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VIVRE EN POÉSIE AVEC METAHODOS : LES INSTANTS QUI SUCCÈDENT À LA NUIT, ANNA DE NOAILLES

Anna de Noailles, "Ô lumineux matin" ©Radio France - Mohamed Elali

ÉMISSION – “Ô lumineux matin” d’Anna de Noailles, les rayons d’une renaissance

Publié le jeudi 19 décembre 2024 FRANCE CULTURE

Pour notre sélection consacrée aux poèmes de l’enfance, L’Instant poésie partage avec vous “Ô lumineux matin” d’Anna de Noailles, un poème sur l’exaltation du matin après les tourments de la nuit.

Avec Mathilde Wagman Chroniqueuse et programmatrice du « Book club »

Dans cette nouvelle saison de L’Instant poésie consacrée aux poèmes de l’enfance, Mathilde Wagman, chroniqueuse littéraire du “Book Club” de France Culture, a choisi de vous faire découvrir le poème “Ô lumineux matin” d’Anna de Noailles, extrait du Cœur innombrable, (1901), une ode à l’aube et la promesse d’une belle journée.

Lu par Aurore Frémont et réalisé par Tidiane Thiang.

Un appel à saisir les instants qui succèdent à l’obscurité de la nuit

Anna de Noailles (1876-1933) est une poétesse et romancière française, issue de la noblesse, dont l’œuvre se distingue par son lyrisme intense et sa sensibilité. Elle appartient au mouvement symboliste et son écriture, mêlée de mélancolie et d’exaltation, explore des thèmes comme l’amour, la douleur, la beauté et la nature, souvent. Elle a également marqué son époque par son engagement féministe et sa place importante dans la société littéraire parisienne.

C’est à 25 ans qu’Anna Elisabeth de Brancovan, dite Anna de Noailles, publie son premier recueil, Le Cœur innombrable, d’où est extrait ce poème. Dans “Ô lumineux matin”, le motif du matin n’est pas seulement un moment de la journée, mais un symbole de clarté, d’illumination spirituelle et d’éveil. C’est un désir intense de vivre pleinement, une sorte d’appel à saisir l’instant après la nuit, son obscurité et les doutes.

Alors éveillons-nous et savourons ce doux rayonnement du matin en écoutant les mots d’Anna de Noailles…

Qui était Anna de Noailles, celle qui s’autoproclamait plus grande poétesse de tous les temps ?

Anna de Noailles, « Ô lumineux matin »

Ô lumineux matin, jeunesse des journées, 

Matin d’or, bourdonnant et vif comme un frelon, 

Qui pique chaudement la nature, étonnée 

De te revoir après un temps de nuit si long.

Matin, fête de l’herbe et des bonnes rosées, 

Rire du vent agile, œil du jour curieux, 

Qui regardes les fleurs, par la nuit reposées 

Dans les buissons luisants s’ouvrir comme des yeux.

Heure de bel espoir qui s’ébat dans l’air vierge 

Emmêlant les vapeurs, les souffles, les rayons 

Où les coteaux herbeux, d’où l’aube blanche émerge, 

Sous les trèfles touffus font chanter leurs grillons.

Belle heure, où tout mouillé d’avoir bu l’eau vivante, 

Le frissonnant soleil que la mer a baigné 

Éveille brusquement dans les branches mouvantes 

Le piaillement joyeux des oiseaux matiniers,

Instant salubre et clair, ô fraîche renaissance, 

Gai divertissement des guêpes sur le thym, 

— Tu écartes la mort, les ombres, le silence, 

L’orage, la fatigue et la peur, cher matin…

Anna de Noailles, 

Le Cœur innombrable, 1901

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