
« Il faut être lucide » : Jean-Noël Barrot, le ministre à la tête d’une diplomatie française en perte de vitesse
TITRAIT LE PARISIEN Le 5 juillet 2025 à
Iran, Alger, Gaza, Ukraine… Les dossiers s’accumulent au Quai d’Orsay. Avec quel effet ? À chaque crise, mêmes interrogations et mêmes critiques, sur la perte d’influence de la France. « Il y a de la caricature », s’insurge-t-il.Par Pauline Théveniaud et Henri Vernet
Dans son bureau du Quai d’Orsay, l’un des plus majestueux des palais de la République où sont passés, avant lui, Hubert Védrine ou Dominique de Villepin, Jean-Noël Barrot n’a dispersé que quelques touches personnelles. Un lance-missile ukrainien ; une photo de son père Jacques Barrot, figure centriste et ex-vice-président de la Commission européenne, avec un François Bayroutrentenaire ; cinq figurines de coqs, l’emblème d’Yssingeaux (Haute-Loire), le fief familial. Et un dessin de sa fille posé sur un épais dossier estampillé « Iran »
L’Iran, son programme nucléaire, ses otages français… « On oublie souvent cette dimension très régalienne du ministère des Affaires étrangères, relève-t-il. Négocier des libérations d’otages, organiser des évacuations ou des rapatriements. » Elle prend ces jours-ci un tour dramatique, avec l’inculpation à Téhéran de Cécile Kohler et Jacques Paris pour espionnage, passible de peine de mort. Ou le sort suspendu, à Alger, de Boualem Sansal (avec un espoir de grâce ce samedi) et du journaliste Christophe Gleizes.
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ARTICLE – «Il faut se poser la question de la stratégie de la France vis-à-vis de l’Algérie» : le comité Sansal «atterré» après la décision de ne pas gracier l’écrivain
Par Maxime Dubernet de Boscq. LE FIGARO
L’écrivain franco-algérien, dont la peine de cinq ans de prison ferme a été confirmée mardi, n’a pas reçu la grâce présidentielle d’Abdelmadjid Tebboune.
La nouvelle n’a pas surpris ses plus proches soutiens. Le nom de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal ne figure pas dans la liste des détenus graciés pour l’anniversaire de l’indépendance le 5 juillet. Le romancier a été condamné le 27 mars à cinq ans de réclusion en première instance pour «atteinte à l’unité nationale», un jugement confirmé mardi par la Cour d’appel d’Alger.
«On est extrêmement déçus, tristes et atterrés mais nous ne sommes pas malheureusement surpris», souffle Arnaud Benedetti, fondateur du comité de soutien international de Boualem Sansal, quelques secondes après avoir pris connaissance de la décision. Emprisonné en Algérie depuis plus de sept mois et au cœur d’une grave brouille diplomatique entre l’Algérie et la France, l’essayiste, âgé de 80 ans, aurait pu bénéficier d’une «grâce» du président algérien Abdelmadjid Tebboune, et ainsi faire retomber les tensions entre les deux pays.Passer la publicité
«On nous raconte depuis des jours et des jours que tout allait bien se passer, mais nous avions des échos que rien n’était fait», poursuit Arnaud Benedetti, qui se dit «pas surpris» par cette «situation». «On espérait quand même que la grâce interviendrait. C’était subodoré depuis quelques semaines. Ce n’est pas le cas»,ajoute-t-il.
«Stratégie qui nous conduit d’échec en échec»
Le gouvernement et la diplomatie française œuvrent depuis des mois pour obtenir la libération de Boualem Sansal. François Bayrou a indiqué mardi espérer «des mesures de grâce» de Abdelmadjid Tebboune, tandis que le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui avait défendu une «riposte graduée» à l’égard de l’Algérie dans cette affaire, a affirmé aux côtés du premier ministre qu’il ne voulait «gâcher aucune chance, d’ici notamment la fin de la semaine, pour que Boualem Sansal puisse être libéré». En vain.
«Il faut se poser la question de la stratégie de la France vis-à-vis de l’Algérie, pose Arnaud Benedetti. On ne peut pas continuer sur une stratégie qui nous conduit d’échec en échec, et on peut considérer qu’il y a échec de la stratégie mise en place depuis le 7 novembre dernier (date de l’arrestation de Boualem Sansal, NDLR).» Le fondateur du comité de soutien international de Boualem Sansal souhaite «une décision politique» et «un changement de logiciel politique dans le traitement de ce dossier».
L’écrivain, atteint d’un cancer de la prostate, est «malade» et «âgé», rappelle celui qui est également rédacteur en chef de la «Revue politique et parlementaire». S’il n’a pas été gracié cette semaine, le scénario d’une grâce présidentielle décrétée pour raison médicale pour Boualem Sansal n’est pas à écarter dans les prochaines semaines, voire prochains mois. «Je n’imagine plus rien depuis quelques jours, tempère Arnaud Benedetti, professeur associé à l’université Paris-Sorbonne. Ce n’est pas d’imagination dont il faut faire preuve, c’est d’action. La ligne qui consistait depuis des semaines à nous dire qu’il ne fallait surtout rien dire pour s’assurer que Boualem Sansal soit potentiellement libéré, n’a pas marché. Il faut se poser des questions.»