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LE CAPITALISME MENACÉ PAR LA DOMINATION TECHNO ?

L’ancien ministre des Finances de la Grèce décrypte un nouvel ordre mondial : le techno-féodalisme

Le capitalisme serait-il mort ? Cela ne fait aucun doute pour l’économiste Yanis Varoufakis. Dans Les Nouveaux Serfs de l’économie, l’ancien ministre des Finances de la Grèce décrypte un nouvel ordre mondial : le techno-féodalisme.

À travers le contrôle des données, les géants de la technologie tels que Google, Amazon, Facebook ou encore Apple sont devenus les nouveaux seigneurs féodaux des temps modernes, et contribuent à l’asservissement des citoyen·nes qui, à chaque clic, renforcent leur puissance.

En s’appuyant sur des exemples tirés de la mythologie grecque et de la pop-culture, Yanis Varoukafis lève le voile sur les dangers de cette nouvelle ère économique et invite à l’éveil des consciences.

Les nouveaux serfs de l’économie, de Yanis Varoufakis

 TRANSITION MAGAZINE INFO 27/05/2024

Yanis Varoufakis, dans ce livre visionnaire, montre comment les propriétaires de la grande  technologie sont devenus les seigneurs féodaux du monde – remplaçant le capitalisme par un système  fondamentalement nouveau qui asservit nos esprits, défie la démocratie et réécrit les règles du pouvoir mondial. Malgré sa dimension tentaculaire, il est aujourd’hui urgent de le contrecarrer et  de le renverser, et de mettre en lumière la révolution dont nous avons besoin pour échapper à notre prison numérique.

Au cœur de sa thèse réside une ironie qui au premier abord peut sembler déroutante: ce qui a tué le capitalisme, c’est le capital en soi. Non pas le capital tel que nous le connaissons depuis l’aube de l’ère industrielle, mais une nouvelle forme de capital, une de ses mutations apparues au cours des vingt dernières années et dont la puissance par rapport à la version précédente est telle qu’à l’instar d’un virus stupide en plein excès de zèle, elle a tué son hôte. Qu’est-ce qui a provoqué cette évolution? Deux faits nouveaux majeurs: la privatisation d’Internet par les géants du Web. Et la manière dont les banques centrales et les gouvernements occidentaux ont réagi à la grande crise financière de 2008.

Il ne s’agit pas d’un livre sur ce que la technologie va nous faire. Ce livre porte sur ce que les dispositifs à écran connectés au cloud ont déjà infligé au capitalisme. Au cours des deux dernières décennies, la logique de profit et celle des marchés n’occupent plus l’épicentre de notre système économique et social, écartées aux marges et supplantées. Par quoi ? Les marchés, en tant qu’instruments du capitalisme, ont été remplacés par des plateformes d’échange numériques qui ressemblent à des marchés mais n’en sont pas, et qu’il serait plus pertinent d’appréhender comme des fiefs. Et à la place du profit, moteur du capitalisme, on retrouve à présent son prédécesseur féodal : la rente. Plus précisément, il s’agit d’une forme de rente dont il faut s’acquitter pour avoir accès à ces plateformes, et plus largement au cloud.

S’appuyant sur des exemples de la mythologies grecques et de la culture pop, d’Homère à Mad Men, Varoufakis explique cette transformation révolutionnaire : comment elle asservit nos esprits, comment elle réécrit les règles du pouvoir mondial et, finalement, ce qu’il faudra faire pour changer le cours des choses. L’économiste met son sens de la narration au service d’une démonstration brillante : le capitalisme a fini par se dévorer lui-même.

PRÉCÉDENTE PUBLICATION DE METAHODOS

LE CAPITALISME VAINCU PAR LE TECHNO FÉODALISME ? https://metahodos.fr/2024/09/21/le-capitalisme-vaincu-par-le-techno-feodalisme/

ÉMISSION – Le capitalisme est mort ! Vive le techno-féodalisme !

Mercredi 6 novembre 2024. FRANCE INTER

C’est toujours assez excitant quand une idée apparaît et propose une nouvelle de regarder ce qui nous arrive. La première fois que Xavier de la Porte a entendu parler de techno-féodalisme, c’était en 2020, sous la plume d’un économiste français qui s’appelle Cédric Durand. 

Avec

  • Yanis Varoufakis Économiste grec et ancien ministre des finances du gouvernement Tsipras

Il venait de publier un livre sobrement intitulé “Techno-féodalisme – critique de l’économie numérique”.

Ce qui m’a tout de suite plu, c’est d’abord la tentative de qualifier l’économie à l’ère du numérique, de la théoriser, j’ai trouvé ça audacieux et salutaire. Et puis, j’ai bien aimé le terme forgé par Cédric Durand : “techno-féodalisme”, l’antinomie entre “techno” d’un côté, qui renvoie à l’ultra-modernité, voire au futur, avec ses milliardaires en hoodies et ses sièges sociaux tout vitrées et “féodalisme”, de l’autre, qui fait référence à l’Europe du Moyen-Age avec ses châteaux forts, ses seigneurs, ses vassaux et ses serfs. Si je suis complètement honnête, ce qui m’a plu dans cette idée de techno-féodalisme, c’est un petit côté Les Visiteurs débarquent dans la Silicon Valley.

Mais Cédric Durand est un économiste sérieux et son propos était étayé : il montrait comment ces deux termes de “technologie” et de “féodalisme” n’étaient pas antinomiques, mais allaient très bien ensemble. Il montrait comment le système économique en train de se mettre en place autour des géants du numérique ressemblait étrangement à celui qui avait dominé en Europe jusqu’à la révolution française, avec des mécanismes de rente, de travail non rémunéré, de privatisation des espaces publics etc.

Je regrette de ne pas en avoir discuté avec Cédric à ce moment-là. Mais son livre est sorti en 2020, on était encore dans la pandémie, on pensait sans doute à autre chose.

Mais voilà, ce qui est beau avec les idées, c’est que, quand elles sont bonnes, elles circulent. Et justement, voici que le “techno-féodalisme” vient de ressurgir sous la plume d’un autre économiste, grec cette fois-ci, Yanis Varoufakis.

Yanis Varoufakis, on le connaît surtout parce qu’il était le flamboyant ministre des finances du gouvernement d’Alexi Tsipras pendant la terrible crise qui a opposé la Grèce à l’Union Européenne au début des années 2010. On se souvient des négociations hyper dures que menaient les Grecs, avec l’Allemagne notamment, et on se vient de Yanis Varoufakis, grand type au crâne presque rasé, au visage anguleux, au regard dur, qui tentait d’opposer une vision économique de gauche à une Union Européenne qui voulait faire payer à la population grecque les errements de ses gouvernements successifs.

Aujourd’hui, Varoufakis est redevenu l’économiste qu’il a toujours été, et le voici donc qui publie un livre “Les Nouveaux serfs de l’économie” où il reprend à son compte la notion de “techno-féodalisme” forgé par Cédric Durand. Il la reprend et la cuisine à sa sauce, avec ses obsessions – comme la critique de l’Union Européenne. Et c’est pas inintéressant…

Alors avec mon collègue du Nouvel Obs Pascal Riché, qui touche sa bille en économie, on est allé interviewer Yanis Varoufakis. Il est arrivé encore plus chic que pendant sa période ministérielle, à la fois sympathique et autoritaire. Et on est reparti du début, pour bien comprendre de quoi il en retournait.

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