
MÉTAPHORE CURIEUSE DE E.MACRON : « herbivores et carnivores »
« On doit assumer une protection de nos démocraties, a-t-il rappelé lors d’un déplacement en Hongrie, accompagné du Premier ministre ultraconservateur Viktor Orbán. Si nous devenons le théâtre de propagandes extérieures, parce qu’on est naïfs, les démocraties libérales seront balayées ». Pour faire la démonstration de cet affrontement entre une Europe aux intentions louables mais impuissante, et des puissances prêtes à tout pour étendre leur influence, Emmanuel Macron a utilisé une formule quelque peu surprenante.
Métaphore animale
« Le monde est fait d’herbivores et de carnivores. Si on décide de rester des herbivores, les carnivores gagneront. Ce serait pas mal d’être des omnivores. Je ne veux pas être agressif, je veux juste qu’on sache se défendre », a-t-il illustré, en convoquant une métaphore animale. Des Européens repeints en herbivores, inoffensifs et sans doute trop naïfs, avalés tout cru par les carnivores ? Le chef de l’État ne veut pas d’un tel scénario, où à la fin, l’Europe se ferait« dévorer ».
EN FAIT IL S’AGIT CERTAINEMENT D’UN EMPRUNT À « GRAND CONTINENT » ET SON RAPPORT :
« L’Europe omnivore. La doctrine espagnole en réponse au rapport Draghi »

1. ARTICLE – « Emmanuel Macron, c’est celui qui parlait le plus fort, et qu’a-t-il fait en vrai ? »
Étienne Gernelle revient sur l’empressement d’Emmanuel Macron à féliciter Trump pour sa victoire mais également sur la capacité du président français à défendre l’idée d’une souveraineté européenne.
Etienne Gernelle – édité par Justine Audollent 07/11/2024 RTL
Qu’est-ce qu’il y a dans la tête d’Emmanuel Macron ? Qui sait, par exemple, pourquoi a-t-il décidé de dissoudre l’Assemblée nationale ? Mais effectivement, c’est intriguant car son empressement à féliciter Donald Trump, il était dans les premiers, pour son retour aux affaires, estinversement proportionnel à l’énergie qu’il a consacrée à nous préparer à cette éventualité qui était pourtant prévisible.
Il aurait dû faire ce qu’il disait vouloir faire lorsqu’il est arrivé à l’Élysée en 2017, c’est-à-dire donner du corps à cette idée de souveraineté européenne,d’autonomie stratégique européenne. Il n’avait que ces mots à la bouche, Emmanuel Macron, et je vais vous dire, il avait raison car notre problème aujourd’hui, c’est l’autonomie de l’Europe en matière de défense face à Vladimir Poutine.
Notre problème, c’est notre capacité collective à défendre nos intérêts alors que le risque est fort que Trump déclenche une guerre commerciale avec nous. Sauf que sur ces plans-là, son bilan est un fiasco. L’Europe est nue.
C’est vrai, Macron a été le seul à apporter cette idée d’une Europe puissante, et ce, pendant des années. Ça a quand même abouti, avec l’accord d’Angela Merkel, au grand plan d’investissement européen de 2020. Le problème, c’est que l’Allemagne, entre autres, ne veut plus aller plus loin dans cette direction. Pourquoi ? Parce qu’on leur fait les poches aux Allemands.À écouter aussi
En ne tenant pas nos comptes publics, on fait les poches de nos voisins. C’est la règle. Avec ce laisser-aller français à plomber l’ambition européenne sur l’investissement, sur la défense, sur la cohésion du continent, qui veut s’associer à un panier percé ? Macron a tout gâché par lâcheté budgétaire.
Ce n’est pas que de sa faute, c’est l’Europe globalement qui ne se prend pas en main, elle attend. Mais Macron, c’est celui qui parlait le plus fort, et qu’a-t-il fait en vrai ? Prenons un sujet, l’Ukraine, sujet à la fois crucial et emblématique. C’est frappant, l’aide française à l’Ukraine est inférieure à celle du Danemark, selon les chiffres de l’Institut de Kiel en Allemagne. Alors oui, Emmanuel Macron a dit en premier qu’il fallait que l’Europe se prenne en main, c’est vrai. Il félicite Trump parmi les premiers. Bref, il est toujours à parler le premier.
2. ARTICLE – «Et si l’élection de Donald Trump était une bonne nouvelle pour la démocratie?»
Par Alain Destexhe LE FIGARO
Liberté d’expression, lutte contre le wokisme, réindustrialisation… Les politiques menées par Donald Trump obligeront notamment l’Europe, par ricochet, à poser des choix économiques vitaux pour sa compétitivité, estime Alain Destexhe, chercheur au think-tank Gatestone Institute.
Alain Destexhe est chercheur au Gatestone Institute, un think-tank conservateur américain, sénateur honoraire belge et ex-président de l’International Crisis Group. Dernier ouvrage paru, Rwanda 94 : le carnage, retour sur place (Éditions Texquis, 2024).
Le programme de Trump, qui met l’accent sur la liberté d’expression, la lutte contre le wokisme, la réduction des tensions géopolitiques et la réindustrialisation, constitue une opportunité pour l’Europe. Tout d’abord, la liberté d’expression dans les démocraties sera renforcée par sa victoire. Obama et Harris continueront de s’exprimer librement sur le réseau social X, sans manipulation des algorithmes, comme ils ont pu le faire tout au long de cette campagne. L’inverse n’était pas garanti. On se rappelle que l’ancien Twitter n’avait pas hésité à bannir Donald Trump de son réseau alors qu’il était encore président !
Les velléités de la Commission européenne de lutter par la régulation contre ce qu’elle appelle la «désinformation», mais qui relève de la censure, resteront probablement lettre morte — et on ne peut que s’en réjouir. En théorie, Elon Musk risquait jusqu’à six milliards d’euros d’amende pour infraction au Règlement européen sur les services numériques (DSA). Trump considère le wokisme comme une menace pour les valeurs occidentales et une source de divisions internes.
Avec l’arrêt probable des financements fédéraux pour l’enseignement de la théorie critique des races, de la théorie du genre et des «thérapies d’affirmation du genre» — qui relèvent de la maltraitance infantile lorsqu’elles sont pratiquées sur des mineurs — les politiques wokes seront freinées aux États-Unis, et, par effet de miroir, en Europe. Sous une présidence Harris, on pouvait légitimement craindre leur intensification. Le bon sens redeviendra peut-être la norme. Les politiques de «DEI» (Diversity, Equity, Inclusion), qui privilégient l’identité raciale ou sexuelle au détriment du mérite, seront supprimées dans les administrations et les agences fédérales, ce qui incitera certaines entreprises à suivre cet exemple. La plupart des multinationales américaines appliquent déjà ces politiques dans leurs filiales européennes.
L’Union européenne devrait avant tout chercher à restaurer la compétitivité de ses entreprises, en réduisant le coût de l’énergie (par un recours accru au nucléaire, l’importation de gaz russe et l’abandon du Pacte vert).Alain Destexhe
Trump a promis qu’il travaillerait activement pour négocier la paix en Ukraine. Avec des concessions inévitables de la partie ukrainienne, la fin de ce conflit permettrait de normaliser les relations entre la Russie et l’Union européenne, la levée des sanctions et la reprise des importations de gaz, ce qui serait très favorable aux entreprises européennes, lourdement handicapées par leur facture énergétique comparée à celle de leurs concurrents américains et chinois.
Certes, la plupart des pays européens devront augmenter leurs dépenses militaires, un prix à payer pour continuer à bénéficier de la protection américaine au sein de l’Otan. Cependant, l’Europe ne pourra pas simultanément accroître ces dépenses, réduire ses déficits et mettre en œuvre le Pacte vert européen, qui paralyse la croissance. L’UE devra faire des choix. Renoncer à ce pacte coûteux libérerait des ressources considérables pour d’autres priorités, notamment la réindustrialisation du continent.
Cette question se pose autant aux États-Unis qu’à l’Union européenne. Cette dernière devrait avant tout chercher à restaurer la compétitivité de ses entreprises, en réduisant le coût de l’énergie (par un recours accru au nucléaire, l’importation de gaz russe et l’abandon du Pacte vert), ainsi qu’en adoptant une politique de dérégulation. Lors de son premier mandat, Donald Trump a imposé la suppression de deux réglementations pour chaque nouvelle introduite. Il a promis d’aller encore plus loin, ce qui renforcera inévitablement les entreprises américaines face à leurs homologues européennes, soumises à la prolifération de normes imposées par Bruxelles. Loin d’être la catastrophe annoncée par la plupart des experts médiatiques, la victoire de Trump est une opportunité que l’Europe doit saisir.