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LA BONNE INFORMATION SCIENTIFIQUE : FAIRE LE JUSTE TRI

ÉMISSION – Comment bien s’informer en sciences ?

Jeudi 31 octobre 2024 FRANCE INTER

Face aux risques de désinformation sur les sujets scientifiques, comment trier les bonnes des mauvaises infos ?

Théorie platiste, géocentrisme, créationnisme… les réseaux sociaux – et pas seulement – regorgent de désinformation scientifique. Face à une défiance croissante à l’égard de la science et de la parole institutionnelle, notamment depuis la crise du Covid, il est plus que jamais nécessaire de savoir s’informer. Trouver les bonnes sources aux bons endroits. Mobiliser patience et esprit critique. Comment démêler le vrai du faux ? Comment enseigner les sciences, quand les discussions avec les élèves sont parfois difficiles ?

En 2022, selon une enquête menée par Ipsos pour la Fondation Jean Jaurès auprès de 2000 jeunes gens âgés de 11 à 24 ans, 20% des personnes interrogées estimaient que les Américains n’étaient jamais allés sur la Lune, 16% pensaient que la Terre était plate, et ce chiffre grimpait à 29% des utilisateurs réguliers de l’application TikTok.

Tactiques de fabrique du doute, conspirationnisme, complotisme…

La désinformation scientifique recouvre « l’ensemble des pratiques, dispositifs et stratégies visant à priver le grand public des connaissances les plus actualisées produites par la communauté scientifique, précise le sociologue Sylvain Laurens, co-auteur avec Stéphane Foucart et Stéphane Horel de Les Gardiens de la raison. Enquête sur la désinformation scientifique, aux éditions de La Découverte (septembre 2020). On peut y mettre les vieilles tactiques de fabrique du doute, le conspirationnisme, le complotisme, qui nous privent non seulement des connaissances scientifiques, mais surtout de la réflexivité qu’offre la science. Par exemple, les climato-sceptiques qui diffusent des énoncés faux, sans rapport avec ce que l’on sait du point de vue scientifique, privent la société d’outils de réflexivité pour éventuellement prendre des mesures adaptées. »

Le docteur en génétique moléculaire et biologiste Laurent Foiry, auteur de Les faux-savants. Plongée au cœur du complotisme scientifique, aux éditions de l’Aube (août 2024), s’est plongé dans la communauté des « viro-dénialistes », qui nient l’existence des virus ou des maladies contagieuses. « Ce sont des gens qui vont se mettre en défiance vis-à-vis de la médecine, qui ne vont pas prendre de précautions. Par exemple, des parents qui ne donnent pas de recommandations de protection sexuelle à leurs enfants parce que, selon eux, les virus et les maladies contagieuses n’existent pas. Ou ceux qui prétendent que la chimiothérapie est une invention des labos pharmaceutiques pour vendre des médicaments et qu’elle vous rend plus malade que le cancer… Et en parallèle, ces mêmes personnes vont vous vendre des solutions miracles, des compléments alimentaires, des traitements de type médium, ondes, électromagnétisme, avec la finalité de vous détourner de la médecine conventionnelle. »

L’importance de l’esprit critique

Pour lutter contre cette désinformation, outre le choix de sources pertinentes, les intervenants mettent en avant l’importance de l’éducation au doute et à l’esprit critique : « Si on veut transmettre un rapport à la science, il faut transmettre quelque chose qui est de l’ordre du doute et de la critique, et qui est très différent de la défiance, insiste Sylvain Laurens. On peut donner des listes de sources, mais il faut donner aussi donner aux gens les bonnes attitudes, le réflexe de se demander d’où viennent les sources ou comment les énoncés sont produits. »

Mais attention à ne pas confondre doute et complotisme ! « L’esprit critique ou le doute, ça s’inscrit dans une démarche qui est constructive, positive, abonde Laurent Foiry. On doute parce qu’on a besoin de comprendre d’où vient l’information, quelles sont les sources, tandis que le complotisme s’arrête à la première marche et rejette massivement toute la littérature scientifique, tout en produisant éventuellement du contenu qui est faux. Et là, c’est le danger, parce que cela nécessite une énergie terrible pour débunker cette information ».

L’effet Nobel

Autre précaution : se méfier de « l’effet Nobel ». Pendant la crise du Covid, beaucoup de scientifiques ont été interviewés sur des sujets sortant de leur domaine de spécialité. « Lorsqu’un chercheur devient une figure d’autorité, sa parole a un poids très significatif, note Laurent Foiry. Le danger, c’est quand il commence à s’aventurer en dehors de son champ d’expertise, avec ses convictions personnelles, mais peut-être moins de connaissances. On a ainsi vu récemment des thèses farfelues être brandies comme des validations, avec des effets dramatiques. »

Autrement dit, par Julien Ménielle, infirmier et animateur de la chaîne YouTube « Dans ton corps » : « Il ne faut pas faire confiance aux gens parce qu’ils ont une blouse blanche ou qu’ils emploient des mots compliqués qui ont l’air sérieux. Ni aux gens qu’on voit à la télé et qu’on aime bien. Il faut écouter plusieurs personnes, se renseigner plus avant sur les sujets qui nous intéressent, croiser les sources… »

Invités

  • Laurent Foiry, docteur en génétique moléculaire et biologiste, auteur de Les faux savants. Plongée au cœur du complotisme scientifique, éditions de l’Aube
  • Sylvain Laurens, sociologue à l’EHESS et co-auteur de Les Gardiens de la raison. Enquête sur la désinformation scientifique, avec Stéphane Foucart et Stéphane Horel, La Découverte

Et la chronique Les français mode d’emploi de Jeremie Peltier

Quelques sources fiables d’informations scientifiques

  • The conversation, un média complètement gratuit ou seuls des scientifiques peuvent rédiger. Le média est financé par les instituts de recherches et universités.
  • Futura Science, un média web généraliste sur les sciences et technologies, facile d’accès et de bonne qualité.
  • Le blob, l’extra média, le média audiovisuel de la cité des sciences, vidéos enquêtes et actu du monde de la recherche.
  • Agence science presse, agence de presse québécoise, dépêches sur l’actu scientifique.
  • Science², le blog du Monde de Sylvestre Huet, journaliste scientifiques spécialiste du climat depuis très longtemps.
  • Les sites du CNRS (Le journal du CNRS) et de l’Inserm avec de l’actu fiable sur la recherche publique française.
  • Les Décodeurs (Le Monde), Check news (Libération) et vrai ou faux (France Info) pour le debunkage de fake news.
  • De Facto, outil indépendant de lutte contre la désinformation.
  • Sciences chrono sur France Culture, des histoires de controverses, théories et découvertes (le vendredi à 16h).
  • La science CQFD sur France culture (du lundi au jeudi à 16h).
  • L’esprit sorcier, la chaine YouTube de Fred Courant (de Fred et Jamy).
  • La Terre au carré, les grands récits de la science et de l’écologie sur France Inter du lundi au vendredi à 14h.

Et il y a également les revues, sur abonnement mais avec de nombreux articles gratuits comme La recherchePour la scienceScience et avenir ou Epsiloon.

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