
Macron promit, dès sa campagne de 2017 …
… d’instaurer un « service national obligatoire », qu’Edouard Philippe et ses successeurs mirent en place, à partir de 2019, sous la forme d’un service national universel (SNU), pour l’instant volontaire.
PRÉCÉDENTES PUBLICATIONS DE METAHODOS :
LA PROMESSE (157) DE GÉNÉRALISATION DU SNU EN FORT MAUVAISE VOIE
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LA PROMESSE (40) NON TENUE DE SERVICE UNIVERSEL OBLIGATOIRE : NOUVEAU REVIREMENT – LE 3eme – DE L’EXÉCUTIF
ARTICLE – Un service national universel nécessaire mais pas suffisant
Le service national universel (SNU) pourra-t-il mettre un terme à « l’archipélisation » de la France ? Apprendre aux jeunes à « faire nation » ? Quand la tâche est à ce point immense, voire impossible, le doute est largement permis.
Les Français ont la nostalgie du service militaire. Par militarisme ? Nullement. Par patriotisme ? Sans doute, mais inquiet, angoissé, fragilisé, comme si la patrie elle-même était en danger, non du fait de quelque ennemi extérieur, comme dans les siècles passés, mais par perte de sa cohésion, de son unité, comme si elle se délitait, depuis des décennies, de l’intérieur. C’est pourquoi Nicolas Sarkozy voulut créer le service civique, qu’une loi institua en 2010, comme Emmanuel Macron promit, dès sa campagne de 2017, d’instaurer un « service national obligatoire », qu’Edouard Philippe et ses successeurs mirent en place, à partir de 2019, sous la forme d’un service national universel (SNU), pour l’instant volontaire.
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Il s’agissait, dans les deux cas, de remplacer le « creuset républicain » qu’avait été pendant si longtemps le service militaire. Le but était louable : « faire nation », et pour cela développer le brassage social, le sentiment d’unité républicaine et le goût de l’engagement. Le contexte était porteur : c’était quelques années après les émeutes de 2005, qui avaient enflammé nos banlieues, ou après les attentats de 2015, au Bataclan et à Charlie Hebdo. Il devenait urgent de combattre non seulement le terrorisme mais aussi le communautarisme, la « décivilisation » et « l’ensauvagement ».
Ce n’est pas moins vrai aujourd’hui. Nos jeunes gens, même aussi généreux qu’ils l’ont toujours été, n’échappent pas à la tendance générale, que Jérôme Fourquet décrit comme « l’archipélisation » d’une nation, dont chacun éprouve qu’elle est de moins en moins « une et indivisible ».
Toute délinquance est antidémocratique
Cela signifie-t-il que le service civique n’a servi à rien ? Pas forcément, puisque nul ne peut savoir où nous en serions, s’il n’avait pas existé. Mais il est clair, en tout cas, qu’il n’a pas réussi à inverser le processus. Le SNU y parviendra-t-il ? C’est douteux. Par manque de moyens ? C’est ce que diront ses partisans, sans doute à juste titre. Mais quand la tâche est à ce point immense, voire impossible à réaliser complètement, comment les moyens pourraient-ils être suffisants ? Ce n’est pas en réunissant par petits groupes, lors d’un « séjour de cohésion » d’une ou deux semaines (ce qui demanderait déjà d’énormes moyens financiers et logistiques), les quelque 800 000 jeunes d’une classe d’âge (puisque le SNU, pour l’instant volontaire, a vocation à devenir obligatoire), ni en les poussant ensuite à s’engager pendant quelques mois dans des actions humanitaires ou civiques, qu’on réussira à faire… ce que l’école n’a pas réussi à obtenir en dix ou quinze ans !
Le service militaire n’avait pas seulement pour lui la durée (dix-huit mois dans les années 1960, un an à partir de 1970) ; il avait la discipline, qui « fait la force principale des armées », disait le règlement, et à laquelle il fallait bien se soumettre. On n’y apprenait pas seulement à vivre ensemble ; on y apprenait à obéir, ce dont aucune République ne saurait se passer. Le peuple n’est souverain que si les citoyens lui obéissent. Toute délinquance est antidémocratique.
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Si le SNU peut contribuer, même modestement, à en convaincre nos jeunes gens, on ne va pas s’en plaindre. Mais rappelons que cet apprentissage doit se faire dès l’école, voire dès la famille, et qu’il s’y fait de plus en plus mal.