
« Une sacrée gueule de bois. »
E Macron : 3,5 % de PIB contre 2 % actuellement, S Lecornu : un budget de 90-100 milliards au lieu des 50 milliards actuels … les industriels français de la défense se réveillent avec « une sacrée gueule de bois. » ( Challenges)
NOTRE DOSSIER :
1. ARTICLE – Cédric Perrin : « Il n’y a pas d’argent, il n’y a pas de commande » dans La Défense
2. ARTICLE – Le Sénat s’interroge sur l’absence de commandes du ministère des Armées auprès de l’industrie de La Défense
3. ARTICLE – « Il n’y a plus un kopeck en caisse » : pourquoi les commandes du ministère des Armées sont à l’arrêt
MISE À JOUR 1 :
ET POURTANT À L’OTAN : LA FRANCE EN ACCORD POUR REHAUSSER LES DÉPENSES À 5 % DU PIB
Réunis jeudi dernier au siège de l’Alliance atlantique, à Bruxelles, les ministres de la défense ont confirmé leur engagement de renforcer leurs armées respectives et d’investir dans de nouveaux équipements militaires pour assurer la défense du continent face à la menace russe.
MISE À JOUR 2 :
4. ARTICLE – Face à Bayrou, un immense sommet : le financement de l’effort de guerre
DÉJÀ PUBLIÉ PAR METAHODOS :
LA PROMESSE (215) RÉPÉTÉE DE MACRON SUR LE RÉARMEMENT, EN PANNE
LES PROMESSES (216) PRÉSIDENTIELLES DE BUSINESS POUR LES ENTREPRISES DE DÉFENSE ONT FAIT « LONG FEU »
AUCUNE COMMANDES EN 2025
A ce jour, il n’y a pas eu pour 2025 de commandes de la part du ministère des Armées. Ce qui pose un problème aux entreprises qui doivent faire tourner leur outil de production sinon elles risquent de disparaître.
DRÔLE D’ÉCONOMIE DE GUERRE ( ANNONCÉE PAR MACRON )
Pire, 3,2 milliards ont été gelés » par l’exécutif, comment parler d’économie de guerre quand, en plus, « le gouvernement n’exécute pas la LPM en fin de gestion comme votée.
CAVALERIE BUDGÉTAIRE JUSQU’À 2 ANS DE BUDGET
Le total des autorisations d’engagement [AE] non couvertes par des crédits de paiement [CP] s’élève à 99 milliards d’euros, soit l’équivalent « de deux années de crédits budgétaires ». Résultat : « 90 % des crédits 2025, hors personnels, vont servir à payer des dépenses décidées les années antérieures, ne laissant que 10 % de marges de manœuvre pour financer des orientations nouvelles » M de Legge
8 MILLIARDS DE REPORTS
En 2024, le niveau de ce report de charges a atteint le niveau – inédit – de 8 milliards d’euros. « Cela relève purement et simplement de la cavalerie budgétaire », a dénoncé M. de Legge devant ses collègues de la commission des Affaires étrangères et des Forces armées.
1. ARTICLE – Cédric Perrin : « Il n’y a pas d’argent, il n’y a pas de commande » dans La Défense
Michel Cabirol LA TRIBUNE 04/06/25
Le président de la Commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat s’inquiète de l’absence de commandes à l’industrie de l’armement de la part de l’État en 2025. Pourtant, le ministère des Armées pousse les industriels de la filière à produire plus et plus vite.
« Il manque au moins 20 milliards d’euros dans la LPM 2024-2030 »
(Cédric Perrin, président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées)
Le ministère des Armées a beaucoup poussé pour que l’industrie d’armement produise plus et plus vite. Quel constat faites-vous aujourd’hui ?
La Direction générale de l’armement (DGA) est sincère dans la nécessité d’adapter l’outil de production de l’industrie d’armement pour aller vers ce concept d’économie de guerre exigé par Emmanuel Macron. Une certaine partie de l’écosystème s’est déjà adaptée à cet objectif : des entreprises ont modifié leur processus de production, ont parfois embauché et sont prêtes à démarrer.
Mais aujourd’hui, il n’y a pas eu en 2025 de commandes de la part du ministère des Armées. Ce qui pose un problème aux entreprises qui doivent faire tourner leur outil de production sinon elles risquent de disparaître. Nous avons aujourd’hui des inquiétudes importantes : des entreprises mangent leur trésorerie et leurs fonds propres pour survivre le temps que les commandes soient enfin débloquées par l’État. Il est donc urgentissime qu’elles arrivent. C’est pour cela que nous souhaiterions auditionner dans les prochaines semaines le ministre des Armées, le Délégué général pour l’armement et pourquoi pas le ministre de l’Économie.
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2. ARTICLE – Le Sénat s’interroge sur l’absence de commandes du ministère des Armées auprès de l’industrie de la défense
Ces dernières semaines, la communication de la Direction générale de l’armement [DGA] est plutôt atone… et les rares commandes qu’elle a annoncées ont pour la plupart été notifiées à la fin de l’année 2024, comme celle portant sur l’acquisition de 530 véhicules blindés Serval « Appui SCORPION » au profit de l’armée de Terre.
Pourtant, avec un budget porté à 50,5 milliards d’euros [+ 3,3 milliards par rapport à l’exercice précédent], dont 20,2 milliards « d’engagements juridiques » et 10,6 milliards de crédits de paiement [+ 16 %] pour les programmes à effet majeur [PEM], hors dissuasion, on aurait pu s’attendre à une succession d’annonces sur des commandes et des livraisons de nouveaux équipements.
Cela étant, les négociations avec les industriels étant souvent longues [quand elles ne sont pas âpres], la DGA a pour pratique de notifier les commandes importantes en fin d’exercice, ce qui, par ailleurs, coïncide généralement avec le déblocage des crédits gelés en début d’année au titre de la réserve de précaution.
Une autre raison pouvant expliquer l’attentisme actuel tient aux recommandations que contiendra la Revue stratégique actualisée, laquelle est susceptible de revoir les priorités de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30. Mais elle n’est apparemment pas la seule.
Fin mai, la commission sénatoriale des Affaires étrangères et des Forces armées s’est penchée sur le rapport sur les « Perspectives de financement des objectifs fixés par la LPM 2024-30 », publié par le sénateur Dominique de Legge et dont les conclusions rejoignent peu ou prou celles de la Cour des comptes sur l’exécution du budget 2024.
Ce rapport fait état de trois points d’attention majeurs. Le premier porte sur le report de charges qui, pour rappel, est une astuce comptable consistant à ne payer les factures que l’année suivante, des intérêts moratoires étant versés aux créanciers en contrepartie.
Or, en 2024, le niveau de ce report de charges a atteint le niveau – inédit – de 8 milliards d’euros. « Cela relève purement et simplement de la cavalerie budgétaire », a dénoncé M. de Legge devant ses collègues de la commission des Affaires étrangères et des Forces armées.
En outre, le total des autorisations d’engagement [AE] non couvertes par des crédits de paiement [CP] s’élève à 99 milliards d’euros, soit l’équivalent « de deux années de crédits budgétaires », a relevé M. de Legge. Résultat : « 90 % des crédits 2025, hors personnels, vont servir à payer des dépenses décidées les années antérieures, ne laissant que 10 % de marges de manœuvre pour financer des orientations nouvelles », a-t-il ajouté.
Le dernier point d’attention concerne les recettes exceptionnelles [REX], qui représentent 13 milliards sur les 413 prévus par la LPM 2024-30. Or, elles sont, par définition, incertaines. « Un tiers sont des remboursements aux services de santé et donc existent, un tiers sont des dividendes de participation de l’État dans des entreprises, dont en 2024 on n’a pas vu la couleur, même si on nous dit que cela sera mieux en 2025 et le dernier tiers, ce sont les fameux reports de charges qui constituent bien une dépense ! », a détaillé le rapporteur.
En outre, faisant observer que « 3,2 milliards ont été gelés » par l’exécutif, M. de Legge s’est demandé si l’on pouvait « vraiment parler d’économie de guerre » quand, en plus, « le gouvernement n’exécute pas la LPM en fin de gestion comme votée ». Et d’insister : « Entre les crédits annulés, débloqués, dégelés et le financement des surcoûts, le budget des armées y est pour 1,2 milliard de sa poche ».
C’est ce qui expliquerait, selon lui, la raison pour laquelle les « industriels se plaignent de ne pas avoir de visibilité sur les commandes annoncées mais non confirmées ».
Ce constat a été partagé par la sénatrice Hélène Conway-Mouret. « Je confirme que les industriels sont très inquiets. On leur demande de faire plus et plus vite, mais un industriel me racontait récemment que c’était la première fois de sa carrière qu’il n’avait pas de commande depuis 5 mois », a-t-elle réagi.
« On se retrouve avec des entreprises qui sont en difficulté car les commandes ne sont pas au rendez-vous », a abondé le sénateur Pascal Allizard, qui s’est notamment intéressé au financement des entreprises de la Base industrielle et technologique de défense [BITD] durant ces dernières années.
Pour le président de la commission des Affaires étrangères et des Forces armées, Cédric Perrin, il est nécessaire que le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, et que le Délégué général pour l’armement [DGA], Emmanuel Chiva, viennent donner quelques explications.
« Nous avons, si l’on peut dire, laissé sa chance au produit en espérant que des bonnes nouvelles arrivent. […] Mais force est de constater que nous faisons facile ie à un double mur : celui de la dette et celui de l’absence de commandes », a-t-il dit.
« Les entreprises de la BITD ont pris sur leur trésorerie en attendant les commandes. Beaucoup d’entreprises qui ont répondu positivement à la demande du chef de l’État de produire davantage et plus vite et qui ont mis en place des dispositifs de production ne peuvent survivre qu’avec des commandes », a souligné M. Perrin.null
Aussi, a-t-il continué, « il faut organiser une audition du ministre et du DGA pour évoquer les suites » car « on ne peut pas dire aux PME et aux ETI, voire aux grands groupes, qu’il faut être plus agile, plus réactif et produire plus vite sans commandes ».
3. ARTICLE – « Il n’y a plus un kopeck en caisse » : pourquoi les commandes du ministère des Armées sont à l’arrêt
Etranglé par Bercy, le ministère des Armées ne passe quasiment plus de commandes aux industriels depuis le début de l’année. Entre gels de crédits et opérations non remboursées, la situation apparaît de plus en plus périlleuse.
VINCENT LAMIGEON. 6 JUIN 2025 CHALLENGES
Dans la défense comme ailleurs, il y a les grands discours et il y a la réalité. Quelques semaines à peine après les promesses de hausse massives du budget militaire, Emmanuel Macron évoquant 3,5 % de PIB contre 2 % actuellement, et Sébastien Lecornu un budget de 90-100 milliards au lieu des 50 milliards actuels, les industriels français de la défense se réveillent avec une sacrée gueule de bois. Depuis le début de l’année, aucune ou presque des commandes majeures prévues en 2025 n’a été officiellement signée par la Direction générale de l’armement (DGA).
Le budget 2025 prévoit pourtant des commandes importantes : lancement de la réalisation du porte-avions de nouvelle génération (PA-NG) ; commandes de missiles Mistral, Aster, Scalp, Mica, Akeron MP, Meteor ; commande d’une frégate de défense et d’intervention (FDI). Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu avaient aussi évoqué une commande de Rafale pour l’armée de l’air et la marine, le chiffre de 30 avions étant évoqué…
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4. ARTICLE – Face à Bayrou, un immense sommet : le financement de l’effort de guerre
Dans une note, France Stratégie explore les pistes pour financer la hausse des dépenses militaires nécessaires. Conclusion : le défi sera difficile à relever sans activer tous les leviers possibles. Cela va des baisses de dépenses à l’emprunt européen en passant par… la fiscalité
Publié le 19 mai 2025 L’OPINION Matthieu Deprieck. Marc Vignaud
C’est la question à 80 milliards. Ou peut-être à 100, voire à 120. Et c’est au Premier ministre d’y répondre sur commande claire d’Emmanuel Macron. Le 5 mars, le chef de l’Etat s’adresse aux Français et charge François Bayrou de trouver les moyens de financer un nouvel effort de défense.