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IRAN (SUITE) EN FINIR AVEC LA DICTATURE THÉOCRATIQUE ?

PRÉCÉDEMMENT : LES IRANIENS CONTRE LE VOILE ET L’ISLAM ?

https://metahodos.fr/2025/07/23/les-iraniens-contre-le-voile-et-lislam/

TRIBUNE – « C’est au cœur même de l’Iran que réside la véritable force de changement : un peuple debout »

  Tribune collective. 22/07/2025 MARIANNE

« Depuis près de cinquante ans, les relations internationales avec l’Iran se sont réduites à une logique binaire, où l’Europe et les États-Unis ont multiplié les tentatives de compromis avec le régime théocratique, sacrifiant trop souvent les principes démocratiques sur l’autel du pragmatisme diplomatique » soulignent les auteurs de cette tribune collective, signés notamment par Yves Bonnet, Jean-Pierre Brard et Gilbert Mitterrand.

Téhéran monte d’un cran dans l’arrogance, accusant nos deux ressortissants Cécile Kohler et Jacques Paris, d’espionnage en faveur d’Israël. La France ne pourra y répondre qu’avec la plus grande fermeté et refuser le chantage qui s’annonce. Au même moment, le pouvoir annonce l’arrestation d’un autre ressortissant français et procède à de nombreuses interpellations d’opposants accusés d’espionnage pour prévenir une nouvelle insurrection à l’intérieur. Souvenons-nous qu’à la fin de la guerre avec l’Irak, il a fait exécuter des milliers de prisonniers politiques en les accusant d’être des espions de l’Irak.

Cela fait trop longtemps que cette théocratie qui conjugue pouvoir absolu du Guide suprême, répression systématique des libertés, négation de la souveraineté populaire et expansionnisme idéologique et militaire, a inauguré une ère de chaos qui dépasse ses frontières, et a radicalisé le Moyen-Orient, provoquant des tensions inédites jusqu’à la guerre meurtrière à Gaza.

DES DÉCENNIES D’AVEUGLEMENT STRATÉGIQUE

Ni le chantage aux otages ni les arrestations ne permettront d’éluder la véritable question : quand et comment ce régime va-t-il s’effondrer ? Pour répondre à cette interrogation, il est grand temps de réintégrer dans l’équation iranienne le paramètre trop longtemps ignoré : le peuple iranien. Depuis près de cinquante ans, les relations internationales avec l’Iran se sont réduites à une logique binaire, où l’Europe et les États-Unis ont multiplié les tentatives de compromis avec le régime théocratique, sacrifiant trop souvent les principes démocratiques sur l’autel du pragmatisme diplomatique.

Alors que l’encadrement du programme nucléaire est longuement négocié, la question des droits humains est soigneusement éludée. Cédant au chantage exercé par le régime, les terroristes d’État et les bourreaux impliqués dans les génocides ont été libérés des prisons européennes et échangés contre des otages, que Téhéran détenait dans ses geôles.

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Pour justifier un tel choix qui frôlait la lâcheté, nous avons souvent entendu : « si nous ne discutons pas avec les mollahs, on aura la guerre, le terrorisme et des otages ». Et pourtant, force est de constater que la complaisance diplomatique n’a pas permis d’éviter le terrorisme, les otages et la guerre. Les partisans de la complaisance doivent aujourd’hui tirer les conséquences de décennies d’aveuglement stratégique face à un régime qui les a systématiquement leurrés.

Les va-t-en-guerre doivent comprendre, aussi, que la stratégie d’affrontement militaire venant de l’étranger ne suffit pas à renverser un régime, fût-il dictatorial. Croire qu’il serait aujourd’hui possible de parachuter le fils du Chah à Téhéran relève de l’illusion… Le temps des coups d’État étrangers pour rétablir le fils d’un despote mégalomane est révolu.

UN PEUPLE DEBOUT

C’est au cœur même de l’Iran que réside la véritable force de changement : un peuple debout, qui a fait deux révolutions en un siècle (en 1906 et en 1979), une Résistance organisée et une volonté inébranlable. Depuis 2017, cinq soulèvements populaires se sont produits, traduisant un rejet massif du régime. Ces mouvements s’appuient sur un mécontentement social durable, porté notamment par les jeunes et les femmes, mais aussi sur une force organisée implantée dans le pays. « Si le régime tombe aujourd’hui, nous assisterons au chaos ? » peut-on entendre. C’est exactement ce que le dictateur veut faire croire.

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Au contraire, l’Iran dispose d’une force de relève qui attire la jeunesse. Nous avons admiré à juste titre ses cinéastes et sa culture, apprenons à reconnaître ses résistants. « Nous ne voulons ni arme, ni argent, mais la reconnaissance du droit de notre peuple à résister », disent-ils. « Nous ne cherchons pas à conquérir le pouvoir à n’importe quel prix, mais à instaurer la liberté et la justice à tout prix », affirme avec conviction Maryam Radjavi, la présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne. Des paroles portées par plus de quatre décennies d’actes et d’abnégation face à la tyrannie.

RÔLE CLÉ DE L’OMPI

Forte de plusieurs décennies de lutte, la principale composante du CNRI, l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) est le mouvement le plus structuré et expérimenté. Ses milliers d’Unités de résistance, actives dans tout le pays, jouent un rôle clef dans la contestation intérieure, tout en s’appuyant sur un réseau social et de renseignement étendu.

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Cette alternative est porteuse d’un projet politique fondé sur la démocratie, la laïcité, l’égalité des sexes, les droits des minorités à l’autonomie et le rejet de la peine de mort. Elle jouit d’une reconnaissance internationale solide, notamment grâce à son plan en dix points soutenu par des milliers de parlementaires et personnalités à travers le monde.

Loin des illusions de changement par la guerre ou la complaisance, la « troisième voie » repose sur le peuple iranien et sa résistance organisée, seule à même d’assurer une transition pacifique et stable vers la démocratie. Refuser de voir cette réalité en face et persister aux côtés du régime à en dénigrer les acteurs, prive le monde d’une occasion historique qu’il se doit de ne pas laisser passer.

Les signataires de cette tribune :

Dominique Attias, avocate, présidente du Conseil d’Administration des Avocats Européens, ancienne vice-bâtonnière au Barreau de Paris.

Pierre Bercis, Président fondateur de Nouveaux Droits de l’Homme (NDH).

Yves Bonnet, Préfet honoraire – Ancien Directeur de la DST – auteur des ouvrages : La trahison des ayatollahsLe nucléaire iranien – Une hypocrisie internationaleVevak, au Service des ayatollahs.

Jean-Pierre Brard, Président du Comité Français pour un Iran Démocratique CFID, député honoraire PCF et ancien maire de Montreuil.

Jean-François Legaret, Président de la Fondation d’études pour le Moyen-Orient (FEMO), ancien maire de Paris 1er.

Gilbert Mitterrand, Président de la Fondation Danielle Mitterrand-France Libertés et ancien député PS de Gironde.

Alain Néri, parlementaire honoraire PS du Puy-de-Dôme, ancien vice-président de l’Assemblée nationale.

Gilles Paruelle, avocat, ancien Bâtonnier du Val-d’Oise.

Frédéric Reiss, député honoraire LR du Bas-Rhin.

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