
ARTICLE – COP29 : le climat se négocie à Bakou
Mardi 12 novembre FRANCE INTER
ÉMISSION – La COP29 qui s’est ouverte hier à Bakou en Azerbaïdjan ne sera pas, ou probablement pas, une grande COP.
Avec
- Jean-Baptiste Fressoz Historien des sciences, des techniques et de l’environnement
- Marc-Antoine Eyl-Mazzega Directeur du Centre Energie et Climat de l’Ifri, spécialiste des échanges gaziers entre la Russie, l’Ukraine et l’Union européenne
- Claire Tutenuit Déléguée générale de l’Association française des Entreprises pour l’Environnement
L’économie de son pays hôte dépend largement des hydrocarbures. La question du financement de la transition écologique va se poser sérieusement alors que l’Europe doit financer davantage sa propre défense. La Chine ne souhaite pas mettre la main à la pâte alors que le pays n’est plus « en développement ». L’élection récente de Donald Trump ne donne aucun signe en faveur du climat de la part de la première économie mondiale. Un dernier obstacle dont on parle encore trop peu : tous les pays comptent sur des technologies de décarbonation qui ne sont pas encore abouties.
Un retard dès le départ
La COP29, qui a débuté à Bakou lundi 11 novembre, avait été annoncée pour se concentrer principalement sur les mécanismes de financement de la transition écologique, particulièrement pour les pays du Sud. Marc-Antoine El Mazéga, directeur du Centre Énergie et Climat de l’IFRI, souligne que les promesses de financement, comme les 100 milliards annuels promis depuis une décennie, n’ont toujours pas été respectées à leur pleine mesure : « Il y a une vraie déconnexion entre les engagements financiers des pays du Nord et les besoins réels des pays du Sud, notamment pour investir dans les énergies renouvelables qui nécessitent des capitaux initiaux importants, ce que ces pays n’ont pas ». Ce manque de liquidités et l’incapacité à accéder à des crédits à des taux raisonnables freinent grandement l’accélération des projets verts dans ces régions, exacerbant ainsi les disparités globales.
À écouter : COP29 : qui va payer la transition climatique ?
L’Azerbaïdjan, dictature pétroliere et pays hôte
L’un des aspects les plus débattus de cette COP 29 est le choix d’organiser la conférence en Azerbaïdjan, un pays producteur d’hydrocarbures, ce qui suscite de nombreuses oppositions. Pour Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, il existe un paradoxe : « On stigmatise souvent les pays pétroliers comme l’Azerbaïdjan, mais il est ironique de noter que des pays comme le Royaume-Uni, qui a accueilli une COP précédente, produisent bien plus de pétrole. Ce double standard masque en réalité des enjeux diplomatiques plus profonds, notamment les violations des droits humains dans des zones comme le Haut-Karabagh ». Cela met en lumière une contradiction de ces sommets climatiques : la transition énergétique est menée dans un monde où les énergies fossiles dominent encore les dynamiques géopolitiques et stratégiques.
À écouter : Pétrole, le sevrage impossible
L’innovation est-elle la solution ?
Le débat sur les solutions technologiques révèle les divergences profondes entre les parties, notamment autour de la capture et du stockage du carbone (CCS). Jean-Baptiste Fressoz exprime des réserves quant à l’efficacité de ces technologies : « Ces solutions sont promues par l’industrie des fossiles depuis les années 90, mais en réalité, elles sont coûteuses et souvent impraticables à grande échelle. Leur intégration dans l’accord de Paris repose sur des promesses technologiques incertaines, alors que nous avons besoin de réduire les émissions immédiatement ». Cette critique pointe du doigt une forme de dépendance à une technologie non éprouvée, qui pourrait finalement retarder l’action climatique réelle, maintenir une illusion de progrès et symbolise une fuite en avant parfois assumée.
À écouter : Qui financera la transition écologique ?
Fixer un coût aux émissions carbonées
La question de la relocalisation de la production pour limiter les impacts environnementaux est au cœur des négociations. Claire Tutenuy met en avant la nécessité d’un prix du carbone mondial pour encourager la structuration d’une économie circulaire et une meilleure gestion des externalités négatives : « Aujourd’hui, l’économie mondiale est optimisée pour les énergies fossiles bon marché, avec un prix du carbone souvent nul. Si l’on veut véritablement réduire les émissions, il faut une réévaluation de ces coûts et une relocalisation qui n’est pas motivée par le protectionnisme étatique, mais par une optimisation environnementale ». Cependant, des politiques protectionnistes trop fortes pourraient ralentir l’innovation et augmenter les coûts des projets écologiques, complexifiant davantage les efforts pour atteindre les objectifs climatiques globaux et limiter les conséquences du réchauffement climatique sur nos sociétés.
LIEN VERS L’ÉMISSION