
1. ARTICLE – Nantes : violences, vols, incivilités… Les usagers des transports en commun sont à bout
Publié le 16/01/2025. France 2 – T. Paga, N. Dalaudier, S. Ruaux
Dans les transports nantais, le sentiment d’insécurité est à son comble. De nombreux passagers craignent de se faire agresser, alors que les interpellations et saisies d’objets dangereux se multiplient.
Les coups de feu ont visé un arrêt fréquenté du tramway, dans un quartier étudiant du nord de Nantes(Nouvelle fenêtre) (Loire-Atlantique). Alertée par plusieurs détonations, une buraliste s’est précipitée hors de son commerce. « Quand je suis sortie, j’ai vu quelqu’un de la sécurité qui disait ‘Mettez-vous vite à l’abri' », se souvient cette dernière. Les passagers, très choqués, ont été recueillis dans un supermarché jusqu’à l’arrivée de la police.
Une centaine d’interpellations par mois
Selon un compte rendu des transports publics nantais, « un individu a mis en joue avec un pistolet d’alarme un père et sa fille (…), le tir a brisé une vitre ». Une agression qui n’est que la dernière d’une longue liste à cet arrêt. Car les transports de Nantes sont régulièrement ciblés par des dégradations. Sur les réseaux sociaux, les conducteurs s’échangent des images de fenêtres ou de portes brisées par des projectiles. Les incivilités, les vols, les violences, alimentent le sentiment d’insécurité chez certains voyageurs. Depuis six mois, les forces de l’ordre ont réalisé 411 saisies et 219 mises en garde à vue. Une centaine d’interpellations sont menées par mois.
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2. ARTICLE – «Ils ont pris le contrôle de tout» : à Nantes, le cri de détresse des résidents d’un quartier gangrené par le trafic de drogue
Par Laurène Trillard, Le Figaro Nantes 16 janvier
TÉMOIGNAGES – Coups de feu, bagarres… Certains habitants ne sortent plus de chez eux, ou s’y promènent la boule au ventre. Rassemblés pour se serrer les coudes, ils racontent un quotidien éprouvant.Passer la publicité
Le lieu n’a pas été choisi au hasard. C’est au pied d’une tour, connue pour abriter un gros point de deal, qu’environ 150 participants se sont rassemblés en ce mardi hivernal dans les quartiers nord de Nantes. «Non à la violence. Non aux rodéos. Oui à la tranquillité», peut-on lire sur plusieurs panneaux. Organisé par un collectif d’habitants, regroupant aussi des commerçants ou encore des agents du service public, l’événement vise à dire stop au trafic de stupéfiants.
Ici, le problème n’est pas nouveau. En 2023, la mairie annexe de Nantes Nord avait par exemple été incendiée pendant les émeutes consécutives à la mort de Nahel. Cependant, le périmètre est récemment devenu un terrain de jeu particulièrement prisé des trafiquants. Le mois dernier, pas une semaine ne s’est passée sans que des coups de feu ne résonnent ou qu’une bagarre éclate. «Parfois, on ne sait pas si c’est une balle ou un pétard», confie une manifestante, sous couvert d’anonymat, comme la plupart des personnes rencontrées, par peur de représailles.
Peur d’une balle perdue
«Il faut qu’on sorte, qu’on aille à la boulangerie, à l’épicerie, sans avoir peur de se prendre une balle», s’exclame au micro une femme membre de l’association Casse Ta Routine, dédiée à l’accompagnement social. «Mon inquiétude aujourd’hui est qu’on se retrouve avec un mort», alerte-t-elle. Depuis 30 ans, elle n’a jamais vu la violence augmenter autant. «Aujourd’hui, il faut qu’on se réapproprie l’espace public», clame-t-elle, sous un tonnerre d’applaudissements. «Le quartier Nantes nord ne se laissera pas bouffer par le deal», appuie Pascal Bolo, élu à la mairie de Nantes. Dans la foule, des socialistes et écologistes sont présents. «On ne lâche rien. Ça prendra le temps qu’il faudra – je ne vous dis pas que demain ça sera réglé, mais cette bataille on la gagnera», assure l’adjoint. «Nous continuerons à faire ce que nous pouvons faire. D’abord en veillant à ce que les services publics restent sur le quartier et à disposition des habitants», promet-il, tout en saluant les dispositifs de vidéosurveillance.
Mais, derrière ces discours politiques de soutien, l’espoir d’un retour à une vie sereine reste faible. «Y a rien qui va changer. Ce n’est pas un rassemblement qui fera quelque chose», soupire une mère de famille de quatre enfants. D’origine musulmane, elle décrit un «rassemblement de bobos» qui «n’est pas représentatif». Déçue, elle s’attendait à voir plus de monde. Elle se dit choquée par l’âge des trafiquants : l’autre jour, des adolescents de 12 ans ont été repérés. «Ils dealent devant nos yeux. On voit où ils planquent leur merde», renchérit l’une de ses amies. Mère de deux enfants, celle-ci évite au maximum de passer au pied de la tour et a demandé une dérogation pour que sa fille ne fréquente pas le collège de secteur l’an prochain.
Je ne sors plus de chez moi toute seule Monique, une habitante du quartier
«Je ne sors plus de chez moi toute seule. Mes enfants viennent me chercher», confie Monique, arrivée ici en 1984. «Il y a 40 ans, c’était un très bon secteur», se souvient la retraitée, qui a eu récemment la peur de sa vie après s’être fait suivre par un jeune homme. «Il n’y a plus rien. Il n’y a plus que la pharmacie d’ouverte», raconte-t-elle à propos de son lieu de vie. «Qu’on arrête cette bande de saloperies. Qu’ils aillent bosser», glisse-t-elle en fin d’échange, en s’éclipsant pour rentrer avant la nuit tombée.
À 39 ans, une autre femme confie avoir fait une dépression et fréquente toujours un psychologue. La mère de famille n’a d’autre choix que de cohabiter avec des trafiquants qui habitent sur le même palier qu’elle. Après leur avoir demandé d’arrêter de fumer par respect pour son enfant asthmatique, «ils m’ont fait des croche-pieds», relate-t-elle, vêtue d’un voile bleu sur la tête. Parfois, ils lui disent «Tu joues avec Gaza» lorsqu’elle leur fait une réflexion, alors que «ça n’a rien à voir». Problème : ces jeunes investissent aussi les aires de jeux, où elle n’ose plus emmener ses petits. «Réfléchissons à autre chose», suggère-t-elle, pressée que le problème, encore insoluble, s’arrête.
«On a utilisé la gentillesse, mais ils ont pris le contrôle de tout», constate-t-elle amèrement, observant également que ces trafiquants jouent sur leur âge pour échapper aux sanctions. «Moi, si mon fils faisait ça, je serais prête à ce qu’on m’expulse de chez moi», affirme-t-elle. «Ça empire. Il faut des trucs radicaux maintenant». Auparavant, en centre-ville, elle se sentait davantage en sécurité. Comme beaucoup, elle n’a pas d’autre choix que d’habiter là. «Quand on voit le prix des appartements plus loin, ce n’est pas dans notre budget», confirment deux septuagénaires voisines, dont l’immeuble se situe à 300 mètres. «Si on reste là, c’est qu’il y a des raisons», concluent-elles, encore relativement à l’abri par rapport à d’autres. Subissant quand même le bruit des rodéos et des balles, elles espèrent que le territoire des trafiquants ne s’étendra pas jusque chez elles.