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DE L’HUMOUR, MAIS PAS SEULEMENT ? AVEC RÉGIS MAILHOT – « L’EMPRUNT RUSSE » DE MACRON ET LA « FLEX SENIOR EQUITY »

ARTICLE – Effort de guerre : mourir à crédit ? Plutôt crever…

MERCI POUR CES MOMENTS. L’humoriste Régis Mailhot a une solution pour combiner financement du réarmement et préservation du système des retraites.

Par Régis Mailhot 18/03/2025 LE POINT

Livret A-tomique, plan épargne retraite militaire, assurance-mort : le grand emprunt russe est lancé. On aurait dû se douter qu’en plaçant un ancien banquier à la tête de l’État, on finirait par se voir proposer un arsenal de produits financiers à faire rougir même un trader de la Bourse. Mais qui aurait imaginé que cette vente à la criée aurait pour but de financer un plan de réarmement aussi ambitieux qu’un programme d’immobilier de bureaux au sortir du Covid  ?

Notre président semble décidément avoir le goût du mortifère. Son projet de loi sur l’aide à mourir ayant été avorté par une dissolution kamikaze, le voilà reparti avec un autre projet d’avenir : la guerre. Et pour la financer ? Rien de plus logique que de puiser dans l’épargne populaire. Une vieille habitude régalienne, héritée de la tradition monarchique.

Alors, faut-il passer à la caisse pour faire résonner le clairon ? Eh bien non, rassurez-vous : cette collecte repose sur le volontariat. La mobilisation de l’épargne n’est pas (encore) obligatoire. Enfin, jusqu’à nouvel ordre, ou réquisition si nécessaire.

Pas à l’abri d’une nouvelle invention administrative

Les libertés individuelles sont, paraît-il, un fondement de notre pays. Un principe auquel on tient farouchement… jusqu’à ce qu’une situation d’urgence vienne en rappeler toute la souplesse. On n’est jamais à l’abri d’une nouvelle invention administrative : pourquoi pas une petite autorisation de sortie pour accompagner mamie de l’Ehpad au distributeur automatique de billets ? Ou, soyons fous, un pass financier pour débloquer les comptes à terme ?

Emmanuel Macron a retenu la leçon de sa première guerre, celle qui l’a vu affronter le Covid  : le « quoi qu’il en coûte ». Cette fois, à notre tour de payer la douloureuse. Le hic : les Français n’en veulent pas. Touche pas au grisbi, Manu ! L’effort de guerre, passe encore. Mais mourir à crédit ? Plutôt crever.

« Pas le choix », répond-on en haut lieu. La France, paraît-il, disposerait d’une petite semaine de munitions devant elle, à peine de quoi survivre aux ponts de mai. Signer l’armistice un lendemain de 8 Mai, ce serait tout de même cruel. Certes, mais entre la commande de matériel et sa livraison, il faut compter jusqu’à trois ans. Le temps de signer les bons de commande, les Russes auront déjà sabré le champagne au siège de la Banque de France avant même qu’on ait reçu notre confirmation de placement par DocuSign.

Privilégions plutôt les arbitrages internes. Je ne voudrais pas faire de la peine à Stéphane Bern, notre bon monsieur Patrimoine, qui œuvre avec passion et désintéressement pour la sauvegarde des baronnies en friche et des monuments oubliés. Mais, compte tenu de l’urgence, peut-être pourrait-on réaffecter les crédits de rénovation de nos chefs-d’œuvre militaires – forts Vauban, Boyard et même le Brégançon resort-spa –, pour équiper en urgence l’infanterie, l’artillerie, et même, pourquoi pas, fournir aux bidasses des rangers made in USA capables d’affronter l’hiver moscovite… Encore faudrait-il que les Français acceptent de vider leur bas de laine pour leur payer des chaussettes. Et ça, c’est loin d’être gagné.

Les retraités, une force inexploitée

Ou, osons une autre hypothèse, tout aussi radicale qu’économiquement cohérente. Financer une armée, soit. Mais quid des retraites ? Puisqu’on ne peut opposer ces projets, pourquoi ne pas les fusionner ? Inventons le Flex Senior Equity : un savant mélange de solidarité générationnelle et de pragmatisme budgétaire. La logique comptable voudrait qu’on envoie au front nos retraités eux-mêmes. Après tout, ils représentent une force inexploitée, et leurs pensions coûtent bien cher à l’État.

Imaginez un peu : une armée de séniors déployée sur le terrain, les pensions remplacées par des soldes militaires, les pertes au front méticuleusement comptabilisées en économies vitales. Voilà la martingale ! Un chef-d’œuvre de pragmatisme budgétaire, un effort de guerre autofinancé et un modèle social préservé. Avec, gravé au fronton des centres des impôts : « Mort pour la patrie. Les finances publiques reconnaissantes. » Bref, un business model qui ferait saliver Elon Musk lui-même.

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