plus les moyens d’accueillir de nouveaux immigrés dans de bonnes conditions.

Dans de nombreux pays, le simple fait de parler des effets de l’immigration équivaut parfois à « faire le jeu de l’extrême-droite ». Comment expliquer cette sorte d’omerta qui prévaut à gauche, notamment en France ?

C’est une caractéristique bien particulière de la gauche française, qui adopte une posture plus morale que politique. Elle se voit comme le camp du bien, s’opposant à ce qu’elle considère être le mal, incarné par l’extrême droite. Dans cette perspective, toute tentative de débattre des réalités de l’immigration, ou même de suggérer des mesures de contrôle, est immédiatement associée à une « droitisation » et rejetée.

Alors que dans d’autres pays européens, on réfléchit à des moyens de mieux réguler les flux migratoires, de mettre en place des systèmes d’immigration choisie, ou encore de créer des centres d’accueil pour les demandes de visa à l’extérieur des frontières, la gauche française est dans une dynamique inverse. Le programme du NFP, par exemple, ne vise pas à mieux gérer l’immigration, mais à accueillir davantage d’immigrés, notamment en introduisant des concepts comme celui de « migrant climatique », qui est très contestable. Pourtant, de nombreux Français issus de l’immigration souhaitent aussi que les nouvelles vagues soient mieux contrôlées, afin que les différentes générations puissent s’intégrer dans de bonnes conditions.

Alors qu’une large majorité de Français se déclare favorable à un référendum sur la politique migratoire, la gauche française finira-t-elle par se convertir ?

Quand on regarde l’électorat de gauche, on remarque qu’il est favorable à des mesures de contrôle de l’immigration plus strictes. Mais aujourd’hui, une personnalité de gauche qui irait en ce sens serait accusée de trahir la stratégie mise en place depuis quelques années. De fait, peu osent mettre cette question sur la table.

Il y a plus de 30 ans, Michel Rocard déclarait que « la France ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde », ce qui montrait déjà une prise de conscience des limites de l’accueil. À l’époque, il y avait encore un certain réalisme au sein de la gauche française sur les capacités du pays à intégrer les migrants. Aujourd’hui, on constate un recul dans cette réflexion, alors que d’autres pays européens, notamment dans le Nord de l’Europe, ont déjà pris des mesures pour adapter leur politique migratoire aux réalités actuelles.

Pour l’instant, il semble que la gauche française ne soit pas prête à opérer ce changement. Elle reste sous l’influence dominante de La France Insoumise et de Jean-Luc Mélenchon, qui prônent une approche bien différente, axée sur une ouverture accrue aux migrations. Tant que cette influence restera prédominante, il sera difficile pour la gauche française de revoir son logiciel et de s’adapter aux enjeux réels posés par la question migratoire.

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