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INFLUENCEURS ALGÉRIENS – CE QUI EST ATTENDU DES JUGES : « FAIRE RESPECTER LA FRANCE ET LES DROITS DES FRANÇAIS »
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ARTICLE – Affaire de l’influenceur algérien Boualem Naman : le Conseil d’État rejette son recours en référé contre son expulsion
Par Jeanne Durieux 8 avril 2025
Dans sa décision rendue mardi, le Conseil d’État juge que le rejet de son recours contre son expulsion n’est affecté «d’aucune irrégularité ni erreur de droit». Dès lors, Boualem N. est expulsable, même si les juges doivent encore se prononcer en appel sur le fond.
Le Conseil d’État a estimé mardi que l’arrêté d’expulsion pris à l’encontre de Boualem N., surnommé Doualemn sur les réseaux sociaux, n’était entaché «d’aucune irrégularité ni erreur de droit». Dès lors, l’influenceur algérien est expulsable. Les juges administratifs ont rejeté son recours contre le rejet de son référé liberté , déposé le 14 mars dernier, visant l’arrêté d’expulsion pris à son encontre par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau.
«Sévère correction»
L’ex-agent de nettoyage était visé par une OQTF depuis le 9 janvier après sa vidéo sur TikTok appelant à «donner une sévère correction» à un opposant au régime à Alger. Il avait été expulsé le 9 janvier en Algérie, mais les autorités algériennes l’avaient immédiatement renvoyé en France, déclenchant une crise avec Paris.
L’influenceur avait de nouveau été interpellé le 20 mars à Montpellier (Hérault) par la police aux frontières et placé en centre de rétention administrative (CRA) au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). Le 25 mars, le tribunal administratif de Paris avait rejeté une demande de suspension de la décision d’expulsion le visant via un référé-liberté, estimant que les conditions pour prononcer cette suspension n’étaient «pas réunies».
L’instance considérait que malgré sa longue présence sur le territoire français, «pendant environ vingt ans en situation irrégulière puis quinze ans en situation régulière», il «ne justifiait ni de liens d’une intensité particulière avec ses enfants majeurs et avec ses petits-enfants ou d’une communauté de vie avec sa compagne, ni d’une intégration professionnelle inscrite dans la durée». Le prévenu avait fait appel de cette décision, qui s’était tenue le 3 avril devant le Conseil d’État.
«Risques pour l’ordre public»
Le Conseil d’État a donc rejeté mardi 8 avril la requête du ressortissant algérien. «Les propos [de l’influenceur dans sa vidéo du 9 janvier, NDLR] (…) s’inscrivent dans le contexte d’une montée des menaces dont font l’objet les opposants aux autorités algériennes résidant en France, justifiant une vigilance particulière au regard des risques pour l’ordre public», précise ainsi l’institution.
Le requérant, père de deux enfants dont un porteur d’un lourd handicap, avait aussi dénoncé une atteinte au droit à la vie privée et familiale pour justifier son appel de la décision du tribunal administratif de Paris. Argument également balayé par le Conseil d’État. «Ses enfants sont majeurs» et celui qui se trouve en situation de handicap «est à la charge principale de sa mère», dont Doualemn est divorcé depuis 2013. «L’intéressé ne conteste sérieusement ni qu’il conserve des attaches en Algérie, pays où il se rend régulièrement, ni qu’il pourrait y recevoir la visite de sa famille», ont aussi relevé les magistrats. Et de poursuivre en affirmant que si Boualem N. «se prévaut également de son insertion professionnelle en France, il se borne à faire état de quelques contrats de travail de courte durée.» En conséquence, la mesure d’expulsion prise par Bruno Retailleau ne porte pas une atteinte «manifestement disproportionnée à son droit d’une vie privée et familiale normale (…) et à sa liberté d’aller et venir», ont conclu les juges.
«Il s’agit d’un tournant répressif très grave ; une personne étrangère régulière pendant 15 ans peut être expulsée pour des propos isolés», a réagi Maître Marie David Bellouard, avocate du mis en cause, au Figaro. «Notre client subit les conséquences des lois xénophobes de ces dernières années. Le ministre de l’Intérieur a toute latitude pour choisir ses cibles, créer des contextes anxiogènes et réprimer. Nous ne nous arrêterons pas là. Le recours au fond sollicitant l’annulation de l’arrêté d’expulsion est toujours en cours.»
La vidéo diffusée début janvier par Boualem N. lui avait également valu d’être condamné le 6 mars dernier à cinq mois de prison avec sursis pour «provocation non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit». À la barre, ce dernier s’était justifié en affirmant n’avoir appelé qu’à «une gifle ou une fessée». La défense de l’influenceur a fait appel de cette décision.