
ÉMISSION : “Le pont Mirabeau” de Guillaume Apollinaire, la passerelle du temps
Publié le lundi 23 décembre 2024 FRANCE CULTURE
Pour notre sélection consacrée aux poèmes appris dans l’enfance, écoutez “Le pont Mirabeau” de Guillaume Apollinaire, idéal pour une balade nostalgique.
Avec. Mathilde Wagman Chroniqueuse et programmatrice du « Book club »
Dans cette nouvelle saison de l’Instant poésie consacrée aux poèmes de l’enfance, Mathilde Wagman a choisi de parler du célèbre “Pont Mirabeau”, poème écrit par Guillaume Apollinaire à la suite de sa rupture avec la peintre Marie Laurencin. Il est extrait d’Alcools (1912).
Lu par Moanda Daddy.
C’est la chanson triste d’une longue liaison brisée avec elle
Guillaume Apollinaire (1880-1918) est un poète, écrivain et critique d’art français, figure majeure du mouvement surréaliste et de la poésie moderne du début du XXe siècle. Il est célèbre pour ses poèmes innovants, notamment dans Alcools et Calligrammes, où il expérimente la forme et la structure des vers, et joue avec les images et les sons.
Apollinaire a également été un grand défenseur de l’avant-garde artistique, soutenant des peintres comme Picasso et Braque et théorisant la poésie visuelle. Engagé dans la Première Guerre mondiale, il est mort des suites de ses blessures, mais son influence sur la poésie moderne et l’art reste immense.
Ce poème, privé finalement de ponctuation lors de sa mise en page dans le recueil Alcool par le poète lui-même, possède une rythmique naturelle. Tout comme l’eau qui coule sous le pont, d’une manière métaphorique ou réaliste, les vers d’Apollinaire sont construits pour mimer le temps qui passe. Cette balade mélancolique invite à se laisser porter par le flot de vie, à traverser enfin ce pont et donc à accepter de traverser le temps, à aller de l’avant.
Rejoignez les pavés des quais de Seine et respirez ces vers nostalgiques d’Apollinaire en regardant ce pont du passé qui résiste au temps.
Guillaume Apollinaire, « Le pont Mirabeau »
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
Guillaume Apollinaire, Alcools, 1912
Archives
* Lecture du poème par Guillaume Apollinaire, enregistré par les Archives de la parole, 1913
* Ecoute de la chanson « Le pont Mirabeau » de Léo Ferré, 1953
LIEN VERS L’ÉMISSION