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CENSURE : LA COLÈRE OUI, LA HONTE ( suite 1 ) AUSSI

EST-CE LA COLÈRE QUI PARLE LE MIEUX DE LA CENSURE DU GOUVERNEMENT DE MICHEL BARNIER ?

TITRAIT METAHODOS https://metahodos.fr/2024/12/04/nest-ce-pas-la-colere-qui-parle-le-mieux-de-la-censure-du-gouvernement-de-michel-barnier/

ARTICLE – Motion de censure: notre classe politique nous fait honte

Jean-Marc Proust – Édité par Louis Pillot – 5 décembre 2024 SLATE

Mercredi 4 décembre 2024, le gouvernement de Michel Barnier a été renversé par une motion de censure. Un fait politique quasiment inédit, mais surtout inutile et dangereux, puisque sans perspective.

Revenons quelques jours en arrière et imaginons.

Décembre 2024: face à l’immensité du mur de la dette, le gouvernement décide de se serrer la ceinture. Symboliquement, il est décidé de réduire les émoluments des ministres de 10%. Au même moment, les parlementaires se résolvent à adopter une mesure similaire. Sortant de sa torpeur, le Conseil économique, social et environnemental se joint au mouvement. Et, jusqu’aux anciens Premiers ministres qui renoncent à se faire promener aux dépens de la République, ici ou là, des décisions semblables sont prises.

Les élus veulent donner l’exemple. Pour la première fois depuis longtemps la classe politique a pris non seulement ses responsabilités mais sa part de l’effort. La potion sera amère mais partagée. La Frances’y résignera.

Alors, en présentant son projet de budget, Michel Barnier, qui a décidé de donner entièrement son salaire aux Restos du cœur, sait qu’il peut demander aux contribuables non pas des sacrifices, mais une ou deux années de vaches maigres. L’heure est grave, tout le monde le comprend.

De fait, la classe politique française a fort à faire. La guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine ne faiblit pas et, avec l’arrivée prochaine de Donald Trump au pouvoir, son issue est plus incertaine que jamais. Le rôle même de l’OTAN est questionné. La Pologneles pays baltes, les pays scandinaves augmentent leurs budgets de défense, entament ici une réflexion, là des manœuvres, réclament des fonds européens pour sécuriser leurs frontières. Pour la première fois depuis la chute du Rideau de fer, la sécurité de l’Europe n’est plus ce long fleuve tranquille qui permet de rogner régulièrement les budgets alloués à la défense.

Les poussées populistes menacent l’Union européenne elle-même. La quasi allégeance de Viktor Orbán, Premier ministre de Hongrie, au régime de Vladimir Poutine, n’en est que la face la plus visible. En Italie, aux Pays-Bas, en Slovaquie, en Roumanie peut-être et, évidemment, en France, l’extrême droite avance, pas après pas. C’est une bombe à fragmentation qui menace une unité si difficile à préserver, dans un moment particulièrement critique. La tentative de putsch du président sud-coréenmontre également que la tentation antidémocratique est plus répandue qu’on ne l’imagine.

Au Proche-Orient, la guerre aveugle d’Israël en réponse au pogrom du 7 octobre 2023 continue d’égrener son lot de victimes civiles, en dépit d’un précaire cessez-le-feu au Liban. En Syrie, la guerre civile a repris, ajoutant une déstabilisation supplémentaire à un équilibre déjà fragile. Le conflit israélo-palestinien a des répercussions sur la politique intérieure des États européens: un patient travail diplomatique s’impose, loin des agitations stériles.

La guerre commerciale promise par Donald Trump n’est qu’une question de semaines. La hausse des taxes à l’importation signe sans doute l’entrée dans une nouvelle ère, succédant à celle de la mondialisation dite heureuse. Là encore, l’Europe devra parler d’une seule voix et non pas, option probable, se résigner à voir ses États-membres aller s’agenouiller à Washington pour négocier, chacun pour soi, un traitement de faveur. Le projet d’accord avec le Mercosur monte combien il est difficile de parler d’une seule voix tant les intérêts des Européens divergent, tant les intérêts des différents secteurs divergent au sein même d’un seul pays.

Éducation, santé, ruralité, agriculture et transition écologique appellent une réflexion de long terme et, probablement, une redéfinition du périmètre d’intervention de l’État et des collectivités. C’est donc pour s’attaquer à ces différents problèmes que la classe politique française a décidé de se montrer responsable et de trouver les compromis nécessaires pour l’adoption d’un budget. Elle a mis de côté ses affrontements et divisions. De manière provisoire certes, mais le signal est clair: les défis qui nous attendent sont immenses et, plombée par une dette qui ne l’est pas moins, la France est très mal préparée à les affronter.

Ni programme, ni majorité, ni idée

Revenons sur Terre. 
Évidemment, rien de tout cela n’a eu lieu et rien de tout cela ne pouvait avoir lieu. Car, depuis plusieurs mois, la classe politiquefrançaise fait ce qu’elle sait faire de mieux, c’est-à-dire prouver son incompétence, son inutilité qui en découle, et, peut-être désormais, sa nuisance.

Depuis des mois, nous assistons à d’incessantes querelles de chiffonniers dont nous savons le caractère absurde et destructeur. Du président de la Républiqueaux parlementaires, en passant par les ministres, personne n’a su, ni voulu, trouver les mots, l’intelligence, l’esprit de concorde nécessaires pour construire un dialogue apaisé et constructif.

Subordonnée à l’instant, avec les chaînes d’infos en continu et les réseaux sociaux, la parole politique se complaît dans un buzz éphémère. Obnubilée par l’élection présidentielle, elle n’est que calculs médiocres et mesquineries jalouses. Qui peut raisonnablement croire au mythe du sauveur? Qui imagine raisonnablement que changer de locataire à l’Élysée résoudrait à la fois nos problèmes et calmerait les colèresqui s’expriment en grèvesblocages et destructions?

C’est néanmoins le calcul que font les différents partis politiques en espérant provoquer le départ d’Emmanuel Macron. La France insoumise (LFI) a tenté la destitution. Échec. Voici que se profile, à l’heure d’un article 49.3 engagé pour faire passer le budget de la Sécurité sociale, la possibilité de faire chuter le gouvernement. Enfin! LFI et le Rassemblement national (RN), d’un même pas, dégainent leur motion de censure.

En soi, il n’y a là rien de condamnable et c’est même le jeu normal de la démocratie. Là où le bât blesse, c’est l’absence de perspective que dessine cette chute. Car, derrière une alliance de circonstance et pas très glorieuse ente la gauche et le RN, il n’y a rien. Absolument rien. Pas l’esquisse d’un programme, d’une majorité, d’une idée.

À la différence de celle qui fit tomber le gouvernement de Georges Pompidou en 1962, cette motion de censure réussie ne permet pas de changer quoi que ce soit. À l’époque, le général de Gaulle avait pu dissoudre l’Assemblée nationale puis voir sa politique validée à deux reprises dans les urnes: par la ratification du référendum du 28 octobre et l’obtention d’une forte majorité parlementaire en novembre.

De concession en reculade jusqu’à un piteux communiqué de soumission, Michel Barnier aura tout tenté pour amadouer Marine Le Pen et ses troupes.  

Ce 4 décembre 2024, aucune perspective de ce type. À l’Élysée, le président est isolé, secondé par une équipe de manœuvriers médiocres. Il entend préserver l’essentiel de ses réformes mais ne dispose plus d’une majorité pour cela. Il voit son œuvre lui échapper, par sa faute, ayant lui-même donné le bâton pour se faire battre avec une dissolution très hasardeuse. Lui quientendait «tout faire» pour juguler l’extrême droite s’apprête à lui donner les clefs du palais.

À Matignon, de concession en reculade jusqu’à un piteux communiqué de soumission, Michel Barnier aura tout tenté pour amadouer Marine Le Pen et ses troupes. Quelle humiliation que cette motion de censure pour le fin négociateur du Brexit! Et quelle humiliation pour nous que cette motion de censure ait pu être votée grâce aux voix d’un parti d’extrême droite dont la cheffe sera possiblement inéligible d’ici quelques mois!

Au Parlement, aucun renouvellement n’est possible avant juillet prochain. Sept mois. Une éternité durant laquelle l’actualité internationale continuera à nous rappeler notre inconséquence devenue faiblesse. Sept mois durant lesquels nos parlementaires continueront à s’invectiver pour le seul plaisir d’une vidéo partagée avec leurs fans. Sauf si les parlementaires décident d’arrêter leurs pitreries pour trouver une majorité de compromis. C’est peu probable à gauchecomme à droite ou au centre, tant les couteaux sont aiguisés et les cortex amenuisés.

Tout donne l’impression d’une motion de censure à la fois vaine et inéluctable. Comme si, à bout de ressources intellectuelles, les députés voulaient s’amuser à casser leur jouet pour la simple raison qu’il était possible de le faire. Comme si, dans cette dix-septième législature, tout devait prendre un caractère à la fois ridicule et crépusculaire.

Aveugle. Hors sol. Médiocre. Vulgaire. Narcissique. Irresponsable. Inutile. Peu importent les qualificatifs, il n’y a pas grand-chose à sauver dans la classe politique française aujourd’hui. Elle nous fait honte et, visiblement, elle s’en fout.

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