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LA DÉMOCRATIE EN DANGER : DES ATTAQUES INTERNES ET EXTERNES, DÉRIVE WOOK, KITSHE ET NIHILISTE … UNE CULTURE HORS RACINES

LIRE « Sauver la démocratie dans un monde dangereux »

Sous la direction d’ Yves Charles Zarka Numéro spécial 25 ans de la revue

Présentation

Il y a encore peu de temps, une voire deux décennies, la démocratie était présentée non seulement dans les pays occidentaux mais aussi un peu partout dans le monde comme le modèle du régime social et politique de liberté et de prospérité, à maintenir et à renforcer ou à atteindre (que l’on pense à ce qu’ont été les printemps arabes).

Aujourd’hui, la démocratie est encore espérée par un certain nombre de pays de l’Est de l’Europe, comme l’Ukraine et la Géorgie, mais elle est aussi de plus en plus contestée. A l’extérieur, par les régimes autoritaires comme la Russie, la Chine, l’Iran et d’autres qui prétendent à une nouvelle forme de légitimité, à l’intérieur par des populismes et des extrémismes.

La démocratie n’est jamais gagnée une fois pour toute, nous le savons depuis longtemps (au moins depuis Tocqueville), elle doit se défendre à l’extérieur contre des ennemis potentiels et à l’intérieur contre des extrémismes qui la remettent en question.

Il ne s’agit pas seulement, dans ce numéro exceptionnel de Cités, de faire un bilan des difficultés de la démocratie, mais de proposer des perspectives et des prospectives pour l’avenir

ARTICLE – « La démocratie est fragile et en danger », selon Pierre Statius, professeur comtois de philosophie politique

Enseignant-chercheur en philosophie politique à l’Université Marie et Louis Pasteur (ex-Université de Franche-Comté), Pierre Statius signe l’un des cinquante textes du n° 100 de Cités qui, à travers ce numéro spécial intitulé « Sauver la démocratie dans un monde dangereux », célèbre les 25 ans de la revue de philosophie politique et d’histoire.

Pierre Laurent – 15 mars 2025 L’EST RÉPUBLICAIN

Pierre Statius, maître de conférences en philosophie politique : « La crise de la culture pointée dans mon article est le terreau des crises multiples, notamment de l’éducation et de la recherche scientifique. » 

Pierre Statius, vous qui avez fait paraître, en 2020, La Voie incertaine de la démocratie, comment résumeriez-vous le propos de ce numéro exceptionnel de la revue Cités auquel vous avez contribué ?

« L’introduction générale d’Yves-Charles Zarka, fixe le propos en estimant que “ la démocratie est maintenant fragilisée, attaquée de toute part de l’extérieur et de l’intérieur ”. De l’extérieur (conflit russo-ukrainien, puissance de la Chine, Trump à la tête des États-Unis…) et de l’intérieur avec l’islamisme, le règne de l’ignorance, les violences, le wokisme, les réseaux sociaux, etc. Il souligne que c’est un tort de penser que la démocratie est un acquis immuable : il faut penser une démocratie en danger. D’où ce numéro 100 qui essaye de couvrir la totalité des champs menacés : culture et éducation ; politique, économie et droit ; violences politiques et sociales ; nouveaux espaces publics, IA, médias, réseaux sociaux ; extrémismes politico-religieux et enfin, migrations, géopolitiques, guerres. »

« Une culture qui se coupe de ses racines »

Passée la présentation signée Nathalie Heinich, sociologue de l’art, c’est vous qui ouvrez le bal de la cinquantaine de contributeurs, dont Boualem Sansal, emprisonné par le gouvernement algérien, auquel ce numéro est dédié et qui, avec « Où va la France ? » en signe la conclusion. Votre texte s’intitule « Ce que la contemporanéité fait à la culture : le retour du manège enchanté dans un été olympique ». Mais encore ?

« Il s’agit de cerner ce qui fait l’essentiel du régime actuel de la culture dans nos sociétés. La culture moderne est une culture de l’évidement, une culture qui se coupe de ses racines et se voue à l’inconsistance, une culture de la connivence et, pour parler comme Péguy, du parasitisme. Dans cette perspective, il m’a semblé que les cérémonies olympiques d’ouverture et de clôture ont donné un exemple parfait de ce régime postmoderne de la culture. Ce que j’ai appelé Le retour du manège enchanté».

« Il importe de ne pas avoir honte de ce que nous sommes, d’assumer une histoire riche et contrastée »

Outre cette dérive woke, kitsch et nihiliste que vous pointez, quels sont, en quelques mots, les autres constats dont ce n° 100 fait état ?

« La crise de la culture pointée dans mon article est le terreau des crises multiples, notamment de l’éducation et de la recherche scientifique. Ianis Roder souligne la difficulté d’enseigner aujourd’hui, en raison de la contestation des contenus de l’enseignement. Ainsi, Pierre-André Taguieff reprend la question de l’islamo-gauchisme en vogue dans nos universités. Pierre-Henri Tavoillot propose lui de définir la laïcité à partir de trois principes : la liberté dans l’espace privé, la neutralité dans l’espace public et la retenue dans la société civile. Mais les signes de la crise ne se limitent pas à l’éducation : on en découvre dans les réalités sociales, les nouveaux médias et les réseaux sociaux, dans les extrémismes religieux et communautaires, dans les conflits internationaux. En clair, la démocratie triomphante des années 1990 – la ’’fin de l’histoire’’- a laissé place à la démocratie fragile et en danger. »

L’enjeu de ce numéro 100 est d’analyser les périls auxquels est confrontée la démocratie, mais également de recenser les sursauts possibles. Quels recours ou solutions retenez-vous ?

« L’essentiel de la solution nous incombe. Il convient d’abord, toujours en citant Péguy, de dire ce que l’on voit et de voir ce que l’on voit. Gérald Bronner, dans son article Démocratie et péril numérique , souligne combien la nouvelle donne des marchés cognitifs affecte le régime même de la pensée et de la croyance dans nos démocraties. À tel point qu’il évoque la possibilité d’une apocalypse cognitive et craint l’avènement d’une démocratie des crédules. Dans le champ politique, Marc Lazar analyse les phénomènes populistes dans le monde. Et Didier Leschi montre comment la question migratoire est devenue une question centrale dans nos agendas politiques. Dans tous les cas, la même démarche s’impose : regarder le réel en face, comprendre ce qui se joue et examiner la possibilité d’un traitement démocratique de ces questions. Il importe également de ne pas avoir honte de ce que nous sommes, d’assumer une histoire riche et contrastée. »

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