
ARTICLE – Dette : « La France emprunte toutes les deux semaines 12 à 15 milliards d’euros », affirme l’économiste Christian Saint-Étienne
Par Alessandra Wyak RADIO CLASSIQUE Publié le 11/06/2025
Christian Saint-Étienne est l’auteur de Trump et nous, comment sauver la France et l’Europe, sorti aux éditions Odile Jacob. Invité de la matinale, le membre du cercle des économistes et professeur émérite, titulaire de la chaire Jean-Baptiste Say d’économie industrielle au CNAM alerte sur la trop grande bureaucratisation de l’Europe et de la France.
« Quand on regarde la situation européenne, c’est celle d’un lapin dans les phares d’un 4×4 américain, et c’est Trump qui le conduit. » Christian Saint-Étienne, auteur de Trump et nous, comment sauver la France et l’Europe, dresse un constat alarmant : « Simplement, je suis économiste et je fais une analyse lucide : l’Europe est un échec. »
D’après lui, cela fait 20 ans que l’Europe ne connaît plus aucune croissance mondiale. On l’observe avec les données de 2024, année où l’économie de l’Union européenne a connu une croissance de seulement 1 %, tandis que l’Inde a connu une augmentation de 6,2 %. Pour l’économiste, une solution s’impose : « L’Europe, comme la France, s’est enclavée. La seule solution, c’est de débureaucratiser pour ne plus être des spectateurs sidérés, mais des acteurs déterminés. »
Une intervention du FMI
Actuellement, le gouvernement français doit trouver 40 milliards d’euros d’économies pour réduire le déficit public, maîtriser la dette publique, financer des priorités et retrouver une crédibilité auprès des investisseurs. Christian Saint-Étienne révèle que : « La France emprunte toutes les deux semaines 12 à 15 milliards d’euros, puisqu’au-delà des 150 milliards de déficit, il faut financer les intérêts sur la dette et renouveler la dette qui arrive à échéance. »
Et cette méthode a des limites. La ministre des Comptes Publics, Amélie de Montchalin, vient de mettre en garde l’État contre une intervention du Fonds Monétaire International (FMI). L’économiste dévoile la suite de ce procédé : « C’est la Banque Centrale Européenne et la Commission Européenne qui ont pour rôle d’appeler au secours le FMI pour ses analyses macroéconomiques. Une fois cette étape passée, il n’y a plus de retour en arrière et on va tomber dans une crise de grande ampleur. Et là, ce sont les retraités qui seront les premiers à payer. »
D’après lui, il n’y a qu’à regarder ce qui s’est passé chez l’un de nos voisins européens : « En Grèce, quand il y a eu la crise, le gouvernement était dans le déni total. Résultat : le Premier ministre a pris des mesures extrêmement violentes et, du jour au lendemain, si vous touchiez déjà une retraite faible de 600 euros elle est passée à 500 euros. »
Une solution : la réforme des retraites
Christian Saint-Étienne explique : « La réforme des retraites est un élément clé de l’ajustement. Mais, plus généralement, c’est toute une restructuration de l’action publique qui s’impose ! »
Il constate : « En réalité, si vous analysez les systèmes de retraites dans le monde entier, ils sont tous mixtes, à la fois par répartition et par capitalisation, ce qui compte, ce sont les proportions. Si on avait une analyse théorique, le système idéal serait 50 % en répartition et 50 % en capitalisation, parce qu’il ne fonctionne pas sur les mêmes mécanismes. »
Même la droite et le centre n’osent pas évoquer ce changement. Le seul à avoir abordé le sujet est Édouard Philippe, qui a dit « 15 %, pas plus », un chiffre qui fait justement partie d’une étude réalisée par Christian Saint-Etienne.
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Il explique : « aujourd’hui les flux de retraite en répartition sont à plus de 14 % du PIB, on pourrait imaginer que, progressivement sur 20 ans, on construise des systèmes d’épargne qui conduisent à ce que, dans 20 ans, les 14 % se divisent en 12 points en répartition et 2 points en capitalisation, et pour faire ça, il faut constituer des fonds de pensions et, à partir des rendements de ces fonds de pensions, payer les 2 points complémentaires qui font à peu près les 15 %. »
Alessandra Wyak