
« Duplicité, mensonge et trahison : les extraits exclusifs de la biographie-événement sur Macron, « Le Président toxique » d’Etienne Campion »
TITRE (Par Hadrien Mathoux le 06/02/2025 ) MARIANNE
Dans « Le Président toxique. Enquête sur le véritable Emmanuel Macron », notre journaliste Étienne Campion dresse un portrait inédit du président de la République. En interrogeant plus d’une centaine de ses proches, des collaborateurs zélés aux renégats les plus amers, il éclaire la personnalité du chef de l’État et son influence sur la crise politique profonde que traverse le pays. « Marianne » en publie les bonnes feuilles.
« MANETTE », LA GRAND-MÈRE ADORÉE DU PRÉSIDENT
Dès son adolescence, le jeune Emmanuel Macron commet sa première transgression : il néglige ses parents et sa fratrie, au profit de Manette, sa grand-mère qu’il idolâtre.
Une relation si fusionnelle, du moins, que l’adolescent veut s’installer chez sa grand-mère, qui l’encourage en ce sens. Et que cette transgression originelle le voit déjà semer le malheur et le désarroi chez les êtres les plus proches qu’un enfant ait : ses parents et frères et sœurs. Il se montre, en effet, étrangement peu affecté par les interrogations que suscite son attitude.
1. PRÉSENTATION – Le président toxique
Le président toxique, Pilleurs d’Etat, Marie-Caroline d’Autriche, Plaidoyer pour Joseph McCarthy, Des drogues et des hommes :
Depuis la dissolution kamikaze du 9 juin 2024 et le saut de la France dans le vide, les qualificatifs liés à la personne du Président de la République pleuvent. Une chose est sûre, la vérité sur Emmanuel Macron et la crise du pays est à trouver dans sa personnalité. Même au sein des troupes macronistes, où règnent désormais la colère et l’incompréhension, on se pose la question, qui a-t-il dans la tête du chef de l’État ?
Dès lors, il existe autant d’avis sur ce dernier que de Français. Reste que seules les personnes qui ont côtoyé cet homme, imprévisible, possèdent les clés pour le comprendre pleinement. Grâce à la rencontre d’une centaine d’entre elles, ministre, conseiller, ami, professeur, Étienne Campion retrace l’histoire secrète du macronisme.
Du président, il éclaire toutes les parts d’ombre, énumère tous les costumes, inspecte toutes les failles. Il explique la cohérence d’ensemble et l’évolution du personnage, en dévoilant qu’il y avait dans son parcours les signes avant-coureurs de sa fin de règne solitaire. Que sont imbriquées cette adolescence, heureuse mais excentrique, et ces dernières années de one-man-show déroutant ? Que son brillant talent pour la séduction devait laisser place à ce rapport toxique, parfois cédrique, à ses propres troupes ? Qu’on ait passé trop vite sur certaines étapes clés de sa carrière, et qu’il est temps de reprendre l’histoire à zéro pour comprendre le 8e président de la Vème République ? Voici un portrait inédit d’Emmanuel Macron, qui montre qu’on aurait pu prédire son final chaotique.
2. RETOUR SUR UN ARTICLE DU BIEN PUBIC DE JUIN 2024
Un président « toxique » et le risque d’un « chaos » français et européen
Anne-Camille Beckelynck – 14 juin 2024
Le pari risqué du président français effare nos voisins européens, chez qui l’actualité française a cannibalisé l’espace d’information. Ils y voient un risque pour l’Europe et l’Ukraine. Président « toxique », peut-être atteint d’une « vanité confinant à la folie » et qui « risque de se noyer dans le chaos qu’il a provoqué », comme David Cameron giflé par le Brexit, et aussi de mettre en péril l’Union européenne en faisant « exploser le moteur franco-allemand ». Revue de presse.
Dimanche soir, même les alertes du site d’informations européennes Politico.eu laissaient une large place à la France. Sur le site, le suivi des rebondissements a vite laissé la place à des analyses, aux titres parfois vifs, comme ce « Macron est-il trop toxique pour gagner ? » , mercredi. Le président français est « de plus en plus considéré comme un handicap » dans son pays, et fait craindre à ses alliés « qu’il ne les conduise au désastre ». « Dédaigneux et autoritaire », « distant et déconnecté de la réalité », « arrogant et élitiste » : Politico rappelle les reproches que les Français font à leur président, raison pour laquelle ils ont utilisé leur vote ce 9 juin pour « exprimer leur mécontentement ».
Le risque de « faire exploser la politique européenne à un moment critique »
Le scrutin surprise à venir « menace non seulement de renverser le gouvernement français, mais aussi de faire exploser la politique européenne à un moment critique, alors que la guerre russe en Ukraine entre désormais dans sa troisième année », résume Politico.
En Allemagne, le mélange de stupéfaction et d’intérêt a carrément abouti à ce que la conférence de presse donnée mercredi par le président français soit retransmise en direct à la télévision.
Dès lundi matin, alors que l’Allemagne avait elle aussi voté dimanche pour les Européennes, certains quotidiens donnaient une grande place à la tonitruante actualité française, comme le Tagesspiegel , sur la Une duquel la photo d’Emmanuel Macron s’affichait en grand avec ce titre : « Un joueur [de paris ou de poker] à l’Élysée ».
« Avec l’annonce de nouvelles élections, Macron mise tous ses jetons sur le même numéro. Pourra-t-il arrêter la marche des populistes de droite en France, ou les portera-t-il au pouvoir ? », résumait cette Une.
« Le cavalier seul de Macron », titrait aussi ce jeudi la Frankfurter Allgemeine Zeitung. « La France se dirige vers une période prolongée d’instabilité politique […] C’est une mauvaise nouvelle pour l’Allemagne et l’UE, pour l’Ukraine elle est amère. »
Pour Die Zeit , Emmanuel Macron « risque de se noyer dans le chaos qu’il a provoqué », écrit le correspondant à Paris Matthias Krupa dans une chronique titrée « Au bord de la dépression nerveuse ».
« Qu’est-ce que c’est ? Un suicide par peur de la mort ? »
« Emmanuel Macron : lui ou le chaos » , dit un autre article de l’hebdomadaire, signé de son ancien correspondant en France Gero von Randow. « Qu’est-ce que c’est ? Un suicide par peur de la mort ? Une vanité confinant à la folie ? Une bêtise sans fond ? », s’interroge le journaliste.
Dès lundi, Die Zeit , sous la plume de Annika Joeres, considérait que l’enjeu des Européennes de dimanche « ne concernait pas Bardella : il s’agissait surtout de punir Macron. Les raisons du succès de l’extrême droite sont donc avant tout à chercher du côté de Macron ».
En Espagne, le quotidien espagnol El Pais faisait lui aussi son grand titre de Une lundi non pas sur les résultats des élections européennes dans le pays, mais sur la « secousse extrême en France et en Espagne », avec une photo de Marine Le Pen et Jordan Bardella pour illustrer. Le titre sur les résultats des européennes en Espagne (le PP, droite conservatrice, est arrivé légèrement devant le PSOE, social-démocrate) vient seulement en dessous sur la une.
Le « feuilleton » chez LR fait parler
Mardi, El Pais s’inquiétait pour le « moteur franco-allemand », « détérioré » par l’effet conjugué de la progression dans les deux pays de l’extrême droite, « qui a une vision différente du projet européen », et de « l’incertitude sur l’avenir des gouvernements » de Macron et Scholz. Cette situation « non seulement affecte gravement le moteur de l’Union européenne, mais pourrait le faire exploser ».
Nouvelle Une d’ El Pais ce jeudi sur la situation en France, avec une photo d’Emmanuel Macron, les lèvres pincées, se rendant à la conférence donnée ce mercredi.
Mais le grand titre du quotidien ne porte pas sur le président de la République : « La droite française licencie son leader pour avoir cherché une alliance avec l’extrême droite ». Oui, chez nos voisins aussi le « feuilleton » chez LR fait parler. « Ciotti refuse d’accepter son limogeage décidé à l’unanimité. Macron fustige les coalitions entre partis modérés et extrémistes à gauche comme à droite. »
La situation chez LR est aussi observée sans économies de commentaires en Allemagne : « Pacte avec le diable » pour Die Welt ou encore « Eric Ciotti : le traître » (Der Verräter) pour Die Zeit.
Attention espagnole aussi pour les négociations à gauche et la création d’un « “nouveau front populaire” afin d’empêcher la victoire de Le Pen aux législatives », dans une ambiance de « stupeur totale ». Le correspondant à Paris du quotidien note d’emblée que la gauche française s’est « divisée ces derniers mois sur les conflits à Gaza et en Ukraine, et sur le personnalisme de Jean-Luc-Mélenchon ».
Macron, nouveau Cameron face à son pari (perdu) du Brexit ?
Les Britanniques, qui ont quitté l’UE en 2020, ne votaient évidemment pas pour les Européennes, mais ils sont eux-mêmes en pleine campagne législative : le Premier ministre Rishi Sunak, lui aussi en mauvaise posture politique, a annoncé le 22 mai qu’il convoquait de nouvelles élections pour le 4 juillet (3 jours avant le second tour des législatives en France, donc, et avec un délai plus honorable de 6 semaines pour faire campagne). Mais malgré cette actualité politique dense au Royaume-Uni, la surprise française s’est glissée sur les Unes des journaux sérieux (nous n’avons rien trouvé en Une des tabloïds). « Macron convoque des élections anticipées après une énorme poussée de l’extrême droite », titrait lundi très sobrement en manchette The Independent.
Titre similaire en tête de Une pour le Times , qui évoque dans son article sur les Européennes une « défaite humiliante pour Macron » ainsi que pour le chancelier allemand Olaf Scholz. Pour le quotidien, la dissolution de l’Assemblée française « semble permettre à la droite dure (« hard right » dans le texte) d’arriver sur les marches du pouvoir en France pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, quand le pays avait collaboré avec les Nazis » ; les Britanniques aiment à rappeler que la France n’a pas été aussi vaillante que leur pays pendant cette période.
« Un duel funeste se profile non seulement pour la France, mais pour l’UE dans son ensemble. »
Le Guardian , autre quotidien londonien, considérait lundi soir dans son éditorialqu’Emmanuel Macron « joue avec le feu politique ». Sa « décision choc » « est un pari très risqué pris en position de faiblesse ». Le Guardian étale les scénarios, mais considère que « en réalité, personne ne sait ce qui va se passer. Comme David Cameron l’a découvert après avoir promis un référendum sur le Brexit, suite aux excellents résultats du parti UKIP de Nigel Farage (le parti pro-Brexit, ndlr) aux Européennes de 2014, les manœuvres audacieuses peuvent réserver de très mauvaises surprises. »
Mais le quotidien, britannique mais pro-européen, considère que « le résultat le plus probable du coup de dés de M. Macron semble être une présence accrue du RN dans un Parlement agité, fragmenté et paralysé. Une telle stagnation serait sûrement de l’eau au moulin de Mme Le Pen avant 2027. Elle serait également déstabilisatrice pour le reste de l’Europe, après des élections qui ont vu les partis de droite radicale en tête en Italie et en Autriche, et l’AfD deuxième en Allemagne malgré des scandales à répétition ces derniers mois. »
Et le Guardian de conclure : « Dans le contexte de la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine et d’une grande volatilité géopolitique, M. Macron s’est montré un ardent et bienvenu défenseur d’une Europe plus puissante, plus unie et plus affirmée. Il a maintenant choisi d’affronter Mme Le Pen, dont les sympathies pro-Poutine sont connues, et qui aspire à perturber l’Union européenne de l’intérieur dès qu’elle sera au pouvoir. Un duel funeste se profile non seulement pour la France, mais pour l’UE dans son ensemble. »