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CONFIRMATION DU FINANCEMENT PAR LE CNRS DE « HelloQuitteX », MAIS DISSIMULATION DES DÉPENSES ET SALAIRES (4)

DÉJÀ PUBLIÉ SUR METAHODOS :

HelloQuitteX : PLAINTE CONTRE LE CNRS POUR DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS (3)

https://metahodos.fr/2025/01/23/helloquittex-plainte-contre-le-cnrs-pour-detournement-de-fonds-publics/

SILENCE DU CÔTÉ DE L’EXECUTIF – TUTELLE DU CNRS

Toutefois, le Ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad a écrit – personnellement ? – sur X qu’il comptait bien y rester, car dit-il sera « toujours du côté du pluralisme et de la liberté d’expression » dans la suite de son message, il se demande, « où sont les Musk européens ?« , et regrette que l’Europe régule quand les autres innovent !

Selon lui, ce ne sont pas « les directives technocratiques de la commission qui vont inspirer les citoyens », propos étranges et sans doute symptomatiques d’un changement de paradigme au sein de la commission européenne qui semble moins engagée à s’opposer aux grandes plateformes américaines.

MENSONGE ET LANGUE DE BOIS : IL Y A BIEN FINANCEMENT DU CNRS

« Le CNRS n’a ni fondé, ni développé le collectif HelloQuitteX », confirme le CNRS auprès de BFMTV. En revanche, c’est bien « un des laboratoires du CNRS » qui est à l’origine de ce collectif de bénévoles engagés (et ils ne s’en cachent pas), « sous la responsabilité de son directeur », insiste David Chavalarias.

« Il est évident que ce n’est pas la direction du CNRS qui s’engage et valide directement le démarrage de tous projets de recherche. Ce sont les chercheurs qui en sont responsables dans la limite de leurs moyens, moyens auxquels le CNRS ne participe que pour partie », confirme-t-il sur le réseau social.

ET UN FINANCEMENT MYSTÉRIEUX D’UN «  FAN DE MON ENTOURAGE » AU CNRS

Et le chercheur d’invoquer la « liberté académique » : « En tant que directeur de recherche au CNRS, j’ai toute la latitude d’engager des projets de recherche dans la limite de mes financements disponible ». En l’occurrence, l’application serait « pour le moment » financée par une donation qui a été faite « au CNRS par un fan de mon ouvrage », explique-t-il.

QUELQUES CAPTURES POUR VOIR LA SIGNATURE OFFICIELLE DU CNRS SUR LES DOCUMENTS ET LA SOIRÉE CNRS

ARTICLE – « Le soutien du CNRS à HelloQuitteX … « 

  Isabelle Barbéris 24/01/2025 MARIANNE

L’application HelloQuitteX, permettant de quitter facilement le réseau social d’Elon Musk, a été développée par un des laboratoires du CNRS. Maître de conférences habilitée à diriger des recherches, hors classe, en Lettres et arts, sous protection fonctionnelle, Isabelle Barbéris explique en quoi cela pose des problèmes.

L’initiative de boycott HelloQuitteX soutenue par le CNRS et suivie par un grand nombre d’établissements publics culturels et scientifiques, vient raviver le sujet déjà sous tension des libertés académiques et plus largement de la censure institutionnelle, que l’on croyait disparue.

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À l’appel de chercheurs estampillés CNRS, ainsi que de politiques et de membres de la société civile médiatiques, l’appel au boycott a engendré un vaste mouvement de communication au sein de la sphère publique, relayée par la plupart des établissements culturels et des universités : sans que l’on sache si la décision avait été prise démocratiquement au sein de chaque gouvernance, le public mais aussi les salariés de ces établissements ont été avertis très solennellement du départ de ces institutions du réseau X le 20 janvier. Les messages faisaient apparaître des raisons de divergence idéologique, sans que plus de faits ou d’éléments factuels ne soient apportés.

CENSURE ET SIGNALEMENT VERTUEUX

HelloQuitteX est avant toute chose une opération de communication politique dans une sphère, celle du service public, censé relever d’une forme de neutralité constitutionnelle. Or, la question de la neutralité du service public est déjà sous pression depuis de nombreuses années autour des questions de laïcité. Le fait que l’opération se déroule sous l’égide de chercheurs du CNRS, établissement d’État qui consent à l’utilisation de son logo, vient reposer la question de la censure d’État, mais en des termes nouveaux : un état démantelé, depuis la mise en place de la RGPP et notamment l’autonomisation des universités, qui a laissé place à un système d’individualisation et de politisation croissant des instances de gouvernance et des arbitrages. La réforme de l’État a participé au gommage progressif des valeurs communes de service public : désormais, les établissements publics semblent marcher d’un même pas de l’oie, mais ce pas semble plus dicté par le mimétisme et par la réponse au signalement vertueux, que par la conformité à un cahier des charges, argumenté et transparent, de service public.

On connaît depuis longtemps le signalement vertueux sur les réseaux sociaux. Ce dernier permet à des lanceurs d’alerte de mettre en lumière certains problèmes de société, mais c’est aussi un nouveau paramètre du capitalisme cognitif, qui participe à la désinformation et aux nouveaux phénomènes de censure et de meute. HelloQuitteX est cependant la première opération de signalement vertueux menée à échelle institutionnelle. À cet endroit précis, l’on pourrait s’étonner que les experts à l’initiative de cet appel au boycott n’aient pas plus étudié le sujet, pourtant déjà exploré depuis une dizaine d’années – certes pas dans des universités françaises, où les travaux sur les nouvelles censures et le virtue signaling sont étouffés dans l’œuf (ceci expliquant cela ?). Daniel Effron et Paul Conway (par exemple) se sont intéressés aux comportements de virtue signaling qui regroupent des actions, ou des déclarations, particulièrement présentes en ligne, destinées à montrer publiquement son soutien à des valeurs morales ou sociales louables.

La recherche de validation sociale et le conformisme apparaissent comme l’un les principaux ressorts de ce nouveau type de communication, qui, mécaniquement, déclenche une réception clivée et polarisante : des réactions positives, en adhésion aux valeurs revendiquées ; mais autant de réactions de rejet, interprétant cet affichage de manière négative, comme une entrave à la liberté de conscience, voire une manipulation de la moralité à des fins politiques.

LA LIBERTÉ AU CNRS

À échelle institutionnelle et nationale, l’effet délétère, polarisant et menaçant du signalement vertueux, se voit bien entendu amplifié : il entraîne ici une délégitimation du service public qui, au lieu de répondre aux besoins des usagers, est perçu comme dictant comportements et jugements de manière verticale et autoritaire. Le fait que des établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche aient très brutalement communiqué sur ce boycott vient remettre un coup de pression sur la sphère académique, en la clivant a priori entre bons et méchants, et en entretenant le climat de suspicion et d’intimidation qui y est déjà de règle.

L’affaire du logo permet d’entrer en profondeur dans la matrice de ces nouvelles censures académiques, que la polémique, parce que très mal posée, autour de l’ « islamo-gauchisme » avait faussé et écartée un temps du débat public. La question, dans le monde de la recherche, de l’utilisation du rattachement et du logo (de l’établissement, du laboratoire) est régie par quelques usages qu’il convient de rappeler. Dans un premier temps, il faut avoir à l’esprit que tous les chercheurs, les enseignants-chercheurs, titulaires ou non, sont en permanence incités à faire mention de ce logo dans leurs démarches académiques. Nous avons l’habitude de vivre entourés de cette titulature un peu ronflante, de signer nos messages par d’interminables mentions de rattachements, et de les mettre en tête des dossiers, en augmentation croissante, que nous sommes amenés à constituer pour pouvoir garantir les conditions basiques, à peine décentes, de notre travail, pour un temps excédant rarement l’année civile.

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À côté de cela, on sait que la fonction de chercheur excède ce périmètre strictement académique et comporte une dimension sociétale – l’utilité sociale et la participation au débat public sont même encouragées par le ministère de la Recherche qui en fait désormais un énième critère d’évaluation. Nous intervenons donc dans la sphère démocratique, en essayant d’y apporter connaissances, compétences, points de vue si possible informés. Pourtant, il arrive fréquemment d’être mis sous pression, par exemple quand l’enseignant-chercheur signe une tribune en mentionnant son rattachement. Comme chacun s’en doute, ce type d’interventionnisme est à géométrie très variable : les mises sous pression sont loin de concerner tous les collègues. Ceux dont le travail coopère avec l’idéologie dominante ne seront jamais inquiétés, quand bien même leurs idées seraient radicales (et cette tranquillité est absolument normale). La liberté académique n’est pas la même pour tout le monde…

LA QUESTION DU LOGO : UN DÉTAIL QUI N’EN EST PAS UN

La question de l’utilisation du logo est un peu différente de celle de la mention de rattachement : l’usage veut que ce dernier apparaisse quand le laboratoire ou l’établissement a spécifiquement validé le projet, qui a reçu un financement alloué après un processus démocratique (par exemple, en conseil de laboratoire, ou devant un sénat académique). Que le CNRS maintienne son logo dans le projet HelloQuitteX pourrait donc signifier que cette initiative a reçu un financement spécifique, après un processus de validation interne. Mais les déclarations du comité d’organisation semblent dédouaner le centre de recherche. Si ce dernier maintient son logo dans la communication de l’opération (communication sur une opération de communication au passage, ce qui est un peu vertigineux et montre le changement d’époque), c’est donc tout à fait atypique, et signe que le soutien est encore plus fort, d’ordre idéologique.

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Un autre débat très mal posé il y a quelques années s’en prenait à la politisation de chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS) : celle-ci est intrinsèque aux SHS, qui reposent sur un principe d’incomplétude faisant nécessairement intervenir la subjectivité et l’engagement existentiel du chercheur (c’est cela, la « neutralité axiologique », en aucun cas un calque des SHS sur les sciences dures, qui, lui, relève du scientisme). Mais ce que fait ressortir l’opération HelloQuitteX n’est pas la politisation des chercheurs (légale, saine), mais des institutions publiques, détentrices des moyens de financement et d’un cahier des charges de service public.

La question des libertés académiques apparait ici sous un jour nouveau, plus complexe mais aussi plus représentatif de la crise majeure que traversent l’enseignement supérieur et la recherche. Bref, à quand un financement, digne de ce nom et sérieux de la part du CNRS, pour étudier scientifiquement les enjeux et les conséquences des comportements de signalement vertueux dans nos démocraties malades ?

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