
Federico García Lorca écrit les Sonnets de l’amour obscur en 1936, dans les mois précédant son assassinat.
Longtemps cru perdus, ces textes paraissent enfin en Espagne, en 1983, dans une édition pirate. Les héritiers du poète avaient contenu la diffusion de ce livre au titre suggestif, inspiré par un homme dans un pays qui réprima durement l’homosexualité.
C’est pourtant par la pudeur des images que Lorca y dit la puissance du désir, retenue par la rigueur formelle du sonnet. Line Amselem en donne une traduction nouvelle, accompagnée de dessins du poète en contrepoint. Dans ces variations autour du portrait double, motif hérité de son amour gémellaire pour Dalí, l’autoportrait devient un baiser.
EXTRAIT
Je veux pleurer ma peine et te le dire
pour que tu m’aimes et pour que tu me pleures
par un long crépuscule de rossignols
où poignard et baisers pour toi délirent.
Je veux tuer le seul témoin, l’unique,
qui a pu voir assassiner mes fleurs,
et transformer ma plainte et mes sueurs
en éternel monceau de durs épis.
Fais que jamais ne s’achève la tresse
du je t’aime tu m’aimes toujours ardente
de jours, de cris, de sel, de lune ancienne,
car tes refus rendus à mes silences
se perdront tous dans la mort qui ne laisse
ÉMISSION – La poésie andalouse et amoureuse de Federico García Lorca
Publié le lundi 30 décembre 2024 FRANCE CULTURE
La guerre civile l’avait fauché avant qu’il ne puisse les publier, et on crut longtemps les « Sonnets de l’Amour obscur » de Federico Garcia-Lorca égarés. Les éditions Allia leur rendent leur unité et les publient dans une toute nouvelle traduction.
Avec Bruno Doucey Écrivain, poète et éditeur
Et Line Amsellem universitaire, écrivaine et traductrice
Les sonnets de l’amour obscur de Federico García Lorca, publié pour la première fois en espagnol en 1983, 47 ans après l’assassinat du poète et 8 ans après la mort du général Franco.
Publications clandestines, quasi-confidentielles, encres rouges sur papier rosé qui signalent leur date d’écriture, 1935-1936. On les croyait perdus, des rumeurs circulaient, voilà qu’ils confirmaient leur existence et leur beauté. Les éditions Alia leur rendent cette unité en publiant une édition bilingue, augmentée de dessins de l’auteur. Nous en parlons avec Line Amselem qui les a traduits et préface l’ouvrage et avec Bruno Doucet.
La rencontre avec la poésie de Federico Garcia Lorca
« Je me souviens très bien quand j’ai rencontré l’œuvre de Federico García Lorca, c’était au collège. J’ai commencé l’étude de l’espagnol vers 13 ans, mais je parlais espagnol chez moi déjà. C’était un espagnol différent. Je parlais judéo-espagnol du Maroc et donc on avait une façon de parler, des expressions différentes et j’étais déjà prévenue par ma sœur qui avait déjà étudié l’espagnol de ces différences, de cet espagnol pointu et qui était différent du nôtre. Quand j’ai commencé à étudier, quand j’ai regardé les livres, il y avait beaucoup de poésie, il y avait beaucoup de textes littéraires, même en première année. On commençait par du sérieux direct, de la poésie. C’était à la fin des années 70. Beaucoup d’hispanistes étaient fils de républicains, donc les textes, les manuels, étaient teintés aussi d’éléments politiques. On avait, je ne sais pas moi, Gabriel Celaya, des choses comme ça. La poésie est une arme chargée de futur, c’est ce qu’on lisait, on apprenait de la poésie tout de suite. » Line Amselem.
La question de l’auditrice
La question de Vim : J’ai découvert Lorca par le biais du théâtre quand j’étais au lycée et je me suis intéressée plus tard à sa poésie. Comme j’étais tombée amoureuse des sonnets de Shakespeare ou de la poésie de Keats, et bien, je suis tombée amoureuse des sonnets de « L’amour obscur de Lorca. » Il y a beaucoup de sang, il y a beaucoup de larmes, il y a beaucoup de douleurs, mais il y a aussi beaucoup de beauté, notamment dans ce poème où il parle de la voix de son amour au téléphone, c’est absolument merveilleux. J’y reviens régulièrement et j’y trouve beaucoup de tristesse, bien sûr, mais aussi beaucoup de consolation. Je voulais savoir si justement, vous aussi, vous pensiez que la poésie avait ce pouvoir consolateur.
À écouter
Parler sonnets par les sommets de Shakespeare
John Keats, le poète qui éclaire les temps sombres
La poésie comme exercice de consolation
« Je crois que la poésie, c’est un exercice de consolation. Je crois que c’est l’écriture en elle-même qui porte une consolation et qui permet d’effacer à jamais, pour Lorca, la question de la solitude. En fait, quand Lorca écrit, il n’est jamais seul. Il faut imaginer qu’il y a d’un côté un musicien et de l’autre un peintre ou un dessinateur. Aux musiciens, Lorca emprunte l’art de faire de la musique avec les mots, ces fameuses lignes mélodiques, ces harmoniques de la langue. Il convoque le dessinateur pour produire des images, créer des métaphores. » Bruno Doucet
Le grand jeu des pages musicales
Aujourd’hui, on a trouvé de la musique dans le recueil de textes de Federico García Lorca « Une colombe si belle » publié aux éditions Bruno Doucet et traduit par Carole Filière.