
LA PRESSE EUROPÉENNE : IRONIE ET INQUIÉTUDES – ÉNIÈME PARI PERDU
TITRAIT METAHODOS RÉCEMMENT – https://metahodos.fr/2024/12/06/85189/
1. ARTICLE – Emmanuel Macron, le “saboteur de la Ve République” – Vu de Suisse
5 décembre 2024 COURRIER INTERNATIONAL
Le chaos politique en France est dû à une grave erreur du président Emmanuel Macron. Aujourd’hui, la solution doit également venir du chef de l’État lui-même – mais il y a peu d’espoir qu’il en soit ainsi, commente ce quotidien suisse.
Le chaos politique en France est dû à une grave erreur du président Emmanuel Macron. Aujourd’hui, la solution doit également venir du chef de l’État lui-même – mais il y a peu d’espoir qu’il en soit ainsi, commente ce quotidien suisse.
La France glisse dans l’incertitude. Plusieurs indices pointent indubitablement en ce sens, en particulier celui-ci : à la fin de l’année 2024, la France aura eu quatre Premiers ministres différents. Le nom du quatrième n’est pas encore connu. On va voir qui Emmanuel Macron, le président de la République, va appeler après la chute de Michel Barnier. Vu de l’extérieur, on pourrait se dire : qu’est-ce que ça peut faire si le Parlement renverse un Premier ministre sans majorité ? Il y en aura un autre, voilà tout.
Mais la France a toujours été différente. Elle était stable, ferme au sommet. Et voilà que tout l’échafaudage de la Ve République, qui a apporté la stabilité politique au pays pendant près de soixante-dix ans, se délite. Il y a de plus en plus de voix qui s’élèvent pour demander à Macron de démissionner pour mettre fin au blocage. C’est un peu comme si on demandait à un roi de descendre de son trône, au Soleil de quitter le ciel.
Il faudrait que le roi reconnaisse qu’il y a urgence
Macron est désormais considéré comme le saboteur de la Ve République. En dissolvant sans nécessité l’Assemblée nationale le 9 juillet, il a aggravé de façon spectaculaire la précarité qui marquait déjà le Parlement – alors que le monde est dans une triste situation, et les finances publiques dans un état lamentable.
Bien sûr, il est juste et démocratique que le Parlement pilote l’histoire d’un pays. Sauf que le Parlement français ne possède ni la culture ni les réflexes des autres systèmes parlementaires. Les compromis y sont mal vus, les coalitions considérées comme inconvenantes.
Si Macron était pédagogue, il appellerait à lui les personnes de bonne volonté de l’échiquier républicain – c’est-à-dire tout le monde à part les extrêmes de gauche et de droite, qui ne font de toute façon que lorgner son poste –, parlerait avec elles et les inciterait à former une coalition d’union nationale. Ce serait un gouvernement d’urgence : la France n’a même pas de budget pour l’année à venir. Mais il faudrait pour cela que le roi reconnaisse qu’il y a urgence et qu’il est le principal responsable de la situation. Et ça, ce n’est pas très probable.
2. ARTICLE – « Affaibli », « sous pression », « saboteur »… La presse européenne n’épargne pas Emmanuel Macron après la chute du gouvernement Barnier
Après l’allocution du président de la République, les médias internationaux dressent le portrait d’un chef d’Etat acculé qui refuse de démissionner.
franceinfo. 06/12/2024
Un président « qui fait face à la pire crise politique » en France. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron est représenté par le quotidien britannique The Guardian(Nouvelle fenêtre)et le reste de la presse européenne. Le chef de l’Etat s’est exprimé, jeudi 5 décembre, à 20 heures, depuis l’Elysée, quelques heures après la démission de son Premier ministre.
Renversé par une motion de censure adoptée par l’Assemblée nationale, Michel Barnier a été contraint de quitter ses fonctions. Pendant une allocution d’une dizaine de minutes, le chef de l’Etat a salué son travail, tout en maintenant qu’il assurerait son mandat « pleinement, jusqu’à son terme », malgré certains appels à sa démission.
« Il paye le prix de son péché originel »
La prise de parole d’Emmanuel Macron, qui a reconnu que la dissolution n’avait « pas été comprise », est loin d’être passée inaperçue en Europe. Le site Politico(Nouvelle fenêtre), par exemple, estime qu’Emmanuel Macron a fait passer ce message à Marine Le Pen : « Je ne pars pas ». « Le président français a vigoureusement repoussé les appels à sa démission lors d’un discours télévisé », analyse-t-il.
En Espagne, le quotidien El Mundo(Nouvelle fenêtre)relève un « effondrement de la popularité du président français », ajoutant dans un autre article(Nouvelle fenêtre) que le chef de l’Etat paraît « de plus en plus affaibli » tandis que Marine Le Pen « devient plus forte ». En Allemagne, l’hebdomadaire Stern(Nouvelle fenêtre) parle d’« un Macron sous pression ». De son côté, Der Tagesspiegel(Nouvelle fenêtre) soulignait avant l’allocution du président qu’il payait « le prix de son péché originel », à savoir le choix d’un Premier ministre « issu d’un parti battu aux élections ».
Si Emmanuel Macron rejette la faute du « chaos » sur les partis d’opposition, selon la BBC(Nouvelle fenêtre), les médias européens s’accordent à identifier la dissolution anticipée d’Emmanuel Macron comme l’élément déclencheur de la crise politique. « Emmanuel Macron fait désormais figure de saboteur de la Ve République », souligne le Süddeutsche Zeitung(Nouvelle fenêtre). « Les élections ont laissé un Parlement fragmenté, sans majorité, conduisant le pays à l’incertitude, ce qui se reflète dans la crise actuelle », explique de son côté El Mundo.
Outre-Manche, The Independant(Nouvelle fenêtre)évoque un président « affaibli », pris au piège de sa propre stratégie « avec sa décision malheureuse de convoquer des élections anticipées en juin ». Le journal britannique pointe du doigt des « troubles politiques en France » qui tirerait l’Union européenne vers le bas, « quelques semaines avant le retour de M. Trump à la Maison-Blanche ».
« Que va faire Macron maintenant ? »
Après sa visite en Arabie saoudite, Emmanuel Macron a atterri à Paris « juste à temps pour assister à la chute du gouvernement qu’il avait laborieusement nommé début septembre », raconte le journal italien Corriere della Sera(Nouvelle fenêtre), se demandant « que va faire Macron maintenant ? » La BBC s’interroge quant à elle sur la capacité du président à trouver un chef de gouvernement capable de rassembler l’Assemblée nationale.
L’hebdomadaire allemand Stern évoque la nécessité de nommer un Premier ministre dont le profil permettra de stabiliser la situation : « Plus vite un nouveau gouvernement entrera en fonction, plus vite la crise budgétaire française pourrait se consolider et plus vite des signaux rassurants pourraient être émis vers l’économie et les marchés financiers ».
Enfin, en Belgique, Le Soir(Nouvelle fenêtre) évoque « un profil du même bord que Michel Barnier »afin de maintenir l’équilibre « avant de pouvoir rebattre les cartes » avec une nouvelle dissolution de l’Assemblée. « Le successeur de Barnier devra être capable de naviguer dans les courants polarisés d’un Parlement fragmenté », conclut The Guardian(Nouvelle fenêtre).