
Macron avait fait de la pauvreté une priorité de son premier quinquennat
« Il n’y aura pas de réussite française si chacune et chacun n’y a pas sa place, si la pauvreté, pour mettre un nom sur cette réalité, si toutes celles et ceux qui vivent dans la misère, dans l’exclusion, qui sont privés de cette route auguste que peuvent emprunter quelques-uns, n’ont pas aussi leur place »,
devant le Palais Bourbon le 3 juillet 2017, peu après son élection.
Le Premier ministre François Bayrou la semaine dernière, il a évoqué un objectif de réduction de la pauvreté à 10 ans.
Mais avec quels moyens ?», s’interroge de son côté Delphine Rouilleault, présidente du collectif Alerte qui réunit 37 associations de lutte contre la pauvreté.
1. ARTICLE – Le taux de pauvreté atteint un niveau record en France, les associations appellent à agir
Publié le 7 juillet 2025 l’Opinion
Paris – Du jamais vu depuis au moins trente ans: le taux de pauvreté a battu un record en 2023 en France métropolitaine où les inégalités se creusent selon l’Insee. Des chiffres loin d’être «surprenants» pour les associations, qui exhortent l’Etat à passer aux actes.
Entre 2022 et 2023, le taux de pauvreté a augmenté de 0,9 point, passant de 14,4% à 15,4%, précise l’Institut national de la statistique et des études économiques dans son étude annuelle parue lundi. Il s’agit du taux le plus élevé depuis le lancement de l’indicateur Insee en 1996.
Concrètement, 9,8 millions de personnes se trouvaient en 2023 en situation de pauvreté monétaire, c’est-à-dire qu’elles disposaient de revenus mensuels inférieurs au seuil de pauvreté, fixé à 60% du revenu médian, soit 1.288 euros pour une personne seule. En un an, 650.000 personnes ont basculé dans la pauvreté.
«C’est un niveau inégalé depuis près de 30 ans» relève auprès de l’AFP Michel Duée, chef du département ressources et conditions de vie des ménages à l’Insee. «Si on veut remonter encore plus loin, il faut revenir au début des années 1970 pour avoir des niveaux de pauvreté à peu près comparables».
«Cette hausse s’explique par l’arrêt des aides exceptionnelles, notamment l’indemnité inflation et la prime exceptionnelle de rentrée, qui avaient été mises en place en 2022 pour soutenir le pouvoir d’achat», ajoute-t-il. «L’autre élément d’explication, c’est la hausse, parmi les non-salariés, de la part des micro-entrepreneurs dont les revenus sont faibles».
Les inégalités des niveaux de vie ont également «fortement» augmenté en 2023, conséquence de la baisse du niveau de vie des plus modestes concomitante à la hausse de celui des plus aisés.
«Les inégalités atteignent des niveaux parmi les plus élevés depuis 30 ans», note Michel Duée. «Le niveau de vie des plus modestes a augmenté moins rapidement que l’inflation tandis que le niveau de vie des plus aisés a été dynamique, notamment grâce à la bonne situation sur le marché du travail et au rendement des produits financiers».
Le profil des personnes pauvres reste quant à lui globalement inchangé, avec une forte représentation des familles monoparentales – dont le taux de pauvreté augmente de 2,9 points – et des personnes au chômage, en hausse de 0,8 point.
Autre enseignement de l’étude de l’Insee, une hausse de la pauvreté moins marquée chez les retraités (11,1%, +0,3 point contre +0,9 point pour l’ensemble de la population), sous l’effet notamment de la revalorisation du minimum contribution prévue dans le cadre de la réforme des retraites.
«Inaction» politique
Contactée par l’AFP, la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre) évoque des chiffres «alarmants» mais «loin d’être étonnants» au vu de la situation sur le terrain et de la fin des mesures en faveur du pouvoir d’achat.
«Les coupures d’électricité et de gaz pour impayés explosent, le nombre de personnes qui disent avoir froid chez eux a presque doublé et on voit une montée très forte des expulsions locatives», souligne Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation.
«On est sur une dynamique qui est très inquiétante de l’action politique ou plutôt de l’inaction politique», ajoute-t-il. «L’heure n’est plus aux mesures ponctuelles, il faut des mesures structurelles».
«Nous avons rencontré le Premier ministre François Bayrou la semaine dernière, il a évoqué un objectif de réduction de la pauvreté à 10 ans. En soi c’est une bonne chose mais avec quels moyens ?», s’interroge de son côté Delphine Rouilleault, présidente du collectif Alerte qui réunit 37 associations de lutte contre la pauvreté.
«Derrière les paroles d’humanité et l’affichage d’un soutien au secteur associatif on attend du gouvernement des mesures ambitieuses et une prise de conscience», ajoute-t-elle. «On entend des rumeurs sur l’idée d’une année blanche de non-revalorisation des prestations sociales: ce serait inadmissible vu le contexte».
L’étude annuelle de l’Insee sur la pauvreté ne comprend pas les habitants des départements d’outre-mer, les personnes sans abri et les personnes vivant en institution. La dernière enquête menée sur la totalité de la population française avait estimé à 11,2 millions le nombre de personnes en situation de pauvreté en 2021.
Marine PENNETIER
2. ARTICLE – Taux de pauvreté en France : comment expliquer la forte hausse sur un an ?
Le taux de pauvreté en France est au plus haut depuis trente ans. C’est la conclusion d’un nouveau bilan de l’Insee. La hausse est particulièrement forte sur un an. Explications.
JULIE DUCOS. 8 JUILLET 2025 CHALLENGES
Le taux de pauvreté en France est au plus haut depuis trente ans. C’est la conclusion d’un nouvel état des lieux de l’Insee sur le niveau de vie en France métropolitaine. En 2023, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire – il s’établit à 1 288 euros par mois –, ce qui correspond à 15,4 % de la population. Le profil de cette frange de la population reste globalement inchangé, avec une forte représentation des familles monoparentales et des individus au chômage. Le nombre de personnes pauvres aurait progressé de 7,1 % par rapport à 2022, et de 14,2 % depuis 2017, selon nos calculs.
lol En France, « la pauvreté n’explose pas, mais elle progresse lentement et sûrement », concluait déjà l’Observatoire des inégalités en décembre 2024, comme le relayait Challenges. Au mois de mars, le Journal du Dimanche chiffrait quant à lui à 17 % la hausse du taux de pauvreté entre 2017 et 2023 en France, la pointant du doigt comme le pays européen où l’augmentation serait la plus forte. Un calcul basé sur les données d’Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, que le gouvernement français avait immédiatement contesté dans un communiqué.
Le taux de pauvreté en France relevé sur le site d’Eurostat est bien passé de 13,2 % en 2017 à 15,4 % en 2023, soit + 2,2 points de pourcentage, mais le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles rappelle qu’entre 2017 et 2022, le périmètre pris en compte a changé. Il a été élargi en 2022 à quatre départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion), « où les taux de pauvreté sont nettement plus élevés que la moyenne nationale ».
Il faut des « mesures structurelles » pour lutter contre la pauvreté
Dans son communiqué, le gouvernement s’en référait alors aux données de l’Insee pour démentir les conclusions du JDD. L’augmentation entre 2017 et 2022 du taux de pauvreté en France métropolitaine était de + 0,6 point de pourcentage, soit + 4 % en termes relatifs, d’après les statistiques de l’Insee, avec un taux qui se stabilisait en 2022 par rapport à 2021. Soit une « hausse modérée », d’après le communiqué.
Mais les chiffres 2023 dévoilés hier par l’Insee viennent rebattre les cartes, en soulignant une hausse significative du taux de pauvreté en France métropolitaine par rapport à 2022. Comment expliquer cette augmentation ? Une des pistes d’explication avancées par l’Insee est la « non-reconduction des mesures exceptionnelles de 2022 ». A l’arrêt de l’indemnité inflation ainsi que de la prime exceptionnelle de rentrée, il faut ajouter le nombre d’allocataires des aides au logement qui continue de diminuer.
« L’heure n’est plus aux mesures ponctuelles, il faut des mesures structurelles », a réagi Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre) auprès de l’AFP également. L’Insee note d’ailleurs que la revalorisation du minimum contribution prévue dans le cadre de la réforme des retraites a permis, entre autres, une hausse de la pauvreté moins marquée chez les retraités (11,1 %, + 0,3 point contre + 0,9 point pour l’ensemble de la population).
« Nous avons rencontré le Premier ministre François Bayrou la semaine dernière, il a évoqué un objectif de réduction de la pauvreté à 10 ans. En soi c’est une bonne chose, mais avec quels moyens ? » s’est interrogé auprès de l’AFP Delphine Rouilleault, présidente du collectif Alerte, qui réunit 37 associations de lutte contre la pauvreté.
Macron avait fait de la pauvreté une priorité de son premier quinquennat
Emmanuel Macron avait, lui, promis de grands travaux sur la question dès le début de son premier quinquennat. « Il n’y aura pas de réussite française si chacune et chacun n’y a pas sa place, si la pauvreté, pour mettre un nom sur cette réalité, si toutes celles et ceux qui vivent dans la misère, dans l’exclusion, qui sont privés de cette route auguste que peuvent emprunter quelques-uns, n’ont pas aussi leur place », affirmait-il devant le Palais Bourbon le 3 juillet 2017, peu après son élection.
En septembre 2018, le président présentait une « stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté ». Un plan chiffré à plus de 8 milliards d’euros. En 2023, c’est le ministère des Solidarités qui présentait le Pacte des solidarités devant les fédérations et associations de lutte contre la pauvreté, prévu pour entrer en vigueur au 1er janvier 2024.
Outre la hausse du taux de pauvreté en 2023, l’Insee note aussi une « forte » augmentation des inégalités en France, conséquence de la baisse du niveau de vie des plus modestes concomitante à la hausse de celui des plus aisés. Elles atteignent, elles aussi, des niveaux parmi les plus élevés « depuis 30 ans ».