
VOICI LES 4 INFORMATIONS ESSENTIELLES QUE FRANCE TV A PUBLIÉES DÈS 2023 ET 2024 …
… ET QUI N’ONT PAS FAIT BOUGER LES AUTORITÉS POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES
1. Violences et abus sexuels. « J’ai pensé à me suicider » : anciens élèves du lycée Notre-Dame de Betharram , ils veulent briser le silence
2. Notre-Dame de Bétharram. « Ils s’échangeaient les bons plans » : victimes de violences sexuelles à l’école, d’anciens élèves sortent du silence
3. Violences sexuelles. « Rendormez-vous, ce n’est rien » : les plaintes d’anciens élèves de Notre-Dame de Bétharram affluent, les victimes dénoncent l’omerta
4. « Tout était glauque, là-bas » : 43 nouvelles plaintes pour violences et abus sexuels au lycée Notre-Dame de Bétharram
1. ARTICLE ET VIDEOS DE NOVEMBRE 2023
Violences et abus sexuels. « J’ai pensé à me suicider » : anciens élèves du lycée Notre-Dame de Betharram , ils veulent briser le silence

Violences et abus sexuels. « J’ai pensé à me suicider » : anciens élèves du lycée Notre-Dame de Betharram , ils veulent briser le silence

Écrit par Clémence Rouher Publié le 17/11/2023 à 06h00 Mis à jour le 02/02/2024
D’anciens élèves du prestigieux établissement Notre Dame de Betharram, en Béarn, veulent raconter les violences subies pendant leur scolarité, dans les années 80. Ils se retrouvent sur Facebook pour libérer leur parole et témoigner de leurs vies brisées par les sévices infligés dans l’établissement.
Scolarisé à Betharram dès ses sept ans, Marc* (le prénom a été changé) ne se souvient que trop bien du quotidien dans le prestigieux établissement béarnais. Élève dans les années 80, il intègre tout de suite les règles de l’internat. « Une douche par semaine, froide. Des nuits en shorts, en sandales par 0 degré, des nuits entières. On nous arrachait les cheveux quand on n’avait pas la moyenne » raconte-t-il. » 1/2 heure pour 40 élèves pour se laver/ faire son lit au carré et plier son linge sale. Les douches étaient chronométrées : 1 min sous l’eau et 1 min pour se sécher« .
Gaucher et dyslexique, il raconte être systématiquement relégué au dernier rang de la classe et objet de sévices supplémentaires. « Vous êtes considéré comme trisomique. Vous êtes au fond de la classe, vous ne comprenez rien. »
Selon Marc, les sévices étaient quotidiens pour l’ensemble des élèves, au nombre de 2 000 à l’époque. « Ceux qui surveillaient étaient les élèves de 1ère et 2ᵈᵉ », raconte-t-il.
« Ma mémoire me joue des tours »
Mais plus encore, l’ancien élève assure avoir subi des abus sexuels. Marc décrit toujours la même méthode pour tous les enfants victimes : « Quand vous étiez puni, que vous alliez dehors, que la punition était nominative, un surveillant vous appelait et vous passiez dans son bureau ». Ce surveillant, toujours en vie, est mis en cause par d’autres élèves, qui pour l’instant n’ont pas encore porté plainte sachant les faits prescrits.
L’établissement privé, catholique et réputé, situé à 30 minutes de Pau et créé en 1853, a déjà fait les frais d’une médiatisation. Dans les années 90, des faits de violence y sont exposés et le scandale secoue le Béarn. Le fils de François Bayrou, alors ministre de l’Education nationale, y est scolarisé. Les hommes politiques locaux ont vent de ce qui se passe dans l’établissement et refusent de le passer sous silence : « Douste Blazy et Bayrou ont fait exploser les affaires de sévices, mais ce n’est pas tout. Ce sont des petits bouts qui arrivent à chaque fois. », estime Marc.
« Tous les gens à qui vous en parlez ne vous croient pas »
Ces sévices sexuels dont il se dit victime, Marc reconnaît qu’il lui est très difficile d’en parler. « Les gens ne vous croient pas. Pour eux, c’est de la science-fiction ». Et pour cause : ses propres parents ne l’ont jamais entendu. Il assure ne pas être un cas isolé.
J’ai des copains qui ne s’en sont pas sortis, d’autres qui se sont suicidés et d’autres qui ne veulent pas en entendre parler.Marc
ancien élève de Notre Dame de Betharram
Aujourd’hui, Marc se sent plus fort et souhaite désormais écrire et raconter son histoire, par « devoir de mémoire » .
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Le livret de classe d’Alain Despoutère • © Alain Despoutère
« J’entendais leur témoignage, j’en pleurais »
Externe de l’institution dans les années 80 dès son entrée en 8ᵉ (CM1), Alain Despoutère se souvient de la gorge serrée et le ventre noué qui reviennent, chaque matin, en prenant son vélo pour rejoindre l’école. « Tout de suite, j’ai compris que j’allais vers quelque chose qui n’était pas normal », raconte-t-il qualifiant le climat régnant alors de « terreur extraordinaire ».
Des années après, il décide de collecter des témoignages pour aider ces enfants brisés. En octobre 2023, il monte un nouveau groupe privé Facebook intitulé Les anciens du collège et lycée de Bétharram, victimes de l’institution.
J’ai eu une dizaine de témoignages en très peu de temps. Des personnes qui sont encore en psychothérapie à l’âge de 50 ans passés. J’entendais leur témoignage, j’en pleurais.Alain Despoutère
Créateur du groupe privé Facebook « Les anciens du collège et lycée de Bétharram, victimes de l’institution »
« Collecter ces témoignages, c’est un peu une revanche »
« Si je raconte ce qui s’est passé à Betharram, les gens ne me croient pas », reprend Alain. Il relie son besoin de récolter ces témoignages au fait que plusieurs anciens élèves se sont donné la mort entre-temps. Il déplore que tous se soient tenus au silence. « Malheureusement, les réseaux sociaux n’existaient pas ».
On avait un authentique goulag dans les Pyrénées et il était protégéAlain Despoutère
Créateur du groupe privé Facebook « Les anciens du collège et lycée de Bétharram, victimes de l’institution
« Collecter ces témoignages, c’est un peu une revanche. Ces gens ont bousillé mon temps scolaire. Pendant six ans, je suis allé à l’école en reculant », se souvient-il. Il souhaite désormais que les langues se délient.
« C’est important de donner des noms des gens qui n’ont pas été corrects. Leur place est sous les verrous », insiste-t-il. La majorité des personnes mises en cause est aujourd’hui décédée. Pour les autres, la prescription pour ces faits, qui remontent aux années 80, est désormais active.
« Le seul idiot de la terre à avoir voulu aller à Bétharram »
Parmi les témoins de cette époque honnie, Pascal Gélie. Il a 14 ans quand il quitte l’univers feutré d’un collège bordelais pour suivre un camarade envoyé à Bétharram. Un ami turbulent, aux mauvaises notes et qu’il faut mater. Pascal, lui, n’est rien de tout ça, il n’a « pas le profil » il est juste « le seul idiot de la terre à avoir voulu aller à Bétharram« , commente-t-il. Le souvenir reste vif. Pascal assiste aux punitions collectives dans son dortoir de 40 élèves. « Une fois, on est resté au pied du lit trois heures. L’un de nous est tombé dans les pommes et personne n’a bronché », décrit-il, évoquant une « violence institutionnalisée » et une « ambiance de milieu carcéral« .
Il entend aussi parler des agissements du père Silviet Carricart, qui s’est donné la mort, après avoir été soupçonné d’avoir abusé d’un jeune élève de 10 ans en 1988.
Betharram était un repère idéal pour les pédophiles, il y avait de quoi consommer sur place dans un endroit isolé.Pascal Gélie
Ancien élève de Notre Dame de Bétharram
Aujourd’hui, Pascal cherche à aider Alain Despoutère dans son travail de recueil de témoignages. « Ce que j’aimerais, c’est que ceux qui ont été victimes puissent tourner la page : dire, être compris et entendus »,dit-il.
L’Église a pris « la juste mesure » des abus qui ont pu intervenir
Sur sa propre page Facebook, Marc a publié une lettre écrite un an plus tôt par le père Laurent Bacho, adressée à un autre ancien élève. Dans ce courrier, le vicaire régional, responsable actuel de l’institution, explique avoir été informé d’une plainte pour abus sexuel à l’encontre d’un ancien directeur de l’école, et présente ses excuses.
« Je viens vers vous, avec beaucoup de honte et d’humilité, vous exprimer toutes mes excuses pour ces actes qui ont été commis à l’encontre de ce que l’on peut attendre dans un établissement scolaire »,écrit le père Bacho.
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La lettre envoyée par le Vicaire régional à une victime • © Alain Despoutère.
Le père Laurent Bacho, a participé, avec la victime à laquelle il s’adresse à la commission indépendante « Reconnaissance et réparation » instaurée par l’Eglise catholique pour faire acte de contrition dans le cadre de ses affaires d’abus physiques et sexuels. Contacté par la rédaction de France 3 Aquitaine, il a accepté de revenir, par un mail qu’il nous a adressé, sur cette prise de conscience.
« En tant que congrégation, nous avons entrepris tout un travail de réflexion, de reconnaissance et de réparation à travers cette commission à laquelle notre congrégation de Bétharram a adhéré avec beaucoup de sérieux depuis sa création il y a deux ans », écrit le vicaire.
L’Eglise a pris la juste mesure des abus qui ont pu intervenir dans les paroisses et les établissements scolaires.Père Laurent Bacho
vicaire régional des Prêtres du Sacré-Coeur de Jésus de Bétharram
C’est à la suite de cette rencontre, qu’il a rédigé ce courrier qu’il aurait souhaité confidentiel. « Vous admettrez bien que ces sujets si douloureux nécessitent de la confidentialité pour un bon discernement », commente-t-il. Avant de spécifier « Il nous faut tous accepter ces procédures pour le bien de ceux qui ont souffert et qui continuent à souffrir. »
2. ARTICLE ET VIDEOS DE JUILLET 2024
Notre-Dame de Bétharram. « Ils s’échangeaient les bons plans » : victimes de violences sexuelles à l’école, d’anciens élèves sortent du silence

► Cet article a été initialement publié le 4 juillet 2024 – Écrit par América Lopez. Publié le 09/09/2024
Une centaine d’anciens élèves de l’établissement catholique Notre-Dame de Bétharram en Béarn ont décidé de raconter ce qu’ils ont subi quand ils étaient enfants : des agressions physiques, des sévices, mais aussi des viols et des agressions sexuelles. Près d’une centaine de plaintes ont été déposées.
« Ils ont brisé la vie de mon fils ». Jean-Marc Veyron, 75 ans, a décidé de porter plainte. Il tient à « médiatiser au maximum » cette affaire. « Jamais, je n’aurais pensé qu’une institution catholique se rende coupable de tels faits. Que ce soit de brutalité ou de viols sur des enfants« , dénonce le retraité.J’avais confié mon fils en toute confiance à Bétharram« .
Depuis plusieurs mois, Notre-Dame-de Betharram, un institut catholique renommé du Béarn, est la cible d’accusations d’anciens élèves, qui dénoncent des violences physiques et sexuelles commises au cœur de l’établissement, par des religieux, des laïques et certains élèves eux-mêmes. Une centaine de plaintes ont déjà été déposées.
On nous avait dit que mon fils serait en sécurité et bien. Il y avait le tennis, le ski… Quand il m’a avoué ce qu’il s’est passé, j’ai été anéanti.Jean-Marc Veyron
père d’un ancien élève victime de Bétharram
durée de la vidéo : 00h07mn37sDans cette enquête exclusive, nous dévoilons les derniers éléments derrière l’affaire de violences à Notre-Dame de Bétharram. Grâce à des témoignages inédits, notre équipe décrypte les suites de cette sombre affaire qui a secoué la communauté locale. •©France 3 Aquitaine
Des vies brisées
« J’ai appris très tardivement ce qu’il s’était passé, je suis tombé des nues. ». Ancien chef d’entreprise, Jean-Marc Veyron est installé aujourd’hui dans la région de Blois. Ce n’est que récemment qu’il a découvert que son fils, aujourd’hui âgé de 50 ans, avait été violé enfant à plusieurs reprises par un prêtre quand il était pensionnaire à Notre-Dame de Bétharram. » Je comprends mieux maintenant son mal-être. S’il m’en avait parlé à l’époque, je l’aurais cru », culpabilise le père de famille bouleversé.
Son fils a porté plainte devant le parquet de Pau. Il a aussi saisi la CRR, la Commission reconnaissance et réparation des abus sexuels dans l’église, qui l’a auditionné en avril dernier. L’institution religieuse lui a octroyé 50 000 euros pour le « dédommager » des viols du père directeur Carricart un ancien directeur de l’établissement qui s’est suicidé en 2000. 50 000 euros en cinq versements, le premier a été versé en juin. Son père réclame aujourd’hui que « la justice des hommes fasse son travail ». Il ne cache pas sa détermination : « je suis à la retraite. J’ai le temps et l’argent ».
Les réparations, c’est une chose, moi, je veux une condamnation de l’institution.Jean-Marc Veyron,
père d’un ancien élève victime de Bétharram
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Jean-Marc Veyron, dont le fils a été violé par le père directeur Carricart à la fin des années 1990, devant le palais de justice de Pau, juin 2024. • © France 3 Aquitaine
Jean-Marc Veyron a lancé un appel aux autres parents des victimes, « pour qu’ils aient le courage de témoigner. Les enfants ont déposé des plaintes, il faut que les parents suivent ». Il se dit prêt pour représenter les parents devant la justice. « Moi, je n’ai pas peur du qu’en-dira-t-on, il faut aller jusqu’au bout pour que de tels faits ne se reproduisent plus. Et puis cela fera un peu de ménage dans une certaine faction catholique. »

durée de la vidéo : 00h01mn18sTémoignage de Julien Mibelli, ancien élève à Notre-Dame-de-Betharram • ©France 3 Aquitaine
Nouveaux témoignages
Julien Mibelli, 40 ans, est, lui, chef d’une petite entreprise d’hygiène dans le département voisin. Il s’est décidé à remplir une attestation de témoin mi-juin, au sujet des abus sexuels et de la violence qu’il a vécue lors de sa scolarité à Bétharram en 1996 et 1997. Et en suivant, il a accepté de témoigner devant notre caméra, à visage découvert. « Il est temps que je parle, je n’ai plus rien à perdre à 40 ans », lance cet homme écorché vif,« Bétharram a plutôt abîmé ma vie ». Pas de famille, pas d’enfant, et une vie d’adulte chaotique.
Quand nous le retrouvons sur place, c’est la première fois qu’il revient aux abords de son ancienne école à Bétharram. » Tous les dimanches soir, le bus nous déposait là-bas et là, c’est la porte qui mène au perron, où on était puni », montre-t-il du doigt.
Les souvenirs remontent : « Là, on recevait des tartes, ils nous battaient. Un jour, le surveillant m’a même coincé la tête dans un pupitre, je ne pouvais plus respirer, je prenais aussi des coups de pied, j’avais onze ans. Cela a duré une année entière comme ça. Moi, j’étais la petite tête de turc, donc j’en prenais un peu plus. »
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Le perron de Notre-Dame de Bétharram où trône une statue de la Vierge Marie. Tous les anciens élèves se souviennent avec effroi de cet endroit. « Elle en a vu celle-là », commente Alain Esquerre, porte-parole des victimes de l’école Notre-Dame de Bétharram. • © América Lopez / France 3 Aquitaine
Des faits qui se sont passés dans un des bâtiments de l’école qui se situe en face de l’Apostolicat, l’ancien pensionnaire des élèves voués à devenir ecclésiastiques et qui est devenu une maison de retraite. « Un jour, il y a un vieux curé qui est venu me voir pour me demander ce qu’il se passait. Il m’a amené dans l’autre bâtiment », se souvient Julien Mibelli.
Il m’a caressé les mains les premières fois. Je me disais que c’était plus sympa que les coups. Et puis au fur et à mesure, il est allé plus loin, jusqu’aux attouchements sexuels.Julien Mibelli,
Ancien élève victime de Bétharram
Vu l’ancienneté des faits, Julien n’espère pas grand-chose. Longtemps, il a préféré « laisser ses souvenirs enfouis » et a encore du mal à en parler, mais il veut aider les autres victimes « à se libérer ». « La violence était quotidienne, les coups pleuvaient dans tous les sens ».
Il y a eu vraiment beaucoup de victimes et pire que moi, des viols etc . Il y a des jeunes qui se sont suicidés. Il faut dire les trucs les gars !Julien Mibelli
ancien élève victime de Bétharram et plaignant
Un réseau de pédocriminels
Alain Esquerre est le lanceur d’alerte à l’origine des dépôts de plainte initiés en novembre 2023. C’est lui qui déposera mardi 9 juillet un quatrième corpus de plaintes de 26 ce qui en fera 102 au total.« Presque chaque jour, je reçois un appel d’une nouvelle victime ». Cet ancien élève, qui a, lui aussi, vécu des violences physiques et psychologiques dans les années 1980, nous amène en haut du calvaire, un chemin situé à l’entrée du sanctuaire de Bétharram et régulièrement emprunté par les visiteurs et les pèlerins. Depuis ce point de vue, on aperçoit en contrebas l’imposant et austère bâtiment de l’école de Bétharram, entre une végétation abondante et le gave de Pau.
« Les témoignages commencent dans les années cinquante, car avant, les victimes sont pour la plupart décédées. Depuis qu’on les reçoit, je m’aperçois que tous les pères directeurs ont été des agresseurs sexuels des enfants, avec toujours le même mode opératoire. Quand l’enfant est réceptif aux caresses, on va plus loin. Et religieux et laïcs s’échangeaient les bons plans ».
Dans au moins 25 % des cas, l’enfant est à la fois agressé par un prêtre ou deux et un laïque.Alain Esquerre,
porte parole des anciens élèves victimes de Bétharram
durée de la vidéo : 00h01mn07sInterview d’Alain Esquerre, ancien élève de Notre-Dame de Bétharram et porte-parole des victimes, recueillie par América Lopez et Laure Bignalet, juin 2024, à Lestelle-Bétharram. • ©France 3 Aquitaine
Au travers des différents témoignages, il a pu constater qu’il s’agit « de pédophilie décomplexée« .
« On a un jeune garçon de 13 ans qui va être conduit vers 23 heures au bureau du père directeur par le surveillant général, qui va le chercher dans le dortoir. Le père directeur va se livrer, devant le surveillant général, à un attouchement des parties intimes du garçon en rigolant et le surveillant va être amusé par la scène. Aujourd’hui, cela équivaudrait à 15 ou 20 ans de prison ! », lance Alain Esquerre. « Comment un tel système a pu perdurer ainsi à l’aube des années 2000 ? Et pourquoi ? »
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Les fenêtres vétustes du pensionnat de Bétharram, en dessous coule le gave de Pau (64). Derrière ces murs, c’était l’enfer pour de nombreux collégiens internes qui « allaient à l’école la peur au ventre ». • © América Lopez / France 3 Aquitaine
« Il est nécessaire que le Vatican signe la fin de la partie »
L’établissement béarnais dépend directement de la congrégation des pères du Sacré-cœur de Jésus de Bétharram. Elle est indépendante du diocèse de Bayonne. « Cette congrégation est puissante, elle existe depuis 1832 et elle est présente dans quatorze pays, notamment en Asie et en Afrique », affirme Alain Esquerre. « Elle aura bientôt deux siècles. On se rend compte que l’Église est incapable de mettre des garde-fous pour que leurs prêtres ne se livrent pas à de tels actes ».
« Cette congrégation, c’est plus de 270 membres, dont certains hauts placés. Il y a des imbrications fortes au Vatican au sein du synode de la famille, par exemple avec l’archevêque de Rabat qui est un Bétharramite », poursuit Alain Esquerre qui demande au plus haut niveau de l’Eglise d’intervenir.
« Ce qui est nécessaire, c’est que le Vatican signe la fin de la partie. Et il faut mettre des garde-fous pour éviter que des faits similaires se reproduisent : Bétharram perd de la vitesse, mais la congrégation se développe dans d’autres pays.
Le porte-parole des victimes s’interroge sur la formation des prêtres et les dégâts possibles à l’étranger. « On risque de renouveler ces expériences ailleurs. Ici, la communication entre parents et enfants est différente. Aujourd’hui, les enfants ont des téléphones, mais ce n’est pas forcément le cas dans d’autres pays. Et la congrégation est établie en Thaïlande notamment », rappelle-t-il.
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Le portrait de Saint Michel Garicoïts, père fondateur de la congrégation, accueille le visiteur à l’entrée du sanctuaire, situé à cinquante mètres l’école Beau Rameau, ex-école Notre de Dame de Bétharram, • © América Lopez / France 3 Aquitaine
« Conscients de la souffrance des victimes »
En Béarn, cela a été difficile de trouver un interlocuteur pour avoir la parole de l’église. Comme une chappe de plomb. France 3 Aquitaine a finalement reçu une longue réponse de la congrégation par mail ce 8 juillet du Père Jean-Marie Ruspil qui écrit : « La Congrégation du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram est impliquée dans des dossiers d’abus sexuels inacceptables qui ont été perpétrés sur des mineurs par certains de ses membres des années 70 aux années 90.
Conscients de la souffrance des victimes de ces actes abominables, nous nous sommes engagés dès que nous avons pris connaissance des premiers témoignages à tout mettre en œuvre pour qu’elles soient accompagnées du mieux possible dans ce douloureux et âpre processus de reconstruction. Nous nous tenons également à la disposition de la justice pour collaborer avec elle et lui mettre à disposition tous les éléments qui lui seraient nécessaires.
A l’issue de la publication du rapport de la CIASE en 2019, des témoignages ont été adressés pour la plupart directement auprès de la cellule d’accueil du diocèse de Tarbes ou auprès de la CRR ». La Congrégation affirme par ailleurs avoir « donné des orientations en ce domaine avec la publication et la diffusion de deux documents. Le premier en mars 2021 « pour la protection des mineurs et des personnes vulnérables face aux situations d’abus sexuels » et un deuxième en juin 2023. « Au-delà du devoir de vigilance que chacun doit exercer l’accompagnement des mineurs et des personnes vulnérables ».
La Congrégation du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram est déterminée pour que les victimes de ces actes terribles et ignobles obtiennent réparation et qu’aucune d’entre elles ne soit délaissée.Père Jean-Marie Ruspil,
représentant de la Congrégation du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram
Le directeur actuel de l’établissement de Bétharram, rebaptisé Beau-Rameau, a, quant à lui, indiqué que « l’école s’était portée partie civile dans cette affaire. et que le surveillant, mis en cause pour viol sur enfant de moins de 13 ans, ne faisait plus partie des effectifs suite à une rupture conventionnelle de son contrat de travail fin mai ».
Contactée par mail, la déléguée épiscopale à la prévention et à la lutte contre les abus du Sanctuaire Notre Dame de Lourdes, dans le diocèse de Tarbes et Lourdes (65) a répondu : » les abus qui se sont passés à Betharram sont scandaleux. Nous en sommes tous fortement ébranlés ». Elle précise par ailleurs que la congrégation bétharramite ne dépendait pas de leur diocèse. Mgr Marc Aillet, du diocèse de Bayonne, n’a, lui, toujours pas répondu malgré nos multiples sollicitations.
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L’ancien Apostolicat de Bétharram, situé juste en face des anciennes salles du collège, est devenu une maison de retraite où séjournent les vieux prêtres de la congrégation. Parmi eux, le père Lamasse, 97 ans, pédocriminel, dont les victimes sont aujourd’hui encore indemnisées par des fonds de l’Église dédiés aux abus sexuels. • © France 3 Aquitaine
Le caractère « systémique » des viols
Seule la présidente de la CORREF, la Conférence des religieux et religieuses de France, a accepté une interview téléphonique. Cette association nationale est à l’initiative de la mise en place de la commission reconnaissance et réparations des abus sexuels dans l’église (CRR) et se bat pour « la vérité » sur ce sujet toujours tabou.
« Concernant Bétharram, mon sentiment c’est d’abord l’horreur. Depuis des années, sur un seul établissement scolaire, c’est terrifiant. Sans compter les répercussions sur les familles et leur entourage. Des vies détruites par ces abus. Un établissement scolaire, surtout dirigé par une congrégation de prêtres, c’est censé protéger les enfants. Là, c’est une trahison ! » Sœur Véronique Margron ne mâche pas ses mots, mais son association n’a qu’un pouvoir de conseil et de formation et aucun pouvoir coercitif.
Le rapport de la Ciase, une commission indépendante sur les abus sexuels dans l’église, rendu public en 2021, a révélé un caractère « systémique » de ces violences et agressions sexuelles. « Bétharram est une preuve à lui seul », déplore la religieuse qui consacre la moitié de son temps à ce sujet. « Une fois les interdits levés, la violence se poursuit et se maintient dans le temps ».
Ni la congrégation de Bétharram, ni l’Eglise et ni le rectorat n’ont prêté attention aux signaux !Soeur Véronique Margron,
Présidente de la CORREF
Interrogée sur la possibilité que la congrégation bétharramite pourrait cacher des agissements similaires dans ses antennes à l’étranger, et protéger les auteurs, la religieuse reconnaît que « la porosité est effectivement possible ». « La CORREF incite les congrégations religieuses à faire la lumière et la vérité, en rendant public les abus ».
Selon elle, d’autres congrégations religieuses sont concernées par les violences physiques et sexuelles dans ses rangs, citant en exemple une congrégation en Bretagne, « les Frères de Saint-Gabriel, qui s’est décidée à lancer un travail d’enquête ».
Pour les victimes, l’espoir est mince de voir un jour les auteurs sanctionnés. « Pourquoi la justice n’a pas poursuivi son enquête après le suicide du père Carricart en 2000 (mis en examen pour viol sur mineur et incarcéré, NDLR), dans la mesure où il avait été mis en cause par deux victimes pour pédocriminalité et que le nom d’un surveillant général laïque était, lui aussi, cité dans les auditions pour des faits semblables ? « Cette question taraude Alain Esquerre qui dès les années 2000 a alerté sur les comportements des pères directeurs et sur l’ambiance de terreur qui régnait dans cet établissement catholique de renommée. » Si à l’époque on avait gratté un peu, des choses seraient sorties », est-il persuadé.
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Alain Esquerre dans son salon consulte les nouvelles plaintes qu’il a reçues. « Le dossier Bétharram s’épaissit de jour en jour. Nous avons reçu la plainte d’une jeune femme âgée de 24 ans, scolarisée en 2010 et 2011, elle est traumatisée par ce qu’elle a vécu. » • © América Lopez / France 3 Aquitaine
« Une affaire hors norme » pour la justice
L’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Pau pour violence, viol et agression sexuelle aggravée se poursuit. Un nouveau corpus de vingt plaintes vient s’ajouter en ce début du mois de juillet aux 76 plaintes précédentes qui ont été rassemblées et déposées par Alain Esquerre. Parmi les nouveaux témoignages, ceux de jeunes filles, anciennes élèves dont une est aujourd’hui âgée de 24 ans. Elle raconte avoir été victime de harcèlement physique et psychologique en 2010 et 2011, « puis renvoyée pour éviter que cela fasse des vagues ». Elle a confié à France 3 Aquitaine être « traumatisée » encore par son passage à Bétharram. D’autres victimes ont directement déposé plainte en gendarmerie.
Les anciens élèves sont auditionnés par la gendarmerie de Nay et de Lescar. « Il faut terminer les auditions de tous les plaignants cet été. Il y a aussi des témoins qui se sont manifestés et il faudra entendre les mises en cause (dont un surveillant, Patrick M., suspendu en février 2024, NDLR), c’est long », explique le procureur Rodolphe Jarry. Joint par France 3 Aquitaine, il assure « ne pas traîner des pieds » et annonce qu’en septembre, il s’exprimera sur la suite à donner à cette affaire, si elle est classée sans suite ou bien s’il ouvre une information judiciaire.
Cette affaire est hors norme par le nombre de plaignants.Rodolphe Jarry,
procureur de Pau
À ce stade, le procureur nous a confirmé que plusieurs témoins relatent des actes de pédocriminalité, mais n’a pas voulu préciser s’il s’agit d’actes individuels ou bien « en bande organisée », comme l’affirment tous les témoins que nous avons pu rencontrer ou interroger.
France 3 Aquitaine a contacté une ancienne enseignante qui s’est signalée à la justice comme témoin. Elle n’a pas souhaité répondre à nos questions, préférant « attendre d’abord d’être entendue par la justice », mais confirme « la puissante omerta » qui règne à Bétharram. « Il faut aller là-bas pour sentir cette atmosphère de plomb et comprendre pourquoi personne ne parle depuis des décennies. Même pas les habitants de la région ».
3. ARTICLE ET VIDEOS DE MAI 2024
Violences sexuelles. « Rendormez-vous, ce n’est rien » : les plaintes d’anciens élèves de Notre-Dame de Bétharram affluent, les victimes dénoncent l’omerta

Écrit par América Lopez Publié le 16/05/2024 Mis à jour le 17/02/2025
Viols, attouchements sexuels, violences, sévices, humiliations, la parole se libère parmi d’anciens élèves de l’établissement privé catholique de Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques. Les auditions sont toujours en cours. Que s’est-il passé durant plusieurs décennies dans cette institution de Pau ? Qui savait ? Des familles ont-elles laissé faire ? Le sujet reste tabou encore aujourd’hui dans le Béarn.
Près de 90 plaintes à ce jour dont celle de Patrice, 49 ans, auditionné ce jeudi 16 mai à la gendarmerie de Nay. Scolarisé en 1986 et 1987 à Bétharram, ce Béarnais a finalement décidé de « parler », même si les faits sont prescrits pour lui. Un mois et demi de réflexion, à lire des témoignages d’anciens copains du collège sur un groupe Facebook. « Le plus dur, cela a été de le mettre sur le papier. Seule mon épouse était au courant, c’était une obligation de lui dire, car vous êtes détruit. D’une certaine manière, je suis mort là-bas ».
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Rentrée des classes à l’école Notre-Dame de Bétharram (64) dans les années 1980. • © photo amateur
Des gifles « à rendre K.O »
En 1986, Patrice a douze ans. Ses parents décident de le placer à Notre-Dame de Bétharram après son redoublement de la classe de sixième. « Moi, à l’époque, je ne pensais qu’à la montagne et à faire du ski. À la maison, avec un père militaire, c’était la discipline et la rigueur, pas de place pour la fantaisie ».
Pour Patrice, l’enfer a commencé dès le premier contact avec le directeur religieux de l’établissement de l’époque, le père S. « Pour moi, mes parents ont signé un chèque en blanc aux curés. On a été reçu dans le bureau du directeur et à la fin de l’entretien, il m’a giflé, violemment ».
Le Père S. me met une énorme gifle en disant « Ici, ça, c’est une caresse ». Mes parents n’ont pas réagi.Patrice,
plaignant et ancien élève de Notre-Dame de Bétharram
Patrice a retrouvé des copains scolarisés avec lui à l’époque, qui n’ont rien vécu de tout ça. » Même ceux qui n’ont pas vécu ça, tout le monde savait. Et des familles, comme la mienne, ont accepté et laissé faire la violence de Bétharram ».
La direction de l’établissement utilisait des élèves de Première comme « pions » pour surveiller les dortoirs des collégiens. « C’étaient les petites mains de la direction et ils faisaient ce qu’ils voulaient. Un soir, j’ai fait craquer mes doigts, c’était comme un tic chez moi. Le pion s’est approché et m’a demandé si j’avais bien fait craquer mes doigts et j’ai répondu « oui ». Il m’a giflé tellement fort que mon lit s’est retourné et j’ai été mis K.O ».
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Les dortoirs de collégiens de l’internat de l’établissement catholique Notre-Dame de Bétharram, rebaptisé Beau-Rameau, étaient surveillés par des élèves de Première, « les petites mains de la direction »qui « frappaient » les jeunes pensionnaires tous les jours, selon plusieurs témoignages d’anciens élèves.• © France 3 Pau Sud-Aquitaine
Terrorisé par « Cheval »
Durant deux années, Patrice a vécu un enfer. Selon son récit, son bourreau, Monsieur S., un laïque surnommé « Cheval » par les élèves, était surveillant principal. Il convoquait certains élèves tous les mois lors de la remise du bulletin scolaire. « Que mes notes soient en progression ou non, je prenais une raclée dans son bureau. Et avant d’y rentrer, j’entendais derrière la porte, un autre élève crier et se faire frapper. Je rentrais chez moi le vendredi soir et tous les dimanches après-midi, j’étais malade : vomissements, diarrhée à l’idée d’y retourner. Mon père ne voulait rien savoir. Ma mère a laissé faire. »
La voix de Patrice s’arrête, il retient un sanglot puis reprend son récit. « On était régulièrement rassemblés sur le perron et « Cheval » nous faisait nous agenouiller pour nous passer en revue. Un par un, il collait sa joue contre la nôtre, affleurant nos parties intimes. On était tous terrifiés, car l’un d’entre nous allait être giflé, bague chevalière retournée côté paume de la main. Heureusement, moi, je n’ai pas été violé », dit-il comme pour se rassurer.
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Un des dortoirs du collège de Notre-Dame de Bétharram dans les années 80. • © Archives d’un ancien élève
Quand je passe en voiture devant l’établissement, encore aujourd’hui, je tourne la tête de l’autre côté.Patrice,
ancien élève de Bétharram
« Les enfants des familles aisées étaient protégés »
France 3 Aquitaine a pu consulter des plaintes déposées contre l’établissement. Un ancien élève scolarisé de la classe de 5ᵉ à la première, entre 1961 et 1965, a, lui aussi, voulu témoigner. Médecin généraliste de 76 ans, Francis M. a quitté la région depuis longtemps. C’est un article de presse sur les victimes de Bétharram, paru en mars dernier dans la presse nationale qui lui a fait l’effet d’un « électrochoc ». « Je n’imaginais pas que ce que j’avais vécu à Bétharram avait pu continuer sur un mode identique ou presque, notamment après 1968. Par mon témoignage, je veux consolider la parole libérée de ceux qui portent plainte », écrit l’ancien médecin qui raconte la vie à Bétharram. Un quotidien fait de « tortures physiques et mentales, d’humiliation sous couvert de dureté éducative », et aussi « de violences sexuelles de la part des prêtres lors des confessions ». Il reste marquépar la « peur, la terreur et la domination par la violence » qui régnaient là-bas.
Les enfants des familles aisées étaient à part, et protégés d’une certaine manière.Francis M.
Ancien élève de Betharram
Francis M. poursuit son récit sordide. « Je me souviens de la ségrégation sociale qui pesait en permanence, il y avait les puissants et les autres. Bétharram, c’était le marquage social et l’apprentissage du chacun pour soi ».
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Une salle de classe de collège de Notre-Dame de Bétharram, photo prise dans les années 1980. • © photo amateur
« Par lâcheté, tout le monde regardait ailleurs »
« Un jour par semaine, le courrier était distribué depuis « le perron » à la volée dans la cour. Chaque enveloppe était ouverte et lue par le préfet de la discipline. J’ai été plusieurs fois collé, car ce que mes parents avaient écrit n’avait pas plu, sans que nous soit donnée la moindre explication », se souvient le médecin retraité.
Francis M. décrit des Pères et des Frères qui comptaient sur certains anciens, sorte de relais de leur autorité, » des sortes de caïds qui nous bourraient de coups de poing à plusieurs, dans un coin de la récréation ».
« Par lâcheté, tout le monde regardait ailleurs. En classe, la punition habituelle était d’aller sur « le perron » et d’y rester durant un temps infini devant tout le monde, quelle que soit la météo. C’était le stress et la peur en permanence »
Violé lors de la confesse
Cet ancien collégien des années 1960 raconte que lors de la douche hebdomadaire, la nudité faisait partie de ses cauchemars. « Moqueries des anciens, serviettes détrempées, et les surveillants insistaient pour que l’on se savonne bien l’entrejambe, nous touchant le sexe en le savonnant aussi, sous prétexte d’hygiène ».Lors des messes du matin obligatoire, il avait « le corps palpé de haut en bas par un frère de manière très appuyée » pour vérifier que son habit d’enfant de chœur était bien ajusté. « Nous avions un confesseur attitré. Ma mémoire a effacé le nom de ce prêtre ».
J’étais à genou devant lui qui était assis. Il mettait ma tête contre son sexe, glissait sa main entre mes cuisses.Francis M.
un ancien élève de Bétharram des années 1960
« Ce prêtre me disait que j’étais sale, vicieux, que Dieu voyait tout. Il m’embrassait ensuite sur la bouche en me donnant l’absolution et les prières de pénitence à réciter », poursuit-il dans son attestation de témoin déposée devant la justice le 28 avril 2024.
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Le « perron » de l’école Notre-Dame de Bétharram, dont parlent les anciens élèves victimes de violences physiques et psychologiques dans leurs témoignages. • © photo amateur
Près de 90 plaintes en quelques mois
Le dossier s’épaissit. 87 plaintes exactement recueillies au 15 mai 2024. Chaque semaine, depuis l’automne dernier, des anciens élèves apportent un nouveau témoignage. « Parfois j’en pleure », raconte Alain Esquerre, un ancien élève qui a, lui aussi, subi des agressions physiques, et qui est à l’origine d’un groupe de parole pour les victimes de l’établissement catholique. « Nous aurons collecté une centaine de plaintes avant l’été », assure-t-il.
J’ai subi des tabassages des surveillants. Cela a marqué ma vie. Ils m’ont bouffé mon enfance.Alain Esquerre,
ancien élève de Bétharram et fondateur du groupe de paroles de victimes
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Le dossier des témoins des victimes de Bétharram s’alourdit dans les mains d’Alain Esquerre. • © France 3 Aquitaine
Les auditions ont commencé et ce sont les enquêteurs de la gendarmerie de Lescar et de Nay qui entendent les témoins dans le cadre d’une enquête préliminaire lancée par le parquet de Pau. « Même si beaucoup de faits sont prescrits, on espère que le parquet va ouvrir une information judiciaire vu la gravité et la longévité des faits », avance Alain Esquerre. Le fondateur du groupe sait que, pour ceux qui osent, la parole reste douloureuse.
« C’est trop dur. J’ai parlé avec un ancien élève landais. Il a été violé par cinq anciens lycéens, il a des noms, mais, il n’a pas la force de témoigner, il est tombé dans l’alcool, sa vie est brisée », déplore-t-il.
Les victimes les plus jeunes ont entre 37 et 40 ans environ, mais ils ne peuvent pas témoigner. Trop tôt ou trop tard pour eux.Alain Esquerre
Ancien élève de Betharram
Un surveillant suspendu en février
Leur espoir ? Un surveillant laïque, salarié depuis plusieurs décennies dans l’établissement, et cité par plusieurs dizaines de témoins pour des faits d’agressions sexuelles sur enfants de moins de 13 ans, a été suspendu « seulement » en février par la direction actuelle, « alors que des plaintes ont été déposées dès novembre 2023″. Les faits se seraient produits « lors de camps scouts, dans la tente du surveillant qui invitait les enfants à dormir avec lui »,rapporte Alain Esquerre qui espère une condamnation et un procès. « Au moins l’ouverture prochaine d’une information judiciaire par le parquet de Pau ».
La direction du Beau Rameau, anciennement Notre-Dame de Bétharram, a refusé une interview filmée et de nous recevoir dans les murs de l’établissement qui accueille aujourd’hui 520 élèves de la maternelle au Bac dont 80 internes collégiens et lycéens. Le personnel de l’établissement compte 70 personnes laïques (enseignants, personnels encadrants, direction). La réponse a été donnée par écrit.
« Je tiens tout d’abord à renouveler toute ma compassion et mon soutien aux victimes de ces actes que je condamne fermement. Le salarié auquel vous faites référence n’est plus en poste depuis le 14 février, j’ai pris cette décision peu après la connaissance des dépôts de plaintes, afin d’appliquer un principe de précaution sans pour autant remettre en cause la présomption d’innocence. La Direction de l’établissement a par ailleurs écrit au procureur pour lui indiquer qu’elle était à sa disposition pour collaborer pleinement à l’enquête dans le seul intérêt des victimes et lui a signifié sa volonté de se porter partie civile », a écrit Romain Clercq, le chef d’établissement depuis 2011, dans un mail adressé à France 3 Pau-Sud Aquitaine.
Une situation qui perdure depuis plusieurs décennies
Comment un tel dysfonctionnement a-t-il pu se produire dans un établissement scolaire privé sous contrat ? Cette question est posée par de nombreuses victimes. À Lestelle-Bétharram, la plupart des gens se refusent à tout commentaire devant les journalistes qui ne sont pas toujours les bienvenus.
« Ils se comportent comme des collabos et des négationnistes en quelque sorte, quand ils disent qu’il ne s’est rien passé. Désolé, ce n’est pas normal de prendre des gifles à l’école, s’agace Alain Esquerre. La violence à Bétharram, c’était la marque de fabrique. Je suis croyant et je voulais devenir prêtre quand j’étais jeune. Mais vraiment, j’ai renoncé, car l’église ne mérite pas qu’on lui consacre sa vie. Encore aujourd’hui, c’est malheureux, mais rien n’a viscéralement changé chez les gens ».
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L’ancienne plaque de l’école Notre-Dame de Bétharram. • © photo amateur
« Victime et cocu de Betharram »
Jean-Marie Delbos, non plus, ne décolère pas. C’est le combat d’une vie. Aujourd’hui, maintenant que les plaintes affluent, il entend bien « faire du bruit ». Cet ancien élève des années 50, bientôt 78 ans, a été violé au cours de sa scolarité à plusieurs reprises par un ecclésiastique aujourd’hui retraité, installé à quelques kilomètres de sa maison de Castetnau-Camblong, au sein de la congrégation des prêtres de Bétharram. Le Père L. vient de fêter ses 97 ans. « Les actes de pédophilie ont été reconnus par la justice et j’ai été indemnisé de 35 000 euros par l’Eglise catholique, explique Jean-Marie Delbos, » et lui, ce sal.., il est tranquille ».
Dès 2018, il obtient pourtant une réponse de la paroisse de Chateauroux, dans le diocèse de Bourges, où travaille un ancien surveillant de Bétharram, le fameux « Cheval », qui a été renvoyé en 1988 pour mauvais traitement sur élèves, et mis en cause pour des violences physiques dans les années 1980. « Une enquête est ouverte par la directrice de l’enseignement catholique de Chateauroux pour faire toute la lumière sur Monsieur S. pendant la période où il était en responsabilité », lui répond laconiquement la paroisse. Le vieux Béarnais veut tenir bon. Ne pas lâcher l’institution. « En 2021, j’ai manifesté à Lourdes lors d’un rassemblement des évêques avec une pancarte » victime et cocu » de Bétharram ».
En 2023, auditionné par la CIASE, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise, Jean-Marie Delbos est reconnu victime et indemnisé, lui aussi, à hauteur de 35 000 euros par la Congrégation des Pères du Sacré-Coeur de Jésus de Bétharram. Cette congrégation cléricale de droit pontifical dépend directement de Rome donc du Vatican.
Comme me dit une autre victime, « les zéros derrière le chiffre, ne seront jamais suffisants ».Jean-Marie Delbos
Ancien élève de Betharram
Selon Monsieur Delbos, un autre ancien pensionnaire âgé aujourd’hui de 50 ans, violé par le Père Carricart dans les années 1990, a été auditionné ce 14 mai et « la Congrégation lui aurait proposé 50 000 euros ». Le père de la victime qui découvre les faits quarante ans après, se dit « sidéré et choqué », et souhaite déposé plainte à son tour devant le parquet de Pau.
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Une image d’un reportage diffusé sur TF1 en 2021 de Jean-Marie Delbos brandissant sa pancarte à Lourdes devant des évêques de France pour dénoncer les agressions sexuelles à l’apostolicat de Bétharram sur d’anciens élèves. • © capture écran JT 13 H TF1
« Rendormez-vous, ce n’est rien »
Récemment, Jean-Marie Delbos a interpellé dans un mail daté du 8 février 2024 le directeur du Beau-Rameau Bétharram, puis le 13 février, le maire de Lestelle-Bétharram dans un courrier qu’il a distribué dans la boîte aux lettres des habitants. Il a même écrit à François Bayrou, maire de Pau, et ancien ministre de l’éducation nationale.
« C’est aussi pour l’interpeller en tant que parent d’élèves, lui qui a mis certains de ses enfants à Bétharram et qui est intervenu en 1998 auprès du juge d’instruction qui travaillait sur les accusations de pédophilie du Père Carricart », (directeur de l’école Notre-Dame de Bétharram à l’époque et qui s’est suicidé en 2000 après une mise en examen et une incarcération, NDLR).
Dans cette lettre adressée au maire de Pau le 16 mars, Jean-Marie Delbos décrit son histoire : « En septembre 1956, je suis dirigé vers l’Apostolicat de Bétharram où étaient préparés des jeunes enfants pour les amener à la vie religieuse. J’étais orphelin de père et de mère et élevé par une grand-mère admirable.(…) Tout aurait pu être idyllique, pour un pauvre orphelin, dormir et manger sans prétentions, je connaissais.
Sauf que, en 1957 arrive au dortoir un jeune ecclésiastique dont nous avions une peur irraisonnée. La suite vous la subodorez. Venir la nuit, soutane ouverte, accroupi au pied de mon lit, pour venir me faire des attouchements et des fellations, vous dire que j’étais terrorisé et incapable de la moindre réaction. Puis, il allait faire sa macabre mission sur d’autres copains, avec toujours le même lexique : « Rendormez-vous, c’est rien ». Cela a duré jusqu’à la fin 1961 où nous avons décidé de nous plaindre à notre directeur de conscience.
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Jean-Marie Delbos, reconnu victime d’un prêtre pédophile et indemnisé par l’Église en 2023, a écrit le 16 mars 2024 à François Bayrou pour l’interpeller sur les faits d’agressions sexuelles et physiques commis durant des décennies sur des élèves de l’établissement catholique privé Notre-Dame de Bétharram, rebaptisé Beau-Rameau. • © capture écran
François Bayrou a accusé réception de la lettre, mais ne lui a pas répondu à ce jour. France 3 Aquitaine a sollicité le maire de Lestelle-Bétharram, ainsi que Mgr Aillet responsable du diocèse de Bétharram, des demandes restées sans réponse à ce jour.
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L’établissement Beau-Rameau, ex-école Notre-Dame de Bétharram, situé dans le Béarn, près des célèbres grottes, au pied des Pyrénées. « Des élèves fuyaient de peur par le Gave glacé en plein hiver, ils étaient raccompagnés par les gendarmes aux curés », selon des anciens élèves victimes de violences à Bétharram. • © France 3 Aquitaine
Par mail, le rectorat de Nouvelle-Aquitaine nous a répondu que « l’académie de Bordeaux procède à des contrôles sur les établissements privés sous contrat sur la base du respect des exigences pédagogiques réglementaires. Les enseignants sont donc régulièrement évalués et accompagnés dans les mêmes conditions que dans le public.
Les faits évoqués remontent aux années 70 à 90. À ce stade de la procédure, le rectorat n’a pas suffisamment d’éléments pour répondre sur les éventuels agissements des enseignants de cette période mais les services académiques sont en lien avec l’autorité judiciaire au sujet de la procédure judiciaire en cours. Par ailleurs, les autorités académiques restent en dialogue constant avec les autorités diocésaines ».
4. ARTICLE ET VIDEOS D’AVRIL 2024
« Tout était glauque, là-bas » : 43 nouvelles plaintes pour violences et abus sexuels au lycée Notre-Dame de Bétharram

Publié le 23/04/2024 •Mis à jour le 17/02/2025 Catherine Bouvet et Elise Daycard
Il a décidé de ne plus se taire. Un ancien élève raconte à France 3 Aquitaine le quotidien au sein de l’institution de Lestelle-Bétharram en 1987. Ce 23 avril, sa plainte rejoint les 42 autres dossiers qui viennent d’être déposés au parquet de Pau pour violences et agressions sexuelles, sévices corporels et psychologiques quotidiens. Avec cette troisième vague de plaintes, 76 dossiers d’anciens élèves ont été déposés à ce jour.
Ils ont chacun leur histoire et pourtant, c’est un peu le même schéma qui est décrit par ces anciens élèves de Notre-Dame-de Bétharram. L’institution catholique était réputée, à l’époque, pour ses « résultats » auprès de jeunes garçons au profil scolaire dit « difficile ».
À 52 ans, cet ancien élève que nous appellerons « Olivier » a décidé, lui aussi, de porter plainte et de témoigner de façon anonyme « par rapport à tout ce qu’on a subi« . Aussi parce qu’aujourd’hui, il est devenu père et grand-père. « Je n’ai pas envie que ça leur arrive… Tous ces détraqués. Il doit y en avoir encore dans les écoles, des salopards, des malades… »
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A 52 ans, cet ancien élève de Betharram a décidé de porter plainte « pour la reconnaissance » des faits, même s’ils peuvent être prescrits. • © France 3 Aquitaine
Régime militaire, punitions et douche froide
En 1987, après deux redoublements, Olivier entre en 6ᵉ à Bétharram. Interne pendant une année, il raconte avoir vu et subi de nombreux sévices. Dès le premier jour, il explique voir ressenti la tension, la violence.
On sait qu’on va devoir se tenir à carreaux. On sent la violence. Des punitions. On voit des gens sur le perron, à genoux…Olivier
Ancien élève
Dès lors, le récit du quotidien est émaillé de règles strictes, de brimades, de sévices, « il y a des claques qui partent. Le dimanche soir, on n’a pas envie d’y aller. On n’a pas envie de prendre ce bus, retrouver le rythme militaire, le non-respect, une douche par semaine… »
Justement l’hygiène, la douche en particulier est encore citée par cet élève. Une par semaine, à l’eau froide, qui devait durer trois minutes.
La personne qui s’en occupait arrêtait à deux minutes trente. Il fallait qu’on montre qu’on avait encore du shampoing, mais le regard ne portait pas que sur notre tête, mais sur nos parties…Olivier
Ancien élève
« J’avais décidé de ne plus me laver« , explique Olivier. C’était sa stratégie d’évitement.
Côté scolaire, il dit avoir « plongé ». « On n’arrivait pas à travailler tellement on était traumatisé. Qu’est-ce qui va se passer demain ? Ce soir ? Et même : qu’est-ce qu’on va manger ? C’était pitoyable ! » Et Olivier de décrire les règles en vigueur : si tu ne mangeais pas le premier jour, le plat était resservi, le lendemain et le surlendemain…
« Tout était glauque, là-bas« , se souvient-il quand il repense aux photos récoltées par les anciens sur la page Facebook. Des douches, des dortoirs… « ça fout les frissons quand tu revois tout ça ! »
« Sur le bureau, il s’est frotté sur moi »
Le pire pour lui ? Quand, après une punition pour une broutille, du linge mal rangé par exemple, il est envoyé dehors, comme c’était la règle. « Tu vas dehors, à l’extérieur du dortoir, à genoux, au froid. Et on attend qu’on dise de sortir de là ». Ensuite ? Soit, vous rentriez directement au dortoir, « soit vous alliez au bureau » d’un surveillant. Il pouvait être 22-23 heures.
La scène semble très présente encore aujourd’hui dans l’esprit d’Olivier qui poursuit son témoignage, parlant des habitudes d’un surveillant. « Il m’a mis sur le bureau, les jambes écartées. En gros, il se frottait sur moi ! »
Il décrit ensuite les claques qui pleuvent « pour essayer de m’intimider ». « Franchement, c’est violent. C’est très violent ! » Ce jour-là, il affirme avoir répondu avec « quelques coups » avant de retourner au dortoir. « Je me suis toujours défendu. J’étais teigneux ».
Ne plus se taire et « avancer »
S’il porte plainte aujourd’hui, c’est pour pouvoir « avancer », comme pour« exorciser, ne pas garder ça à l’intérieur », même si « ça prend aux tripes de commencer à le faire ! » Il s’agit aussi de témoigner du quotidien vécu par les enfants, toutes ces années, dans cet internat : « ce n’est pas du tout normal ! » On le sent, le quinquagénaire reste très marqué par cet épisode, même s’il dit ne pas avoir « subi le pire », comme, peut-être, certains de ses camarades.
Durant cette période, il n’a rien pu confier à ses parents. Ces derniers comprenaient bien qu’il n’avait pas envie de retourner à l’internat, mais sans connaître ses conditions de vie derrière l’enceinte de l’institution. « Quand on est là-bas, on est redoublant, on n’a pas envie d’en parler. On se dit, c’est peut-être ma faute ? Je travaille mal, je mérite ces humiliations « .
Le nombre des victimes supposées est-il sous-estimé ? La parole se libère pour les anciens de Bétharram, surtout depuis la création, en octobre 2023, d’un groupe Facebook par un ancien élève, Alain Esquerre Les anciens du collège et lycée de Bétharram, victimes de l’institution,ainsi qu’une boîte mail dédiée pour recueillir les témoignages.
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Les faits se seraient produits pendant près de trente ans à Notre Dame de Betharram. • © France 3 Aquitaine
Notre-Dame de Bétharram, rebaptisé le Beau Rameau, est un établissement catholique qui a toujours bénéficié d’une réputation d’enseignement à la dure, mais d’excellence. En 2000, un scandale de viols sur mineurs mettant en cause l’abbé Carricart se conclut par le suicide de ce dernier. Depuis, plus rien jusqu’au mois d’octobre 2023, avec une première vague de plaintes.
76 plaintes pour violences et abus sexuels
Ce 23 avril, 76 plaintes sont sur le bureau du procureur de la République de Pau. Un dossier porté par Alain Esquerre, déjà à l’initiative de la page Facebook des anciens élèves victimes. Parmi les 43 dernières plaintes, 23 affaires comportent un caractère sexuel. Selon lui, nous ne sommes qu’au « début du scandale de Bétharram« , car l’établissement « aurait dû être suivi suite aux premières agressions, il ne l’a pas été ».
Ces plaintes sont d’abord des violences extrêmement dures portées sur des enfants de 8 à 13 ans. « Des tabassages en série, moi-même, j’en avais été victime » détaille-t-il, « des étranglements jusqu’à l’évanouissement, cette punition du perron avec des dizaines et dizaines d’enfants qui passent dehors une partie de la nuit« , mais aussi « des piqûres à eau faites par un surveillant général qui sont des jeux érotiques et des attouchements sexuels à grande ampleur… »
Le témoignage de notre équipe de reportage :

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Depuis le début de l’année 2024, 76 plaintes ont été transmises au procureur de la République de Pau, dont 38 pour des agressions sexuelles, selon le collectif de victimes anciennement scolarisées dans cet établissement privé catholique. • ©France 3 Pau Sud Aquitaine
Les faits décrits par Olivier et ses camarades se seraient déroulés et auraient perduré pendant près de trente ans, entre les années 70 et 2000. Malgré les années et le risque de prescription, le collectif espère que la justice enquêtera.
Notre équipe de reportage n’est pas parvenue à joindre l’institution. Contactée à plusieurs reprises, cette dernière n’a pas répondu à ses sollicitations à l’heure où nous publions ces lignes.