
ÉMISSION – La crise du présidentialisme
Publié le dimanche 8 décembre 2024 FRANCE ONTER
Toutes les démocraties dites libérales sont en crise. Pourrait-on expliquer celle de la France par le surinvestissement politique d’une seule personne , le président ? Sommes-nous coincés dans une impasse institutionnelle à cause du présidentialisme et de notre attente de l’homme providentiel ?
Avec
- Michel Troper
- Olivier Bétourné Historien de la Révolution française et éditeur, cofondateur et président de l’Institut Histoire et Lumières de la pensée
- Marine Fleury Maîtresse de conférences de droit public chez Université de Picardie Jules Verne (UPJV)
Pour cette émission, je vous propose une drôle d’idée ! Disons un exercice intellectuel : et si l’on revenait à l’élection du président par un collège de quelques 80 000 élus locaux comme c’était le cas dans la première version de la Vème République, entre 1958 et 1962 ?
La présidentielle, l’élection au suffrage universel direct du président, puis sa prééminence sur tout, semble nous abêtir collectivement et réduire les débats politiques au commentaire d’une course de petits chevaux. Ce mouvement de personnalisation – paradoxe – progresse alors même que l’on déplore une baisse de niveau des grands personnages politiques… Le morcèlement du paysage politique aboutit – c’est mécanique – à ce que la clé de qualification au second tour descende autour de 16 ou 17 % !
Moralité, c’est sur une équation personnelle, et non sur un courant politique (ou plusieurs courants alliés) que les Français doivent se déterminer lors des présidentielles. On ne choisit plus entre deux orientations mais entre deux personnalités qui se présentent comme capables, elles-mêmes, d’en finir avec l’impuissance politique qui mine la confiance envers les élus. Quand il fallait atteindre 30 % pour se qualifier au second tour, on devait avoir un certain sens du compromis et des responsabilités. Maintenant qu’il suffit d’atteindre 17-18% pour espérer être en finale de la présidentielle, il faut cliver, choquer.
À écouter. Le macronisme
Et, comme la présidentielle structure la vie politique, elle imprime une logique d’affrontement permanent, diabolise le compromis et entretient cette impression d’un pays toujours au bord de la crise de nerfs, jamais content de son sort collectif ! Nous allons voir avec nos invités d’où vient notre goût pour l’homme (jamais encore la femme) providentiel et s’il y a des alternatives possibles à la sur présidentialisation qui démontre, présidentielle après présidentielle, sa nocivité pour la vitalité et la maturité de notre démocratie.
Michel Troper, professeur émérite en droit public de l’université Paris-Nanterre est l’auteur de nombreux ouvrages de droit parmi lesquels Le droit et la nécessité, chez PUF (2011 Terminer la révolution – la constitution de 1795 chez Fayard (2006) ou encore Pour une théorie juridique de l’Etat chez PUF (1994).
Olivier Bétourné, éditeur et historien publie en septembre dernier chez Seuil La Mort du Roi Louis XVI devant ses juges et face à l’Histoire.
LIEN VERS L’ÉMISSION