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L’ÉCHELLE DES RICHESSES : DE L’USURIER GOBSECK AU MILLIARDAIRE ARNAULT

ARTICLE – Des fortunes de Balzac aux milliards de Bernard Arnault

EDITORIAL – Mondialisation, bourse… en deux siècles, l’échelle des richesses a changé de dimension. Et les fortunes, jadis considérables, des personnages de Balzac paraissent dérisoires face aux milliards d’aujourd’hui. Mais jusqu’à quand ?

3 août 2025 Par Guillaume Hannezo, professeur associé à l’Ecole normale supérieure CHALLENGES

Honoré de Balzac (1799-1850) était le meilleur chroniqueur économique de son temps. Obsédé par l’argent, il nous a laissé, dans La Comédie humaine, des milliers de références de fortunes, en capital et en rente, en francs, écus, or et argent. Combien cela ferait-il en euros aujourd’hui ? Les prix du quotidien ont certes évolué mais la conversion nous laisse en terrain familier : les étudiants survivent avec 600 euros par mois, le notaire de César Birotteau gagne 20 000 euros mensuels environ ; dans les Illusions perdues, Lucien s’élève péniblement dans sa carrière de journaliste, de 1 800 jusque 3 300 euros.

Mais il y a une catégorie d’individu dont Balzac ne pensait pas qu’elle pût exister : le milliardaire. L’usurier Gobseck meurt dans Splendeur et misères des courtisanes en laissant 7 millions de francs à sa petite-nièce Esther, soit moins de 40 millions d’euros. La plus grande « fortune professionnelle » est celle du Baron de Nucingen. A sa mort, son patrimoine est de 18 millions de francs, sans compter son palais, « surpayé » 10 millions. Soit une fortune autour de 150 millions d’euros.

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Le baron de Nucingen ne franchirait donc pas le seuil d’entrée du classement de Challenges. Entre lui et la tête du classement, le facteur est de 1 à 1 000. A la lisière du classement des 500 fortunes, on trouve des patrons de PME profitables – tel, il y a quelques années, le pâtissier Pierre Hermé… comme l’était l’affaire de parfums de César Birotteau, dont l’entreprise dégage environ un million d’euros par an de bénéfices.

La mondialisation s’effrite

Qu’est ce qui a changé, de façon si radicale, en deux cents ans, entre Frédéric de Nucingen et Bernard Arnault, César Birotteau et Pierre Hermé ? D’abord la mondialisation. Pierre Hermé vend ses macarons avec succès au Japon. LVMH ne fait que 8 % de son chiffre d’affaires en France.

Ensuite, la financiarisation. Nucingen comme Birotteau n’étaient riches que de ce qu’ils avaient épargné sur leurs bénéfices passés : les coups de bourse de l’un, les profits commerciaux de l’autre. Aujourd’hui, l’essentiel des fortunes professionnelles s’appuie sur un marché financier liquide et profond qui valorise les entreprises sur leur capacité à faire perdurer ou croître leurs profits. Leur valeur intègre d’avance, malgré le prix du temps et du risque, 20, 30 à 40 années de bénéfices (50 pour Hermès). Les marchés financiers permettent aussi de s’endetter à bon compte, à des coûts très inférieurs à ceux proposés par les banques.

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Pour ceux qui sont du bon côté de la réussite, il n’est donc pas étonnant que les valeurs soient multipliées, pour simplifier, par X20 (mondialisation), X25 (capitalisation des bénéfices) et X2 (levier d’endettement), c’est-à-dire par 1 000. Mais la mondialisation s’effrite. Les taux sont remontés. Et il est probable qu’aucune réussite humaine ne tienne un succès continu sur 50 ou 100 ans. Le monde de Balzac pourrait-il revenir ?

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