
LE DOSSIER DE METAHODOS – ATOS UNE AFFAIRE D’ÉTAT
1. – Un procès à 50 millions d’euros : les actionnaires floués d’Atos se rebellent
2. – Atos : « la bombe », le banquier et la justice
3. – COMMENT THIERRY BRETON A TUÉ ATOS, FLEURON DU NUMÉRIQUE FRANÇAIS
4. – Atos, anatomie d’une chute #1 : Breton & co, les mousquetaires du déclin
1. ARTICLE – Un procès à 50 millions d’euros : les actionnaires floués d’Atos se rebellent
Capital. Par Stéphane Barge, Chef d’enquête 24 juin 2025
Un collectif de quelque 1200 petits porteurs et investisseurs s’apprête à assigner en justice les commissaires aux comptes du groupe français, les deux géants de l’audit Deloitte et Grant Thornton. Ils leur reprochent la diffusion d’informations trompeuses
« Nous sommes sur le point de révéler l’une des plus grandes fraudes comptables que la France ait connue». Après avoir épluché le dossier un bon millier d’heures, pendant plus d’un an, et produit quelque 350 pages de comptabilité pour les soumettre à des bataillons d’experts, l’avocate Sophie Vermeille a décidé de passer à l’attaque. Son cabinet Vermeille & Co s’apprête à engager auprès du tribunal de commerce une action collective contre Deloitte & Associés et Grant Thornton. Ces deux géants de l’audit étaient chargés de vérifier et certifier les comptes d’Atos, l’ex-fleuron français du numérique qui a plongé en bourse. Entre avril 2021 et avril 2024, le cours de son action a chuté de 70 à moins de 1 euro.
Plus de 1200 plaignants
Le collectif reproche à Deloitte et Grant Thornton d’avoir certifié les comptes consolidés d’Atos pour plusieurs exercices, alors qu’ils ne reflétaient pas la véritable situation patrimoniale et financière de l’ex-fleuron français du numérique. Les plaignants leur reprochent aussi de ne pas avoir alerté sur les risques pesant sur la continuité d’exploitation du groupe, malgré une situation préoccupante. Et d’avoir ainsi contribué à la diffusion d’informations fausses et trompeuses, ayant induit en erreur les investisseurs. Ceux qui ont acquis des titres Atos entre février 2018 et mars 2024 sont donc invités à se joindre à cette action collective. Il leur suffit pour cela de s’enregistrer sur la plateforme qui vient spécifiquement d’être créée pour fédérer les plaignants souhaitant participer à cette procédure baptisée Action Against Atos Auditors (en français, Action Contre Les Auditeurs d’Atos). Cette plateforme devrait être très prochainement opérationnelle.
Pour les plaignants, la démarche est gratuite. Ils n’ont pas à supporter de frais de procédure, puisque cette action bénéficie du soutien d’un fonds de litige européen. Spécialisé dans les actions de justice, ce pool d’investissement serait prêt à consacrer un budget record de 4,5 millions d’euros pour financer le procès. En cas d’échec de la procédure, les frais resteront à sa charge. Mais en cas de victoire, ce fonds prélèvera une commission sur le montant des dommages et intérêts accordés aux plaignants par le tribunal.
50 millions d’euros de pertes cumulées
A ce jour, quelque 1 200 actionnaires de l’Union pour la réparation des actionnaires d’Atos (Upra), une association de petits porteurs floués par la déconfiture boursière d’Atos, seraient déjà prêts à s’engager dans ce procès. Selon les dernières estimations, le montant cumulés de leurs pertes avoisineraient déjà les 50 millions d’euros. Mandatée directement par les actionnaires floués, maître Vermeille compte encore faire grossir le bataillon de plaignants. Outre les petits épargnants, plusieurs fonds institutionnels qui ont perdu beaucoup d’argent en achetant des actions Atos pourraient se joindre au collectif pour faire gonfler les demandes de dommages et intérêts. Tout en restant le plus discrets possible. Prendre le bouillon n’est pas la meilleure publicité quand on se prétend un investisseur avisé..
La partie est cependant loin d’être gagnée. Les actions collectives se font encore rares en France et la plupart du temps, la justice déboute les actionnaires. Mais les choses pourraient évoluer à mesure que les affaires se multiplient. En début d’année, plusieurs centaines d’investisseurs ont décidé de poursuivre Orpea, le géant des maisons de retraite rebaptisé Emeis suite au scandale provoqué début 2022 par Les Fossoyeurs, un livre-enquête qui dénonçait les maltraitances infligées à nos aînés. Fin 2023, des milliers d’épargnants qui s’estimaient trompés par H2O Asset Management se sont aussi regroupés dans un collectif pour poursuivre le gestionnaires de fonds en justice.
De leur côté, les actionnaires déçus d’Atos estiment avoir quelques atouts dans leur manche. «Avoir à nos côtés un grand fonds de contentieux européen qui accepte de financer le procès n’est pas anodin, estime Marc Prily, le président de l’UPRA qui s’est joint au collectif. Ce genre de fonds est très sélectif sur les projets qu’il accompagne et ne consent à s’engager qu’à partir du moment où il estime avoir de bonnes chances de l’emporter».
Mais la bataille promet d’être longue, et les coups bas nombreux. Pour Sophie Vermeille, ce ne serait pas une première. Déjà victime de plusieurs intrusions informatiques, l’avocate avait eu la désagréable surprise de découvrir qu’elle avait été mise sur écoute, fin 2023. Alors qu’elle venait tout juste de se pencher sur le dossier Atos.
2. ARTICLE – Atos : « la bombe », le banquier et la justice
En rachetant les supercalculateurs pour 410 millions €, l’État participe au démantèlement d’Atos au grand bénéfice des créanciers. De son côté, la justice a interrogé un ex-administrateur sur 2023.
MARC ENDEWELD. JUIN 12, 2025 SUBSTACK
In extremis, l’État et la direction d’Atos ont donc fini par s’entendre à la toute fin mai. Après des mois de négociation, le conseil d’administration du groupe informatique a finalement accepté l’offre ferme que l’État lui a remis un jour plus tôt – un total de 410 millions d’euros – pour le rachat de l’activité Advanced Computing, qui comprend principalement les stratégiques supercalculateurs, construits dans l’usine d’Angers, héritière du groupe informatique français Bull.
La semaine dernière, les communiqués officiels se sont ainsi félicités des engagements tenus de l’État au nom de la « souveraineté numérique »et de la « souveraineté industrielle ». Quelques jours plus tôt, le ministre de l’Économie, Éric Lombard, interrogé à l’Assemblée Nationale, se félicitait que l’État puisse décider de « nationaliser » – attention le grand mot – des entreprises ou, la nuance est importante, des parties d’entreprises…
Première incongruité, c’est l’Agence des participations de l’État (APE) de Bercy qui s’y colle et qui va donc signer dans les prochains jours une promesse d’achat, et non la Banque Publique d’Investissement (BPI), qui a préféré botter en touche. Le montage financier prévoit 300 millions d’euros de paiement initial, complétés par 110 millions d’euros de compléments de prix conditionnés aux performances 2025 et 2026.
L’APE à la rescousse ou l’État voiture-balai
Or, l’APE, rattachée à la puissante administration du Trésor, n’a développé ces dernières années ni doctrine industrielle ni stratégie dans le domaine. Les hauts fonctionnaires de l’APE considèrent qu’ils sont d’abord là pour maximiser les dividendes de l’État, non pour avoir une stratégie industrielle globale. Élément important, l’APE est dirigée depuis 2022 par Alexis Zajdenweber, un très proche d’Alexis Kohler. Cet ancien du Trésor fut durant cinq ans (de 2017 à 2022) le conseiller économie, finances, industrie d’Emmanuel Macron à l’Élysée.
Depuis sa nomination à son poste, le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, à l’origine économiste et témoin de mariage d’Emmanuel Macron (et par ailleurs le plus gros patrimoine du gouvernement avec 22,9 millions d’euros net), est resté totalement muet sur Atos. Il n’est pas le seul.
Matignon également est totalement aphone sur ce dossier, alors même que François Bayrou est l’ancien « haut commissaire au Plan ». Pour un précédent article, j’avais contacté Ferracci qui ne s’était même pas donné la peine de me répondre (je l’avais pourtant rencontré par le passé, et notamment pour mon livre l’Ambigu Monsieur Macron, qu’il avait qualifié par SMS lors de sa sortie de « good job »). De même, j’avais également sollicité Matignon à plusieurs reprises sur le dossier Atos. J’attends toujours une réponse malgré les promesses de mes interlocuteurs.
Alors que le gouvernement ne cesse de dire ces dernières semaines que les caisses sont vides, l’État va donc débourser 410 millions d’euros et les donner à un groupe exsangue, contrôlé principalement par ses créanciers. Un groupe qui a annoncé à l’automne dernier vouloir procéder à 2500 licenciements au cours des deux ans à venir. Surtout, quelle est la logique de nationaliser une activité – celle des supercalculateurs essentiels pour le maintien de la dissuasion nucléaire – qui n’est pas viable économiquement si elle ne s’adosse pas à d’autres activités dans le cadre d’un groupe ? Ce n’est pas l’État stratège, c’est l’État voiture-balai.
Tous ces points, seule la CGT les a relevés la semaine dernière, comme l’a écrit L’Humanitédans un article intitulé « une trahison de plus ». « Pour nous, c’est une trahison de plus de la part des dirigeants. On attendait une nationalisation il y a deux ans, on n’a pas été écouté et aujourd’hui, l’entreprise est vendue à la découpe », se désespère Pascal Besson, délégué central CGT chez Atos France, qui ajoute : « On ne sait pas encore comment cela va être géré. Mais l’Agence des participations de l’État n’est pas un industriel, donc il faudra qu’ils aillent chercher des compétences ailleurs.»
Les gouvernements successifs ont refusé toute nationalisation mais n’ont jamais cherché ni à susciter, ni à un soutenir, un quelconque projet industriel qui aurait pu mettre en cause ce qui était alors le grand dessein des précédentes directions d’Atos, c’est-à-dire la scission du groupe en deux, un projet, pour ne pas dire un bricolage financier et spéculatif, soutenu à l’origine et imaginé par McKinsey et Rothschild, deux principaux conseils de l’entreprise, comme je l’avais décrit dès février 2023 (Le fiasco du projet de découpage d’Atos).
Depuis cette scission entre les activités activités d’infogérance (Tech Foundations) et les activités plus stratégiques (Eviden) a été abandonnée par Philippe Salle, le nouveau PDG d’Atos. Durant quatre ans, ce projet a pourtant coûté (notamment en conseils divers) près de 1 milliard d’euros à l’entreprise au bord de la faillite. Or, avant que le dossier ne prenne un tour politique à partir de l’été 2023, c’était officiellement le laisser faire qui prévalait du côté de l’exécutif. La BPI a par ailleurs toujours refusé d’entrer dans le capital d’Atos.
20 ans de travail avec la DAM sur la dissuasion nucléaire
Ce silence semble aujourd’hui coupable alors que les supercalculateurs, principale activité industrielle d’Atos, sont cruciaux dans le cadre de la dissuasion nucléaire française. En effet, depuis l’arrêt des essais nucléaires décidé par Jacques Chirac en 1996, la France est passée aux simulations numériques combinées aux expérimentations laser et au calcul haute performance pour maintenir la crédibilité de la dissuasion française, un exercice difficile comme je le rappelle dans mon précédent article consacrée à « la bombe ». C’est les programmes Tera, puis EXA1 puis EXA2.
Ces simulations sont permises par des supercalculateurs qui permettent d’anticiper le comportement des matériaux, de modéliser les effets des explosions en fonction des environnements, et garantit la longévité des armes sans test réel. Alors qu’à l’origine la DAM avait acheté des calculateurs auprès des firmes américaines IBM et Cray, ses ingénieurs ont commencé à discuter à la fin des années 1990 avec le français Bull, craignant de se voir imposer dans ce domaine si stratégique un embargo des Américains en cas de conflit diplomatique. Du côté de Bull, ces discussions ont notamment été impulsées par Henri Conze, administrateur du groupe informatique et surtout ancien directeur général de l’Armement au début des années 1990. Une heureuse initiative : quelques années plus tard, les Américains mèneront la vie dure à la France pour s’être opposée à la seconde guerre en Irak.
Suite à ces premières discussions, la DAM va finir par acheter un premier supercalculateur Bull en 2005. Il y a tout juste vingt ans. D’autres supercalculateurs suivront. En fait, la DAM en achète tous les cinq ans environ. C’est en fait une véritable collaboration entre la DAM et les industriels, tant Atos que les groupes qui fournissent les puces et microprocesseurs tels que STMicroelectronics ou Intel. Dans ce cadre, les ingénieurs du CEA au sein du LETI (Laboratoire d’électronique des technologies de l’information) situé à Grenoble, procèdent à la validation (de confiance) des composants produits par des fabricants qui sont loin d’être tous français. Pour optimiser les machines aux besoins de la DAM et à d’autres activités du ministère de la Défense, tout est personnalisé et adapté : architecture de la machine, types de mémoire, structure des composants, logiciels…
Ces machines particulièrement adaptées aux calculs de mécanique des fluides peuvent ensuite être commercialisées auprès d’autres secteurs, comme celui de la météorologie. C’est ainsi qu’Atos a pu vendre un supercalculateur à l’agence allemande de météo après avoir travaillé sur la conception d’une machine avec la DAM. Cette profonde collaboration et cet investissement de long terme expliquent pourquoi les fonctionnaires si dévoués de la DAM sont juste furieux de la situation d’Atos et du comportement de l’État dans ce dossier. S’abonner
Gros client, l’État n’a jamais été actionnaire d’Atos
Car si l’État n’avait pas investi initialement dans ces supercalculateurs, rien de tout cela n’aurait pu être possible. Mais pour autant, jamais l’État n’a pensé pouvoir investir dans Atos en actions pour avoir son mot à dire.
C’est également cette impasse — cet impensé néolibéral (profits pour le privé, et les pertes pour les contribuables), qui se retrouve au cœur du scandale Atos. Encore une fois, l’État a préféré dépenser sans compter et sans avoir son mot à dire sur la bonne marche d’une entreprise qui avait pourtant en son sein une activité plus que stratégique, vitale pour la sécurité nationale. « Si l’État n’avait pas investi en amont, on aurait rien. Mais normalement, l’État aurait dû prendre des parts dans l’entreprise », constate aujourd’hui un bon connaisseur du dossier.
Si l’État n’a jamais été actionnaire d’Atos, il en a été l’un de ses très gros clients (supercalculateurs, contrats informatiques de long terme pour ses administrations), et a également aidé ce groupe (essentiellement de services) pour ses implantations industrielles en France. Lors de sa récente audition au Sénat le 22 avril, le nouveau PDG d’Atos, Philippe Salle, un financier qui « a une bonne réputation chez les hedge funds », selon une initiée de la place de Paris, a d’ailleurs dû s’expliquer sur l’utilisation de l’argent public reçu ces dernières années par son entreprise dans le cadre d’une commission d’enquête sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises créée à l’initiative du groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste – Kanaky (La vidéo de l’audition dans sa totalité est disponible ici).
Le groupe Atos a ainsi reçu 59 millions d’euros d’aides publiques en 2023, et il a encore bénéficié au printemps 2024 d’un prêt de l’État de 50 millions d’euros, ce qui ne l’a pas empêché de créer à l’automne, comme l’avait révélé le magazine Capital, une holding fiscale aux Pays-Bas ! « Permettez moi de vous dire mon étonnement, pour ne pas dire mon agacement » de voir Atos demander le soutien de l’État tout en s’engageant dans « un process d’optimisation fiscale », a dénoncé le rapporteur de la commission, le sénateur communiste Fabien Gay, par ailleurs patron de L’Humanité :
Lors de cette audition, Philippe Salle, qui dit comprendre que l’État peut lui demander des comptes après avoir soutenu son groupe, n’a pas manqué de souligner qu’Atos avait reçu des aides publiques principalement en raison de ses activités industrielles dans les supercalculateurs. Étrange exercice où l’on voit un PDG chanter les louanges d’une activité – cruciale pour la souveraineté de la France, rappelle-t-il au passage – qu’il est justement en train de vendre… à l’État.
Philippe Salle a l’habitude de faire dans la méthode Coué. Dans une récente interview Échos (« Atos reviendra au CAC 40 »), le PDG n’a pas peur d’annoncer vouloir procéder d’ici 3 ans à de nouvelles acquisitions entre 500 millions et 1 milliard d’euros ! Le groupe est pourtant à deux doigts de l’écroulement. En 2024, les pertes de contrats se sont multipliées et le groupe a vendu au français Alten son activité Worldgrid, les contrôles commande des centrales nucléaires, pour 270 millions d’euros.
Résultat, le groupe est passé de 110 000 salariés à un peu moins de 75 000 salariés, et pourrait descendre dès l’an prochain à 60 000. Dans ce contexte, le nouveau plan de la direction dévoilé il y a un mois – et qui prévoit à horizon 2028 un chiffre d’affaires entre 9 et 10 milliards d’euros avec une marge opérationnelle d’environ 10 %… – n’a guère convaincu les marchés. Et pour cause : en 2024, la marge opérationnelle d’Atos était tombée à 2,1 % et le groupe a commencé l’année avec une décroissance de 16 % sur le premier trimestre.
Chotard passe du CIRI à Rothschild
En réalité, le plan actuellement en cours – prise de contrôle de l’entreprise par ses créanciers, vente à la découpe d’activités, vente des supercalculateurs à l’État – a été imaginé dans les couloirs de Bercy sous la houlette du CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle) et de son ancien secrétaire général Pierre-Olivier Chotard qui s’en félicitait dans une récente interview : « Le sauvetage d’Atos nous a occupés tout au long de l’année. C’était un dossier majeur, non seulement du fait de l’impact sur plusieurs dizaines de milliers d’emplois à travers le monde, mais aussi en raison de l’importance stratégique de certaines de ses activités (…) Si la reprise du groupe par ses créanciers n’est pas la solution optimale, elle a tout de même permis d’assainir le bilan de la société (…) La principale satisfaction qui en ressort est que l’État est parvenu à racheter les activités de supercalculateur, un enjeu clé de défense nationale et plus largement de notre souveraineté numérique. C’est une action inédite, puisque, avec le dossier Atos, c’est la première fois qu’une entreprise qui sollicite l’aide du Ciri voit un pan de son activité racheté par l’État ».
Ce qui est moins inédit, c’est le pantouflage de ce haut fonctionnaire dans le privé. Fin mars, Chotard a quitté le CIRI pour devenir banquier d’affaires chez… Rothschild, toujours conseil d’Atos. Officiellement, sa fonction de banquier est centrée sur les fusions et acquisitions, et toute activité de « restructuring » est écartée de son champ de compétence, mais cela n’empêche pas Les Échos de souligner dans un article que « la banque d’affaires renforce son expertise en matière de restructuration d’entreprises », en s’adjoignant « les services du secrétaire général du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI) ».
Ce n’est pas le seul va-et-vient entre le public et le privé qui interroge. En début d’année, Charles Clément-Fromentel a été nommé conseiller entreprises à Matignon : après un passage à l’Élysée, ce dernier était précédemment un ancien du cabinet BTSG, dont le fondateur Marc Sénéchal, administrateur judiciaire star de la place de Paris, a conseillé Atos lors de son plan de scission en 2023.
René Proglio entendu comme témoin par la justice
Cette année-là, on avait vu le milliardaire Daniel Kretinsky proposer à Atos de racheter sa branche Tech Foundations comme je l’avais dévoilé au coeur de l’été (à lire également : Atos / Eviden : les doutes de la place de Paris).
Suite à cette bagarre, plusieurs plaintes avaient été déposées par des actionnaires et des fonds auprès du PNF pour dénoncer la communication trompeuse et l’inexactitude des comptes du groupe, mais aussi pour corruption active et passive, après avoir découvert les bonus promis par Daniel Kretinsky aux dirigeants chargés de négocier avec lui la vente d’une partie d’Atos. Alertée par des actionnaires sur la communication « trompeuse d’Atos » depuis août 2023, l’Autorité des marchés financiers (AMF) n’avait alors jamais émis la moindre réserve.
Jusqu’à présent, le PNF s’était fait très discret sur dossier Atos, au point que certains interlocuteurs se demandaient si une enquête avait été finalement engagée. C’est le cas. Ainsi, l’ancien président du comité d’audit du groupe, René Proglio, qui s’était fortement opposé au plan de scission, a été entendu comme témoin par les gendarmes le lundi 26 mai, soit près de deux ans après les faits.
En 2024, l’homme avait été déjà auditionné durant plusieurs heures par l’AMF, sans qu’ensuite l’institution de contrôle des marchés financiers n’exprime la moindre critique à l’égard d’Atos. Dans ce contexte, on peut se demander si la justice de son côté ira vraiment très loin pour pointer les responsabilités des uns et des autres et les collusions dans ce dossier emblématique de la place de Paris.
3. ARTICLE – COMMENT THIERRY BRETON A TUÉ ATOS, FLEURON DU NUMÉRIQUE FRANÇAIS
© LHB pour LVSL Lotfi El Othmani, William Bouchardon. 22 mai 2024
Récemment encore qualifié de fleuron industriel français, le navire Atos semble partir à la dérive. Malgré le plan de sauvetage présenté le 9 avril par la direction, son démantèlement ne peut être exclu dans un avenir proche. Ruiné par des acquisitions hasardeuses sous la direction de Thierry Breton, désormais commissaire européen, le groupe a été négligé par l’État pendant des années, alors qu’il prenait l’eau de toute part. Plusieurs des activités d’Atos sont pourtant éminemment stratégiques pour la souveraineté numérique française, ou du moins ce qu’il en reste.
Cybersécurité, supercalculateurs, intelligence artificielle, systèmes de communication ultra-sécurisés, softwarepour de nombreux services publics (carte vitale, CAF, impôts, centrales nucléaires, armée, EDF…) ou encore hébergement de cloud... Quasi-inconnu du grand public, le groupe Atos est une des dernières gloires de l’informatique français. Sans doute plus pour très longtemps : ces trois dernières années, le groupe a accumulé les pertes financières et sa valorisation boursière a été divisée par dix. Dos au mur, la multinationale a urgemment besoin de cash pour éponger ses dettes colossales. Pour comprendre comment cette entreprise plutôt dynamique s’est effondrée, un petit retour en arrière s’impose.
LA FOLIE DES GRANDEURS DE THIERRY BRETON
Après un passage au ministère de l’économie entre 2005 et 2007, où il supervise notamment la privatisation des autoroutes et de France Télécom, Thierry Breton intègre les organes de direction du groupe Atos en 2008. Adoubé par les élites politiques et économiques pour sa reprise d’entreprises en difficulté tels que Bull (supercalculateurs), Thomson (électronique grand public) et France Télécom, son profil ravit les actionnaires. Dès l’annonce de sa nomination en tant que Président directeur général (PDG), le cours en bourse de l’action de l’entreprise grimpe de près de 8 %. Il faut dire que Breton dispose alors déjà d’un solide carnet d’adresses : invité sur le yacht de Bernard Arnault, ce « personnage d’exception » selon Jean-Pierre Raffarin est également proche de François Baroin, d’Alain Minc et de François Bayrou et peut compter sur les liens tissés en tant que senior adviser de la banque d’affaires Rothschild.
Son bilan réel à la tête des entreprises qu’il a dirigées est pourtant moins reluisant. C’est lui qui initie notamment le plan social brutal de France Télécom, amplifié par son successeur Didier Lombard, qui aboutira à une vague de suicides. Au sein de Thomson, qu’il dirige de 1997 à 2002, sa gestion correspond à une embellie de courte durée, mais aussi à des rachats massifs d’autres sociétés que le groupe ne parvient pas à intégrer. Un an après son départ, la société est au bord du gouffre. Un scénario qu’il va reproduire en tant que PDG d’Atos.
Après deux premières années de gestion des affaires courantes d’une entreprise plutôt performante, il initie à partir de 2011 une frénésie de rachats, pour l’essentiel dans le domaine des services informatiques aux entreprises. Le groupe Siemens IT est ainsi racheté en 2011 pour un montant de 850 millions d’euros, faisant entrer Atos dans une nouvelle dimension. Devenu un acteur de référence de la vente de services informatiques, Atos doit désormais assumer sa taille portée à 70.000 salariés. S’ensuivent les rachats de Bull, Xerox IT, Unify et Anthelio Healthcare Solutions pour des montants successifs de 620 millions, 1,05 milliards, 340 millions et 275 millions d’euros entre 2014 et 2016.
Afin de rassurer les marchés financiers, la direction distribue 2 milliards d’euros à ses actionnaires. Une opération qui fragilise Atos, mais qui ravit la presse financière, notamment la prestigieuse Harvard Business Review, qui classe Thierry Breton parmi les 100 patrons les plus performants du monde en 2017 et en 2018.
La folie des grandeurs de Thierry Breton se poursuit en 2017 : après avoir tenté en vain d’absorber Gemalto (leader mondial des cartes à puces) pour 4,3 milliards d’euros, Atos s’offre l’indien Syntel (services informatiques aux entreprises) pour 3,4 milliards. Cette opération très coûteuse commencera à susciter la circonspection du monde financier quant à la bonne gestion du groupe et l’accumulation d’une dette devenant préoccupante de jour en jour.
Afin de rassurer les marchés et d’amorcer son désendettement, la direction annonce la cession de sa filiale Worldline (paiement digital), qui donnera lieu à la distribution à ses actionnaires de 23 % de son capital ; un cadeau chiffré à 2 milliards d’euros. Une opération qui fragilise Atos, mais qui ravit la presse financière, notamment la prestigieuse Harvard Business Review, qui classe Thierry Breton parmi les 100 patrons les plus performants du monde en 2017 et en 2018.
TACTIQUE FINANCIÈRE CONTRE STRATÉGIE INDUSTRIELLE
Les premiers signes de faiblesse apparaissent en 2018, lorsque les rapports annuels de l’entreprise mentionnent un endettement net s’établissant à 4,4 milliards d’euros, plus du double de l’année précédente. Cette explosion de la dette, mise en perspective avec le nombre important d’acquisitions d’entreprises existantes suggère un usage immodéré du levier du crédit pour faire croître démesurément le chiffre d’affaires de l’entreprise. Mais cette croissance est trop rapide pour correctement intégrer les nouvelles entités au sein du groupe.
Par ailleurs, la trajectoire d’Atos est jugée hasardeuse : l’entreprise a opéré plusieurs rachats dans le secteur de l’infogérance (maintenance de parcs informatiques et des serveurs d’entreprise) alors que celui-ci connaissait un ralentissement avéré. En cause, la concurrence toujours plus forte des fournisseurs d’espaces de stockages décentralisés (« cloud ») tels que Microsoft, Amazon ou Google. Malgré la connaissance de la faible rentabilité de cette activité et la volonté énoncée de se recentrer vers des domaines plus rentables, Atos annonce en janvier 2021, à la surprise générale, sa volonté de racheter le spécialiste de l’infogérance DXC Technologies, lui aussi en perte de vitesse, pour un montant de 10 milliards de dollars.
Face à l’accueil glacial de la nouvelle par les marchés financiers et au rejet de ses comptes moins de 3 mois plus tard compte tenu de la présence d’erreurs significatives de comptabilisation du chiffres d’affaires de plusieurs de ses filiales, le groupe fera finalement machine arrière. En outre, Atos est contraint de reconnaître à deux reprises (en 2022 et 2023) que la valeur réelle des entreprises rachetées au prix fort était en réalité bien plus faible que ce qui était inscrit à son bilan, conduisant au total à une dépréciation des actifs de… 4,4 milliards d’euros.
Entre-temps, Thierry Breton avait quitté le navire en 2019 pour rejoindre la Commission européenne, sans prévenir les salariés et vendant d’un seul coût ses actions pour un total de 40 millions d’euros brut, auxquels s’ajoute une retraite chapeau de 14 millions d’euros brut, versée sur plusieurs années.
Si Breton rejette toute responsabilité dans la descente aux enfers d’Atos, le fait que la chute du groupe débute peu de temps après son départ laisse planer le doute.
Si Breton rejette toute responsabilité dans la descente aux enfers d’Atos, le fait que la chute du groupe débute peu de temps après son départ laisse planer le doute. Très vite, le navire prend l’eau de toute part : six directeurs généraux se succèdent en à peine trois ans, tandis que les consultations auprès de cabinets de conseil (McKinsey, E&Y, BCG…) ou banques d’affaires (Rothschild) se multiplient. Chargés de proposer des restructurations permettant de remettre l’entreprise sur pied, ces consultants coûtent très cher à l’entreprise : entre 150 et 200 millions d’euros entre 2021 et 2023 selon la CGT Atos.
En 2022, le groupe annonçait devoir se délester dans les quatre années à venir de sa branche Tech Foundations, rassemblant les activités déficitaires, pour se concentrer sur celles en croissance telles que la cybersécurité, la construction de supercalculateurs et l’analyse de données massives (Big data). Si ce choix peut sembler pertinent sur le plan financier, il ne l’est pas sur le plan industriel. Ainsi, il est illogique de vendre un supercalculateur sans pouvoir fournir la prestation d’hébergement des données qui y seront traitées. Finalement, les discussions autour de cette vente n’ont pas abouti, le milliardaire Daniel Kretinsky ayant jeté l’éponge. Les différentes options de démantèlement successivement envisagées ont également recueilli l’opposition de la CGT Atos, qui a présenté un contre-projet chiffré visant à faire du groupe un « véritable socle technologique en matière de souveraineté numérique » française.
ADMINISTRATEURS FANTÔMES ET ÉTAT ATTENTISTE
Au vu du portefeuille de technologies vitales pour l’État détenues par Atos, ce projet semble bien plus pertinent que les manœuvres financières de manageurs court-termistes. Alors qu’EDF vient de faire appel à Amazon pour héberger une partie du système d’information consacré aux pièces de son parc nucléaire, ravivant les craintes d’un nouvel espionnage industriel issues de l’affaire Alstom, Atos dispose pourtant de nombreux services informatiques essentiels, des centrales nucléaires au compteur électrique intelligent Linky, à travers sa filiale Worldgrid. La filiale BDS dispose quant à elle d’une activité de pointe en matière de cybersécurité, suscitant un premier temps l’intérêt d’Airbus qui s’est rapidement retiré. D’autres filiales fournissent les supports des téléphones sécurisés des armées françaises ou encore des systèmes informatiques régissant le fonctionnement des remboursements de l’assurance maladie, de la CAF, des douanes et du site internet permettant à l’État de prélever l’impôt.
Malgré l’importance stratégique de ces technologies et le fait que les péripéties boursières sont connues depuis 2018, l’État a maintenu un désintérêt constant pour la santé du groupe. Une inaction d’autant plus troublante étant donné la présence d’un allié de taille au sein du conseil d’administration entre novembre 2020 et novembre 2023 : l’ancien Premier ministre Edouard Philippe. Rémunéré plus de 70.000 euros par an pour suivre l’activité d’Atos, il semble s’être contenté d’assister passivement à la spectaculaire division par dix du prix de l’action du groupe.
Rémunéré plus de 70.000 euros par an pour suivre l’activité d’Atos, Edouard Philippe semble s’être contenté d’assister passivement à la spectaculaire division par dix du prix de l’action du groupe.
Fin 2023, plusieurs parlementaires de tous bords finissent néanmoins par saisir le taureau par les cornes. Un amendement du député socialiste de l’Eure Philippe Brun pour nationaliser les filiales Worldgrid et BDS est voté en commission des finances pour éviter de voir ces technologies critiques passer sous pavillon étranger. Préférant s’en remettre à la main invisible du marché, le gouvernement s’oppose farouchement à cette proposition et censure l’amendement lors du passage en force du budget 2024 via le recours à l’article 49-3 de la Constitution. Début avril 2024, une nouvelle offre de rachat est annoncée par la direction. Portée par l’actionnaire principal d’Atos David Layani et soutenue par le fonds de private equity Butler Capital Partners – créé par un énarque passé chez Goldman Sachs – celle-ci est présentée par ses promoteurs comme la seule option « au service de la souveraineté européenne et de la défense de nos intérêts nationaux ». Une affirmation qui ne manque pas d’air venant d’un pur financier et d’un chef d’entreprise qui use des mêmes méthodes que Breton pour faire grossir son groupe.
Finalement, sous la pression d’un scandale grandissant en pleine campagne européenne, et alors que Thierry Breton se verrait bien remplacer Ursula Von der Leyen à la tête de la Commission européenne, le gouvernement finit par réagir. Le 28 avril, Bruno Le Maire envoie une lettre d’intention annonçant l’intérêt de l’État pour racheter les activités jugées stratégiques, par l’intermédiaire de l’Agence des Participations de l’État. Les supercalculateurs utilisés pour simuler les essais nucléaires français, les serveurs liés à l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et divers produits de cybersécurité seraient concernés, pour un coût total compris entre 700 millions et un milliard d’euros. Si le revirement total du gouvernement sur ce dossier est une bonne nouvelle, la nationalisation n’est pas encore faite. Par ailleurs, elle illustre une nouvelle fois le fameux adage « collectivisation des pertes, privatisation des profits ». Espérons néanmoins qu’elle serve de leçon pour éviter de reproduire encore les mêmes erreurs à l’avenir.
4. ARTICLE – Atos, anatomie d’une chute #1 : Breton & co, les mousquetaires du déclin
● Economie● Finance● Industrie● Justice● Politique
Le navire Atos menace de sombrer avant l’été. En charge de l’informatique des JO, de la Sécu, des impôts ou des centrales nucléaires, le groupe jadis symbole du génie national ploie sous un océan de dettes (4,8 milliards). Les principaux responsables s’appellent Breton, Mustier et Meunier, patrons surpayés multipliant les fautes, et un aréopage de conseillers, repreneurs et administrateurs, dont un ex-Premier ministre (Edouard Philippe) avide de jetons de présence. Blast a enquêté sur les causes et les responsabilités de ce sabordage. A tout seigneur tout honneur, ce premier volet ouvre sur les têtes d’affiche.
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Une marche après l’autre, Atos, le géant français de l’informatique, le fleuron tricolore aux 100 000 employés (dont 10 000 en France), le mastodonte aux 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, continue l’escalier de la crise. Dans une dégringolade qui semble sans fin.
En février dernier, l’entreprise de service numérique (ESN) dont le siège est à Bezons (Val-d’Oise) avait d’abord obtenu du tribunal de commerce de Pontoise l’ouverture d’un mandat ad hoc confié à Hélène Bourbouloux, l’administrateur judiciaire la plus sollicitée quand un dossier devient explosif – elle était au chevet de Rallye Casino, d’Orpea, de FagorBrandt, etc.. Puis le 26 mars, Atos est entrée en procédure de conciliation amiable avec ses créanciers. A charge pour le groupe de trouver un accord avec les banques et détenteurs d’obligations d’ici l’été. Une négociation qui promet d’être ardue.
Ce mardi 9 avril, la direction a tombé le masque en annonçant son objectif d’obtenir l’effacement de la moitié de ses 4,8 milliards d’euros de dette. Précisant qu’elle avait besoin de 1,2 milliard de liquidités et lignes de crédits supplémentaires pour traverser 2024-2025 sans chavirer.
Des JO à la sécu, en passant par les centrales
En gros, le plan est à prendre ou à laisser. Dans le cas contraire, dernier stade de la descente aux enfers, une procédure de sauvegarde accélérée pourrait être ouverte. L’obtenir permet de se passer dans l’urgence de l’avis des actionnaires et d’une partie minoritaire des créanciers, pour mettre en œuvre un plan de restructuration. Comme dans les dossiers Orpea et Casino.
Le temps est compté : 3,65 milliards sont à rembourser d’ici la fin 2025. Et le dossier s’avère particulièrement épineux. Si Atos n’a pas la renommée d’un Gap, d’un Gifi ou d’un Casino, des marques populaires disparues ou en péril, son activité accompagne discrètement notre vie quotidienne, tout en assurant une certaine forme de souveraineté nationale. C’est elle, entre autres, qui gère les services de la carte Vitale, des pièces d’identité, qui assure la gestion des services de la CNAM, de l’Urssaf, de FranceConnect, du logiciel des compteurs Linky ou encore du système de régulation SNCF.

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Ainsi, c’est Atos qui pilotera aussi cet été toute l’infrastructure numérique des JO de Paris – les accréditations, la cybersécurité, les résultats en temps réel… Encore plus explosif, le groupe intervient dans le contrôle machine des centrales nucléaires françaises et ses supercalculateurs servent à la simulation des essais (nucléaires). Autrement dit, l’entreprise occupe une place essentielle, au cœur de notre système de dissuasion.
Ballotage défavorable
Impossible, dans ces conditions, de laisser le soldat Atos se noyer. En échange d’un prêt de 50 millions d’euros, l’État a obtenu un droit préférentiel d’acquisition de ses activités les plus sensibles. En somme, un éventuel repreneur – par exemple étranger – pourra être bloqué par la puissance publique, qui conserve en dernier recours l’option de nationaliser une partie des services d’Atos. Un garde-fou, mais qui intervient bien tard pour rompre avec la passivité des autorités de contrôle et le manque d’anticipation devant la déshérence de la société.

Compte Youtube Atos
Depuis deux ans, l’entreprise est ballotée, de droite et de gauche, sans qu’aucun projet industriel clair n’émerge. La dernière solution en date, échafaudée par la direction, proposait de céder les activités historiques et déclinantes de l’infogérance (gestion des tâches informatiques et des serveurs d’une entreprise cliente) au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Le même qui a repris Casino. Les activités hautement stratégiques, quant à elles, auraient été transférées à Airbus.
Ces scénarios ont échoué, replaçant au centre des préoccupations le niveau d’endettement.
Mais cette montagne de dettes n’est que le symptôme de la mauvaise gestion des dernières années, entre acquisitions d’entreprises peu rentables et revirements stratégiques incessants. En trois ans, la capitalisation en Bourse d’Atos est passée de 7 milliards à 230 millions d’euros.
Pour comprendre et éclairer ce plongeon dans les limbes, il faut se pencher d’abord sur l’action de ses plus hauts dirigeants.
1 Thierry Breton : entre mégalomanie et boulimie

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A-t-il laissé des cadavres dans les placards ? C’est la question que tout le monde se pose, s’agissant de l’héritage laissé par Thierry Breton, à la tête d’Atos de 2008 à 2019.
Quand il en prend les commandes, la société informatique (on parlait alors de SSII, aujourd’hui d’ESN) joue en deuxième division. Bien trop petite à vrai dire pour l’ex-ministre de l’Économie, devenu prof à Harvard, en attendant mieux.
A défaut de trouver un poste à sa mesure, super Breton va faire grandir Atos démesurément. Avec son entrée au CAC 40, en ligne de mire ? Quoi qu’il en soit, le PDG mène une politique d’acquisition résolue. Il lui faut seulement six ans pour plus que doubler le chiffre d’affaires, de 5 à 12 milliards d’euros, tandis que les effectifs grimpent à 112 000 personnes.
En 2011, l’actuel commissaire européen au marché intérieur met d’abord la main sur Siemens IT pour créer un « Airbus du numérique » – un mastodonte de 70 000 salariés. En 2014, il jette son dévolu sur le français Bull, champion des supercalculateurs. Il enchaîne avec Xerox ITO, la filiale informatique du géant américain des photocopieuses, qui emploie 9 500 personnes.
Quand j’ai quitté Atos, le groupe était leader
Au sujet de ces acquisitions, les mauvaises langues assurent que personne ne voulait de Siemens IT, et guère plus de Xerox IT. Toutes deux étaient sur des métiers vieillissants, lestés d’ingénieurs grassement payés. Alors, quel est le bilan de ces emplettes ? Difficile de trancher, tant les avis divergent.
A entendre Breton, le groupe était florissant lorsqu’il est parti à Bruxelles rejoindre la commission. « Quand j’ai quitté Atos, le groupe était leader dans beaucoup de domaines : cybersécurité, supercalculateur, cloud », se défendait-il en janvier devant la mission d’information créée par le Sénat. Un plaidoyer que son ancienne garde rapprochée a aussi entonné dans un texte publié par La Tribune, en octobre 2023. « Zéro dette nette », « une marge opérationnelle dépassant les 10% », plusieurs places de « numéro 1 européen », opposent ces anciens du Comex à « l’histoire racontée » « à la une des journaux ». A les entendre, tout allait bien dans le meilleur des mondes possible. Les mêmes contestent la thèse d’une croissance boulimique mal digérée. « On avait une machine de guerre pour réussir l’intégration », assure encore à Blast Jean-Marie Simon, l’ancien patron France d’Atos.
https://video.blast-info.fr/videos/embed/rWLt7Pr9JJ7eiY4Lf3L4TsUn commissaire européen droit dans ses bottes pour évoquer son héritage industriel, le 24 mars 2024.
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Après Breton, le déluge… de dépréciation
Et pourtant… Dans les trois années qui suivent le départ de son emblématique PDG, Atos déprécie ses actifs pour la modique somme de 4,4 milliards d’euros : 1,9 milliard d’euros sous l’éphémère direction de Rodolphe Belmer (parti ensuite diriger TF1) et 2,5 milliards supplémentaires en mars dernier. Concrètement, cela signifie que le groupe informatique, tout « florissant » qu’il soit, a acté dans ses comptes que la valeur réelle des entreprises acquises était bien moindre que ce que son bilan avait inscrit. Un rectificatif concédé avec beaucoup de retard, estiment certains. Autre signe que la maison n’était pas en aussi bonne santé, Atos a fortement taillé dans ses effectifs, ces derniers mois : 2 000 départs en 2022, 6 000 en 2023 et encore 2 000 prévus cette année.
« Ces acquisitions nous ont permis d’avoir une dimension mondiale mais en même temps cela a donné naissance à une très grande structure, complexe et difficile à comprendre pour nos clients », commente Nourdine Bihmane, DG adjoint du groupe jusqu’en mars.
Expansion mondiale, payée cash
Tout le monde s’accorde au moins à dire que l’acquisition en 2018 de Syntel aux Etats-Unis a été surpayée. Ultra rentable avec près de 20% de marge, cette boîte active dans les domaines du cloud, des réseaux sociaux ou de l’analyse de données avait l’essentiel de ses équipes à Bangalore, en Inde (17 000 salariés sur 23 000). L’idée, pour Atos, était d’accélérer dans l’offshoring pour abaisser sa base de coûts. Soit. Mais est-ce que cela valait vraiment 3 milliards d’euros, soit 50% de la capitalisation boursière d’Atos à l’époque, payés cash de surcroît ?
Entrée dans le giron d’Atos, la pépite Syntel s’est révélée un peu moins brillante qu’espérée, marge et chiffre d’affaires s’érodant. Pour se désendetter après l’opération, le groupe français a ensuite cédé, en octobre 2019, puis février 2020, des actions de sa filiale cotée Worldline, le spécialiste des moyens de paiement électronique, estimant cette activité loin de son cœur de métier.
De fait, la dette est retombée à presque zéro au moment du départ de Thierry Breton. Du moins la dette nette, c’est-à-dire la dette totale de l’entreprise moins la trésorerie disponible. Or Atos a depuis grillé beaucoup de cash et la dette (emprunts et émissions obligataires) est restée. Celle laissée par Breton. Celle aussi contractée, par la suite : Atos a encore procédé à 9 acquisitions en 2020 et 11 en 2021, certes de moindre envergure, dans la cybersécurité (SEC Consult, digital.security), le cloud (Edifixio), l’intelligence artificielle (le cabinet de conseil Miner & Kasch) et le conseil numérique (Eagle Creek, Ecoact).
2,3 milliards de dividendes, 45 millions pour le patron
Pour réduire sa charge financière, Atos ne s’est pas contentée de vendre ses parts dans Worldline. Pour calmer les marchés boursiers en mai 2019, alors que l’action dévissait – elle était encore autour de 70 euros contre 1,9, fin mars 2014 -, l’ESN a offert, quelques mois plus tôt, 23 % du capital de Worldline à ses actionnaires : 2 actions Worldline données pour 5 actions Atos détenues. Un dividende en nature, autrement dit un cadeau de 2,3 milliards d’euros aux actionnaires qui aurait pu être, au moins en partie, utilisé pour restructurer les activités en déclin du groupe.
Thierry Breton a lui-même bénéficié de l’opération. Soucieux d’éviter tout conflit d’intérêts (ou de couper rapidement les ponts), le commissaire européen a cédé en partant ses 104 734 actions Worldline en plus de ses 579 705 actions Atos. Il est ainsi parti l’esprit tranquille et les poches pleines : 45 millions d’euros bruts, une vingtaine de millions encaissés après impôt. Sans compter sa retraite chapeau financée par le groupe, de 711 000 euros par an selon le Canard enchaîné.
Il ne rentre pas dans le détail de l’opérationnel
Dans l’examen de l’héritage Breton, il convient d’ajouter un dernier élément : on lui reproche aussi d’avoir tardé à prendre le virage du cloud, dominé par Amazon, Microsoft et Google. L’ancien ministre de Jacques Chirac aurait estimé que les grandes entreprises et les administrations ne renonceraient pas au contrôle de leur parc informatique par un prestataire comme Atos (on parle d’infogérance ou de cloud privé) en mettant leurs données dans le cloud public. « Ce virage, sans doute tardif, impliquait une restructuration des centres obsolètes d’infogérance », observe Frédéric Sebag, le président du groupe Open, partenaire d’Atos sur certains contrats.
Un bon connaisseur de l’entreprise s’essaye à une forme de synthèse : « Breton est un excellent stratège. Mais il ne rentre pas dans le détail de l’opérationnel. Pour cela, il faut être entouré de bonnes équipes car, dans nos métiers, une entreprise peut basculer très vite du mauvais côté. »
A tout le moins, on peut reprocher à Thierry Breton d’avoir très mal préparé sa succession. Il est vrai que la France poussait initialement la candidature de Sylvie Goulard à la Commission européenne : Breton, c’était le plan B.
2 Bertrand Meunier : l’héritier catastrophe

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Chez Atos, il y a un vrai « discount Meunier ». Ce tacle, ce n’est pas un observateur lambda qui le prononce en juin 2023 mais Leo Apotheker, l’ancien PDG d’Hewlett-Packard et de SAP. Le point de vue de ce ponte du secteur informatique n’est pas tout à fait désintéressé : il brigue alors la présidence du groupe français, soutenu par le fonds d’investissement Sycomore AM, détenteur de 2% du capital. Mais la charge est aussi inhabituelle que largement partagée.
La valse des DG
Apotheker n’est en effet pas le seul à dénoncer le mandat catastrophique de celui que Thierry Breton a poussé à la présidence, après son départ. Bertrand Meunier est certes un X Mines, mais ce pur financier ne connaît pas grand-chose au numérique. Passé par divers fonds d’investissement, comme PAI Partners et CVC Capital Partners, le nouveau président d’Atos a passé sa vie à monter des deals mais n’a jamais dirigé de grande entreprise. Or ce polytechnicien de 63 ans, présenté comme obtus et sourd à toute critique, ne s’est pas cantonné à son rôle de président du conseil d’administration. Il s’est rêvé en PDG, rognant les ailes de ceux qui étaient chargés de piloter l’entreprise. Résultat, en trois ans, Atos a connu six directeurs généraux successifs.
L’énumération donne la mesure du jeu de massacre : en septembre 2021, Elie Girard, choisi par Thierry Breton, est remplacé à titre intérimaire par Pierre Barnabé ; en janvier 2022, arrive Rodolphe Belmer, qui démissionne dès juillet – il a touché 1,8 million d’euros pour six mois de boulot -, remplacé par le duo Nourdine Bihmane / Philippe Oliva ; puis, en novembre 2023, M. Bihmane cède son siège à Yves Bernaert, lequel s’en va dès janvier 2024 au profit de l’installation d’un nouveau duo, Paul Saleh / Carlo d’Asaro Biondo…

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Le règne des banquiers d’affaires
Durant ses presque quatre ans de présidence, Bertrand Meunier a échafaudé toutes sortes de scénarios, conseillé par des banquiers d’affaires supposés les meilleurs de la place – de David Azéma (Perella Weinberg Partners) à Grégoire Chertok (Rothschild & Co), en passant par Jean-Marie Messier. Bilan de ces plans successifs et tous avortés : une action qui a chuté de 90% et une marge opérationnelle réduite à 4 %.
Dans pareille situation, il est d’usage de charger l’héritage laissé par son prédécesseur. Meunier ne s’en est pas privé, invoquant « une sélectivité discutable ou insuffisante » des acquisitions réalisées sous l’ère Breton. Seulement, voilà : le même Bertrand Meunier a siégé durant quinze ans au conseil d’administration d’Atos, et a même été président de son comité des comptes de 2015 à 2020, autrement dit celui qui supervisait l’audit. Difficile de se dédouaner dans ces conditions.
Plaintes, fronde et démission
Mi-octobre, face à un tir groupé d’actionnaires minoritaires et de représentants des salariés contre son projet de découpage du groupe – les opposants ont réuni 34% des voix en AG pour réclamer son départ –, Meunier a fini par jeter l’éponge. Une affaire soldée par un sobre communiqué dans lequel le partant se dit « heureux de céder la Présidence du Groupe à Jean-Pierre Mustier », son successeur. Par ailleurs, deux actionnaires minoritaires, les fonds Alix AM (1) et Ciam, ont porté plainte contre X devant le Parquet national financier (le PNF).
L’un pour corruption active et passive, l’autre pour informations fausses et trompeuses.

Image ministère de la Justice
Le remplaçant de Meunier ? Un proche et encore une fois un financier ! Le banquier Jean-Pierre Mustier, ancien patron d’Unicredit, est surtout connu pour avoir été chargé de déboucler les positions acrobatiques de Jérôme Kerviel à la Société générale.
Le messager a sauté
« Le messager a sauté mais le message reste le même », a commenté Catherine Berjal, la présidente du fonds activiste CIAM, sur cette arrivée. Mustier, pas plus que son prédécesseur, n’a réussi à mener à bien les négociations avec Airbus ou avec Daniel Kretinsky. Pis, peu avant que les discussions avec le milliardaire tchèque (en blanc ?) ne capotent, fin février, Mustier n’était pas au bureau mais… sur la mer.

Image compte Facebook Rorc
Comme l’a révélé le blog controversé Atos.bourse.blog, le nouveau président avait programmé de participer à la Rorc Transatlantique Race. Une course en équipage qui l’a mobilisé presque tout le mois de janvier, entre les Canaries et les îles Grenadines, aux Antilles. Faut-il activer la balise de détresse ?
3 Les administrateurs : fantômes et fantoches
Le croira-t-on ? Parmi les 13 administrateurs d’Atos, c’est à peine si l’on comptait ces derniers mois 3 représentants pouvant revendiquer une bonne connaissance des métiers du numérique. Par ailleurs, plus de la moitié des membres du conseil d’administration étaient et restent de nationalité étrangère, et donc de fait moins viscéralement attachés à l’histoire d’un groupe qui prend ses racines en France. Enfin, certains d’entre eux siègent depuis 14 ans et sont pourtant encore qualifiés « d’indépendants ».
Chambre d’enregistrement
On comprend dans ces conditions que le conseil n’ait été qu’une chambre d’enregistrement des décisions hiératiques de son président. Illustration la plus flagrante : le 1er août 2023, dans la torpeur de l’été, Atos annonce être entrée en négociation exclusive avec Daniel Kretinsky pour lui céder Tech Foundations (TFCo), la branche d’infogérance (maintenance des parcs informatiques des clients). La veille, un conseil d’administration (CA) a été convoqué en catastrophe pour approuver ce plan aux contours flous. Lequel CA avait été réélu en assemblée générale un mois plus tôt sans que ce sujet majeur ne soit présenté aux actionnaires, pas plus que n’avait été évoqué l’augmentation de capital massive envisagée pour l’autre branche du groupe, Eviden, qui regroupe les activités de cybersécurité, cloud, ou encore big data.
Graves préoccupations quant à la transparence et l’intégrité
Au sein du conseil, seul l’Anglais Vivek Badrinath, DG de Vantage Towers (antennes relais 4G et 5G), a voté contre ce plan Kretinsky. Dans la foulée, il a rendu son fauteuil. Un autre administrateur a néanmoins fait connaître son opposition à ce projet de scission. Ancien patron de Morgan Stanley France, René Proglio présidait alors le comité des comptes d’Atos. Pas de chance, il n’a pu participer au vote du 31 juillet 2023 : il était dans l’avion, en vol vers la Chine.
Une mauvaise manière de Bertrand Meunier ? On ne sait. Mais ces méthodes à la hussarde ont provoqué l’ire des actionnaires. En particulier des petits porteurs réunis au sein de l’UDAAC (l’Union des actionnaires d’Atos constructifs) : le 13 octobre, Sophie Vermeil, l’avocate de l’association, envoie une lettre au vitriol aux administrateurs, dénonçant un « comité des comptes qui refuse de jouer son rôle de contrôle ».
« La conduite de votre conseil d’administration soulève de graves préoccupations quant à la transparence et l’intégrité de vos actions », poursuit Me Vermeil, demandant la tenue d’une AG exceptionnelle pour renouveler le conseil.
Edouard Philippe, bien traité
René Proglio, déjà en retrait, a finalement quitté le conseil en janvier 2024. Non sans avoir au préalable adressé un courrier à l’Autorité des marchés financiers (l’AMF), dénonçant à son tour « des dysfonctionnements graves dans le fonctionnement du conseil ».
Au final, c’est toute la place financière de Paris qui s’est trouvée abîmée par cette cacophonie, la responsabilité des administrateurs et présidents, pourtant garants de l’intérêt social de l’entreprise, n’ayant à ce jour jamais été engagée. Au passage, on peut se demander quel rôle a joué l’ancien Premier ministre Edouard Philippe, qui a siégé au CA de septembre 2020 à mai 2023. Le maire Horizons du Havre a du pourtant être très assidu dans son suivi de l’entreprise : il a été rémunéré à plus de 70 000 euros par an quand l’indemnisation fixe annuelle des administrateurs était fixé à 20 000 euros de part fixe et 2 500 euros de part variable, par réunion « à laquelle l’administrateur assiste », selon le document universel d’enregistrement d’Atos. Ce qui fait, à ce tarif, plus d’une vingtaine de symposium par an…

Document Atos
Cherche actionnaire de référence désespérément
L’absence d’actionnaire de référence a, bien sûr, contribué à ce désastre. Le conglomérat allemand Siemens était l’actionnaire le plus important, avec 11 % du capital, jusqu’en 2023. Mais celui-ci ne s’est jamais vraiment investi dans la gouvernance du groupe français. Par ailleurs, aucun autre actionnaire ne possédait plus de 5 % des actions. Si bien que 90 % de son capital est flottant.
Un actionnaire est sorti du bois ces derniers mois : David Layani (2). Le patron de la petite société informatique Onepoint, monté à 11,4% du capital, a l’ambition de fédérer autour de lui un plan de reprise de l’ensemble du groupe. Il vient de recevoir le soutien de la société d’investissement Warren Butler et espère convaincre certains créanciers de participer à une augmentation de capital. L’occasion d’enfin mettre de l’ordre dans la maison Atos, de sauvegarder ce qui peut encore l’être et surtout rassurer quelque peu les investisseurs, clients et clientes.

Image compte X David Layani
Layani va devoir démontrer ses talents, s’il veut réussir. Au-delà des lubies de ses dirigeants, le géant français a été plombé depuis des années par une communication désastreuse, un manque de vision stratégique à long terme et la passivité de l’État. Une déliquescence par la tête qui a fini par se répercuter sur l’outil industriel lui-même.
(1). Contrôlé par l’homme d’affaires Hervé Vinciguerra.
(2). Le nom de cette étoile montante des affaires, très en vogue en Macronie, est célèbre depuis sa mise en examen en octobre 2021 pour « escroquerie en bande organisée » et « complicité de subornation de témoin » dans l’affaire de la vraie-fausse rétractation de Ziad Takieddine. Le sulfureux intermédiaire franco-libanais – qui accuse Nicolas Sarkozy d’avoir financé sa campagne de 2007 avec l’argent de Kadhafi – avait été l’objet d’une opération insensée aboutissant à la publication/diffusion (dans Paris-Match et sur BFM) de ses fausses rétractations en 2020. L’équipe de pieds nickelés (dont l’inénarrable Mimi Marchand) qui l’a menée était selon les soupçons de la justice financée par David Layani.