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PERTE DU CIVISME, REPLI INDIVIDUALISTE, DÉCIVILISATION

ARTICLE – « On ne se parle plus, ou plutôt on se parle mal » : le sombre constat des Français sur le civisme

Selon une étude Ifop commandée par l’association du Passeport du civisme, 84 % des Français considèrent que nous allons vers un « repli individualiste ».

Par Ulysse Legavre-Jérôme. LES ÉCHOS le 25 juin 2025

Peut-être aimeraient-ils eux aussi qu’on leur remette un « passeport du civisme » ? Ils étaient nombreux, mercredi, à s’être rendus dans les locaux de l’Association des maires de France (AMF) pour assister à la présentation de l’étude Ifop sur « Les Français et le civisme », commandée par l’association éponyme qui récompense des écoliers s’étant engagés dans cinq actions civiques au sein de leur commune.

L’événement a rassemblé entre autres Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, Edouard Philippe, ex-Premier ministre et maire du Havre (Horizons), David Lisnard, président de l’AMF et maire de Cannes (LR) ou encore Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen (PS).

Tous ont pu livrer leur conception du civisme et réagir aux résultats préoccupants de l’étude présentée par le sondeur Jérôme Fourquet,non sans faire un peu de politique.

Une société où on se parle mal

« Les Français perçoivent une société qui est aujourd’hui beaucoup plus tournée vers le moi que vers le nous », a expliqué d’entrée de jeu le directeur du département Opinion de l’Ifop. En effet, l’étude pointe que 84 % d’entre eux considèrent que nous allons vers un « repli individualiste » (+8 points en 7 ans, et +28 points par rapport à la même question posée en 1998).

Quatre Français sur cinq estiment aussi que leurs concitoyens sont de plus en plus indifférents à l’égard des événements publics (+11 points en 7 ans). Ils sont également très sévères dans l’évaluation du niveau de civisme des Français, puisqu’ils leur accordent une note de 5 sur 10 en moyenne.

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« Dans cette société fragmentée, on ne se parle plus, ou plutôt on se parle mal », a poursuivi Jérôme Fourquet. Depuis la fin de la pandémie de Covid-19, montre l’étude, les Français perçoivent une augmentation de l’agressivité verbale. Pas moins de 78 % estiment que c’est le cas dans le débat politique et sur les réseaux sociaux. Ils sont aussi 76 % à ressentir cette inflexion dans la rue et les transports en commun, et 70 % dans les médias.

« Décivilisation »

« J’avais employé le terme de décivilisation il y a quelques années en m’appuyant sur les travaux de Norbert Elias [auteur de « Sur le processus de civilisation » en 1939, NDLR]. Malheureusement, force est de constater que ce qui rend possible le vivre-ensemble semble être aujourd’hui très abîmé », a déploré le sondeur. 

Pour Bruno Retailleau, le coupable est déjà tout trouvé. « L’ensauvagement vient de la société de Mai 68 qui a déconstruit tous les cadres. C’est cette société-là qui a enfanté une fabrique de barbares », a martelé le ministre de l’Intérieur dans une sortie très droitière dont il est coutumier. Plus réservé sur les causes de ce recul, Edouard Philippe a insisté sur le fait que « les sociétés sans civisme sont des sociétés où il n’y a pas de projets ».

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Mais l’étude montre aussi que la perception de ce qui constitue ou non une incivilité diffère selon les Français interrogés. Pour 88 % d’entre eux, manquer de respect à l’égard des représentants de la force publique est une incivilité, mais cette proportion varie selon les affinités politiques des personnes interrogées, puisqu’un tiers des sympathisants de La France insoumise estime que la gravité d’une telle incivilité est mineure, contre seulement 1 % des sympathisants de droite.

Ministres et parlementaires en bas du tableau

Policiers et gendarmes sont pourtant en tête des catégories citées pour leur exemplarité civique (73 %), devant les maires (69 %). Quand tout en bas du tableau, on retrouve les influenceurs sur les réseaux sociaux (15 %), mais aussi les ministres (26 %) et les parlementaires (24 %).https://flo.uri.sh/story/3193186/embed

Toutefois, la très grande majorité des personnes interrogées s’accordent sur le fait qu’insulter quelqu’un sur la voie publique (85 %), y uriner (76 %) ou ne pas ramasser la crotte de son chien (75 %) constitue une forte incivilité. En revanche, parmi les incivilités que les Français reconnaissent pratiquer, arrive largement en tête le fait de dépasser les limitations de vitesse (67 %), de ne pas garer sa voiture dans un espace autorisé (41 %) ou de payer au noir (36 %).

L’adhésion enfin à des symboles nationaux forts est montrée par l’étude. Quelque 87 % des Français sont favorables à l’apprentissage de la Marseillaise à l’école [c’est déjà le cas, NDLR]. Ils sont autant à approuver le pavoisement du drapeau français sur les bâtiments publics. « Il faut démocratiser cette fierté patriotique et ne pas laisser ce sujet à l’extrême droite », a plaidé Karim Bouamrane, seul élu de gauche à avoir pris la parole à l’événement.

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