
Une vaste enquête internationale
« En réponse aux bouleversements géopolitiques et diplomatiques autour de la guerre en Ukraine depuis l’entretien houleux entre V. Zelensky, D. Trump et J.D Vance à la Maison Blanche le 28 février, l’ensemble des équipes de More in Common se sont mobilisées pour réaliser en un temps record une vaste enquête internationale afin d’analyser l’impact de ces événements historiques sur l’opinion.
Les résultats de cette enquête sont parus, simultanément dans le Sunday Times, Die Welt, Rzeczpospolita, et en Une de Ouest France, et sont repris par de très nombreux médias français.
Alors qu’un récit de division et de défaitisme pourrait s’installer en réaction au désengagement américain, notre enquête montre que les Européens sont inquiets mais lucides, et déterminés à maintenir voire à renforcer leur soutien à l’Ukraine. »
L’équipe de Destin Commun
ARTICLE – A contre-courant des positions de Donald Trump, le soutien des Européens à l’Ukraine se renforce
DESTIN COMMUN
Du 2 au 5 mars, nous avons interrogé 7 068 personnes en Allemagne, en France, en Pologne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, pour analyser l’impact des évolutions géopolitiques récentes sur les opinions européennes et américaines. Une grande cohérence se dessine entre les différents pays, marqués par une volonté majoritaire de voir l’Europe poursuive son soutien à l’Ukraine, même sans les Etats-Unis.Lire l’étude complète
Quelques enseignements clés :
- Face à l’adversité, le soutien des Européens à l’Ukraine est renforcé : 57% des Français y sont favorables même sans les Etats-Unis. C’est aussi le cas de 54% des Allemands, et même des deux tiers des Polonais et des Britanniques.
- Les Européens, et notamment les Français et les Allemands, expriment une grande perplexité sur les liens entre l’Europe et les Etats-Unis. Si les Français considèrent largement les Européens comme des alliés, seulement un quart d’entre eux (24%) en pensent aujourd’hui autant des Américains. 59% des Français qualifieraient d’ailleurs Donald Trump de “dictateur”, opinion partagée par 59% des Allemands, 56% des Britanniques et 47% des Polonais.
- Pourtant, les opinions américaine et européennes sont plus alignées qu’il n’y paraît. Une écrasante majorité d’Européens et d’Américains (y compris parmi les électeurs Républicains américains) s’accordent à dire que la Russie est responsable du conflit et que Vladimir Poutine est un dictateur. Les Américains et les Européens s’accordent également pour dire que la défense de la souveraineté de l’Ukraine est importante pour leur propre pays.
- En France, les partisans de LFI et du RN se distinguent du reste des Français par leur ambivalence sur la Russie : seulement 54% et 58% d’entre eux la jugent responsable de la guerre en Ukraine. C’est aussi chez les jeunes que l’on observe un certain relativisme : seulement une courte majorité des 18-34 ans désigne la Russie comme responsable du conflit. La polarisation politique sur ce sujet est bien plus forte encore en Allemagne, puisque la responsabilité de la Russie n’est reconnue que par 33% des partisans de l’AfD.
- Les trois quarts des Français (76%) s’inquiètent de la propagation de la guerre en Europe, et moins d’un tiers des Européens pensent que l’on pourrait se fier à la Russie en cas de cessez-le-feu. 60% des Français et des Allemands et jusqu’à deux tiers des Britanniques et des Polonais estiment probable que la Russie tente d’envahir d’autres pays européens en cas de victoire en Ukraine.
- L’adhésion à l’envoi en Ukraine de troupes de maintien de la paix en cas d’accord est directement liée à la distance de chaque pays à la Russie : les Britanniques (57%) y sont nettement plus favorables que les Français (44%) et les Allemands (41%). Les Polonais (27%), qui sont en première ligne, craignent le risque d’un conflit ouvert avec la Russie. Une large majorité des Français (62%) seraient en revanche favorables au rétablissement d’une forme de service militaire obligatoire.
- Le soutien des Français à une éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne a fortement augmenté depuis un an mais reste minoritaire : 46% y sont aujourd’hui favorables, contre 34% en février 2024. Ce sont aussi 43% des Allemands qui partagent cette opinion (+3 points depuis début 2024).
- Les Français sont perplexes quant à l’éventualité d’une mutualisation de la dissuasion nucléaire française dans un cadre purement défensif : bien que les opinions favorables l’emportent légèrement (39%), 31% des Français y sont opposés et 30% n’ont pas d’avis, appelant à un débat démocratique sur ce sujet aussi stratégique que symbolique.
- Si la crise ukrainienne renforce le leadership d’Emmanuel Macron auprès des Français mais aussi des Européens, nos concitoyens appellent surtout de leurs vœux un effort d’unité nationale : 78% d’entre eux souhaitent que les dirigeants politiques dépassent leurs divisions pour rechercher les intérêts de la France et de l’Europe.