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LA FRANCE IMPASSIBLE FACE AUX ATTEINTES CONTRE LES LIBERTÉS EN ALGÉRIE ET TUNISIE

ARTICLE – Quand l’Algérie et la Tunisie se transforment en tombeaux de la liberté

Société. Emprisonnement de Boualem Sansal, mandats d’arrêt contre Kamel Daoud, condamnation de Bernard-Henri Lévy à trente-trois ans de prison… La rive sud de la Méditerranée voit le gant de fer autoritaire se replier sur elle.

Par Sébastien Le Fol. 12/05/2025 L’EXPRESS

L’écrivain Boualem Sansal, atteint d’un cancer, entrera bientôt dans son sixième mois de détention dans les geôles algériennes. Son cadet Kamel Daoud, prix Goncourt 2024 pour son roman Houris, lui, est désormais visé par deux mandats d’arrêt internationaux émis par l’Algérie après des plaintes pour atteinte à la réconciliation nationale et à la vie privée.

Comme l’ont montré Etienne Girard, Alexandra Saviana et Charlotte Lalanne dans leur dossier du dernier numéro de L’Express, le régime d’Abdelmadjid Tebboune ne recule devant rien pour museler ses opposants. Quand il ne peut les emprisonner sur son territoire, il les traque là où ils sont réfugiés. Discréditer, saper le moral des proches, instiller le poison de la culpabilité… les bonnes vieilles manières staliniennes reprennent du service.

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Face à cette offensive totalitaire, la France, « pays des droits de l’Homme », peine à afficher un front uni. Le 7 mai, à l’Assemblée nationale, les Insoumis ont voté contre une proposition de résolution européenne exigeant la libération immédiate et inconditionnelle de Boualem Sansal. Une partie de la gauche avait menacé de s’abstenir jugeant, à l’instar de la députée du Doubs Dominique Voynet, que le ton de cette résolution portait en lui « le risque d’une escalade symbolique, stérile et contre-productive »…

Tandis que Kamel Daoud subit un harcèlement permanent, les beaux esprits dissertent sur les droits de la littérature et mégotent leur soutien. Un murmure inquiétant se propage : « Oui, mais… ». Le sinistre refrain du relativisme ambiant. « Bien sûr, c’est inadmissible ce que vivent Sansal et Daoud, mais quand même… »

Un procès contre « BHL » en Tunisie

Il n’y a pas qu’en Algérie que le gant de fer autoritaire se referme sans que cela n’émeuve les belles âmes. Au terme d’une « folie judiciaire », 40 personnes (opposants, journalistes, avocats) ont été condamnées en Tunisie à des peines allant jusqu’à soixante-six ans de prison.

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Un procès emblématique de la politique répressive de la présidence de Kaïs Saïed. Il s’agissait de démasquer un prétendu « complot contre la sûreté de l’Etat ». Parmi les personnes jugées (par contumace) se trouve le philosophe français Bernard-Henri Lévy, qui a écopé de trente-trois ans de prison !

Sous nos yeux impassibles, la rive sud de Méditerranée se transforme en tombeau de la liberté. Celle-ci, disait Albert Camus, demeure « un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre ».

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