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BETHARRAM / BAYROU : QUAND VÉRITÉ ET MENSONGES S’ENTREMÊLENT – VERS UNE AFFAIRE D’ÉTAT ?

DOSSIER METAHODOS : Vers un « scandale d’État » ?

1. ÉMISSION – Affaire Bétharram : François Bayrou continue de nier

2. ARTICLE – « Un ami de la famille », « mensonges »… Que reproche-t-on à Bayrou dans l’affaire d’agressions sexuelles à Bétharram ?

3. ARTICLE – « C’est le goulag des Pyrénées » : d’anciens élèves de Bétharram, victimes de violences physiques et sexuelles, témoignent

4. ÉMISSION – Bétharram : François Bayrou a-t-il la mémoire courte ? 

1. ÉMISSION – Affaire Bétharram : François Bayrou continue de nier

Publié le jeudi 13 février 2025 FRANCE CULTURE

François Bayrou continue de nier, alors que les témoignages s’accumulent, déclarant qu’il était au courant de violences physiques et sexuelles à Notre-Dame-de-Bétharram, établissement scolaire de Pau. Ce mercredi une manifestation de victimes étaient organisée devant l’école.

Cela fait des mois que les associations de victimes l’interpellent et un an que le parquet de Pau mène l’enquête sur plus d’une centaine de plaintes pour violences physiques, agressions sexuelles et viols qui auraient été commis au collège-lycée Notre-Dame-de-Bétharram de Pau entre les années 1970 et 1990. Un collège où plusieurs des enfants de François Bayrou ont été scolarisés et où sa femme a enseigné. Ce mercredi, interpellé par plusieurs députés de gauche, le premier ministre a du s’expliquer à l’Assemblée nationale et il assuré, a nouveau, n’avoir jamais eu connaissance du scandale. « Polémiques artificielle », selon lui, il annonce déposer une plainte en diffamation. 

Pourtant ces derniers jours, une enquête de Mediapart donne la parole à plusieurs personnes qui affirment que François Bayrou avait connaissance dès la fin des années 1990 d’accusations d’agressions sexuelles dans cet établissement scolaire privé, avant qu’il ne devienne ensuite, ministre de l’éducation nationale. 

Ce jeudi matin, Mediapart, publie l’interview du juge d’instruction de l’époque, qui confirme avoir rencontré l’élu et lui avoir tout dit des viols mis au jour par son enquête. Ce déni du Premier ministre met en colère les victimes, qui organisaient ce mercredi, devant l’école de Bétharram à Pau, une manifestation à l’initiative du collectif Mouv’Enfant.

2. ARTICLE – « Un ami de la famille », « mensonges »… Que reproche-t-on à Bayrou dans l’affaire d’agressions sexuelles à Bétharram ?

Vers un « scandale d’État » ?

Par  Marianne 13/02/2025

Derrière la polémique politique que suscite l’attitude de François Bayrou dans l’affaire des accusations d’agressions sexuelles au sein d’un établissement catholique béarnais, des témoins et l’opposition de gauche mettent en cause la proximité de l’actuel Premier ministre avec cette institution et ses incidences.

Jusqu’où iront les répercussions de cette affaire ? Depuis les révélations de Mediapartdu 5 février, François Bayrou est dans la tourmente, alors qu’une partie de la gauche appelle à sa démission. Et pour cause, le Premier ministre est accusé d’avoir mentipour couvrir l’institution catholique Notre-Dame-de-Bétharram, située dans son département des Pyrénées-Atlantiques, où ses enfants ont été scolarisés et son épouse a enseigné le catéchisme.

« Je récuse les polémiques artificielles sur ce sujet », a déclaré le locataire de Matignon devant l’Assemblée nationale ce mercredi 13 février. Le parquet de Pau mène l’enquête depuis un an sur plus d’une centaine de plaintes visant des violences physiques, agressions sexuelles et viols qui auraient été commis au collège lycée Notre-Dame-de-Bétharram entre les années 1970 et 1990… Que savait François Bayrou, qui était ministre de l’Éducation nationale de 1993 à 1997 ? Retour sur cette affaire en quatre questions.

QUELS SONT SES LIENS AVEC NOTRE-DAME-DE-BÉTHARRAM ?

Plusieurs enfants du Premier ministre ont été scolarisés dans cet établissement catholique sous contrat « qui a la réputation d’être strict», comme il l’a rappelé mardi 11 février devant l’Assemblée nationale. L’un de ses fils était notamment dans la classe d’un élève à l’origine de la première plainte déposée contre un surveillant, pour une violente claque qui avait percé le tympan du garçon, en avril 1996.

Sa femme Élisabeth Bayrou y a également enseigné le catéchisme. Ces liens ont valu à François Bayrou d’être interrogé, depuis un an, sur l’enquête du parquet de Pau sur plus d’une centaine de plaintes dénonçant des faits de violences physiques, agressions sexuelles et viols à Bétharram dans les années 1970 à 1990.

QU’A-T-IL DIT, DEPUIS UN AN, SUR CETTE AFFAIRE ?

Au Monde, à La République des Pyrénées et au Parisien, François Bayrou répète en mars 2024 n’avoir « jamais entendu parler » des accusations de viols. « Seule l’une de mes filles se souvient d’une affaire de claques données par un surveillant », déclare-t-il. « Je ne connaissais pas le père Carricart, si ce n’est peut-être de vue. Jamais je n’ai été au courant de cette histoire à ce moment-là », ajoute-t-il au sujet de cet ancien directeur de Notre-Dame-de-Bétharram, mis en examen et placé en détention provisoire pour viol en mai 1998.

Remis en liberté le mois suivant, ce religieux rejoindra Rome où son corps sera retrouvé dans le Tibre deux ans plus tard. « Je n’ai jamais été informé de quoi que ce soit de violences ou de violences a fortiori sexuelles», a déclaré le chef du gouvernement ce mardi 11 février à l’Assemblée nationale. « Jamais je n’ai été, à cette époque, averti (…) des faits qui ont donné lieu à des plaintes ou à des signalements », a-t-il répété le lendemain devant les députés.

François Bayrou assure que « lorsque la première plainte est déposée », selon lui « en décembre 1997 », il avait « quitté déjà le ministère de l’Éducation nationale depuis des mois », et qu’il n’aurait pas scolarisé ses enfants dans un établissement visé par de « tels soupçons ». En avril 1996, une plainte avait déjà dénoncé les violences physiques d’un surveillant – qui a été condamné – sur un enfant de la classe d’un des fils du Premier ministre. Puis en mai 1998, alors que François Bayrou était redevenu député des Pyrénées-Atlantiques et président du Conseil général, un ancien directeur de l’institution avait été mis en examen et écroué pour viol.

QUE LUI OPPOSENT DES TÉMOINS ?

Françoise Gullung, professeure de mathématiques à Bétharram de 1994 à 1996, a porté plainte à l’époque pour y dénoncer un climat violent. « J’en ai parlé de vive voix à François Bayrou pour lui dire qu’il fallait être vigilant parce qu’il se passait des choses anormales », affirme-t-elle aujourd’hui, ajoutant avoir alors également écrit, avec l’infirmière du collège-lycée, au conseil général des Pyrénées-Atlantiques où il siégeait. Pour le père du garçon victime de la violente claque en 1996, François Bayrou « était absolument au courant » et « n’a eu aucune réaction ».

Le juge qui enquête sur le viol en 1998 a relaté dans plusieurs médias que « François Bayrou a fait la démarche de venir (l)e voir lorsque le prêtre était en détention ». « Il était inquiet au regard du fait qu’un de ses fils était scolarisé » à Bétharram et « disait qu’il ne pouvait pas croire que le père Carricart avait fait ce qu’on lui reprochait ». Cet ancien magistrat affirme qu’ils avaient évoqué l’affaire et a dit à Mediapart ne pas comprendre pourquoi l’actuel Premier ministre le « dément aujourd’hui ».

Selon Alain Esquerre, plaignant à l’origine de la dénonciation collective des faits l’an dernier, ce religieux était en réalité « un ami de la famille Bayrou ». « Sa femme était aux obsèques » du prêtre en 2000, ajoute une autre victime, Jean-Marie Delbos. Mediapart a aussi dévoilé ce mardi 11 février la lettre d’un ancien élève adressée en mars 2024 à François Bayrou qui raconte des faits d’attouchements subis à la fin des années 1950, restée sans réponse. Selon le procureur de Pau, interrogé ce mercredi 12 février, les auditions de victimes sont terminées et le parquet doit décider désormais des suites judiciaires à donner.

QUE DÉNONCENT OPPOSITION ET VICTIMES ?

La France insoumise (LFI) dénonce un « scandale d’État » et réclame une commission d’enquête, en accusant le Premier ministre de « mensonges », ce qu’il réfute. Ministre de l’Éducation jusqu’en mai 1997, redevenu ensuite député et président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, François Bayrou aurait dû, pour certains, déclencher l’article 40 du code de procédure pénale qui lui imposait de signaler à la justice des faits criminels ou délictueux dont il aurait eu connaissance avant elle.

Mais « savait-il ? », a interrogé ce jeudi 13 février sur France Info Me Thierry Sagardoytho, l’avocat qui représentait la victime de viol en 1998. « Il savait, à mon sens, ce que tout le monde savait en lisant la presse », estime le conseil. De même pour les « châtiments corporels » qui faisaient partie de « la charte éducative de l’établissement », ajoute Me Sagardoytho. « C’était connu », résume-t-il.

En mai 1996, un mois après le dépôt de la plainte pour violence, François Bayrou s’était rendu à Notre-Dame-de-Bétharram, en tant que ministre de l’Éducation, à l’occasion de la réception de travaux. Il avait alors pris la défense de l’établissement face aux « attaques» ayant suscité « un sentiment douloureux et un sentiment d’injustice » chez de nombreux Béarnais, avait relaté Sud-Ouest à l’époque.

3. ARTICLE – « C’est le goulag des Pyrénées » : d’anciens élèves de Bétharram, victimes de violences physiques et sexuelles, témoignent

L’établissement catholique est visé par 112 plaintes pour des violences physiques et sexuelles subies entre les années 1970 et 2010. Le Premier ministre François Bayrou est aujourd’hui accusé d’avoir couvert ces agissements, ce qu’il dément.Par Manon Aublanc

Le 14 février 2025 LE PARISIEN

Des violences physiques, des humiliations, des agressions sexuelles et des viols. Depuis plus d’un an, le parquet de Pau enquête sur le collège-lycée Notre-Dame-de-Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques. Et pour cause, au moins 112 plaintes ont été déposées pour des violences physiques et sexuelles subies entre les années 1970 et 2010 au sein de cet établissement catholique réputé pour son extrême sévérité. Le Premier ministre François Bayrou est aujourd’hui accusé d’avoir couvert ces agissements, ce qu’il dément.

Mais « un nouveau corpus de plaintes, notamment pour viol » devrait être déposé prochainement. « 5 000 élèves y sont passés, dans un environnement de terreur, d’abus sexuels, de perversité absolue de la part d’une multitude d’agresseurs laïcs ou religieux… » expliquait au Parisien Alain Esquerre, le porte-parole des plaignants, scolarisé dans l’établissement de ses 10 à 16 ans, lors d’un rassemblement devant l’établissement ce mercredi.

« Ça ne m’a rien appris, sauf à briser l’enfant que j’étais »

Concernant les violences physiques, « beaucoup s’apparentent à des actes de tortures ou de barbarie », expliquait-il en avril dernier, citant des élèves privés de se rendre aux toilettes, tabassés ou contraints de passer de longues heures en slip, de nuit et en plein hiver, sur le « perron », l’espace dédié aux brimades publiques. « Bétharram, c’est le goulag des Pyrénées. Ça ne m’a rien appris, sauf à briser l’enfant que j’étais à force de passage à tabac », poursuivait le quinquagénaire.

VidéoViolences sexuelles à Notre-Dame de Bétharram : François Bayrou savait-il ?

« Au moindre chuchotement, le surveillant nous mettait à la porte et, derrière, on se faisait massacrer par le préfet de discipline. On était tétanisés en attendant qu’il passe, ça pouvait durer longtemps. Certains se pissaient dessus », témoigne Thierry, un commercial, qui a fait sa scolarité dans l’établissement, citant lui aussi le perron comme « punition suprême ».

L’une des victimes, Benoît, a confié avoir reçu, parmi les sévices, des piqûres d’eau dans les fesses. « Pour moi c’est de la torture, on ne fait pas ça à un enfant de huit ans. C’était de la violence gratuite, pas à la mesure des bêtises qu’on pouvait faire », a-t-il raconté à nos confrères de Franceinfo.


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Évoquant également des « énormes gifles, des coups de poing sur la tête », il s’est rappelé « d’un prof qui prend un élève par la ceinture et le col de sa chemise et le balance dans les escaliers », d’une « nuit sur le palier pour avoir demandé du papier toilette » ou « des heures passées – faute d’avoir chuchoté – dehors en pleine nuit sur le perron ». L’homme a également porté plainte en février 2024 contre deux anciens adultes de l’établissement pour viols.

« Il nous masturbait et nous faisait des fellations »

Mais il est aussi question de nombreux faits de nature sexuelle. C’est le cas de Jacques, qui nous avait détaillé les attouchements subis pendant deux ans de la part de l’ancien surveillant général, surnommé le « Cheval », entre 1981 et 1983. « Il me mettait la main dans le pyjama. Ça a duré deux ans. Je ne pouvais me confier à personne », avait expliqué cet employé de 52 ans.

« J’ai fait du sport pour me vider la tête, mais impossible d’oublier. Je me suis mis à boire, mais ce n’était pas la bonne solution. Puis on explose, on raconte aux copains qui conseillent de se faire suivre. Mais on n’ose pas, on a honte, on se sent coupable. Les relations sentimentales sont chaotiques. J’ai plusieurs fois pensé à me foutre en l’air », avait-il confié.

Un même surveillant général, cité par plusieurs victimes, qui se sont confiées au Parisien. C’est le cas de Simon, un ancien élève qui le compare à un « prédateur ». L’homme lui aurait imposé une fellation lors d’un séjour à l’étranger chez sa tante, où le surveillant, qui s’était rapproché de la famille, avait été invité. Laurent, qui a effectué tout son collège à l’internat entre 1984 et 1990, cible le même homme et raconte avoir été violé lors d’un voyage scolaire au Maroc en fin de 5e.

Mais le « Cheval » n’est pas le seul adulte mis en cause. Jean-Marie Delbos, aujourd’hui âgé de 78 ans, scolarisé à l’âge de 10 ans à l’apostolicat de Bétharram, lui, a été violé par le père Henri Lamasse, un prêtre de l’établissement. L’homme se rendait, « soutane ouverte », la nuit dans son dortoir. « Il nous masturbait et nous faisait des fellations. On était terrorisés. Ça a duré cinq ans. Quand je les ai dénoncés, on m’a envoyé dans un hôpital psychiatrique militaire. Voilà ce qu’est Bétharram », a raconté le septuagénaire. S’il a été reconnu coupable, son violeur n’a pas été poursuivi par la justice, les faits étant prescrits.

4. ÉMISSION – Bétharram : François Bayrou a-t-il la mémoire courte ? 

Publié le vendredi 14 février 2025 FRANCE CULTURE

Le Premier ministre se défend. Attaqué par la gauche, il répète qu’il ignorait les violences commises au collège-lycée Notre-Dame-de-Bétharram, un établissement catholique des Pyrénées-Atlantiques. La pression monte. 

François Bayrou a-t-il couvert des agressions physiques et sexuelles sur des enfants, dans un établissement catholique ? La question vous paraît brutale ? Elle l’est. Pour la France insoumise, ce n’est même plus une question, d’ailleurs, c’est une accusation. Un « scandale d’Etat », même.

Notre-Dame de Bétharram, donc. Un collège et un lycée. Une institution pour des familles aisées et catholiques, qui ont fait bloc derrière l’établissement. Nous sommes tout près du sanctuaire de Lourdes, tout près de Pau, aussi, sur les terres de François Bayrou. Derrière ces portes, que s’est-il passé ?

Au tribunal de Pau, des dizaines de plaintes convergent, surtout depuis quelques mois. Progressivement, la vérité apparaît. A Bétharram, pendant des décennies, des enfants ont été frappés, humiliés, et pour certains agressés sexuellement, violés. Derrière l’image d’un établissement « à la dure » – c’est comme ça qu’on disait -, un vrai « régime de terreur ». Si vous voulez comprendre ce système, allez lire les enquêtes de mon confrère Robin Richardot, dans Le Monde. Elles sont précises, terribles.

Sur la défensive

François Bayrou a-t-il joué un rôle dans cette affaire ? Aurait-il  jouer un rôle, pour stopper cet engrenage ? Et aurait-il pu le faire, plus que d’autres ? Il connaît bien cet établissement. Plusieurs de ses enfants y ont été scolarisés, son épouse y a enseigné le catéchisme, et des témoins affirment qu’ils ont alerté l’élu sur la face cachée de Bétharram.

Le Premier ministre se défend. Mal. Il y a trois jours, encore, devant les députés : « Je n’ai jamais été informé de quoi que ce soit, de violences ou de violences a fortiori sexuelles. Jamais ». Puis mercredi, à nouveau. Il persiste. Sous pression, il finit par exprimer sa « sympathie », pour des garçons qui ont été, je cite « en souffrance ». Il ne prononce jamais le mot « victimes ».

Des faits précis

Que sait-il, et que savait-il ? Il faut chercher des traces, et être précis. 1996, première grosse alerte à Betharram. Une famille porte plainte. Un surveillant a giflé un élève si fort qu’il lui a crevé le tympan. Les médias s’y intéressent. A l’époque, François Bayrou n’est pas seulement le grand élu de la région ; il est aussi ministre de l’Education nationale, et premier défenseur de l’enseignement privé. Il se rend à Bétharram. Dans les colonnes du journal Sud-Ouest, il soutient l’établissement. Mediapart a exhumé cette archive : « Nombreux sont les Bearnais qui ont ressenti ces attaques avec un sentiment douloureux et un sentiment d’injustice « . Le ministre annonce que « des vérifications » ont eu lieu, et qu’elles sont « favorables et positives ».

Une autre date : 1998, et une autre affaire, plus grave encore. Une plainte pour viol. Un prêtre mis en examen : le père Carricart, ancien directeur de Bétharram, qui s’est suicidé plus tard. Affaire médiatisée, là aussi. Un juge est chargé de l’enquête. Aujourd’hui, cet ancien magistrat affirme que François Bayrou était venu le voir à l’époque. Pas pour faire pression sur lui, mais pour évoquer ces accusations. Le Béarnais n’était plus ministre, mais toujours élu local, et parent d’élève. Vingt-sept ans après, le Premier ministre assure qu’il n’a aucun souvenir de cet échange. Mémoire courte ? Malaise ? Comment peut-il dire qu’il ignorait jusqu’aux éléments publiés dans les journaux ? Où commence le déni ? Et l’omerta ?

Une institution hors contrôle

Le Premier ministre doit s’expliquer, et rapidement. Devant l’Assemblée, ses mots très vagues, ses explications aussitôt contredites, ne passent pas, ne passent plus. Pour les victimes, c’est insupportable.

Mais dans l’emballement politique, attention à garder la tête froide, avec deux mots-clés : le calendrier et la responsabilité. Quand la société a-t-elle pris conscience des violences sexuelles systémiques, en particulier au sein de l’Eglise, dans des établissements religieux ? Il y a une dizaine d’années, pas plus. Tout ressort maintenant, mais il a fallu du temps. Ne l’oublions pas.

Quant aux responsabilités, là aussi, il faut être précis. Dans le journal Libération, ce matin, Alain Esquerre, le porte-parole de victimes, critique le Premier ministre, mais rappelle un point important : « Le procès de Bétharram, ce n’est pas le procès de Bayrou ». Qui est responsable ? D’abord les auteurs de ces délits ou de ces crimes. Ensuite, l’Eglise qui a laissé faire et qui a étouffé les signalements. Sa responsabilité est écrasante. Enfin, l’Etat, l’Education nationale. D’après Mediapart, en trente ans, cet établissement privé sous contrat n’a jamais été contrôlé, malgré les signalements, les plaintes. S’il y a un scandale d’Etat, pour l’instant, il est là.

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