
ÉMISSION – La poésie slovène : « la langue montre toujours au-delà d’elle-même »
Publié le samedi 29 mars 2025 FRANCE CULTURE
« Ljubljana » a paru aux éd. L’arbre qui marche, Brina Svit y parcourt la capitale slovène de la statue du poète Prešeren aux quais de l’architecte Plečnik sur les rives de la Ljubljanica. Le poète slovène Aleš Šteger a publié « Au-delà du ciel sous la terre », traduit par le poète Guillaume Métayer.
Avec
- Aleš Šteger, poète slovène.
- Guillaume Métayer, poète et traducteur.
- Brina Svit, ecrivaine slovène.
- Mathias Rambaud, ancien attaché culturel à Ljubljana, auteur.
Le poète slovène Aleš Šteger vient de recevoir le prix Max Jacob « Etranger » pour le recueil Au-delà du ciel sous la terre publié aux éditions Gallimard. Mathias Rambaud, auteur et ancien attaché culturel à Ljubljana, est l’interprète des propos du poète pour cette émission.
Dans une précédente émission, le poète et traducteur Guillaume Métayer avait lu son poème « Tiges » issu du recueil de poésie Mains positives paru aux éditions La Rumeur libre. Il a traduit et préfacé le recueil Au-delà du ciel sous la terre d’Aleš Šteger.
L’autrice Brina Svit dont le roman Les cycles de la révolte a paru l’année dernière aux éditions Gallimard, publie Ljubljana aux éditions L’arbre qui marche. Dans ce guide littéraire de voyage, Brina Svit arpente la ville où elle a passé sa jeunesse, au travers de cinq itinéraires et sur les traces de l’architecte Jože Plečnik.
Les géographies de l’impossible, la poésie d’Aleš Šteger
Le recueil Au-delà du ciel sous la terre, écrit par le poète Aleš Šteger et traduit par Guillaume Métayer, vient de recevoir le prix Max Jacob étranger, le poète slovène évoque la figure du poète moderniste Max Jacob et s’inscrit dans la lignée de cette généalogie des récipiendaires.
Au-delà du ciel sous la terre, paru aux éditions Gallimard, dans sa forme en français, regroupe des textes de différentes sources en slovène.
Aleš Šteger s’attarde sur cette place de la poésie : « peut-être qu’il est difficile de parler de l’impossible, (…) la littérature soutient l’expérience de la personne qui la vit, à partir du moment où la parole est prononcée, elle transforme celui qui l’a formulé (…) à l’extrémité opposée de la langue juridique, il y a cette langue politique qui rejoint une sorte d’état mystique, ici la langue montre toujours au-delà d’elle-même, en cela elle nous permet parfois de jeter un œil dans cette région de l’impossible. »
Aleš Šteger rappelle son attachement à la grammaire alphabétique, et à la manière dont un écrit s’autonomise tel un texte qui finir par écrire son auteur. Le poète poursuit : « la littérature fait bouger les frontières d’une façon tout à fait différente de celle de notre contexte politico-social ; et à l’époque où la littérature se réfugie dans des sortes de niche, la poésie prend une valeur supérieure.«
Guillaume Métayer cite le linguiste Antoine Berman puis explore l’élaboration d’une traduction, une inventivité qu’il décrit ainsi : « on traduit d’une langue avec un tiers, il y a une sorte de langue tierce qui est la langue latine, kaléidoscope de tous les possibles de la langue française ; j’utilise toutes ces virtualités du français qui sont présentes dans notre étymologie. » Guillaume Métayer rappelle cette exigence d’être au plus près possible du texte.
« La langue slovène est faite pour la poésie « , conversation avec l’autrice Brina Svit
Brina Svit raconte la ville de Ljubljana, elle part de Triste pour rejoindre la capitale slovène. Ljubljana est la ville natale de l’autrice qui ajoute : « je suis une enfant du socialisme yougoslave (…) c’est toute une partie de ma vie ; ca veut dire un optimisme qui n’existe plus, ça veut dire un autre rapport à la communauté et à un sentiment d’égalité. » Ljubljana a paru aux éditions L’arbre qui marche. France Prešeren, poète slovène mort en 1849 est une référence majeure en Slovénie, à la fois mythe et fierté nationale, Brina Svit ajoute : « c’est avec Prešeren que le slovène est devenu une langue littéraire« .
Premières lignes du poème « Quelque chose » d’Aleš Šteger, traduit par Guillaume Métayer
« Faire quelque chose d’autre,
Trouver autre chose dans autre chose,
Quelque chose de caché, quelque chose d’inaperçu,
Quelque chose qui avant jamais comme ça,
Et en même temps sans comment faire évident,
Sans itinéraire prédéfini,
Quelque chose en autre chose,
Autre chose qui soit ici et là en même temps,
Quelque autre ici,
Le révéler, l’invoquer,
Faire que quelque chose se fasse tout seul,
Ici est plein d’ailleurs,
Déborde d’autre, (…)«
Générique
Interprète : Mathias Rambaud
LIEN VERS L’ÉMISSION