
CONTROVERSES AU SEIN DE L’EXÉCUTIF – LA DIPLOMATIE CONTRE LA FERMETÉ
Jean-Noël Barrot – chargé des affaires étrangères sous l’autorité du chef de l’Etat – préfère une « coopération exigeante » avec l’Algérie à un « rapport de force stérile.
« La diplomatie, c’est une palette d’outils. Ce qui nous intéresse, c’est la sécurité des Français. Ce n’est pas le rapport de force pour le rapport de force », déclare t il.
Le chef de la diplomatie française, fort d’une expérience récente, juge même « inefficace »la stratégie de la restriction de visas. « Entre 2020 et 2021, nous avons activé ce levier. On a dit : on les réduit jusqu’à ce que les reconduites à la frontière augmentent. Résultat : ces années-là, nous avons eu 800 reconduites à la frontière. Et puis en 2022, nous avons signé un accord de coopération très exigeant avec l’Algérie, et nous avons fait tripler le nombre de reconduites à la frontière ».
LFI, ÉGALEMENT, ATTAQUE B.RETAILLEAU SUR SA FERMETÉ À L’ÉGARD DE L’ALGÉRIE POUR LES OQTF
La députée européenne LFI Manon Aubry s’est élevée contre « l’obsession xénophobe de Bruno Retailleau, qui vise à toujours monter le niveau de tension et à cibler les Algériens », dimanche 23 février, sur franceinfo.
1. « Barrot met en garde contre un « rapport de force » stérile »
TITRE LE HUFFPOST QUI POURSUIT :
« Le ministre de l’Intérieur accuse de nouveau l’Algérie de non-coopération après l’attentat qui a coûté la vie à un homme de 69 ans, tué à l’arme blanche.
« Pas le même langage. Jean-Noël Barrot, le ministre français des Affaires étrangères, s’est attaché ce dimanche 23 février à tempérer la nouvelle offensive de son collègue Bruno Retailleau contre l’Algérie. Samedi soir, le ministre de l’Intérieur avait pointé du doigt la non-coopération d’Alger après un attentat à Mulhouse dont le principal suspect est un Algérien en situation irrégulière en France. » …
2. Manon Aubry ( LFI ) dénonce « l’obsession xénophobe » du ministre de l’Intérieur qui « cible les Algériens »
franceinfo 23/02/2025
La députée européenne LFI Manon Aubry s’est élevée contre « l’obsession xénophobe de Bruno Retailleau, qui vise à toujours monter le niveau de tension et à cibler les Algériens », dimanche 23 février, sur franceinfo. La veille, après l’attaque mortelle à Mulhouse, le ministre de l’Intérieur a mis en cause la non-coopération d’Alger…
« On jette l’opprobre sur l’ensemble des ressortissants algériens, l’ensemble des Franco-Algériens de notre pays qui vont se sentir une nouvelle fois visés alors qu’ils n’ont strictement rien à voir avec cet attentat terroriste ».
…
3. Après l’attentat de Mulhouse, des divergences au gouvernement sur le bras de fer avec l’Algérie
Après l’attentat de Mulhouse, Bruno Retailleau veut un rapport de force avec l’Algérie pour l’obliger à reprendre ses ressortissants dangereux établis en France. « Peu efficace », selon le Quai d’Orsay.
Ouest-France , Yves-Marie ROBIN. le 23/02/2025
Le gouvernement hausse le ton. Après l’attaque au couteau ayant tué un homme de 69 ans de nationalité portugaise et blessé sept policiers municipaux, samedi après-midi, à Mulhouse (Haut-Rhin), François Bayrou convoque, ce mercredi, un conseil interministériel de contrôle de l’immigration. Une instance dont il avait annoncé « la réactivation » lors de sa déclaration de politique générale du 14 janvier face aux députés.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, vient également de commander un « rapport circonstanciel » aux dix-neuf ambassadeurs des pays où la France « a le plus de difficultés à renvoyer les étrangers en situation irrégulière ». Objectif affiché de l’exécutif ? Instaurer « des mesures fortes » à l’encontre d’États refusant de coopérer, et « des mesures d’accompagnement » au bénéfice d’autres nations plus conciliantes.
Visas, accord de 1968
Particulièrement dans le viseur du ministre de l’Intérieur : l’Algérie. L’auteur présumé de l’attentat du week-end dernier, âgé de 37 ans, de nationalité algérienne, est sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français,« mais refusée à dix reprises par son pays d’origine », fustige Bruno Retailleau. Le ministre vendéen est donc décidé à passer à la vitesse supérieure et à jouer « le rapport de force » avec les gouvernants de l’ex-colonie française.
« La France a tendu la main. Mais quelles que soient les plaies vives de l’Histoire, aucun pays ne peut humilier la France. Nous avons utilisé la méthode douce. Désormais, le régime algérien doit appliquer la réciprocité. Il y a des individus dangereux sur notre territoire qui doivent repartir en Algérie », insiste le premier flic de France. Dans ce rapport de force qu’il veut instaurer, Bruno Retailleau propose de mettre en place une restriction de visas, un dispositif aussi souhaité par la droite et le Rassemblement national.
Le ministre de l’Intérieur cible également l’accord du 27 décembre 1968 visant à faciliter, à l’origine, l’entrée des Algériens en France et leur intégration au marché du travail. Ce texte a, depuis, été pas mal amputé de ses dispositions avantageuses, mais selon une récente mission d’information des sénateurs Muriel Jourda (LR, Morbihan) et Olivier Bitz (Union centriste, Orne), il demeure toujours « très favorable aux Algériens en matière de circulation et de séjour, sans justification évidente ».
« Stérile »
Ce rapport de force, voulu par Bruno Retailleau, sera-t-il efficace ? Le centriste Jean-Noël Barrot en doute. Invité de CNewset d’Europe 1 dimanche, le patron du Quai d’Orsay préfère plus une « coopération exigeante » avec l’Algérie qu’un « rapport de force stérile. La diplomatie, c’est une palette d’outils. Ce qui nous intéresse, c’est la sécurité des Français. Ce n’est pas le rapport de force pour le rapport de force », martèle l’élu des Yvelines.
Le chef de la diplomatie française, fort d’une expérience récente, juge même « inefficace »la stratégie de la restriction de visas. « Entre 2020 et 2021, nous avons activé ce levier. On a dit : on les réduit jusqu’à ce que les reconduites à la frontière augmentent. Résultat : ces années-là, nous avons eu 800 reconduites à la frontière. Et puis en 2022, nous avons signé un accord de coopération très exigeant avec l’Algérie, et nous avons fait tripler le nombre de reconduites à la frontière ».
Quelle option retiendra François Bayrou ? La poursuite de relations diplomatiques exigeantes avec l’Algérie, défendue par son – très proche – ministre des Affaires étrangères ? Ou alors plutôt la méthode dure à l’égard d’Alger, souhaitée par l’allié LR, désormais en lice pour la présidence de son parti ? Même dans la lutte contre le terrorisme, la politique n’est jamais très loin.