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GÉORGIE : LA RÉPRESSION ET LA TENTATION DE SORTIE DE L’EUROPE

ARTICLE – CRISE POLITIQUE EN GÉORGIE : UN AVENIR EUROPÉEN SUSPENDU ET UNE RÉPRESSION DE PLUS EN PLUS VIOLENTE

EUROPANOVA 6 12 24

Les élections législatives en Géorgie, tenues fin octobre 2024, ont débouché sur une crise politique profonde, marquée par des accusations de fraude, un rejet des résultats par l’opposition et des manifestations de plus en plus violentes dans les rues de Tbilissi. Le parti au pouvoir, Rêve géorgien, a officiellement remporté les élections avec 53,93 % des voix, mais ce scrutin a été fortement critiqué tant au niveau national qu’international. L’opposition, soutenue par une grande partie de la population, dénonce des achats de voix, des pressions sur les électeurs et des manipulations des résultats. 

Le Parlement européen a rapidement rejeté ces résultats, demandant l’organisation de nouvelles élections sous supervision internationale, et soulignant les violations des droits démocratiques dans le pays. Le climat politique s’est considérablement tendu avec la décision du gouvernement d’interrompre les négociations pour l’adhésion à l’Union européenne, repoussées à 2028, une annonce qui a été perçue comme une trahison par une large part de la population géorgienne, qui soutient massivement l’intégration européenne

Le 28 novembre 2024, alors que les manifestations s’intensifiaient à travers le pays, le Premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidze, a justifié ce report par ce qu’il a qualifié de « chantage » de la part de Bruxelles, notamment en réponse à la condamnation européenne des résultats électoraux. Ce report de l’adhésion a divisé le pays entre un gouvernement prorusse et une population de plus en plus déterminée à rejoindre l’UE. Des manifestations ont ainsi éclaté dans toute la Géorgie, notamment à Tbilissi, où des milliers de personnes ont défilé pour réclamer de nouvelles élections et un retour sur la voie européenne. Les protestataires, souvent vêtus de casques de chantier et de masques à gaz pour se protéger des gaz lacrymogènes, ont été confrontés à des forces de police de plus en plus violentes, faisant plusieurs blessés et provoquant plus de 300 arrestations. 

La tension a franchi un nouveau seuil le 4 décembre, lorsqu’un leader de l’opposition, Nika Gvaramia, a été interpellé après une violente descente de la police dans les bureaux de son parti. La situation en Géorgie est désormais marquée par une escalade de la violence, avec des affrontements réguliers entre manifestants et forces de l’ordre, et une pression croissante sur le gouvernement de Kobakhidze, accusé de manipuler les institutions pour maintenir son pouvoir.

La communauté internationale, tout en dénonçant le recul démocratique en Géorgie, peine à se coordonner sur une réponse ferme. Le Parlement européen a exigé des sanctions contre les responsables géorgiens impliqués dans les violations des droits humains et de la démocratie, mais ces mesures n’ont été que partiellement appliquées. Les États baltes, notamment, ont déjà imposé des sanctions contre certains dirigeants géorgiens, en réponse à la répression des manifestations, et le Canada a annoncé suivre leur exemple. De son côté, les États-Unis ont suspendu leur partenariat stratégique avec la Géorgie, dénonçant les actions antidémocratiques du gouvernement en place.

La fracture entre un gouvernement prorusse et une population pro-européenne s’est creusée, et l’avenir de l’intégration géorgienne à l’Union européenne semble désormais compromis, du moins à court terme. Les manifestations risquent de se poursuivre, et la répression pourrait encore s’intensifier, d’autant plus que la Géorgie se trouve à un carrefour géopolitique crucial, entre son désir d’adhésion à l’UE et l’influence grandissante de la Russie.

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