
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DU MACRONISME
Les deux ministres de Bercy d’inspiration macroniste contribuent activement à minimiser les responsabilités politiques dans l’absence de correction de la dégradation accélérée du déficit et de la dette, et plus largement de l’échec cuisant de la politique dite de l’offre menée depuis 7 ans.
Le ministre Le Maire avait chargé explicitement les services de Bercy sur les imprécisions des prévisions ( et implicitement les 1er ministres et le président de la République sur l’absence de changement de cap ). En lançant un comité scientifique pour améliorer les prévisions des finances publiques on accrédite cette version relative à Bercy, et on exonère l’exécutif de ses fautes gravissimes et répétées.
Composé d’une dizaine d’économistes de renom, il est chargé de rendre ses conclusions à la mi-décembre. Seule une femme figure dans cette nouvelle instance.
LE DÉFICIT EST AVANT TOUT DU À L’ÉCHEC DE LA POLITIQUE PRÉTENDUMENT DE L’OFFRE
L’exécutif n’avait pas pris au sérieux les alertes et – surtout – a maintenu sa croyance dans les effets de la politique de l’offre – le « ruissellement «.
Or celle ci n’a pas conduit à la croissance et à l’emploi. Elle n’a pas provoqué le « ruissellement « ( auquel les médias ont largement cru pendant 7 ans ) et un accroissement des recettes fiscales. C’est la non acceptation de cet échec qui a lancé l’exécutif dans une fuite en avant… des dépenses et de la dette, jusqu’à la dissolution qui semblait le seul moyen de « casser le thermomètre «.
UNE POLITIQUE ÉTATISTE DE LA DEMANDE ET DU DÉFICIT PUBLIC
Pire, en accroissant la dépense publique, notamment en maintenant dans le budget les dépenses extraordinaires – et sensées être passagères – mobilisées pendant le COVID, que l’exécutif a conduit une politique étatiste keynésienne.
C’est à tort que l’on qualifie la politique économique de politique de l’offre. C’est une vraie politique de la demande ( keynésienne) qui en place. Et celle-ci contrebalance les effets attendus d’actions en direction de l’offre.
SE DÉFENDRE DE TOUTE MANIPULATION ET DE TOUT AMATEURISME
L’art de la prévision reste périlleux. Contestées par un grand nombre de parlementaires et d’économistes, les prévisions des finances publiques ont occasionné de vives controverses. C’est sur cet aspect que l’exécutif attire l’attention – pour minimiser les responsabilités politiques de ceux qui n’ont pas écouté les alertes nombreuses venant de toute part ( même si elles ( celles de Bercy ) auraient pu être plus sévères sur le fond.
ORIENTER LE PROJECTEUR SUR UN ASPECT TECHNIQUE POUR METTRE DANS L’OMBRE LES DÉRIVES POLITIQUES
Toutefois, les précédents gouvernements de Gabriel Attal et d’Elisabeth Borne, ( ainsi que le président E.Macron ) restent sous le feu des critiques. Les deux chambres ont longuement interrogé l’ex-ministre de Bercy Bruno Le Maire et l’ancien Premier ministre Gabriel Attal sur les ratés de projections la semaine dernière.
Et, la mission d’enquête du Palais du Luxembourg compte bien encore investiguer sur ce dossier sensible en interrogeant Elisabeth Borne vendredi. Dans ce climat troublé, Bercy a lancé ce jeudi un comité scientifique sur les prévisions des finances publiques.
CRÉER UN COMITÉ SCIENTIFIQUE,
C’EST MASQUER LES DYSFONCTIONNEMENTS DES SERVICES CLOISONNÉS ET PLÉTHORIQUES DE BERCY
C’EST CONTESTER LES PRÉROGATIVES DE LA COUR DES COMPTES, DU HAUT CONSEIL DES FI PUBLIQUES… ET DU PARLEMENT
C’EST SURTOUT DÉDOUANER L’EXÉCUTIF PRÉSIDENTIEL ET GOUVERNEMENTAL DE SES FAUTES
L’exécutif – il faut se rendre à l’évidence – n’a pas écouté les alertes nombreuses des instances éclairant, orientant et contrôlant son action : LA COUR DES COMPTES, DU HAUT CONSEIL DES FI PUBLIQUES… ET DU PARLEMENT, BERCY, BANQUE DE FRANCE … ET NOMBRE D’ÉCONOMISTES
ARTICLE – Déficit : Bercy crée un «comité scientifique» pour éviter un nouveau dérapage budgétaire
Par Gilles Boutin LE FIGARO
Les ministres de l’Économie et du Budget réunissaient ce jeudi un groupe restreint de personnalités chargées de faire des propositions pour mieux piloter les finances publiques et améliorer les prévisions.
Plus jamais ça. Les mauvaises prévisions de recettes budgétaires de 2023 qui ont conduit au dérapage des finances publiques, faisant passer le déficit annoncé de 4,4% à 6,1%, ont marqué au fer rouge les esprits à Bercy. La nouvelle équipe constituée par Antoine Armand, ministre de l’Économie, et Laurent Saint-Martin, ministre des Comptes publics, a donc décidé de constituer un «comité scientifique» afin d’établir un «plan d’action» pour ne pas rééditer la mésaventure du précédent gouvernement.
Ses membres, reçus ce jeudi matin par les deux ministres, devront d’une part travailler à «améliorer la qualité des prévisions macroéconomiques dans un contexte évolutif qui pourrait justifier des changements de méthode», explique-t-on à Bercy, et d’autre part «améliorer le suivi budgétaire et la transparence, à commencer auprès des représentants du Parlement».
Le comité se compose de neuf personnalités «d’un haut niveau d’expertise» : Laurent Bach, professeur à l’Essec et membre de l’Institut des Politiques Publiques, François Ecalle conseiller maître honoraire à la Cour des comptes et créateur du site Fipeco, Olivier Garnier, chef économiste de la Banque de France, Camille Landais, président délégué du Conseil d’analyse économique et enseignant à la London School of Economics, Xavier Jaravel, professeur à la London School of Economics, Valérie Plagnol, présidente du Cercle des épargnants, Xavier Ragot, président de l’OFCE, Ludovic Subran économiste en chef chez Allianz, et Jean-Luc Tavernier, directeur général de l’Insee.
Des travaux «complémentaires» avec l’IGF
«Ce comité, précise-t-on, est un des jalons du travail mené par les services des deux ministères». L’Inspection générale des finances (IGF) a en effet déjà été chargée de comprendre les raisons de l’écart si profond (21 milliards) entre les prévisions de recettes et la réalité. D’après elle, l’essentiel (80 %) de cette différence est dû à des facteurs externes imprévisibles (macroéconomie, comportement des acteurs…). D’où la mission de réfléchir aux modèles de prévisions qui a été confiée au comité. «Ces travaux sont complémentaires», explique-t-on.
L’autre versant – et sans doute le plus important politiquement – est celui de la transparence. «Le suivi des dépenses et recettes de l’État est assuré sur une base mensuelle et la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) prévoit une documentation très extensive», rappelle-t-on. Face à ces «dizaines de milliers de pages élaborées chaque année», les ministres souhaitent renforcer la «clarté»et «l’intelligibilité» des informations. «Le regard du comité sera intéressant sur ce dernier point», commente-t-on.
S’il ne s’agit «en aucun cas de remettre en cause la qualité technique des services de Bercy», les travaux seront menés «sans tabou» et le comité scientifique «aura accès à tout», y compris aux modèles de calcul qui ont tant fait défaut pour prévoir les recettes budgétaires, assure-t-on. Les conclusions doivent être rendues mi-décembre.