Aller au contenu principal

LE GROENLAND (2) FACE À DES DÉFIS EXISTENTIELS

ARTICLE – Pourquoi le Groenland a-t-il quitté l’ancêtre de l’Union européenne en 1985?

Ernest Ginot – Édité par Louis Pillot – 17 mars 2025 SLATE

Un Groexit, un peu plus de trois décennies avant le Brexit du Royaume-Uni.

Le Groenland a rarement autant attiré l’attention que ces dernières semaines. La faute notamment à Donald Trump, qui n’a cessé, depuis son retour à la Maison-Blanche, d’afficher ouvertement ses ambitions pour cette immense île, qu’il voudrait acheter comme on fait ses courses. Un coup de projecteur brutal sur un territoire méconnu, pourtant au cœur des convoitises depuis plus de trois siècles.

Du fait de ses ressources minières et de sa position stratégique, qui en fait une base militaire de choix, le Groenland attise aussi bien l’appétit des États-Unis que de la Chine, sans oublier l’Union européenne (UE) –avec laquelle il possède une histoire pour le moins singulière.

La plus grande île du monde a été colonisée par plusieurs vagues de Vikings successives. Avec le temps, elle est passée sous le giron du Danemark, dont elle fait toujours partie aujourd’hui même si elle jouit d’un régime autonome. Si sa position géographique le rapproche plutôt de l’Amérique du Nord, le Groenland est donc bien associé à l’Europe. Il aurait même pu faire partie de l’UE, s’il n’avait pas quitté son ancêtre il y a quatre décennies.

Un petit tour…

Tout commence en 1973, au moment où le Danemark se lance dans l’aventure européenne en intégrant la Communauté économique européenne (CEE), une organisation qui établit un marché commun entre tous ses membres. L’adhésion du Danemark entraîne de facto celle de son territoire groenlandais, qui se retrouve, un peu malgré lui, dans cette sorte d’ancêtre de l’Union.

Malgré lui, car cette intégration européenne est alors loin de faire l’unanimité. Lors du référendum de 1972 sur l’adhésion à la CEE, tandis qu’une grande part de Danois se prononce favorablement, la majorité de la population groenlandaise vote contre. Le statut du Groenland à l’époque ne leur laisse pas le choix: en tant que territoire d’outre-mer du Danemark, son adhésion est automatique.

Sur le même sujet

«On parle du Groenland comme d’un objet»: ce que pensent les habitants de l’île des déclarations belliqueuses de Donald Trump

On peut dire que l’histoire européennedébute plutôt mal pour l’île et cela ne fait que s’aggraver ensuite. La population groenlandaise se rend rapidement compte que certaines politiques économiques de la CEE pourraient nuire à ses intérêts, notamment en ce qui concerne la pêche, l’un des secteurs-clés de l’économi du territoire. Avec l’adhésion à la CEE, les eaux groenlandaises s’ouvrent aux pays membres de l’organisation qui veulent y pêcher, ce qui provoque une perte de contrôle des ressources halieutiques et richesses naturelles. Un motif de rupture.

… et puis s’en va

Derrière la pêche, point de friction majeur entre le Groenland et la CEE, se cache aussi une volonté plus large d’avoir un contrôle élargi sur les décisions touchant le pays. C’est chose faite en 1979: le Groenland obtient une autonomie interne après un référendum accordé par le Danemark et approuvé à 73% par la population locale. Il s’agit d’un tournant dans la relation du territoire avec le Danemark, mais aussi avec l’Europe.

À peine trois ans après l’obtention de cette autonomie, le Groenland, qui a enfin le champ libre, organise un nouveau référendum. Cette fois-ci, la CEE est directement visée: faut-il oui ou non s’y maintenir? La population groenlandaise tranche, à 52%, pour quitter l’organisation. Le 13 mars 1984, le traité sur le Groenland est signé, l’accord de retrait devient effectif le 1er février 1985. Le Groenland devient ainsi le premier territoire à quitter la CEE. Cette même organisation devient l’Union européenne en 1993 à la suite du traité de Maastricht, élargissant ses compétences bien au-delà de l’économie.

Sur le même sujet

La moitié des Danois craignent davantage les États-Unis que la Corée du Nord et l’Iran

Aujourd’hui, le Groenland est loin d’avoir coupé les ponts avec l’Europe et il est même inscrit sur la liste des territoires d’outre-mer associés à l’UE. Ce statut particulier lui permet de maintenir certains avantages économiques et commerciaux avec les pays membres, tout en restant indépendant sur la gestion de certains secteurs, notamment en matière de ressources naturelles. Un énième équilibre bientôt chamboulé par Trump?

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.