
ARTICLE – 40 % d’illettrés : accro aux technologies, la Gen Z perd une compétence acquise par l’humanité il y a 5 500 ans
L’écriture manuscrite, bientôt classée au patrimoine mondial de l’oubli ?
Publié le 23 mars 2025 PRESSE CITRON Par Camille Coirault
Nous avons inscrit notre histoire dans l’argile, sur le papyrus, puis sur le papier. Pendant des millénaires, le geste d’écrire a modelé notre manière d’appréhender le monde, structuré notre pensée et permis l’édification des plus grandes civilisations. Aujourd’hui, ce fil conducteur de la transmission humaine se rompt dans l’indifférence générale.
Selon l’Université de Stavanger (Norvège), 40 % des membres de la Génération Zperdent leur capacité à communiquer par écrit de manière manuscrite. Un naufrage, une amputation cognitive aux conséquences dramatiques.
Le pouce agile, mais le cerveau anesthésié
Les claviers ont remplacé les cahiers, les émojis se sont substitués aux phrases, et les abréviations tiennent désormais lieu d’arguments. Une génération entière navigue dans un océan de messages tronqués, de publications éphémères, de vidéos courtes abrutissantes (coucou TikTok !), incapable de tracer les contours d’une pensée sur papier sans se trouver « déconcertée », comme le rapporte le journal Türkiye Today.
La professeure Nedret Kiliceri de la Faculté des Lettres de l’Université d’Istambul, observe le spectacle navrant d’une jeunesse intellectuellement limitée : des étudiants arrivant sans stylos dans les amphithéâtres, incapables de structurer un paragraphe, allergiques aux phrases complexes. La voici, cette génération de cerveaux anesthésiés par le confort illusoire du numérique, formatés pour effleurer l’information, mais plus pour l’incarner.
L’écriture manuscrite, avec sa lenteur délibérée, imposait un rythme à la pensée, une discipline mentale troquée par certains contre l’instantanéité orgasmique du clavier. La pensée, autrefois sculptée par celle-ci, se transformerait-elle en bouillie prémâchée ?
L’analphabétisme numérique
Cette fracture anthropologique fait partie d’une trajectoire millénaire : des premières argiles mésopotamiennes marquées par le calame il y a 5 500 ans aux parchemins médiévaux caressés par la plume d’oie, l’humanité avait édifié un temple neuronal où la main et l’esprit communiaient. Ce n’était pas qu’une technique ; c’est en partie grâce à l’écriture que l’Homme s’est élevé au-dessus de sa condition biologique.
Ironie de l’histoire, c’est au moment où l’alphabétisation atteint son apogée que nous assistons à ce reflux. Les mêmes jeunes qui maîtrisent parfaitement les subtilités des interfaces numériques se retrouvent handicapés face à une feuille blanche. Ce qui se joue sous nos yeux n’est rien moins qu’une amnésie civilisationnelle programmée, transformant la Génération Z en une anomalie anthropologique : les premiers barbares cultivés de l’histoire moderne.
Une compétence qui a accompagné l’humanité pendant des milliers d’années s’éteint doucement sous nos yeux, non par obsolescence, mais par atrophie volontaire. Ce n’est pas tant la perte technique qui inquiète que ce qu’elle révèle de notre rapport au temps, à la réflexion et à la permanence. Pendant que nous débattons de l’intelligence artificielle et du transhumanisme, une intelligence bien humaine – celle qui naît de la rencontre entre la main qui trace et l’esprit qui compose – disparaît. La Génération Z, première victime consentante de cette mutation, pourrait bien être aussi la dernière à se souvenir vaguement qu’il fut un temps où les hommes savaient écrire sans clavier.
- Une part importante de la jeunesse actuelle délaisse progressivement l’écriture à la main, au profit d’outils numériques plus rapides mais moins structurants pour la pensée.
- Ce changement profond dans les habitudes de communication affecte la capacité à formuler des idées complexes et à développer une pensée construite.
- Derrière cette évolution technologique se cache une perte de lien avec un geste ancestral, porteur de mémoire et de profondeur intellectuelle.