
LIRE SUR METAHODOS :
1955 – 2025 : « MON ONCLE, UN FAMEUX BRICOLEUR… » – LA BOMBE ATOMIQUE POUR L’AMATEUR, AVEC BORIS VIAN
MISE À JOUR 4 :
«Comment comprendre cet engouement pour la guerre qui semble saisir Emmanuel Macron ?»
Par Jean-marie Rouart. Publié le 6 mars LE FIGARO
Au lendemain d’une allocution présidentielle aux accents martiaux, l’écrivain et académicien* invite à l’humilité les esprits va-t-en-guerre prêts à mener un combat dont ils ne mesurent ni les implications ni l’abîme d’atrocités qu’il engendrerait.
On parle beaucoup de la guerre en ce moment. Et si par hasard on l’ignorait, l’apparition martiale du président Macron à la télévision, plus churchillien que le spectre de Churchill lui-même, nous convaincrait que l’heure au plan militaire n’est pas grave, mais gravissime. Face à un Trump qui œuvre plutôt efficacement pour la paix, Emmanuel Macron a choisi non de tenter d’apaiser le climat international, non d’ouvrir des perspectives de paix, mais de dramatiser la situation à l’extrême.
Moins soucieux de rassurer les Français que d’exacerber leurs peurs, leurs angoisses, leurs incertitudes. Ainsi espère-t-il sans doute se singulariser dans le rôle de l’homme providentiel seul capable de conjurer l’apocalypse. Certains mauvais esprits diront que c’était peut-être là le seul créneau qui lui restait après avoir brûlé tous ses vaisseaux. Après cette douche froide, la guerre que nous pensions lointaine fait donc partie de notre…
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MISE À JOUR 5 :
« À Paris, il y a un fou » : Matteo Salvini s’en prend à Emmanuel Macron et sa défense européenne
Sur une ligne proche de la Russie et opposé à celle d’Emmanuel Macron sur le soutien à l’Ukraine, Matteo Salvini n’a pas retenu ses coups contre le président français.
Par Maxime Birken HUFFPOST
Le vice-premier ministre italien, ici en 2018, s’est encore attaqué à Emmanuel Macron en le traitant de fou pour son attitude sur la scène internationale et vis-à-vis de la Russie.
Des insultes devenues habituelles dans la bouche du numéro 2 du gouvernement italien. Lors d’une nouvelle sortie outrancière, le vice-président du Conseil des ministres d’Italie Matteo Salvini s’est payé Emmanuel Macron, en première ligne ces derniers jours, au nom de l’Europe, pour assurer le soutien à Kiev au milieu des bouleversements entraînés par le retour de Donald Trump sur la scène internationale.
En déplacement à Milan ce vendredi 7 mars, le dirigeant italien d’extrême-droite s’est montré très critique envers l’action du président français, qu’il accuse de pousser l’Europe à la guerre avec la Russie. Notamment après son allocution de mercredi très hostile vis-à-vis de la Russie et ses récentes joutes verbales à distance avec le président russe.
« Zelensky demande la paix, Trump œuvre pour la paix, Poutine veut la paix » tandis qu’« à Bruxelles et Paris, il y a un fou », a-t-il dit, selon ses propos rapportés par l’agence de presse Ansa. Il faut dire que Matteo Salvini ne rate jamais une occasion de s’en prendre à Emmanuel Macron. Alors que le bras droit de Giorgia Meloni s’emploie depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 à freiner sans relâche l’aide militaire italienne pour Kiev. Tout en tentant de faire oublier la proximité passée de sa formation politique (La Ligue)avec celle de Vladimir Poutine, Russie unie.
En Italie, le plan de la Commission européenne pour « réarmer l’Europe », en partie porté par Emmanuel Macron, divise profondément la majorité ultraconservatrice au pouvoir en Italie, la droite atlantiste de Giorgia Meloni y étant plutôt favorable tandis que l’extrême droite souverainiste s’y oppose. Membre du deuxième courant, Matteo Salvini a affirmé ce vendredi que si l’Italie « veut investir dans sa sécurité nationale », elle n’acceptera « jamais une armée européenne commandée par ce fou de Macron qui parle de guerre nucléaire ».
Besoin d’exister
Emmanuel Macron a évoqué ces derniers jours la possibilité de faire bénéficier l’Europe du parapluie nucléaire français. Précisant jeudi se donner jusqu’à « la fin du semestre »pour voir « s’il y a des coopérations nouvelles qui peuvent voir le jour », au sein de l’Union européenne sur ce sujet. Mais pour Matteo Salvini, le chef d’État français « a un besoin désespéré de donner un sens » aux derniers temps de son second et dernier mandat présidentiel. « Mais qu’il ne le fasse pas à nos dépens ni à ceux de nos enfants », a-t-il lâché.
Des propos qui résonnent avec eux déjà adressés au président français l’année dernière, quand ce dernier avait évoqué l’envoi de troupes européennes en Ukraine. Matteo Salvini lui avait alors conseillé de « se faire soigner ».
Très critique sur ce plan européen destiné à mobiliser près de 800 milliards d’euros pour la défense de l’Europe, dont 50 environ pour l’Italie, Matteo Salvini s’est interrogé sur X : « Est-il dans notre intérêt de dépenser 800 milliards (qui sont à nous) pour acheter des armes, alors que la même UE ne nous permet pas de dépenser peu de milliards (qui sont à nous) pour construire des écoles et des hôpitaux ? ». Oubliant ici que Rome avait reçu la part du lion (près de 190 milliards d’euros) dans le cadre du plan de relance européen post-pandémie.
En perte de vitesse dans les sondages, comme le souligne l’AFP, le numéro 2 du gouvernement italien semble surtout vouloir profiter d’une opinion publique peu encline aux dépenses militaires pour rebondir. Il est d’ailleurs soutenu sur ce sujet par le ministre de l’Économie Giancarlo Giorgetti, lui aussi membre de la Ligue. Un parti qui, rappelons-le, siège aux côtés du RN au sein du groupe Identité et démocratie au Parlement européen.
MISE À JOUR 6:
Macron et ses guerres oubliées : dette, immigration, Algérie, Outre-mer…
Emmanuel Macron bataille pour l’Ukraine, mais fuit les urgences françaises : dette abyssale, immigration hors de contrôle, crise avec l’Algérie, Outre-mer à l’abandon. Un président en mouvement à l’international, mais immobile chez lui. Jusqu’à quand ?
Jules Torres JDD 9 3 2025
Emmanuel Macron déploie une énergie inépuisable pour convaincre les Européens de soutenir l’Ukraine. 100 % de son temps consacré au « réveil» européen, à l’ombre d’une France qui s’effondre sur elle-même. Curieusement, cet activisme forcené sur la scène internationale est le reflet inversé de ses renoncements intérieurs. Il se bat pour Kiev, mais fuit les batailles essentielles chez lui : immigration hors de contrôle, explosion de la dette, crise avec l’Algérie. Autant de fronts où il recule, tergiverse, ou feint d’agir.
Prenons la dette. En 2024, elle atteint un sommet vertigineux : 3 228 milliards d’euros, soit 112 % du PIB. Un fardeau qui aurait dû imposer un tournant budgétaire radical. Mais au lieu de serrer la vis, Macron laisse filer les dépenses publiques, comme s’il n’était que spectateur du naufrage. D’ici 2027, le coût du service de la dette pourrait exploser à 75 milliards d’euros par an, étranglant l’État. Que fait le président ? Il joue la montre.
MISE À JOUR 7:
Allocution sur l’Ukraine : Emmanuel Macron en mode martial
A la veille d’un Conseil européen extraordinaire réuni pour soutenir l’Ukraine, le chef de l’Etat a réaffirmé ce mercredi 5 mars sa volonté de passer plus sérieusement à l’action dans une prise de parole rythmée par les constats angoissants et les phrases chocs.
par Jean-Baptiste Daoulas et Laure Equy 5 mars 2025 LIBÉRATION
Emmanuel Macron, mercredi soir, sur fond blanc, brosse un tableau noir. «Nous entrons dans une nouvelle ère»,lâche le président de la République dès le début de son allocution sur la guerre en Ukraine. L’intervention de treize minutes, prononcée depuis l’Elysée, ne cherche pas à rassurer des Français«légitimement inquiets face aux événements qui bouleversent l’ordre mondial». Le chef de l’Etat enchaîne constats angoissants et phrases chocs – «notre génération ne touchera plus les dividendes de la paix», assène-t-il – pour mobiliser le pays face à un état du monde apocalyptique.
Les Vingt-Sept prêts à franchir «des pas décisifs»
«Face à ce monde de danger», Macron veut passer à l’action, estimant que «rester spectateur serait une folie». A la veille d’un Conseil européen extrao
La Russie de Vladimir Poutine, d’abord, dépensant «plus de 40 % de son budget» en armement, «devenue une menace pour la France et pour l’Europe». Les Etats-Unis de Donald Trump, ensuite, qui prévoient d’abandonner l’Ukraine et ses alliés européens ou de conclure une paix factice «à n’importe quel prix». «Je veux croire que les Etats-Unis resteront à nos côtés, mais il nous faut être prêts si tel n’était pas le cas», juge Macron, décidé par ailleurs à convaincre son homologue américain de renoncer aux 25 % de droits de douane supplémentaires qu’il compte imposer à l’Union européenne. Une «décision incompréhensible»,dénonce le Président qui «ne restera pas sans réponse de notre part».
Les Vingt-Sept prêts à franchir «des pas décisifs»
«Face à ce monde de danger», Macron veut passer à l’action, estimant que «rester spectateur serait une folie». A la veille d’un Conseil européen …
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MISE À JOUR 8:
Dissuasion nucléaire européenne : Macron l’avait bien dit… mais n’a pas fait grand-chose
Depuis des années, le président français parle d’autonomie stratégique, sans que ses paroles soient suivies d’actes. Le coup d’éclat à la Maison-Blanche peut changer la donne, estime le quotidien suisse “Tages-Anzeiger”. La proposition d’une ouverture du parapluie nucléaire français aux Européens est de nouveau sur la table, avec tous les risques qu’elle comprend.
COURRIER INTERNATIONAL – Tages-Anzeiger Traduit de l’allemand 5 mars 2025
Emmanuel Macron se voit aujourd’hui en Europe comme un prophète qui n’a pas été entendu, comme celui qui avait tout vu venir. “Cela fait sept ans que l’on m’entend parler de souveraineté européenne et d’autonomie stratégique en Europe”,rappelait ainsi le chef de l’État français après l’altercation historique à la Maison-Blanche qui a sans doute changé la face du monde. Ne vous l’avais-je pas toujours dit ?
Et il n’a pas tout à fait tort : depuis son élection en 2017, Macron n’a jamais raté une occasion de marteler la nécessité de construire une défense européenne digne de ce nom, capable au besoin de se débrouiller sans les États-Unis. C’est à lui que l’on doit la petite phrase selon laquelle l’Otan serait en état de “mort cérébrale”. Cette sortie date de 2019, avant donc l’agression russe en Ukraine, et bien avant la réélection de Donald Trump et le chamboulement des relations transatlantiques. En 2022, Macron avertissait ses compatriotes que le moment était venu de mettre en place une “économie de guerre”. En 2024, il évoquait la possibilité d’envoyer des troupes occidentales en Ukraine. Son discours n’a donc jamais manqué de clarté.
Paroles et actes
Reste qu’on lui a souvent reproché un certain décalage entre ses paroles et ses actes, là aussi à juste titre. Par exemple, l’engagement militaire et financier concret de l’Hexagone en faveur de l’Ukraine était (est toujours) moindre que celui d’autres États parfois plus modestes – surtout mesuré à l’aune des performances économiques de chacun. Mais voilà, le …
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MISE À JOUR 9:
Emmanuel Macron, “seul et sans influence”, lutte pour garder de l’importance
Le président de la République est isolé et peine à trouver la parade face à la perte de son influence à l’intérieur, observe la presse britannique. Les dernières tentatives de renouer le lien avec les Français n’ont pas été concluantes.
Courrier international. 31 janvier 2025
Pour lui trouver encore un côté Jupiter, il faut chercher longtemps. “Seul et sans influence”, titre ce vendredi The Times, décrivant un Emmanuel Macron en difficulté dans son pays. “S’il était autrefois une force dominante en Europe”, le président est aujourd’hui “de plus en plus isolé et impuissant en France, à deux ans de la fin de son second et dernier mandat.”
Les derniers jours l’ont encore montré. Le chef de l’État a beau venir au chevet du Louvre délabré, se déplacer dans l’Aisne en difficulté ou critiquer les coupes budgétaires prévues dans le domaine du sport, rien n’y fait, explique le quotidien conservateur britannique. Selon le baromètre mensuel de l’Ifop, Emmanuel Macron a atteint en janvier son score de popularité le plus faible depuis 2017. Seules 21 % des personnes interrogées sont désormais satisfaites de son …
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MISE À JOUR 10:
Macron face à Poutine : l’Élysée assume de vouloir «faire peur»
BELLIQUEUX. Le président français assume de souligner la menace d’une guerre et joue la surenchère avec le président russe. Entre angoisse et sidération, la majorité de l’opinion publique semble pour l’instant se ranger derrière la figure du président protecteur.
Antonin André 08/03/2025 JDD
Mercredi soir, 20h15, la France a peur. « J’étais devant ma télé, j’ai cru que les chars russes étaient en Rhénanie-Westphalie ! » commente un ancien conseiller en communication de l’exécutif. Dans son salon, en banlieue parisienne, un père de famille console son fils de 9 ans, effrayé par l’allocution présidentielle. Dans une ambiance austère, table blanche, fond blanc, le chef de l’État, en costume et cravate noirs, vient en quinze minutes de faire basculer le pays dans un contexte de guerre. « Alors même qu’il avait déjà déclaré la guerre il y a quatre ans lors du Covid », s’étrangle l’ancien conseiller. « Conflit mondial », « sécurité menacée », « agressivité sans frontière », le chef de l’État, flanqué des drapeaux français et européen, prend la posture d’un chef de guerre devant la carte illustrant la progression des Russes en territoire ukrainien. De même pour montrer les sombres desseins de l’envahisseur, un schéma des forces russes à l’horizon 2030 figure une armée de 1 500 000 soldats, de 7 000 chars et de 1 500 avions de chasse. La guerre aussi concrète qu’un plateau du jeu de stratégie Risk, compréhensible par un enfant de 6 ans.
L’Élysée mène une stratégie offensive
« Faire peur. » L’Élysée revendique la surenchère du président. « Cela fait sept ans qu’il alerte sur le fait que l’Europe ne peut plus compter sur les USA pour assurer sa défense. Il y a un an, lorsqu’il évoquait la possibilité d’un déploiement de forces européennes en Ukraine, aucun pays n’était prêt à le suivre, décrypte un conseiller de Macron. Cette fois, les vingt-six chefs d’État européens sont alignés et ils ne sont pas frappés d’hallucination collective. »L’unanimisme invoqué par l’Élysée mérite néanmoins d’être relativisé, le Hongrois Orban s’étant opposé aux conclusions sur l’Ukraine, et l’Italienne Meloni ayant dit son désaccord sur l’éventuel déploiement de troupes européennes pour sécuriser la frontière avec la Russie.
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MISE À JOUR 1 :
«Il faut qu’il trouve sa guerre en Irak»: comment Emmanuel Macron compense sa faiblesse nationale par son activisme international
Par Louis Hausalter 28 février. LE FIGARO
De la Maison-Blanche aux sommets européens, le chef de l’État s’active sur le dossier ukrainien. Et tente au passage de retrouver une utilité aux yeux de l’opinion.
Emmanuel Macron n’est pas venu au Portugal pour rien. Au milieu d’un agenda international déjà surchargé, le président de la République a maintenu, en fin de semaine, une visite d’État prévue de longue date à Lisbonne puis Porto. L’occasion pour le premier ministre hôte, Luis Montenegro, de le féliciter « pour son travail remarquable sur la scène internationale ». Du petit-lait pour le chef de l’État, qui a répété vendredi son appel aux Européens face à l’hostilité affichée de Donald Trump : « Il faut qu’on se réveille et qu’on agisse pour être plus forts. »
Depuis que le milliardaire républicain a réinvesti la Maison-Blanche, Emmanuel Macron affiche son activisme à l’étranger. Au point d’y consacrer désormais près de 100 % de son temps, comme l’illustre son agenda des derniers jours. Lundi, le président était à Washington pour tenter d’infléchir les positions de son homologue américain, impassible à ses côtés dans le Bureau ovale. Mercredi, Emmanuel Macron discutait en visio…
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MISE À JOUR 2
Dans une interview au Figaro ce dimanche soir, le président français a appelé à tirer rapidement les conséquences du désengagement américain, en investissant lourdement dans l’Europe de la défense. «Depuis trois ans, les Russes dépensent 10% de leur PIB dans la défense. On doit donc préparer la suite», alerte-t-il, en fixant un objectif «autour de 3,5 % du PIB», contre 2% pour l’instant en France, enjeu clé pour lui du sommet européen extraordinaire prévu jeudi.
«Je veux qu’on puisse donner mandat à la Commission d’utiliser des financements innovants, a précisé le chef de l’Etat. C’est-à-dire soit des emprunts communs, soit le Mécanisme européen de stabilité [qui permet de secourir un Etat en cas de défaillance financière, ndlr], pour lever ensemble des montants considérables. Il nous faut sans doute, dans un premier temps, 200 milliards d’euros pour pouvoir investir.»
MISE À JOUR 3
HABILLAGE BUDGÉTAIRE ENVISAGÉ
«Je veux qu’on puisse donner mandat à la Commission d’utiliser des financements innovants, a précisé le chef de l’Etat. C’est-à-dire soit des emprunts communs, soit le Mécanisme européen de stabilité [qui permet de secourir un Etat en cas de défaillance financière, ndlr], pour lever ensemble des montants considérables. Il nous faut sans doute, dans un premier temps, 200 milliards d’euros pour pouvoir investir.»
L’une des pistes pour le financement – outre l’idée de passer par l’intermédiaire de l’UE – c’est de sortir les dépenses militaires du calcul du déficit budgétaire – pure fiction ! La dette et les impôts seront – quoi qu’il arrive – impactés, que la dépense soit nationale ou européenne.
L’UE envisage des emprunts, aides, financements BPI … pour atteindre 800 Mds de dépenses militaires; et la non prise en compte des dépenses militaires dans les déficits nationaux.
Il faudra bien que les États trouvent les ressources pour rembourser les sommes avancées par l’UE.
INTRODUCTION
A. DE LA MÉTAPHORE MILITAIRE POUR IMPRESSIONNER À LA MENACE DE GUERRE POUR REPRENDRE L’INITIATIVE PERDUE
Les relations étrangères sont principalement de la compétence du président ( en lien étroit avec le ministre des affaires étrangères ).
Elles te présentent surtout le quasiment seul domaine où il a une marge de manœuvre ( sauf sur le budget – ce qui n’est pas anecdotique – qui relève exclusivement du gouvernement et du Parlement ).
Avant la dissolution, E.MACRON usait de la métaphore militaire pour impressionner son auditoire ( médias principalement ) et donner de l’importance à ses promesses et annonces :
– réarmement démographique ( janvier 2024 )
– nous sommes en guerre : mars 2020 pour le Covid répétée 6 fois dans la même allocution – mars 2021, puis septembre 2020 …
Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes. Nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre nation. Mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale.
– puis à de très nombreuses reprises pour le conflit Russie Ukraine )
– le réarmement civique ( janvier 2024 )
– le réarmement démocratique ( janvier 2024 )
– réarmement de l’Etat
– les réunions multipliées du conseil de sécurité ( y compris sur des sujets relevant du gouvernement
– l’économie de guerre ) mars 2024 )
– réarmement industriel, technologique, scientifique » ( déc 2024 )
– réarmement militaire
– la mise en œuvre du projet de réarmement et de régénération annoncé. » ( nomination d’Attal )
– réarmement économique
– « réarmer nos services publics »ensuite
– réarmement intellectuel ( promu par MARC FESNEAU )
– réarmement moral ( promu par JN BARROT )
– sans oublier l’annonce d’il y a qqs mois de l’envoi de troupes en Ukraine reprise il y a quelques jours …
B. LE VA-T-EN GUERRE POUR MOBILISER ET IMPOSER DES ÉCONOMIES ET DES REDÉPLOIEMENTS VERS DES DÉPENSES MILITAIRES
Peu en soutien des deux derniers gouvernements pour réduire la dépense publique, le déficit et la dette – qu’il a directement provoqué ces dernières années – le président semble découvrir les économies et la nécessité de réformer les dépenses sociales.
C. A-T-ON VRAIMENT LA VOLONTÉ DE RÉDUIRE LES DÉPENSES PUBLIQUES ? ON PEUT EN DOUTER
Le gouvernement Bayrou n’a fait que ralentir la hausse des dépenses sans inverser la tendance.
La cour des comptes – et le gouvernement comme les acteurs sociaux se prêtent volontiers à la manœuvre grossière :
nier le déficit des retraites publiques pour en faire une dépense ordinaire, alors que celui ci contribue au déficit budgétaire de l’ État et à la dette nationale, et correspond bien à un manque criant de recettes ( cotisations ) pour faire face aux retraites.
L’Union européenne réfléchit. Sortir les dépenses militaires du déficit public affiché ! ( cela ne les sortira pas de la dette ! )
NOUS VOUS PROPOSONS TROIS ARTICLES :
1. ARTICLE – Dépenses militaires versus dépenses sociales?
2. ARTICLE – Sociales ou militaires : la guerre des dépenses ?
3. ARTICLE – Mais pourquoi Emmanuel Macron veut-il tout « réarmer » ?
1. ARTICLE – Dépenses militaires versus dépenses sociales?
Julien Damon. 25 février 2025 TELOS
Les appels à des efforts accrus en faveur des dépenses militaires vont-ils avoir un vigoureux impact sur les dépenses sociales ? Rien n’est écrit, mais la perspective est crédible, tant les deux systèmes de protection sociale et de défense se trouvent face à des pressions monumentales. Le premier, qui suscite des inquiétudes quant à sa soutenabilité, voit se profiler des déséquilibres financiers très amplifiés tandis que demeurent des besoins insatisfaits. Le second, appelé à très significativement se renforcer, doit répondre aux menaces d’un monde transformé. Le premier pourrait être conduit à réduire la voilure afin que le second monte en puissance.
Dans un contexte géopolitique particulièrement préoccupant, fait de déflagrations violentes et de recomposition des alliances, le président de la République, Emmanuel Macron, a évoqué, le 20 février 2025, la nécessité d’un effort considérable en matière de défense. Au cours d’une journée pendant laquelle il a réuni les chefs de partis à l’Élysée et répondu sur les réseaux sociaux aux questions d’internautes sur l’Ukraine, il a envisagé de passer de 2% à 5% du PIB les dépenses militaires de la France. Cette option se confirmerait, selon-lui, si les États-Unis devaient se désengager en décidant de ne plus protéger l’Europe via l’OTAN. L’objectif de 5% correspond d’ailleurs à une exigence répétée de Donald Trump, depuis 2018, et explicitement réitérée en janvier 2025, aux membres de l’OTAN[1].
Estimant qu’« on rentre dans une nouvelle ère », le président français a rappelé son propos tenu en mars 2024 : la guerre menée par la Russie engendre une « menace existentielle ». Déclarant explicitement cette fois-ci « sonner le tocsin », il a souligné que face à de puissants risques il fallait investir davantage, en France et en Europe, afin de placer les forces à un niveau inédit. Dans un appel à une prise de conscience de la gravité des réalités, à la mobilisation de réservistes et à l’augmentation des dépenses pour les armées, il a pu citer le chiffre de 5% du PIB en précisant qu’il ne s’agissait pas forcément du « bon chiffre » mais que, en tout cas, il allait falloir renforcer significativement ce poste budgétaire.
Passer la défense de 2% à 5% du PIB quand le social en représente 33%
Si l’idée d’augmenter le budget militaire jusqu’à 5% du PIB devait se concrétiser, cela représenterait une croissance colossale, avec des implications économiques et politiques majeures. Compte tenu de la situation très dégradées des finances publiques, un tel choix, avec une montée en charge par étapes, commanderait des choix stratégiques compliqués et douloureux.
Les dépenses publiques procèdent toujours d’arbitrages et de priorités politiques. Conjoncturellement, d’une année à l’autre, des efforts relatifs sont concédés pour certains sujets tandis que d’autres pâtissent d’économies quand ils sont vus comme moins prioritaires. Cependant, sur temps longs, des tendances structurantes se dégagent.
On peut ainsi comparer les efforts de la nation consentis respectivement pour la défense et pour la protection sociale, non pas uniquement aujourd’hui, mais avec un recul substantiel[2].
Dépenses sociales et dépenses de défense en proportions du PIB

Sources : SIPRI Military Expenditure Database, DREES, reconstitutions par l’auteur
Tout juste avant la deuxième guerre mondiale, les dépenses de défense représentaient 9% du PIB, tandis que celles consacrées à une protection sociale, alors peu développée, s’élevaient à 1% du PIB. Dans l’après-guerre, à la suite du développement de la sécurité sociale, les dépenses sociales sont passées à 8% du PIB, dans une progression quasi-ininterrompues pour aboutir au tiers du PIB aujourd’hui. De leur côté, le rapport des dépenses militaires sur le PIB a significativement décru. C’est en 1953 que cette proportion a connu un sommet, en lien avec la guerre d’Indochine. Malgré le conflit en Algérie, la part des dépenses pour les armées dans le PIB a ensuite chuté jusqu’à un palier de 3% des années 1970 au début des années 1990. La descente a repris après la fin de la Guerre froide et, depuis le début des années 2000, le taux varie autour de 2% du PIB. De leur côté, les dépenses de protection sociale ont vraiment pris leur essor à partir de la fin des années 1950 quand elles représentaient 15% du PIB, avec, principalement, le développement des retraites et de l’assurance maladie, mais aussi avec la création de nouvelles prestations contre le chômage et, ensuite, contre la pauvreté et l’exclusion. La France, au regard de cet agrégat singulier qu’est la dépense sociale rapportée au PIB, campe désormais, en la matière, au premier rang mondial ou au moins toujours sur le podium des trois premiers pays, avec donc un tiers de sa richesse nationale produite chaque année[3]. Et pour financer cela la France se classe au premier rang, au moins dans la zone OCDE, en termes de prélèvements obligatoires.
Dépenses sociales et dépenses de défense en proportions des dépenses publiques

Sources : SIPRI Military Expenditure Database, DREES, reconstitutions par l’auteur
Résumons avec les principaux ordres de grandeur : en 1938, les dépenses sociales représentaient 1% du PIB, et elles comptaient pour 6% des dépenses publiques. De leur côté, les dépenses de défense représentaient 9% du PIB mais elles comptaient pour la moitié des dépenses publiques. 85 ans plus tard, les dépenses sociales valent un tiers du PIB et plus de la moitié des dépenses publiques. Les dépenses militaires valent 2% du PIB et 4% de la dépense publique totale.
Pour spectaculaires qu’elles puissent paraître, les tendances rapportées par ces données et ces deux tableaux doivent pouvoir se retrouver, mutatis mutandis, dans toutes les démocraties occidentales.
Signalons aussi, pour le lecteur pressé, qu’une érosion de la défense, en parts de PIB comme en proportions des dépenses publiques, ne veut pas dire une diminution ni même une stagnation des budgets en volume. Le recul relatif marque simplement une importance moindre que d’autres postes dans les dépenses publiques, et une importance moins grande par rapport à la richesse créée chaque année.
Massacre budgétaire à la tronçonneuse ?
De quoi alors pourra être fait l’avenir des dépenses publiques quand il faut basculer vers une priorité militaire ? Pour donner la mesure d’un choc budgétaire de trois points de PIB en faveur de la défense, il faut avoir à l’esprit qu’une telle progression représente une somme de 90 milliards d’euros. Celle-ci correspond à un quart des dépenses de retraite, ou à un tiers des dépenses de santé, ou encore à l’intégralité des dépenses pour la famille et contre la pauvreté. Quand, chaque année, il est particulièrement difficile et périlleux politiquement de faire varier ces budgets dans des proportions qui n’ont rien à voir avec de tels chiffres, la perspective est vertigineuse. Aux difficultés pour assurer les ressources morales et mentales face aux défis sécuritaires s’ajoutent celles, plus prosaïques, pour dégager des moyens.
Par rapport au risque sanitaire majeur qu’a été l’épidémie de Covid, la réponse, connue sous le slogan du « quoi qu’il en coûte », a mobilisé des fonds colossaux, de façon exceptionnelle. Ici, l’augmentation du budget de défense serait bien plus structurelle, pour orienter les industriels, recruter et former les personnels, acheter et entretenir des matériels de plus en plus sophistiqués et coûteux. L’ensemble appelle, pour être véritablement d’ampleur, des révisions drastiques et des arbitrages entre couverture des risques sociaux et des risques militaires. Certes, comme l’expose Emmanuel Macron, une partie du financement pourrait passer par l’embrigadement de l’épargne privée, avec le lancement de nouveaux produits d’épargne fléchés (parts de livrets A, fonds défense, etc.) pour soutenir le financement de programmes de défense, hors périmètre d’engagements budgétaires européens jugés caducs. Reste qu’en matière de finances publiques, tout ne pourra pas passer par quelques innovations et par des dépenses nouvelles amplifiant déficits et dettes publics. Même si la France entre effectivement et vigoureusement en « économie de guerre » (évoquée dès juin 2022 par Emmanuel Macron, avec des dépenses keynésiennes et non maastrichtiennes à plein régime, des réaffectations et des coupes se discuteront, alimentant nombre de disputes.
Au regard des tensions financières, des libertariens, entraînés par leur représentant argentin, Javier Milei et par leur champion américain, Elon Musk, exhibent leurs tronçonneuses. Sans afuérisme excessif, des administrateurs malins ressortent leurs rabots et leurs mécanismes de désindexation. Les think tanks les plus volontaires, dégraisseurs de mammouth patentés, soutiennent leurs recommandations de coupes claires. Des responsables politiques raisonnables s’inquiètent. Le sujet est, en tout cas, particulièrement sérieux car la « nouvelle ère » qui s’ouvre pourrait être, au premier chef, d’ordre budgétaire.
Un virage et une impasse
Bien entendu, des études plus fouillées seront versées au débat. Elles évoqueront, pour certaines, un pays devenu ronronnant et pacifiste, d’autres, une nation versée dans le socialisme, d’autres encore soutiendront que les dépenses sociales plaisent aux électeurs tandis que les dépenses de défense ne plairaient qu’aux militaires. Tout ceci donne du grain à moudre, pour plateaux et réseaux sociaux, sur l’attrition du régalien par rapport au social, sur la petitesse des bagarres électorales autour des prestations sociales par rapport à la grandeur de la chose militaire, sur la nature de la souveraineté (d’ailleurs quels matériels étrangers acheter avec des moyens supplémentaires ?). La reprise en boucle des polémiques autour du « pognon de dingue » ne servira cependant pas à grand-chose, tout comme la déploration de choix faits au détriment d’autres départements ministériels.
L’actualité et le réalisme invitent simplement à prendre au sérieux ce que le propos du chef de l’État induit. Les controverses risquent d’être bien nourries quand le puissant déséquilibre des finances publiques (dont les finances sociales) se double de puissants troubles géopolitiques. Le virage à prendre est assurément rude, car une impasse se profile : réarmement massif, redressement des comptes et désendettement ne peuvent être menés de concert. Il sera impossible, ou, pour le dire plus diplomatiquement, très difficile, de soutenir en même temps une société de longévité, marquée par les coûts du vieillissement, et une société de conflits de haute intensité, potentiels ou déclenchés.
Relevons, en incise, que ce type de virage, putatif mais plausible, du social vers le militaire concernera aussi, à bien des égards, la question environnementale et les politiques écologiques. On voit mal, en effet, les préoccupations d’efficacité des armes être affectées par des contrariétés liées à leur impact sur l’environnement. Personne, a priori, ne plaidera, au nom de la nature, pour des éco-munitions ou pour la limitation des heures de vol des avions de chasse. La planification écologique, érigée récemment en ardente obligation et déjà un rien en désamour, pourrait aussi souffrir des réorientations et redéploiements budgétaires.
Mais revenons, pour finir, aux conséquences, encore hypothétique, des mutations accélérées de l’ordre mondial sur le modèle social. La France et, plus largement, l’Europe, ont bénéficié depuis l’après-guerre, à peu de frais, de la protection militaire américaine. Ce bouclier a accompagné, sinon autorisé, le développement de protections sociales plus généreuses que de l’autre côté de l’Atlantique. Un retournement stratégique en cours laisse planer l’idée d’une refonte générale. La perturbation des circonstances bouscule, quoi qu’il en soit, l’État-providence.
Ironie de l’histoire, diront les uns, en notant que l’inflexion envisagée, d’abord dans le discours, date d’un double 80e anniversaire, celui de la fin de la seconde guerre mondiale et celui de la création de la sécurité sociale. Rappel simple du caractère tragique de l’histoire, diront les autres.
2. ARTICLE – Sociales ou militaires : la guerre des dépenses ?
25 février 2025 DAMON Julien FUTURIBLES
Les appels à des efforts accrus en faveur des dépenses militaires vont-ils avoir un puissant impact sur les dépenses sociales ? Rien n’est écrit, mais la perspective est plausible.
Dans un contexte géopolitique particulièrement préoccupant, le président de la République, Emmanuel Macron, a évoqué le 20 février 2025 la nécessité d’un effort considérable en matière de défense. Au cours d’une journée pendant laquelle il a réuni les chefs de partis à l’Élysée et répondu sur les réseaux sociaux aux questions d’internautes sur l’Ukraine, il a envisagé de passer les dépenses militaires de la France de 2 % à 5 % du PIB (produit intérieur brut). Cette option se confirmerait, selon lui, si les États-Unis devaient décider de ne plus protéger l’Union européenne via l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord). Estimant qu’« on rentre dans une nouvelle ère », le président a souligné que, face à de puissants risques, il fallait investir davantage, en France et en Europe, afin de placer les forces à un niveau inédit. Dans un appel à une prise de conscience des réalités, à la mobilisation de réservistes et à l’augmentation des dépenses pour les armées, il a pu citer le chiffre de 5 % du PIB, en précisant qu’il ne s’agissait pas forcément du « bon chiffre » mais que, en tout cas, il allait falloir renforcer significativement ce poste budgétaire.
Si l’idée d’augmenter le budget militaire jusqu’à 5 % du PIB devait se concrétiser, cela représenterait une croissance colossale, avec des implications économiques et politiques majeures. Compte tenu de la situation très dégradées des finances publiques, une telle décision commanderait des choix stratégiques compliqués et douloureux.
Les dépenses publiques procèdent toujours d’arbitrages et de priorités politiques. Conjoncturellement, des efforts relatifs sont concédés pour certains sujets, tandis que d’autres pâtissent d’économies quand ils sont vus comme moins prioritaires. Sur le temps long, des tendances structurantes se dégagent.
On peut ainsi comparer les efforts de la nation consentis respectivement pour la défense et pour la protection sociale.
Dépenses sociales et dépenses de défense en proportions du PIB

Sources : SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) Military Expenditure Database, DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), reconstitutions par l’auteur.
Tout juste avant la Seconde Guerre mondiale, les dépenses de défense représentaient 9 % du PIB, tandis que celles consacrées à une protection sociale, alors peu développée, se montaient à 1 % du PIB. Dans l’après-guerre, à la suite du développement de la Sécurité sociale, les dépenses sociales sont passées à 8 % du PIB, dans une progression quasi ininterrompue, pour aboutir au tiers du PIB aujourd’hui. Le rapport des dépenses militaires sur le PIB a significativement décru. C’est en 1953 que cette proportion a connu un pic, en lien avec la guerre d’Indochine. Malgré le conflit en Algérie, la part des dépenses pour les armées dans le PIB a ensuite chuté jusqu’à un palier de 3 % des années 1970 au début des années 1990. La descente a repris et, depuis le début des années 2000, le taux varie autour de 2 % du PIB. De leur côté, les dépenses de protection sociale ont vraiment pris leur essor à partir de la fin des années 1950, quand elles représentaient 15 % du PIB, avec principalement le développement des retraites et de l’assurance maladie, mais aussi avec la création de nouvelles prestations contre le chômage et, ensuite, contre la pauvreté et l’exclusion.
Signalons que cette érosion de la défense, en parts de PIB, ne veut pas dire une diminution ni même une stagnation des budgets en volume. Le recul relatif marque simplement une importance moindre que d’autres postes dans les dépenses publiques, et une importance moins grande par rapport à la richesse créée chaque année.
De quoi sera fait l’avenir des dépenses publiques ? Pour donner la mesure d’un choc budgétaire de trois points de PIB en faveur de la défense, il faut avoir à l’esprit la somme que représente une telle progression : 90 milliards d’euros. Celle-ci correspond à un quart des dépenses de retraite, ou à un tiers des dépenses de santé, ou encore au total du cumul des dépenses pour la famille et contre la pauvreté. Quand, chaque année, il est particulièrement difficile et périlleux politiquement de faire varier ces budgets dans des proportions qui n’ont rien à voir avec de telles ampleurs, la perspective est vertigineuse.
Face au risque sanitaire majeur qu’a constitué l’épidémie de Covid, la réponse, connue sous le slogan du « quoi qu’il en coûte », a mobilisé des fonds colossaux, de façon exceptionnelle. Ici, l’augmentation du budget de défense serait bien plus structurelle, appelant nécessairement à des révisions douloureuses et des arbitrages entre couverture des risques sociaux et des risques militaires. Certes, comme l’envisage Emmanuel Macron, une partie du financement pourrait passer par le lancement de nouveaux produits d’épargne fléchés pour soutenir le financement de programmes de défense. Reste qu’en matière de finances publiques, tout ne pourra pas passer par des dépenses nouvelles amplifiant dette et déficit publics. Des arbitrages et donc des coupes se discuteront, nourrissant nombre de disputes.
Au regard des tensions financières, des libertariens, entraînés par leur représentant argentin, Javier Milei, et leur champion américain, Elon Musk, peuvent exhiber leurs tronçonneuses. Le sujet est, en tout cas, particulièrement sérieux car la « nouvelle ère » qui s’ouvre pourrait d’abord être d’ordre budgétaire.
3. ARTICLE – Mais pourquoi Emmanuel Macron veut-il tout « réarmer » ?
Le changement de ton remonte aux vœux de la Saint-Sylvestre. Tant l’économie que l’industrie ou la Nation, le chef de l’État veut « réarmer ». Mais comment expliquer un tel virage sémantique ?
Ouest-France Yves-Marie ROBIN. le 10/01/2024 OUEST FRANCE
À sept reprises. Lors de ses vœux aux Français le 31 décembre, le président de la République a surpris. Non par la teneur de son allocution – finalement assez courte et très classique – mais par le vocabulaire employé.
À sept reprises, le chef de l’État a utilisé le terme « réarmement » ou le verbe « réarmer » : réarmement économique d’abord, « réarmer nos services publics »ensuite, puis réarmement de l’État, réarmement civique, ou encore réarmement industriel et réarmement de la Nation…
Un choix assumé par Emmanuel Macron, qui a d’ailleurs récidivé mardi midi sur X (ex-Twitter) lors de l’annonce de la nomination de Gabriel Attal à Matignon, lui donnant comme feuille de route « la mise en œuvre du projet de réarmement et de régénération annoncé. »
« Stature régalienne »
Mais pourquoi une telle stratégie linguistique, rappelant forcément le désormais célèbre« Nous sommes en guerre », prononcé six fois lors du discours présidentiel du 16 mars 2020, à l’aube de l’épidémie mondiale de Covid-19 ?
« Avec cette métaphore guerrière, le chef de l’État cherche surtout à imposer sa stature régalienne. C’est lui, le chef des Armées. Une manière d’affirmer : c’est moi ou le chaos, comme l’avait déjà fait François Mitterrand au cours de son second mandat », note Damon Mayaffre.
Mais ce qui intéresse davantage ce chercheur du CNRS, par ailleurs linguiste et historien, c’est l’utilisation des préfixes « re » ou « ré » par le Président. Réarmement, Renaissance, Conseil national de la Refondation, ministère du Renouveau démocratique… Les exemples sont multiples.
« Clairement de droite »
« Ces préfixes visent surtout à séduire et rassurer les Français âgés, souvent de droite, nostalgiques de la France du passé où il n’y avait aucun problème d’autorité, où les services publics fonctionnaient… Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Eric Zemmour a baptisé son parti Reconquête fin 2021… »
Si Damon Mayaffre trouve au mot « Renaissance » un petit côté « en même temps », « avec le préfixe « re » de droite et le terme « naissance » plutôt de gauche », il juge, en revanche, le mot « réarmement »« clairement de droite ». Un virage sémantique et politique pris et assumé par le palais de l’Élysée depuis plusieurs semaines. Une « Révolution » en douceur…