
METAHODOS VOUS PROPOSE 17 ARTICLES
1. ARTICLE – « LFI est en pleine dérive réactionnaire et pro-islamiste »
2. ARTICLE – « LFI fait comme si tous les musulmans étaient islamistes »
3. ARTICLE – « Il faut que les acteurs laïques reprennent le terrain abandonné aux islamistes »
4. ARTICLE – « Islamophobie » : non, Fleur, critiquer une religion n’est pas une forme de racisme
5. ARTICLE – « Lutter contre le racisme antimusulman, oui ; le nommer islamophobie, non »
6. ARTICLE – À Paris, une foule de manifestants défile contre Israël, « l’islamophobie », la police et les « fachos »
7. ARTICLE – Ne pas confondre islamophobes et laïcs
8. ARTICLE – « Les médias de gauche m’ont déçue » : avec la jeunesse pro-palestinienne qui s’informe sur Twitter et Al Jazeera
9. ARTICLE – « Dix ans après, soyons fidèles à ‘Charlie’ et à la mémoire de son courage ! »
10. ARTICLE – « Sionistes, c’est vous les terroristes » : à Paris, des milliers de manifestants dénoncent un « massacre » en Palestine
11. ARTICLE – « Transmania », conférences de Mélenchon sur la Palestine : vous voulez être républicains ? Laissez-les s’exprimer !
12. ARTICLE – « Lutter contre le racisme antimusulman, oui ; le nommer islamophobie, non »
13. – ARTICLE – Le manuel de riposte de « Marianne » : non, Fleur, la laïcité n’est pas islamophobe
14. ARTICLE – Hostilité à la loi de 1905, abayas : sondage accablant sur le rapport des Français musulmans à la laïcité
15. ARTICLE – « Hanoukka à l’Élysée, on se pince » : le jour où Macron a perdu toute crédibilité sur la laïcité
16. ARTICLE – « On s’est fait partouzer » : Macron et le camp laïque, histoire d’une manipulation
17. ARTICLE -« Cessons de considérer que la loi de 1905 serait obsolète »
1. ARTICLE – « LFI est en pleine dérive réactionnaire et pro-islamiste »
Par Naëm Bestandji. 17/04/2025 MARIANNE
La France insoumise veut créer une commission d’enquête sur l’islamophobie. L’essayiste Naëm Bestandji, auteur de « Le linceul du féminisme » (Seramis), y voit un symptôme de la dérive réactionnaire de la formation politique de Jean-Luc Mélenchon. S’il rejoint le philosophe Henri Peña-Ruiz sur la dénonciation du terme « islamophobie », il pense, contrairement à lui, qu’il ne faut pas non plus parler de « racisme antimusulman ».
Le mercredi 9 avril 2025, La France Insoumise (LFI) a déposé à l’Assemblée nationale une « proposition de résolution, tendant à la création d’une commission d’enquête portant sur l’islamophobie ». Point d’orgue de sa dérive réactionnaire et pro-islamiste, sa prose est intéressante à analyser.
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LFI s’inquiète de la « montée de la méfiance envers l’islam ». Depuis la Révolution française, la gauche a toujours lutté contre l’emprise du christianisme sur la société et les individus. Dire que la gauche était méfiante envers cette religion est un euphémisme. Elle lui était particulièrement hostile. Mais aujourd’hui, une frange perdue de la gauche, dont LFI est le fer de lance, ne s’inquiète pas de l’emprise grandissante de l’islam (de plus, dans sa version extrémiste) sur des individus et des portions de la société. Elle est passée du côté des bigots et des conservateurs en s’inquiétant de la méfiance envers une seule religion, l’islam. Pourquoi ? Au-delà, peut-être, d’avoir des convictions personnelles réactionnaires tout en se prétendant de gauche, LFI a une vision paternaliste des musulmans, perçus comme uniformes et exotiques. Elle assigne tous les musulmans à la frange extrémiste de l’islam, incapables d’évoluer, d’embrasser le commun de la société française. Elle considère qu’on ne peut pas les tirer vers le haut. Alors il faut les maintenir en bas, sous l’emprise de leur dogme religieux, contrairement au reste de la société française qui s’en est émancipé.
ALLIÉ DE L’ISLAMISME
Pour justifier sa présentation, LFI s’appuie notamment sur des chiffres fournis par le Collectif contre l’Islamophobie en Europe (CCIE). Ce collectif est la reconstitution en Belgique du Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF), dissout en raison de sa radicalité religieuse. Le CCIE/CCIF est idéologiquement la branche juridique des Frères musulmans. Ses statistiques sont farfelues, comptant parfois comme « actes islamophobes » des évènements qui n’ont rien à voir avec l’hostilité envers les musulmans. Mais peu importe pour LFI. Sous le charme des islamistes, elle est un soutien de longue date. Cette proposition de création d’une commission d’enquête sur l’islamophobie est largement le fruit de leur partenariat. Leur dernière rencontre, le 12 mars 2025, a même eu lieu au sein de l’Assemblée nationale sur invitation de LFI. Deux organisations islamistes ont été conviées par le parti : Étudiants musulmans de France (EMF), branche estudiantine des Frères musulmans, et le CCIE. Une nouvelle fois, la France Insoumise n’a eu aucun complexe à s’allier et à soutenir une extrême droite religieuse pour défendre des idéaux réactionnaires aux antipodes des valeurs de gauche. Au point d’ouvrir les portes du cœur de notre République, l’Assemblée nationale, à des islamistes.
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Le thème de cette table ronde ? La lutte contre l’offense à l’Islam (« islamophobie »), qui aura largement inspiré cette proposition de résolution. Le ton, le vocabulaire et la rhétorique utilisés dans cette résolution sont rigoureusement les mêmes que ceux de l’islamisme politique. Le sujet du voile en est un exemple frappant. LFI enfonce le clou en citant comme source le sociologue Julien Talpin, étroitement lié à l’association « Alliance citoyenne » avec qui il a créé l’Institut Alinsky dont il est le président. Alliance citoyenne, qui érige le patriarcat islamiste en valeur émancipatrice, est une association qui assure une des jonctions entre extrême gauche et extrême droite musulmane. Elle a mené les offensives burqini à Grenoble et a créé les « hijabeuses » dans le football, toutes inspirées par les méthodes de l’Institut Alinsky. Julien Talpin a toujours soutenu les actions de l’association.
Cohérent dans son paternalisme et orientalisme, il s’affiche lors de conférences avec des islamistes pour essentialiser tous les musulmans à la frange extrémiste de l’islam. Ce fut le cas, par exemple, avec Marwan Muhammad, ex-directeur du CCIF, ou le néo-salafiste Elias d’Imzalene. Son but n’est pas de les critiquer mais de faire « front commun » (sic). Il leur est alors naturel de valider un terme au cœur de la stratégie victimaire de l’islamisme : « islamophobie ».
L’« ISLAMOPHOBIE », CŒUR POLITICO-RELIGIEUX DE LFI
Pour les partisans de la lutte contre l’« ISLAMophobie », l’islam devrait avoir un statut particulier, un privilège d’intouchabilité. Tout obstacle à l’expression de cette religion, même à ses dérives, serait de « l’islamophobie » à combattre. La volonté d’établir un délit de blasphème, uniquement valable pour l’islam, est bien vivace.
Pour faire passer la pilule, les partisans du terme « islamophobie » ambitionnent de fusionner une idéologie religieuse avec des individus pour ne plus distinguer l’offense à une religion de l’hostilité contre des personnes en raison de leurs croyances. Ils instrumentalisent la seconde (les discriminations que subiraient des musulmans doivent être punies) pour tenter d’interdire la première. De plus, ces mêmes partisans considèrent l’islamisme comme l’islam tout court, et les islamistes comme de simples pieux musulmans opprimés. Ainsi, toute critique de l’extrémisme musulman est considérée être une critique contre l’islam donc contre tous les musulmans.
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Le concept « islamophobie » va encore plus loin puisqu’il vise à faire de l’offense à cette religion une forme de racisme. Le musulman, fidèle d’une religion censée être choisie, devient le Musulman, membre assigné à un peuple imaginaire. La liberté de conscience devient caduque. Dit autrement, exprimer sa crainte ou son rejet de l’islam (et de l’islamisme), ou même encadrer l’expression de cette religion à égalité avec toutes les autres croyances serait s’en prendre à une ethnie (les Musulmans). Cela crée, de fait, une notion de blasphème spécifique à cette religion. C’est ce que souhaite l’islamisme pour tenter de faire taire toute opposition et dans l’espoir que, un jour, cela se traduise juridiquement dans le Code pénal. LFI ne s’en cache pas. Dans sa « proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête portant sur l’islamophobie », elle confirme à de multiples reprises fusionner islam et musulmans.
LE PIÈGE DU TERME « RACISME ANTIMUSULMANS »
Je suis donc en accord avec o ou n du terme « islamophobie ». Toutefois, je diverge de son analyse sur l’usage de « racisme antimusulman ». Cela rejoint en partie l’usage du terme « islamophobie ». La laïcité ne concernerait plus les musulmans, remplacée par les lois qui punissent le racisme. Or, être raciste contre l’adhésion à un concept (politique, religieux, philosophique ou autre) n’a aucun sens. Cette essentialisation qui ferait de l’islam une caractéristique raciale, au-delà d’assigner et d’empêcher les musulmans de s’émanciper de l’islam, rejoint la dangerosité du terme « islamophobie » : l’islamité serait comparable à la couleur de peau. La liberté de conscience devient caduque.
Henri Peña-Ruiz fait bien la distinction entre croyance et croyant : « La catholicophobie n’est pas un racisme, pas plus que la judaismophobie, car elles visent des croyances religieuses. L’athéophobie n’est pas non plus un délit. » Il utilise les termes qui, selon moi, sont plus appropriés pour nommer l’hostilité envers des individus en raison de leurs croyances, comme « la judéophobie et la musulmanophobie ». Mais en considérant ces derniers comme « des racismes effectifs »équivalents au racisme anti-Arabe, il brouille les perceptions et se contredit lui-même. En effet, il affirme à juste titre que « on ne peut mettre sur le même plan l’islamophobie et l’antisémitisme ».
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Or, la judéophobie n’est pas synonyme de l’antisémitisme, même si la première peut être incluse dans la seconde. La judéophobie, tout comme la musulmanophobie, concerne l’hostilité envers des individus en raison de leurs croyances. L’antisémitisme est un racisme car il concerne l’hostilité envers des individus pour ce qu’ils sont en tant qu’êtres humains, peu importe leurs croyances. Dans l’Allemagne nazie par exemple, les Juifs athées ou catholiques étaient autant persécutés que les autres. Au-delà du judaïsme, l’antisémitisme s’appuie sur des caractéristiques physiques et des supposés traits de caractères comme l’appât du gain, bien loin de la religion.
2. ARTICLE – Fatiha Boudjahlat : « LFI fait comme si tous les musulmans étaient islamistes »
Délit de blasphème
Par Martin Bot. 15/04/2025 MARIANNE
La France insoumise (LFI) a déposé une proposition de résolution à l’Assemblée nationale visant à créer une commission d’enquête portant sur l’islamophobie. Une terminologie qui s’inscrit dans la ligne de la stratégie électorale des insoumis et que Fatiha Boudjahlat, essayiste et enseignante interviewée par Marianne, déplore.
La France insoumise raffole des commissions d’enquête. La dernière en date ? Elle n’est qu’au stade de proposition, mais elle aurait pour but, entre autres, « d’évaluer le rôle des médias, des réseaux sociaux et des discours politiques dans la construction de stéréotypes négatifs à l’égard de l’islam et de ses pratiquants ». Quitte à revenir sur la loi de liberté de la presse, qui a mis fin au délit de blasphème en 1881 ?
Sur la base du rapport « Être musulman dans l’Union européenne » du 21 octobre 2024, ils posent le constat de la persistance du racisme et des discriminations envers les personnes de confessions musulmanes ou perçues comme telles. Mais plutôt que d’apporter une réponse concrète à ce fléau, la LFI s’engage sur une voie qui limiterait le droit des citoyens de critiquer les religions quelles qu’elles soient, s’inquiète l’enseignante Fatiha Boudjahlat, interviewée par Marianne.
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3. ARTICLE – Naëm Bestandji : « Il faut que les acteurs laïques reprennent le terrain abandonné aux islamistes »
Par Naëm Bestandji. Publié le 08/04/2024MARIANNE
Alors que les fractures identitaires se creusent un peu plus chaque jour, l’essayiste Naëm Bestandji, auteur de « Le linceul du féminisme » (Seramis), estime qu’il est urgent de lutter contre l’islamisme et de faire aimer la France.
« Tu ne seras jamais un vrai Français pour eux. C’est normal. Tu es musulman avant tout. » C’est ainsi que, à la fin des années 1980, des prédicateurs islamistes m’avaient abordé dans mon quartier. La spiritualité compte moins que l’identité, marchepied vers l’action politique qui sera nommé, trente ans plus tard, « séparatisme ».
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4. ARTICLE – « Islamophobie » : non, Fleur, critiquer une religion n’est pas une forme de racisme
Kit rhétorique
Par Antoine Margueritte 23/06/2024 MARIANNE
« Il faut combattre l’islamophobie autant que l’antisémitisme. » Votre nièce Fleur, drapée de bonnes intentions, met sur le même plan la critique d’une religion et la haine des juifs ? « Marianne » vous aide à rappeler que le délit de blasphème n’existe pas en France, et pourquoi le terme d’islamophobie n’est pas adapté à la lutte antiraciste.
« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde ». La formule d’Albert Camus est usée mais toujours aussi pertinente lorsqu’il s’agit d’interroger les mots qui servent nos réflexions. Votre nièce Fleur, indubitable humaniste, a sûrement prononcé d’innombrables fois le terme « islamophobie » en repas de famille, notamment pour vous convaincre que Gérald Darmanin, Jean-Michel Blanquer ou même Emmanuel Macron sont d’extrême droite, et font régner une ambiance « préfasciste ». Elle a même, récemment, mis ce terme contesté sur le même plan que l’antisémitisme. Sauf que ces deux notions n’ont rien à voir.
Si l’antisémitisme est évidemment une stigmatisation essentialisante, puisqu’elle renvoie une personne à une ethnie ou une religion supposées, l’islamophobie n’est pas, dans l’absolu, une forme de discrimination dirigée contre une personne, mais bel et bien une critique de la religion musulmane, de ses dogmes, de ses règles.
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Toujours est-il que ce mot se répand comme une traînée de soufre depuis le début des années 2000. Il est utilisé par des universitaires, des journalistes, des militants antiracistes, pour qualifier des phénomènes qui méritent généralement une autre appellation, comme la discrimination ou le racisme « anti-musulman ». Il se retrouve notamment dans la ligne politique de la France insoumise, qui l’a imposé dans le vocabulaire programmatique du Nouveau Front populaire.
UN TERME AUX ORIGINES CONTESTÉES
Remettons-nous en à l’étymologie de l’islamophobie. Le mot définirait à l’origine la crainte ou la peur de l’islam, mais s’est depuis traduit, dans certaines bouches, en hostilité envers les musulmans ou personnes perçues comme tel. À cette définition, on pourrait se contenter des termes « xénophobie » ou « racisme », quand les musulmans sont ramenés à une origine réelle ou supposée.
Les origines du terme, elles, sont confuses. L’essayiste Caroline Fourest avait tenté, en 2003, d’établir l’arbre généalogique du terme, le faisant naître dans la bouche des mollahs iraniens, en 1979, pour « faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de « mauvaises musulmanes » en les accusant d’être « islamophobes » ». Une archéologie sémantique depuis largement contestée par la recherche. On retrouve d’ailleurs des traces d’utilisation de ce mot en France dès le début du XXe siècle. C’est durant les années 2000 qu’il s’impose vraiment chez certains pour décrire les situations de stigmatisations vécues par les croyants musulmans suite aux attentats islamistes du 11 septembre 2001 ou les attaques de Londres en 2005.
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Le mot a par ailleurs gagné en légitimité conceptuelle entre 2003 – date à laquelle il revient dans le débat public via une tribune dans Libération VOIR ARTIVLE 7 « Ne pas confondre islamophobes et laïcs « ci-contre – et 2013. Des universitaires de plusieurs disciplines s’attellent alors à lui construire un sens, un champ d’application théorique et pratique, entretenant toujours plus le flou entre critique philosophique et politique de l’islam, xénophobie et racisme.
POLÉMIQUE INSOUMISE
Depuis, ce terme est principalement repris par les militants décoloniaux, feu le Conseil contre l’islamophobie en France (CCIF) – dissous en 2020 par Gérald Darmanin qui l’a présenté comme une « officine islamiste œuvrant contre la République » –, les « Indigènes de la République » ou encore La France insoumise, qui a marqué, ces dernières années, une réelle rupture avec la vision laïque anciennement portée par Jean-Luc Mélenchon. Le rejet de ce mot par le philosophe Henri Peña-Ruiz avait d’ailleurs créé une polémique interne lors de l’université d’été du parti, en 2019, à Toulouse
Un militant présent à une conférence sur « les trois boussoles de la laïcité », animée par le philosophe, avait tweeté une citation attribuée à Henri Peña-Ruiz : « On a le droit d’être islamophobe. » Un propos tronqué, puisqu’Henri Peña-Ruiz affirmait en réalité la chose suivante : « On a le droit d’être athéophobe comme on a le droit d’être islamophobe. En revanche, on n’a pas le droit de rejeter des hommes ou des femmes parce qu’ils sont musulmans. » La polémique avait tout de même enflé, permettant de mettre en lumière le changement de cap en cours à La France insoumise sur le sujet.
LE NOUVEAU FRONT POPULAIRE REPREND LA LIGNE LFI
Quelques années plus tard, plus question de contester le piège sémantique que représente l’islamophobie. Dans son programme, le Nouveau Front populaire détaille sur une page son projet de lutte « contre toutes les formes de racismes, contre l’antisémitisme et l’islamophobie ». Ce dernier terme revient cinq fois dans la partie du programme consacrée à la lutte contre les discriminations. Autant de fois que l’antisémitisme, comme si les deux mots servaient à décrire deux phénomènes du même ordre.
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Cette ligne, aux origines très insoumises, reprend sans doute la définition de l’islamophobie faite par le CCIF : « Il s’agit de l’ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à l’islam. Ces actes sont également légitimés par des idéologies et des discours incitant à l’hostilité et au rejet des musulmans. »
Le programme prévoit également de « donner à la justice les moyens de poursuivre et de sanctionner les auteurs de propos ou actes racistes, islamophobes et antisémites », or, jusqu’à preuve du contraire, « l’islamophobie », en tant que critique d’une religion, n’est pas punie par la loi.
Comme l’ont dit beaucoup d’autres débatteurs, le terme lui-même n’est pas dangereux, à l’inverse de l’instrumentalisation qu’en font les islamistes et l’extrême-gauche pour empêcher toute critique de …
La raison est simple : le délit de blasphème n’existe pas en France. Chacun peut, dans les limites fixées par les différentes lois relatives à la liberté d’expression, porter une critique sur les divinités, dogmes, croyances ou symboles religieux. Les personnes sont protégées, lorsqu’elles subissent des attaques relatives à leur foi réelle ou supposée, mais les paroisses de chacun ne sont pas saintes dans la République laïque. La loi protège les croyants, pas leur religion. On pense avec les mots, Fleur, alors tâchons d’utiliser les bons.
5. ARTICLE – Henri Peña-Ruiz : « Lutter contre le racisme antimusulman, oui ; le nommer islamophobie, non »
Par Henri Peña-Ruiz. 15/04/2025 Marianne
Alors que des députés LFI proposent une commission d’enquête sur l’ « islamophobie », le débat s’enflamme autour du sens même du mot qui, sous prétexte de prévenir les discriminations envers les musulmans tend à empêcher toute critique du dogme. Confusion entre rejet de la religion et haine des croyants, risques pour la liberté d’expression : l’enjeu est ici de clarifier le combat contre le racisme pour mieux le rendre efficace, estime le philosophe Henri Peña-Ruiz, auteur du « Dictionnaire amoureux de la laïcité » (Plon).
Le mercredi 9 avril, des députés de la France insoumise ont déposé un projet de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête portant sur l’islamophobie. Il s’agirait « d’évaluer l’inaction de la France dans les réponses apportées pour lutter contre l’islamophobie et les phénomènes antimusulmans », et « le rôle des médias dans la construction de stéréotypes négatifs à l’égard de l’Islam ».
Si une telle démarche vise à développer la lutte contre le racisme dont sont victimes les personnes musulmanes comme telles, elle a du sens. Mais le terme islamophobie est très mal choisi, car il désigne le seul rejet de la religion musulmane, et non celui de ses fidèles. L’invention de ce terme fut d’ailleurs destinée à proscrire toute critique de l’Islam. En 2006 c’est ce que rappelait Jean Ferrat en exprimant son désaccord total avec Mouloud Aounit, secrétaire du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), qui voulait faire de la critique de l’islam un racisme et poursuivre en justice les caricatures reprises par Charlie.
Voici à ce sujet la mise au point lumineuse du rédacteur en chef de Charlie Hebdo, le regretté Stéphane Charbonnier. Le 5 janvier 2015, deux jours avant l’attaque terroriste contre Charlie, il donnait à son éditeur une Lettre ouverte où il remettait en question la notion d’islamophobie en ces termes : « Non, vraiment, le terme « islamophobie » est mal choisi s’il doit nommer la haine que certains tarés ont des musulmans. Et il n’est pas seulement mal choisi, il est dangereux. Si on l’aborde d’un point de vue purement étymologique, l’islamophobie devrait désigner « la peur de l’islam ». Or les inventeurs, promoteurs et utilisateurs de ce terme l’emploient pour dénoncer la haine à l’égard des musulmans. Il est curieux que ce ne soit pas « musulmanophobie » et, plus largement, « racisme » qui l’aient emporté sur « islamophobie», non ? ». La mise au point de Charb est remarquable de simplicité et de clarté, et elle est une référence essentielle pour la lutte contre le racisme.
Insistons. La lutte contre le racisme a besoin de clarté et c’est lui rendre un bien mauvais service que de qualifier de raciste ce qui ne l’est pas. Est raciste le rejet des personnes comme telles, du fait de leur origine ou de leur religion, entre autres. Mais la critique voire la satire d’une religion ou de toute autre conviction spirituelle comme l’humanisme athée ou agnostique, n’a rien de raciste. La catholicophobie n’est pas un racisme, pas plus que la judaismophobie, car elles visent des croyances religieuses. L’athéophobie n’est pas non plus un délit. En revanche la judéophobie et la musulmanophobie, qui visent des personnes ou des peuples, sont des racismes effectifs et par conséquent des délits. Pour toute personne de bonne foi, il est clair que la distinction soulignée entre le rejet d’une conviction spirituelle et le rejet d’une personne ou d’un peuple (musulmanophobie ou arabophobie) est essentielle. C’est pourquoi on ne peut mettre sur le même plan l’islamophobie et l’antisémitisme.
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Qu’est-ce donc qui est respectable ? C’est la personne en sa liberté de croire, et pas sa croyance. Sauf à rétablir le délit de blasphème. Distinguons avoir et être. On a une religion, mais on n’est pas sa religion, même si par ferveur on s’identifie à elle. Les athées peuvent-ils exiger le respect de l’athéisme, les catholiques le respect de leur religion et traîner en justice quiconque s’y refuse ? Alors pourquoi faire une exception pour une religion particulière ? Prétendre, par compassion mal placée, qu’un être humain ne peut avoir aucune distance à l’égard de sa conviction, c’est une forme de condescendance. Il faut admettre que tout être humain est capable de distance à soi, sauf si l’on fatalise le fanatisme. « Ne confondons pas la peau et la chemise » (Montaigne).
Bref, rejeter et combattre le racisme est essentiel, mais la liberté d’expression doit rester entière, pourvu qu’elle évite l’injure ou l’insulte adressées à la personne comme telle. À rebours du différentialisme raciste de l’extrême droite, je considère que la laïcité n’a pas à hiérarchiser les convictions, qu’elles soient religieuses ou non. Si le Rassemblement National se prétend laïque il doit dénoncer la Loi Debré qui instaure le financement sur fonds publics des écoles privées religieuses, catholiques pour la plupart, et le Concordat qui sévit en Alsace-Moselle aux frais de toute la République. Mais sa démarche identitaire l’en empêche. Sa laïcité à géométrie variable est donc un leurre.
Reste que le racisme en acte peut prendre des formes abjectes, qu’il convient de débusquer et de combattre par la loi, et fermement. Outre l’injure raciste, que la loi réprime, la discrimination raciale à l’embauche ou au logement fait partie de ces formes abjectes. Bref la clarté et l’efficacité de la lutte contre le racisme doivent éviter toute notion ambiguë.
6. ARTICLE – À Paris, une foule de manifestants défile contre Israël, « l’islamophobie », la police et les « fachos »
Reportage
Par Lucas Planavergne. 21/04/2024 MARIANNE
Des milliers de personnes ont battu le pavé de la capitale, ce dimanche 21 avril, à l’appel de nombreuses organisations parmi lesquelles LFI, le NPA ou encore Urgence Palestine. Avec un seul mot d’ordre : que « justice » soit rendue à toutes « les victimes de racisme et d’islamophobie », en France comme à Gaza.
Ni l’averse du début d’après-midi ni la tentative de la préfecture n’auront eu raison de leur détermination. Ce dimanche 21 avril, quelques milliers de personnes ont défilé à Paris, au départ de Barbès, à l’occasion de la « Marche contre le racisme, l’islamophobie et pour la protection de tous les enfants ». Une manifestation un temps interdite pour risques de trouble à l’ordre public et finalement autorisée par le tribunal administratif.
Quelques minutes avant que le cortège ne s’élance, escorté par un large cordon de CRS, les organisateurs scandent des slogans qu’on commence à connaître, debout sur leur camionnette. « Free Palestine », « Nous sommes tous des enfants de Gaza », « Refus d’obtempérer n’est pas un permis de tuer », peut-on ainsi entendre au-devant de la mobilisation, tandis qu’un peu plus loin, des défenseurs des sans-papiers dansent au rythme de tambours africains.
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Au milieu de la foule, deux quinquagénaires papotent. « Y a du beau monde, ça fait plaisir. J’ai même vu des Gilets jaunes », se félicite l’un d’entre eux, la voix recouverte par le brouhaha ambiant. Des Gilets jaunes ? Pour notre part, derrière les drapeaux palestiniens – ainsi qu’un ou deux aux couleurs LGBT – et les pancartes dénonçant tantôt Israël tantôt les « violences policières », on a surtout vu La France insoumise, Europe Écologie-Les Verts, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Révolution permanente, le Parti des indigènes de la République, Solidaires, Urgence Palestine et la Jeune Garde antifasciste…
« TOUT ÇA, C’EST LE MÊME COMBAT »
Beaucoup ne sont pas directement concernés par les revendications du jour, mais sont tout de même venus en guise de « solidarité ». Comme Lili*, qui déambule avec une affiche mi-féministe mi-antiraciste (« Tais-toi, on crie pour celles qui ne le peuvent pas ») à la main. « J’étais révoltée par le fait que ce soit annulé. Mais heureusement, on est là », glisse la jeune militante associative au visage orné d’un piercing au septum. À côté, on discute déjà du concert de soutien prévu dès 17 heures 30, place de la République. « Y aura des rappeurs engagés comme Médine, Kery James, Sniper… C’est aussi pour ça que je suis là », reconnaît une manifestante qui peine à cacher son impatience.
À quelques mètres de là, Benaid se montre moins enthousiaste. « Ce qui se passe à Gaza, ce qui se passe avec la police… Tout ça, c’est le même combat. Nous, on demande qu’une chose, que justice soit faite », explique l’homme de 58 ans, keffieh autour du cou. Juste derrière lui, des manifestants tapissent d’autocollants une publicité détournée à l’effigie du polémiste Jean Messiha. « Il a créé la cagnotte du flic qui a tué Nahel », rappelle un jeune homme, encore outré par les millions d’euros recueillis.
Dans le même registre, une autre scène attire notre attention : tandis qu’une cycliste agacée tente de franchir le cortège avec son chien dans le panier, deux activistes capuchées déboulent, grosses Doc Martens aux pieds, devant un kiosque à journaux évidemment fermé. « À bas l’État, les flics et les fachos », taguent-elles frénétiquement au feutre noir sur un espace réservé à la promotion… du Monde diplomatique, mensuel de gauche radicale. De l’art de marquer contre son camp.
« BIENTÔT, JE VAIS AUSSI Y PASSER »
Peu convaincu par « l’utilité » des manifestations, Rayan* ne prévoyait pas de venir « à la base ». Ce qui l’a motivé ? La tentative de « censure » des autorités. « Cette semaine, y a eu l’interdiction de la conférence de Mélenchon à Lille, l’interrogation de Rima Hassan [candidate aux européennes sur la liste de LFI], par la police… Alors je me dis que, bientôt, il nous restera plus que des opportunités comme celle-là pour s’exprimer », observe celui qui nous demande de « bien insister » sur son métier d’ingénieur pour « montrer que c’est possible pour un Maghrébin».
Le constat de Hassan* est encore plus amer. « Y a trop de racisme en France. S’ils arrivent à tuer tous ceux qu’ils visent, vu mes origines, bientôt, je vais aussi y passer », redoute le jeune homme de 19 ans, entre ironie et crainte réelle – bien qu’on ne comprenne pas vraiment qui se cache derrière ce « ils ».
À LIRE AUSSI : ARTICLE 11 ci contre – « Transmania », conférences de Mélenchon sur la Palestine : vous voulez être républicains ? Laissez-les s’exprimer !
Même son de cloche du côté de Victor, jeune intermittent du spectacle. « On n’entend plus qu’un seul et même discours islamophobe dans les médias. Et le gouvernement fait tout pour museler les voix dissidentes », estime le vingtenaire aux longs cheveux teints en rouge. Et son ami Antoine d’embrayer, avec un langage moins châtié : « Il y a une vraie dérive autoritaire, l’État utilise tous les moyens légaux pour nous b**ser. On est là pour montrer qu’on compte bien faire pareil ! »
7. ARTICLE – Ne pas confondre islamophobes et laïcs
par Caroline Fourest et Fiammetta VENNER publié le 17 novembre 2003 LIBÉRATION
Le débat sur les signes distinctifs religieux à l’école est en passe d’être piégé par les mots. Certains journalistes, quelques sociologues et maintenant des associations accusent de plus en plus souvent les défenseurs de la laïcité d’être des «islamophobes», des «intégristes de la laïcité» voire même des «ayatollahs de la laïcité» (sic). Ces expressions ne sont malheureusement pas isolées. Elles font partie d’un continuum qui tend à disqualifier les partisans de la laïcité en les faisant passer pour des fanatiques ou des racistes. Ce qui n’est pas le moindre des renversements pour désigner des partisans des droits de l’homme, luttant contre l’obscurantisme et son lot de haine discriminante.
Parmi ces mots portant à confusion, le mot «islamophobie» est aujourd’hui très largement repris, du Mrap à Jean-Pierre Raffarin, et plus maladroitement encore par Claude Imbert du Point. Il est dans l’air d’un temps où l’on s’obstine à vouloir réduire la question du racisme et de l’intégration à une question confessionnelle, comme si tous les Français originaires du Maghreb étaient musulmans pratiquants et comme si l’enclavement des banlieues n’était plus qu’une question de choc des religions. En cela, le remplacement du mot «racisme» par «islamophobie» correspond bien à la politique menée par Nicolas Sarkozy. La création artificielle d’un Conseil français du culte musulman n’a pas eu seulement pour effet désastreux d’amalgamer les musulmans libéraux et les musulmans extrémistes de l’Unio
8. ARTICLE – « Les médias de gauche m’ont déçue » : avec la jeunesse pro-palestinienne qui s’informe sur Twitter et Al Jazeera
On nous cache tout
Par Antoine Margueritte Publié le 31/05/2024 MARIANNE
Pour protester contre l’interview de Benyamin Netanyahou sur les chaînes du groupe TF1, quelques milliers de manifestants pro-Palestine se sont réunis jeudi soir à Boulogne-Billancourt. Reportage auprès d’une jeunesse qui fait plus confiance aux algorithmes qu’aux médias traditionnels.
Ils patientent assis en rang d’oignons à quelques centaines de mètres de la tour TF1, à Boulogne-Billancourt. Tous ont les yeux sur leur téléphone, et jettent quelques regards méfiants en direction des cordons de CRS qui empêchent de s’approcher des locaux de la première chaîne d’Europe. Ils attendent un tweet de Rima Hassan pour savoir où aura lieu le vrai rassemblement. « Les gens ne savent pas trop où aller, on est éparpillés un peu partout », constate une militante, elle aussi en train de guetter le compte de la militante de La France insoumise, qui a lancé l’appel à manifester devant la tour TF1 pour protester contre l’interview de Benyamin Netanyahou sur LCI. Sur les téléphones, aucune application France Info, Le Monde ou Marianne. Médias non grata.
« ON NE LEUR FAIT PAS CONFIANCE »
Capuche de circonstance sur la tête – la pluie commence à arroser la foule, un étudiant en métiers du son avoue qu’il regarde quand même TF1, parce qu’il vit chez ses parents et n’a pas son mot à dire. Mais la défiance est là : « Il y a une sacrée censure du Hamas… de la Palestine pardon (sic). »
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9. ARTICLE – Henri Peňa-Ruiz : « Dix ans après, soyons fidèles à ‘Charlie’ et à la mémoire de son courage ! »
Henri Peña-Ruiz. 07/01/2025 MARIANNE
S’il y a dix ans, au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, la nation était unie dans la douleur et la colère, que reste-t-il aujourd’hui de cette révolte ? Selon le philosophe Henri Peňa-Ruiz, auteur du « Dictionnaire amoureux de la laïcité » (Plon), la laïcité a plus que jamais besoin d’être défendue.
C’était à Paris il y a juste dix ans, dans la nuit du 7 janvier 2015, place de la République. Le deuil faisait vaciller les flammes de dizaines de bougies installées sur le piédestal de Marianne. Comment dire l’accablement qui nous submergeait, la détresse qui se lisait dans tous les yeux ? Comment raconter l’impossibilité de formuler la moindre parole, qui aurait semblé dérisoire ?
Nous étions consternés, dévastés par le crime immonde des frères Kouachi. Le fanatisme religieux venait d’anéantir nos camarades. Pour un dessin satirique, une rafale meurtrière de mitraillette ! Cabu, Charb, Honoré, Maris, Tignous, Wolinski n’ont jamais confondu le respect de la liberté de croire, conquis par l’émancipation laïque, et le respect des croyances elles-mêmes.
DES CRIMES IMMONDES
Ils ont su qu’on peut critiquer, voire tourner en dérision une religion, quelle qu’elle soit, et que ce geste n’a rien à voir avec la stigmatisation raciste d’une personne en raison de sa religion. Ils ont pratiqué la laïcité, sans l’affubler d’adjectifs qui attestent une réticence hypocrite. Ni ouverte ni fermée, leur laïcité avait l’évidence de leurs dessins. Ils savaient que l’indépendance des lois communes à l’égard de toute religion est la condition des libertés comme de l’égalité, mais aussi celle d’un cadre commun à tous, capable d’unir sans soumettre. Ils savaient, comme le rappelle Pierre Bayle, qu’il n’existe de blasphème que pour ceux qui vénèrent la réalité dite blasphémée.
Le 9 janvier, a eu lieu la prise d’otages par Amedy Coulibaly dans le magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris. L’assassin, qui avait tué la veille une policière municipale de Montrouge, y tue 4 personnes, porté par la haine antisémite. Les fanatiques islamistes avaient décidé de nous faire la guerre. Ils venaient de commencer par l’assassinat de Charlie, et de poursuivre par l’attentat contre l’Hyper Cacher. Le 13 novembre 2015, à Saint-Denis, près du Stade de France, et à Paris dans la salle du Bataclan, des terroristes islamistes vont réitérer l’abjection criminelle en faisant 130 morts et 413 hospitalisés dont 100 personnes en urgence absolue. Le 14 juillet 2016 à 22 h 30, à Nice, sur la Promenade des Anglais, un camion fou conduit par le terroriste Mohamed Lahouaiej-Bouhlel fonce sur la foule qui regarde le feu d’artifice organisé pour la fête nationale. On déplore 86 morts et 49 blessés gravement, dont 8 en urgence absolue.
LE PEUPLE SE LÈVE
Souvenons-nous. Le 11 janvier 2015, quatre millions de citoyens et de citoyennes défilent partout en France. Le peuple se lève et son civisme républicain crie sa révolte devant l’abomination. Les cortèges ont l’allure d’un recueillement mortuaire, partagé dans une immense émotion, comme si nous suivions les cercueils de nos camarades de Charliejusqu’à leur dernière demeure. Notre douleur se mêle à la colère civique qui héberge en nous une résolution farouche : « Plus jamais ça ».
Ainsi semble prendre forme un engagement résolu pour la république et la laïcité qui lui est consubstantielle. Nous marchons, bouleversés, et décidés à en finir avec tout ce qui affaiblit ou fragilise la laïcité. Trêve d’adjectifs hypocrites qui la relativisent. Trêve d’atermoiements et de lâcheté institutionnelle rebaptisée « Pas de vagues » ! Le civisme républicain cher à Montesquieu, c’est « l’amour des lois et de l’égalité », mais aussi l’amour de la liberté si cruellement atteinte par l’assassinat de nos camarades. Nous savons que la République a besoin de citoyens incommodes qui ne s’en laissent pas conter en matière de liberté.
L’ÉCOLE LAÏQUE COMME CIBLE
Dix après, que reste-t-il ? L’immense douleur d’avoir assisté à deux reprises à un assassinat de professeurs par des terroristes pleins de hargne contre l’école de la République. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, est assassiné puis décapité par Abdoullakh Anzorov devant le collège où il enseignait, à Conflans-Sainte-Honorine. Il avait fait étudier des caricatures de Mahomet, en stricte conformité avec les programmes de l’Éducation nationale et la déontologie laïque.
Le vendredi 13 octobre 2023, à Arras, dans le groupe scolaire Gambetta-Carnot, Dominique Bernard, professeur agrégé de lettres modernes de 57 ans, est mortellement blessé à la gorge et au thorax par le terroriste islamiste Mohammed Mogouchkov en essayant de protéger ses élèves. Un nouvel obscurantisme a battu en brèche la liberté d’expression. Confondre l’esprit critique avec la stigmatisation, la culture avec le culte, la fermeté du droit avec la violence arbitraire, c’est brouiller le sens des principes et encourager leurs adversaires. Dans un état de droit laïque, nul délit de blasphème n’est légitime. Dans un pays laïque, il y a de la place pour tout le monde.
Dans les pays théocratiques, pas de place pour les athées. En Iran, pas de place pour Mahsa Amini, jeune fille assassinée par la police des mœurs parce qu’une mèche de cheveux dépassait de son voile. Et qu’on ne nous oppose pas l’Angleterre, qui respecterait la liberté davantage que la France, alors qu’elle impose l’uniforme dans une grande majorité d’établissements scolaires.
Je me souviens qu’en Rugby, un international néo zélandais (All-Black) très pratiquant, refusait de jouer le dimanche, jour du seigneur…C’était il y a une vingtaine d’années et ça faisait sourire ca
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10. ARTICLE – « Sionistes, c’est vous les terroristes » : à Paris, des milliers de manifestants dénoncent un « massacre » en Palestine
Lucas Planavergne. 22/10/2023 Marianne
Plusieurs milliers de personnes se sont réunies, ce dimanche 22 octobre, place de la République à Paris, pour une nouvelle manifestation en soutien à la Palestine, cette fois-ci autorisée par la préfecture. Avec un seul mot d’ordre : dénoncer la politique « d’apartheid » du gouvernement israélien… ainsi que « ses complices », de l’UE à Emmanuel Macron et Gérald Darmanin.
« Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine ! » C’est autour de ce genre de slogans que des milliers de personnes se sont une nouvelle fois réunies, ce dimanche 22 octobre, place de la République à Paris, pour témoigner leur soutien au peuple palestinien et prôner un « cessez-le-feu immédiat » dans la bande de Gaza. Un rassemblement cette fois autorisé par la préfecture, alors que les précédents avaient été interdits – seul celui du mercredi 18 octobre avait été autorisé à la dernière minute, sur avis du Conseil d’État. « Si la mobilisation n’avait pas été légale, je ne serais pas venue, car j’aurais eu un peu peur », confie Jacqueline, une retraitée de 79 ans ravie de pouvoir enfin « participer à ce combat pour la paix, qui dure déjà depuis de trop longues années ».
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11. ARTICLE – « Transmania », conférences de Mélenchon sur la Palestine : vous voulez être républicains ? Laissez-les s’exprimer !
Liberté bâillonnée
Par Hadrien Mathoux. 19/04/2024
Un appétit de censure frénétique menace de dévorer la liberté d’expression en France. Il semble devenu inconcevable de laisser un point de vue opposé au sien bénéficier d’une tribune publique, comme le montrent le retrait des publicités pour l’ouvrage « Transmania » et l’annulation des conférences de la France insoumise.
Une bonne fois pour toutes, non, Voltaire n’a jamais dit : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. » Mais l’existence de cette citation apocryphe nous autorise à la brandir en étendard, et à s’inquiéter du climat insupportable qui règne concernant la liberté d’expression dans notre pays.
C’est bien simple, chaque semaine, l’actualité nous fournit des raisons de s’inquiéter, comme si l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ») était devenu caduc.
TRANSMANIA… ET MÉLENCHON
Le danger touche les idées dites de gauche comme celles réputées de droite. Ainsi, ces derniers jours ont été marqués par la décision de l’afficheur publicitaire JCDecaux de retirer les panneaux faisant la promotion de l’ouvrage coécrit par Marguerite Stern et Dora Moutot, Transmania. Une décision révélée par Marianne, dont la mairie de Paris est à l’initiative : « La transphobie est un délit. La haine de l’autre n’a pas sa place dans notre ville », justifie l’adjoint d’Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire.
Pourtant, si le livre Transmania critique bien ce qu’il estime être les « dérives de l’idéologie transgenre » et notamment ses conséquences sur les mineurs, personne n’a jusqu’ici été en mesure d’en extraire un quelconque appel à la violence ou à la discrimination. On aboutit à la curieuse situation d’un livre qui caracole en haut des classements de ventes en ligne tout en étant jugé trop discriminatoire pour avoir droit à de la réclame dans les rues de la capitale.
Autre contexte, mêmes attitudes liberticides : Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise ont été empêchés à deux reprises de donner conférence au sujet de la situation en Palestine, dans le Nord. La première réunion publique, prévue à l’université de Lille, a été annulée par la faculté, jugeant que « les conditions [n’étaient] plus réunies pour garantir la sérénité des débats ». La présence sur un visuel de promotion d’un logo de l’association « Libre Palestine », montrant un territoire réunissant Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza a suffi à des élus tels que Xavier Bertrand, président du Conseil régional des Hauts-de-France, pour réclamer l’annulation d’un « meeting politique déguisé en conférence aux relents antisionistes ».
CENSEURS EN PAGAILLE
Plus grave, la préfecture du Nord a décidé d’interdire la conférence organisée en remplacement par LFI dans une salle privée de Lille, invoquant des « risques de trouble à l’ordre public » dans « un climat de tensions géopolitiques accrues ». Jean-Luc Mélenchon a certes trouvé, une nouvelle fois, le moyen de se rendre difficilement défendable, en élaborant des comparaisons ubuesques entre la Collaboration et l’annulation de ses meetings, le président de l’université de Lille étant associé au criminel nazi Adolf Eichmann.
Mais sans tomber dans ces extrémités, il faut dénoncer avec force la mécanique infernale qui empoisonne le débat public français. Désormais, chaque point de vue un tant soit peu affirmé fait l’objet d’appels à la censure. Des nervis menacent de débarquer sur les lieux d’une conférence pour intimider les organisateurs ; de belles âmes outrées font part de leur sensible indignation après la publication d’un dessin de presse ; des militants zélés réclament la mise à l’Index (pardon : à l’Arcom) quand un contenu médiatique n’a pas l’heur de correspondre à leur définition de l’acceptable.
Toutes les familles politiques sont concernées, même si certaines ont davantage le goût de la censure que d’autres. On avoue avoir tiqué à la lecture des témoignages de syndicalistes étudiants (Solidaires, FSE) protestant contre l’annulation de la conférence de LFI sur la Palestine, dans Libération : victime des ciseaux d’Anastasie cette semaine, la gauche radicale est fréquemment en pointe pour bâillonner les points de vue contraires aux siens – pensons au blocage de la représentation de la pièce d’Eschyle à la Sorbonne, ou l’intervention d’Alain Finkielkraut perturbée par des heurts à Sciences Po.
RAISON ET LIBERTÉ
Les autorités ne sont pas en reste : ces derniers mois, les arrêtés préfectoraux sont tombés comme à Gravelotte, brandissant la notion floue de « troubles à l’ordre public » pour empêcher la tenue de manifestations propalestiniennes, écologistes, ou même d’un colloque de l’Action Française en mai 2023. Si la justice administrative a parfois rétabli la liberté d’expression, ce déluge d’interdiction, souvent salué par un tonnerre d’applaudissements dans les rangs de la majorité prétendument libérale, ne laisse pas d’inquiéter.
Il paraît urgent de rappeler chacun à l’observation d’une saine hygiène démocratique : on ne saurait interdire ce qui nous déplaît, et les points de vue antagonistes ont toute légitimité à s’exprimer dans l’arène du débat public, fussent-ils déplaisants. La liberté d’expression n’est pas sans limites en France, puisque l’incitation à la discrimination, la haine ou la violence est punie par la loi. Agir en bon républicain, c’est ne chercher à limiter l’expression publique que dans des cas d’extrême nécessité.
12. ARTICLE – « Lutter contre le racisme antimusulman, oui ; le nommer islamophobie, non »
Henri Peña-Ruiz. 15/04/2025 MARIANNE
Alors que des députés LFI proposent une commission d’enquête sur l’ « islamophobie », le débat s’enflamme autour du sens même du mot qui, sous prétexte de prévenir les discriminations envers les musulmans tend à empêcher toute critique du dogme. Confusion entre rejet de la religion et haine des croyants, risques pour la liberté d’expression : l’enjeu est ici de clarifier le combat contre le racisme pour mieux le rendre efficace, estime le philosophe Henri Peña-Ruiz, auteur du « Dictionnaire amoureux de la laïcité » (Plon).
Le mercredi 9 avril, des députés de la France insoumise ont déposé un projet de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête portant sur l’islamophobie. Il s’agirait « d’évaluer l’inaction de la France dans les réponses apportées pour lutter contre l’islamophobie et les phénomènes antimusulmans », et « le rôle des médias dans la construction de stéréotypes négatifs à l’égard de l’Islam ».
Si une telle démarche vise à développer la lutte contre le racisme dont sont victimes les personnes musulmanes comme telles, elle a du sens. Mais le terme islamophobie est très mal choisi, car il désigne le seul rejet de la religion musulmane, et non celui de ses fidèles. L’invention de ce terme fut d’ailleurs destinée à proscrire toute critique de l’Islam. En 2006 c’est ce que rappelait Jean Ferrat en exprimant son désaccord total avec Mouloud Aounit, secrétaire du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), qui voulait faire de la critique de l’islam un racisme et poursuivre en justice les caricatures reprises par Charlie.
Voici à ce sujet la mise au point lumineuse du rédacteur en chef de Charlie Hebdo, le regretté Stéphane Charbonnier. Le 5 janvier 2015, deux jours avant l’attaque terroriste contre Charlie, il donnait à son éditeur une Lettre ouverte où il remettait en question la notion d’islamophobie en ces termes : « Non, vraiment, le terme « islamophobie » est mal choisi s’il doit nommer la haine que certains tarés ont des musulmans. Et il n’est pas seulement mal choisi, il est dangereux. Si on l’aborde d’un point de vue purement étymologique, l’islamophobie devrait désigner « la peur de l’islam ». Or les inventeurs, promoteurs et utilisateurs de ce terme l’emploient pour dénoncer la haine à l’égard des musulmans. Il est curieux que ce ne soit pas « musulmanophobie » et, plus largement, « racisme » qui l’aient emporté sur « islamophobie», non ? ». La mise au point de Charb est remarquable de simplicité et de clarté, et elle est une référence essentielle pour la lutte contre le racisme.
Insistons. La lutte contre le racisme a besoin de clarté et c’est lui rendre un bien mauvais service que de qualifier de raciste ce qui ne l’est pas. Est raciste le rejet des personnes comme telles, du fait de leur origine ou de leur religion, entre autres. Mais la critique voire la satire d’une religion ou de toute autre conviction spirituelle comme l’humanisme athée ou agnostique, n’a rien de raciste. La catholicophobie n’est pas un racisme, pas plus que la judaismophobie, car elles visent des croyances religieuses. L’athéophobie n’est pas non plus un délit. En revanche la judéophobie et la musulmanophobie, qui visent des personnes ou des peuples, sont des racismes effectifs et par conséquent des délits. Pour toute personne de bonne foi, il est clair que la distinction soulignée entre le rejet d’une conviction spirituelle et le rejet d’une personne ou d’un peuple (musulmanophobie ou arabophobie) est essentielle. C’est pourquoi on ne peut mettre sur le même plan l’islamophobie et l’antisémitisme.
Qu’est-ce donc qui est respectable ? C’est la personne en sa liberté de croire, et pas sa croyance. Sauf à rétablir le délit de blasphème. Distinguons avoir et être. On a une religion, mais on n’est pas sa religion, même si par ferveur on s’identifie à elle. Les athées peuvent-ils exiger le respect de l’athéisme, les catholiques le respect de leur religion et traîner en justice quiconque s’y refuse ? Alors pourquoi faire une exception pour une religion particulière ? Prétendre, par compassion mal placée, qu’un être humain ne peut avoir aucune distance à l’égard de sa conviction, c’est une forme de condescendance. Il faut admettre que tout être humain est capable de distance à soi, sauf si l’on fatalise le fanatisme. « Ne confondons pas la peau et la chemise » (Montaigne).
Bref, rejeter et combattre le racisme est essentiel, mais la liberté d’expression doit rester entière, pourvu qu’elle évite l’injure ou l’insulte adressées à la personne comme telle. À rebours du différentialisme raciste de l’extrême droite, je considère que la laïcité n’a pas à hiérarchiser les convictions, qu’elles soient religieuses ou non. Si le Rassemblement National se prétend laïque il doit dénoncer la Loi Debré qui instaure le financement sur fonds publics des écoles privées religieuses, catholiques pour la plupart, et le Concordat qui sévit en Alsace-Moselle aux frais de toute la République. Mais sa démarche identitaire l’en empêche. Sa laïcité à géométrie variable est donc un leurre.
Reste que le racisme en acte peut prendre des formes abjectes, qu’il convient de débusquer et de combattre par la loi, et fermement. Outre l’injure raciste, que la loi réprime, la discrimination raciale à l’embauche ou au logement fait partie de ces formes abjectes. Bref la clarté et l’efficacité de la lutte contre le racisme doivent éviter toute notion ambiguë.
13. – ARTICLE – Le manuel de riposte de « Marianne » : non, Fleur, la laïcité n’est pas islamophobe
Kit rhétorique
Marianne 05/05/2024
« La laïcité est un concept islamophobe », « ça n’est qu’un prétexte pour cracher sur les musulmans ! » Votre nièce Fleur martèle cet argument à longueur de dîners ? « Marianne » vous aide à rétorquer le plus habilement possible à ces inepties.
« La laïcité est un concept islamophobe », « Ça n’est qu’un prétexte pour cracher sur les musulmans », « Les gens qui s’en réclament sont racistes ! » Votre nièce Fleur martèle cet argumentaire à longueur de dîners ? Hélas, il se trouve que ce dernier est particulièrement répandu chez les principaux intéressés. 78 % des musulmans français considèrent que la laïcité, « telle qu’elle est appliquée aujourd’hui par les pouvoirs publics », est « discriminatoire envers les musulmans ». C’est le résultat d’un sondage Ifop commandé par la webtv laïque franco-arabe Elmaniya.tv, le 9 décembre 2023, à l’occasion de la journée nationale de la laïcité. Retour sur les clichés et contrevérités qui entourent le principe républicain.
« LA LAÏCITÉ CIBLE UNIQUEMENT LA RELIGION MUSULMANE »
Eh non, Fleur. C’est même l’exact contraire : la laïcité s’applique indifféremment de la religion concernée. Dans un entretien accordé à la revue Front populaire, l’historien Éric Anceau tente de définir simplement le concept : « Je définis la laïcité comme le refus de tout assujettissement du politique et du social au spirituel et au religieux, la reconnaissance de la liberté de conscience et l’égalité de toutes et tous devant la loi qu’elles et ils croient au ciel ou n’y croient pas ».
L’auteur de Laïcité, un principe. De l’Antiquité au temps présent, publié chez Passés composés, revient au passage sur l’étymologie du terme : « Le mot « laos » qui a donné « laïcité » nous renvoie à l’idée de vivre en commun, de faire société, par-delà les différences entre nous et les possibles intolérances. » En ce sens, la laïcité ne cible pas plus l’islam que le catholicisme, le judaïsme ou toute autre religion.
À LIRE AUSSI : ARTICLE 14 CI CONTRE Hostilité à la loi de 1905, abayas : sondage accablant sur le rapport des Français musulmans à la laïcité
La preuve en est que des polémiques éclatent parfois autour de possibles atteintes à la laïcité en lien avec chacune de ces religions. À titre d’exemple, en décembre dernier, Emmanuel Macron a assisté à une célébration de la fête juive de Hanoukka, à l’Élysée. Le président de la République s’est alors vu accusé de piétiner le principe de laïcité. « Le président d’une République laïque n’a pas à faire cela », a réagi, à l’époque, le député insoumis Alexis Corbière, sur X.
Autre exemple : Emmanuel Macron a assisté, en septembre 2023, à la messe célébrée par le pape François au stade Vélodrome de Marseille, précisant s’y rendre en tant que « président » d’un pays laïque mais pas en tant que « catholique ».
Cela lui a valu son lot de critiques, à l’image de la tribune publiée par l’historien Jean-Noël Jeanneney dans les colonnes du Monde. « Aucun précédent ne peut motiver l’entorse à la loi de 1905 (sur la laïcité, N.D.L.R.) que se prépare à commettre le président de la République en assistant à la messe que célébrera le pape François », avait-il estimé.
« ON NE DÉRANGE PAS LES JUIFS OU LES CHRÉTIENS AVEC CETTE NOTION »
Il est grand temps pour notre amie Fleur d’ouvrir un livre d’histoire. Car la laïcité française s’est construite dans son opposition, parfois violente, au catholicisme. Et sa gestation fut longue : au XVIe siècle, plusieurs décennies d’affrontements religieux accouchent de l’édit de Nantes, en 1598, qui voit Henri IV consacrer la liberté de culte des protestants. Son petit-fils Louis XIV révoquera ce principe, persécutant les protestants du royaume de l’époque. Au XVIIIe siècle, tous les philosophes des Lumières (Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Diderot…) posent des jalons supplémentaires en faveur de la laïcité, ciblant l’Église catholique, qui n’est pas encore séparée de l’État français.
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En 1789, les cahiers de doléances des États généraux proposent que l’enseignement et l’éducation ne soient plus confiés aux ordres ecclésiastiques, mais à des pères de famille laïcs. La Révolution entame alors le long et douloureux processus de séparation de l’Église et de l’État. Tout au long de la troisième République, l’affrontement entre laïcité et catholicisme va se poursuivre, et ce même après la loi de séparation des Églises et de l’État, en 1905. Ça n’est qu’à partir de la IVe République que la victoire du principe laïque est entérinée, avec sa constitutionnalisation en 1946.
« LES POLÉMIQUES ACTUELLES SUR LA LAÏCITÉ CIBLENT UNIQUEMENT LES MUSULMANS »
Si nous avons précédemment constaté que cette affirmation de Fleur est inexacte, force est de constater que, depuis les années 1980, les polémiques et législations sur la laïcité concernent au premier chef les pratiques religieuses des musulmans.
Le voile islamique se diffuse plus largement sur le territoire français, provoquant polémiques et affaires, notamment lorsque des élèves refusent d’enlever leur hijab au sein de leur établissement scolaire. Dans les années 1990 et au début des années 2000, les décisions de justice se multiplient, sans qu’une jurisprudence claire ne s’établisse.
C’est pourquoi la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises est instaurée en 2004. Elle interdit la manifestation ostensible d’une appartenance religieuse. Vingt ans plus tard, certains membres de la communauté éducative s’appliquant à faire respecter la laïcité continuent de se faire traiter d’« islamophobes ». Certains sont menacés de mort, à l’image de la récente affaire du lycée Ravel, à Paris, tandis qu’en octobre 2020, ce procès en racisme a coûté la vie à Samuel Paty.
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Pourquoi une telle cristallisation sur une religion relativement neuve en France, devenue en quelques décennies la deuxième religion du pays ? L’historien Éric Anceau tente d’expliquer ce phénomène dans son ouvrage.
« Alors que les sociétés occidentales sont sorties de leur religion historique, il est difficile de concevoir qu’une religion puisse aujourd’hui poser de réels problèmes et ne finisse pas, un jour ou l’autre, par se plier à la sécularisation. Demander pourtant à l’islam et aux musulmans d’accomplir sans effort, mais aussi sans aide, ce que le christianisme et les chrétiens ont mis plusieurs siècles à accomplir relève, au mieux, du pari osé, souligne-t-il. En effet, les questions que pose aujourd’hui l’islam à la laïcité ne sont pas les mêmes que celles que lui posaient jadis le catholicisme, les protestantismes et le judaïsme et qui lui ont permis de se définir. Elles constituent le grand défi actuel de la laïcité. »
« LE PRINCIPE EST UTILISÉ À DES FINS DISCRIMINATOIRES »
Si l’argumentaire de Fleur selon lequel la laïcité serait islamophobe est parfaitement infondé, nul ne peut nier que, comme tout principe législatif, cette dernière n’est pas immunisée contre sa récupération voire son détournement, à des fins politiques.
Ainsi, le Rassemblement national a profité de l’examen du projet de loi confortant les principes républicains, dite « loi séparatisme », en janvier 2021, pour proposer l’interdiction « dans l’espace public, des signes ou tenues constituant par eux-mêmes une affirmation sans équivoque et ostentatoire »de l’idéologie islamiste, parmi lesquels figure le voile dans l’espace publique.
Une proposition qui semble contrevenir aux principes constitutionnels de l’égalité des citoyens devant la loi, la liberté religieuse ou encore le principe même de laïcité, qui garantit le libre exercice des cultes et le respect de toutes les croyances.
« C’EST UNE SPÉCIFICITÉ FRANÇAISE »
Il est dommage de finir notre échange sur une telle ineptie, Fleur. Non seulement la laïcité n’est absolument pas l’apanage de la France, mais elle est appliquée, dans une certaine mesure, dans certains pays musulmans, et des pays à la population très majoritairement musulmane ont choisi la voie laïque, et qui plus est la voie française du principe, à l’image du Mali, du Sénégal et du Burkina Faso.
L’exemple turc est en ce sens particulièrement intéressant. Dirigé depuis vingt ans par l’islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdoğan, le pays est en proie à une politique d’islamisation vivement critiquée par les milieux laïcs. Et pour cause : la laïcité est un des fondements de la République turque, aujourd’hui composée d’environ 90 % de musulmans. Elle a été inscrite pour la première fois dans la Constitution sous la direction de Mustafa Kemal Atatürk, en 1937. Le président de la République turque souhaite à l’époque créer une nouvelle identité nationale laïque, sur le modèle de la République française.
14. ARTICLE – Hostilité à la loi de 1905, abayas : sondage accablant sur le rapport des Français musulmans à la laïcité
Fractures
Par Marianne. 08/12/2023
L’Ifop a fait paraître ce vendredi 8 décembre une « enquête auprès des Français musulmans sur les questions de religion et de laïcité », à la veille de l’anniversaire de la promulgation de la loi de 1905 qui consacre la séparation de l’Église et de l’État. L’étude, commandée par la chaîne Elmaniya TV, dévoile l’impopularité du modèle français de laïcité auprès de ce segment de la population.
L’institut Ifop a publié ce vendredi 8 décembre une enquête explorant le rapport des Français musulmans à la laïcité et plus largement aux questions religieuses. L’étude, commandée par Elmaniya TV (une nouvelle chaîne présentée comme un média laïc et franco-arabe) paraît à la veille de la journée nationale de la laïcité, à l’occasion de l’anniversaire de la promulgation de la loi de 1905, qui consacre la séparation de l’Église et de l’État. Ses enseignements en la matière sont pour le moins accablants.
RESSENTIMENT ENVERS LA LAÏCITÉ
Un point de méthodologie d’abord. Le sondage a été conduit entre les 21 et 29 novembre derniers auprès d’un échantillon de 1 002 personnes, représentatif de la population de religion musulmane vivant en France métropolitaine, âgée de 15 ans et plus, par questionnaire auto-administré. Un chiffre saillant entre tous : 78 % des membres du panel interrogé estiment que la laïcité « telle qu’elle est appliquée aujourd’hui par les pouvoirs publics » est « discriminatoire envers les musulmans ». Ils sont encore 75 % à prôner l’instauration de jours fériés pour les « religions minoritaires».
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L’ÉCOLE AU CENTRE DE L’ÉTUDE
Cette hostilité au modèle de laïcité français est particulièrement prégnante autour de l’école : 83 % des Français musulmans plébiscitent l’idée de menus confessionnels à la cantine. Au registre vestimentaire cette fois, 72 % d’entre eux désapprouvent l’interdiction des tenues traditionnelles islamiques – qamis et abayas – dans les écoles et les lycées (quand 81 % de l’ensemble de la population française l’approuvent au contraire). Ils sont 43 % à exprimer le même avis concernant le « port d’un signe religieux ostensible dans les lycées ». Et 65 % des sondés souhaiteraient encore que les élèves du secondaire puissent porter un couvre-chef religieux.
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Je me souviens qu’en Rugby, un international néo zélandais (All-Black) très pratiquant, refusait de jouer le dimanche, jour du seigneur…C’était il y a une vingtaine d’années et ça faisait sourire ca.
À ce titre, d’ailleurs, les Jeux olympiques ne sont pas épargnés. Car les trois quarts des Français musulmans cités par l’étude prennent aussi position en faveur de la possibilité pour les athlètes de se couvrir la tête, là aussi dans une perspective religieuse, lors de la compétition de l’été prochain.
15. ARTICLE – « Hanoukka à l’Élysée, on se pince » : le jour où Macron a perdu toute crédibilité sur la laïcité
Camp laïque
Par Antoine Margueritte. 08/12/2023. MARIANNE
La vidéo du grand rabbin de France Haïm Korsia allumant la première bougie de Hanoukka dans la salle des fêtes de l’Élysée a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. De la gauche à la droite, les opposants d’Emmanuel Macron ont dénoncé une atteinte grave à la laïcité, et une « cécité volontaire » des ministres qui le défendent.
Comme souvent dans l’histoire des polémiques liées à la laïcité, tout est parti d’un tweet. Cette fois, le message en question n’était ni une incitation à la haine, ni la dénonciation d’une crèche ornant ostensiblement le hall d’accueil d’une mairie tenue par l’extrême droite. Peu après 19 heures, jeudi 7 décembre, Mendel Samama rabbin strasbourgeois, poste sur le réseau social X (ex-Twitter), une vidéo sur laquelle on peut voir le grand rabbin de France Haïm Korsia, sous les ors de la salle des fêtes du palais de l’Élysée, en train d’allumer une bougie de Hanoukka, conformément à la tradition religieuse juive. À côté de lui, Emmanuel Macron, garant de la laïcité de nos institutions républicaine, qui recevait ce soir-là le prix Lord Jacobovits regarde, souriant, ce qui est la première cérémonie religieuse tenue à l’Élysée depuis la loi de 1905 consacrant la séparation des Églises et de l’État.
CONDAMNATIONS DE TOUS BORDS
L’auteur du tweet commençait sa déclaration par le mot suivant : « Historique ! » Il ne croyait pas si bien dire. Immédiatement, le tweet devient viral et est repris et commenté par des milliers d’internautes, dénonçant une atteinte inédite à la laïcité. De la gauche à la droite, une unanimité laïque s’est instantanément dégagée. L’insoumis Alexis Corbière résume ce que pensent les membres de LFI : « Le président d’une République laïque n’a pas à faire cela. C’est pourquoi ses prédécesseurs ne l’ont pas fait. Macron va-t-il faire de même pour tous les autres cultes ? Certains oui, d’autres non ? Spirale dangereuse. Pas de laïcité à géométrie variable ! »
À droite, le maire de Cannes David Lisnard, membre des Républicains, a pointé du doigt la contradiction dans l’action présidentielle depuis les attaques du 7 octobre en Israël : « Comment peut-on refuser de participer à une marche civique contre l’antisémitisme au motif incongru et fallacieux de la sauvegarde de l’unité nationale, et célébrer une fête religieuse au sein du palais présidentiel ? À ma connaissance, c’est une première. Contraire à la laïcité. » Seul le Rassemblement national (RN), qui développe une partie de sa stratégie de normalisation sur l’affichage de son soutien ferme à Israël, a été plus mesuré dans sa condamnation. Le porte-parole du Rassemblement national Laurent Jacobelli, a ainsi déclaré en direct sur BFMTV qu’il croyait « comprendre pourquoi [Emmanuel Macron] fait ça. En ne participant pas à la marche contre l’antisémitisme, il a envoyé un signe trouble à nos compatriotes de confession juive ».
UN MESSAGE DE « SOUTIEN » ?
Emmanuel Macron a-t-il voulu se racheter après son absence très remarquée à la marche contre l’antisémitisme du 12 novembre dernier ? C’est en tout cas ce que peut laisser croire la déclaration d’Élisabeth Borne. Interrogée lors de son déplacement à Mayotte, ce 8 décembre, la Première ministre a déclaré que le président envoyait un « signal » de « soutien » à la communauté juive en réponse à la « montée de l’antisémitisme » depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre. « Je pense qu’on peut tous partager le fait qu’il y a une multiplication d’actes antisémites […] Et de dire dans cette période qu’on soutient et on protège tous nos citoyens juifs », a-t-elle ajouté.
Bref, circulez, il n’y a aucune atteinte à la laïcité dans le fait de tenir une cérémonie religieuse dans le bâtiment symbole de la République française. En visite du chantier de Notre-Dame ce vendredi, Emmanuel Macron a assuré devant les micros et caméras des journalistes ne pas avoir participé à un « geste cultuel » : « Franchement, compte tenu du contexte, il faut leur donner de la confiance. De la même manière, on a des compatriotes de confession musulmane qui ont le sentiment d’être attaqués. Il faut leur redonner de la confiance ».
Pourtant, Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, a lui aussi reconnu dans ce geste une forme d’atteinte à la laïcité républicaine. « Effectivement ce n’est pas la place au sein de l’Élysée d’allumer une bougie de Hanoukka, parce que l’ADN républicain c’est de se tenir loin de tout ce qui est religieux », a-t-il déclaré au micro de Sud Radio, avant d’ajouter que « tout ce qui affaiblit la laïcité affaiblit les Juifs de France ». Contacté par Marianne, le député socialiste Jérôme Guedj pointe lui aussi du doigt une « erreur » : « Ce n’est pas ce qu’on attend d’un président de la République. La loi de 1905 dit que la république garantit la liberté de culte, pas qu’elle les organise ou qu’elle y participe. Ce n’est pas parce qu’elle n’y participerait pas qu’elle effacerait les religions. On marche sur la tête. »
EFFET DOMINO ?
Attaché à la laïcité dans sa formule de 1905, le collectif Unité laïque, qui plaide pour une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale », et craint qu’Emmanuel Macron ait ouvert une porte dans laquelle les autres religions vont vouloir s’engouffrer, a dénoncé l’attitude présidentielle dans un communiqué : « À une époque où la République a un besoin urgent d’être renforcée dans ses principes et dans ses repères, vous envoyez un signal de division pour nos concitoyens, qui ne manquera pas de réveiller immédiatement les revendications des autres cultes. »
À LIRE AUSSI :ARTICLE 16 CI CONTRE « On s’est fait partouzer » : Macron et le camp laïque, histoire d’une manipulation
Le communiqué d’Unité laïque n’oublie pas de revenir sur la défense de Gérald Darmanin, par ailleurs responsable du Bureau central des cultes : « Les propos du ministre de l’Intérieur affirmant sur une radio publique ce jour “qu’il n’y a nulle violation de la laïcité”, alors que celle-ci est flagrante, [… ] ne peuvent que nous inquiéter plus encore, comme un signe de cécité volontaire. » Joint par Marianne, le président du collectif Jean-Pierre Sakoun n’est pas tendre avec Emmanuel Macron : « Je pense que la boussole laïque d’Emmanuel Macron n’est pas assez ferme… Un acte religieux dans l’Élysée ? On se pince ! »Espérons qu’on se réveille.
16. ARTICLE – « On s’est fait partouzer » : Macron et le camp laïque, histoire d’une manipulation
Etienne Campion. le 16/11/2023 MARIANNE
Ces républicains « à l’ancienne », attachés à la laïcité plus qu’au « vivre-ensemble », Emmanuel Macron les a séduits, utilisés, puis déçus, voire humiliés. Ils s’appellent Jean-Michel Blanquer, Jean-Pierre Chevènement, Zineb El Rhazoui ou Amine El Khatmi. Ils croyaient – naïvement ? – à la mue républicaine d’Emmanuel Macron. Premier épisode de ces déconvenues et manigances.
Découvrez, en six épisodes sur le site de Marianne, un long récit enquêté sur la façon dont le président de la République a flingué le camp laïque.
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« Pardon, le mot qui me vient est extrêmement vulgaire, mais on s’est fait partouzer, en fait… Dès qu’ils ont compris qu’ils avaient notre soutien, qu’on ne leur servait plus à rien, on est devenus transparents pour les Macron, Kohler, Guerini, Ferrand, Attal, Castaner. Comme si leurs beaux masques de gentils, à l’écoute, était tombé et qu’ils se délectaient de nous humilier… » La personne qui enrage de la sorte est de celles qui ont perdu le plus gros dans la bataille. Les « on » – qui se seraient fait « partouzer » –, ce sont ces autres personnalités qui sortent lésées de cette histoire. Tous les acteurs de ce récit réunissent en tout cas deux caractéristiques : avoir cru pouvoir défendre une France plus républicaine et laïque grâce à Emmanuel Macron, d’abord. Le regretter, ensuite.
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17. ARTICLE -« Cessons de considérer que la loi de 1905 serait obsolète »
Tribune
Par Francis Daspe 26/10/2020 MARIANNE
Francis Daspe, secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée, membre du Parti de gauche et de La France insoumise, revient sur la laïcité comme instrument indispensable.
Le meurtre barbare de Samuel Paty nous a plongés dans l’abasourdissement et la sidération. Il s’agit véritablement d’un fait considérable qui interroge la société jusque dans ses soubassements. Après le temps de l’émotion (légitime), doit advenir celui de la réflexion (rationnelle et indispensable). La question de la laïcité se pose, au même titre que celle, pendante, de la religion et de sa nature intrinsèque.
Le rôle défaillant de la religion
La sémantique se révèle pour l’occasion d’un recours appréciable. Laïcité provient du mot grec laos signifiant peuple. Religion découle du verbe « relier ». Une religion est censée créer un lien entre les individus, les relier entre eux. Mais la réalité est bien différente. Les religions ont pris l’habitude d’isoler, de cloisonner, d’exclure, et ce quelles que soient leurs visées : s’adresser à une communauté d’élus ou de purs, parvenir à l’universalisme par la parole ou le fer. Le mode d’emploi retenu par les religions favorise trop souvent les intolérances et les exclusives. Toutes sont concernées. Aucune n’en est exempte. Il est important de l’indiquer en ces circonstances précises et à ce stade de la réflexion.
Il est fréquent de rappeler les chemins tourmentés empruntés au cours de l’histoire par le christianisme, avec les croisades et l’Inquisition de sinistres mémoires. Il est moins connu qu’en cette période de Moyen Âge central la civilisation arabo-musulmane connaissait ses « Lumières », offrant aux savants et aux artistes une liberté d’expression inconnue dans l’Occident chrétien. La médecine arabe sut tirer profit de ce contexte favorable pour prendre quelques longueurs d’avance en prolongeant les apports de la médecine grecque « païenne » ou polythéiste. Mais le XVIII° siècle vit les trajectoires s’inverser : au moment où l’obscurantisme reculait, non sans mal, en Occident sous les effets des vertus des idées de l’humanisme et de la philosophie des Lumières, le monde musulman pour sa part devait faire face à la nuit du wahhabisme qui surgissait dans la péninsule arabique.
La religion doit rester avant tout une affaire privée et de conscience
Dans le temps présent, il est utile de signaler les dérives préoccupantes à l’œuvre en Inde, où sous la férule du Premier ministre Narendra Modi, une politique de discriminations exercée pour des motifs nationalistes et religieux par les hindouistes à l’encontre des musulmans est devenue monnaie courante. Ou encore en Birmanie, où les bouddhistes (en dépit de la belle formule relevant du pur marketing présentant le bouddhisme comme « une philosophie, pas une religion ») persécutent les Rohingyas majoritairement musulmans (il existe aussi des Rohingyas qui sont chrétiens ou hindouistes pour complexifier la situation…). Et que le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin fut assassiné avec l’assentiment de juifs orthodoxes extrémistes déchaînés contre les accords de paix d’Oslo et qui établirent un parallèle entre l’impie qui livre la terre sacrée aux ennemis du Grand Israël et le sort réservée dans l’Ancien Testament à la reine Jézabel, défenestrée et dévorée par les chiens. Sans parler aux États-Unis du nombre hallucinant d’assassinats ou de tentatives d’assassinats perpétrés par des chrétiens ultraconservateurs (des évangélistes ou des protestants pour l’occasion) contre des médecins pratiquant l’avortement. Litanie bien évidemment hélas non exhaustive…
La laïcité indispensable
Pourquoi une religion censée relier se révèle au final un instrument de clivage et de séparation ? Simplement en oubliant que la religion doit rester avant tout une affaire privée et de conscience. La liberté de conscience est absolue, ne possédant pas de limites. Car tant qu’elle reste dans le cadre de la conscience privée, une idée ne peut devenir une discrimination ou un délit. En dépit de toutes les formes d’inquisition s’évertuant à traquer des crimes au plus profond des consciences humaines.
Là aussi, des « gestes barrières » s’avèrent salutaires. C’est cette fonction que remplit la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 qui faisait de la France une République laïque, incongruité alors jugée scandaleuse sur le continent européen en ce début de XXe siècle. Cessons de considérer que la loi de 1905 serait obsolète. Qu’elle demanderait des adaptations et des toilettages pour se conformer aux conditions, jamais clairement explicitées, de ce XXIe siècle décidément incertain et instable. Nous nous inscrivons en faux contre tous ceux qui s’échinent à ajouter des adjectifs à la laïcité pour mieux la dénaturer. Les uns proposent intransigeante, stricte, exemplaire : ils confondent la laïcité avec des envies de re-christianisation de la France. Les autres utilisent les termes d’ »ouverte », de « plurielle », de « prohibitionniste » : ils assimilent (au mieux) la laïcité à des formes improbables d’œcuménisme, quand ils ne révèlent pas en creux de projets bien plus funestes. La version plus soft des « accommodements raisonnables » ouvre en fin de compte la voie aux connivences malsaines, aux clientélismes déplorables et aux compromissions éhontées, aux antipodes de l’universalisme et de l’humanisme.
La laïcité n’a pas besoin d’être flanquée d’adjectifs qualificatifs qui la déqualifient et la disqualifient. Elle se suffit à elle-même dès lors qu’elle est pleinement comprise. Il en va de même de la loi de 1905. Toute la loi de 1905, rien que la loi de 1905. Ses apports sont intemporels et universalistes. Ils défient l’anachronisme et le relativisme, deux des pires contresens qui soient, deux des subterfuges les plus condamnables. Les deux premiers articles de ce texte législatif fixent le décor. « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes » (article 1). » « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (article 2). Il ne s’agit pas d’éléments de langage dénués de sens opératoire. Ils fondent au contraire un projet de société qui constitue dans sa plénitude le peuple et le contrat social afférent.
« Laos«
Si en grec, trois mots existent pour désigner le peuple, ethnos, demos et laos, pourquoi avoir choisi celui de laos ? Le demos recoupait une petite partie de la population détentrice du pouvoir politique comme dans l’Athènes antique. L’ethnos coïncidait au groupe humain se reconnaissant dans un certain nombre de caractéristiques culturelles, et parfois même physiques ou de sang. Le laos comprend l’ensemble d’une population sans distinction interne, sans sous-groupes ; il stipule l’indivisibilité et la non-discrimination ; il s’attache à ce qui est commun à tous les membres d’une population et à l’impérieuse nécessité de références communes. La laïcité se présente bien comme l’affirmation universaliste que l’on est d’abord un être humain et un citoyen avant d’être quoi que ce soit d’autre. Idéal d’émancipation, elle vise à un affranchissement de toutes les dépendances et à un arrachement de tous les enfermements, qu’ils soient de nature religieuse, intellectuelle, économique ou sexiste etc.
Sans perdre de vue que le blasphème reste une opinion, certainement pas une discrimination, encore moins un délit
« Écrasons l’infâme » disait Voltaire, en ciblant un ensemble de superstitions et de fanatismes conduisant aux pires dévoiements du sentiment religieux. « Le cléricalisme, voilà l’ennemi » proclamait Gambetta quand la République avait maille à partir avec l’Église catholique. Ajoutons-y toutes les formes de théocratie, qu’elles soient à l’état de projets avancés, de tentations avouées et d’impensés masqués. Combattons avec énergie les confusions mortifères entre les sphères publiques et privées, les chevauchements forcément intempestifs et délétères entre politique et religion. Refusons pied à pied toutes les injonctions que la religion adresse à la politique et à la société. Prenons conscience qu’il ne s’agit pas d’un combat qui puisse être à géométrie variable, qui puisse s’accommoder de faiblesses compromettantes ou de compromissions coupables. Sans perdre de vue que le blasphème reste une opinion, certainement pas une discrimination, encore moins un délit.