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18 ÉLÉMENTS POUR CONNAÎTRE CHARLES DE GAULLE SOUS UN ANGLE NOUVEAU

ARTICLE – Vous pensez connaître le général de Gaulle? Ces 18 faits risquent de vous surprendre

L’homme du 18 juin 1940, devenu ensuite président fondateur de la Ve République, est l’une des figures françaises les plus célèbres du XXe siècle. Mais, au-delà des grandes idées reçues, le connaissons-nous si bien? Arnaud Teyssier, dont la biographie de Charles de Gaulle vient de paraître, livre dix-huit faits et anecdotes méconnus sur cette personnalité complexe, bien plus étonnante qu’il n’y paraît.

Par Pierre-Louis Lensel. le 5 nov. 2024. HISTORIA L’ouvrage d’Arnaud Teyssier s’intitule Charles de Gaulle. L’angoisse et la grandeur.

1. L’un des ancêtres du général de Gaulle se serait fait remarquer à la bataille d’Azincourt

Arnaud Teyssier – « Il y a eu une sorte de légende autour des origines de Charles de Gaulle. Cela va avec l’idée qu’il aurait été ‘prédestiné’. L’ancêtre d’Azincourt s’inscrit dans cette histoire familiale un peu rêvée, liée à des travaux généalogiques réalisés par son grand-père. En fait, il semble que les origines bourgeoises du général soient plus solidement avérées que son ascendance noble. En revanche, ses origines irlandaises sont bien attestées.»

2. Dès sa jeunesse, son physique particulier lui vaut des surnoms pas toujours flatteurs

« Charles de Gaulle est très grand – près de 2 m –, à une époque où la taille moyenne des hommes est plutôt proche d’1,65 m, et il est peu sportif (ce qui tranche particulièrement à Saint-Cyr). Son physique a quelque chose d’insaisissable ; il détonne. Même jeune, il a l’air encombré de sa personne, avec ses bras trop longs, son nez proéminent et son regard qui tombe sur ses interlocuteurs. Tout cela inspire des sobriquets tels que ‘la grande asperge’, ‘le dindon’, ‘Cyrano’ ou encore ‘le connétable’, censé illustrer sa hauteur physique et morale. »

3. Pendant la Première guerre mondiale, il tente de s’évader au moins cinq fois, sans doute huit.

« En mars 1916, il est blessé par un coup de baïonnette à la cuisse et est retrouvé inanimé par l’ennemi. Une longue captivité commence. C’est une période fondatrice, de réflexion et d’analyse. Mais, chez De Gaulle, l’action n’est jamais éloignée de la pensée. Il cherche donc à s’évader… au moins à cinq reprises. Sans succès.

Bien plus tard, dans les années 1930, lorsque le réalisateur Jean Renoir tourne La Grande Illusion, de Gaulle est en poste à Metz. Il semble jouer alors un rôle de conseiller militaire officieux pour ce film, qui peut rappeler, par plusieurs aspects, sa captivité pendant la Première guerre mondiale. On dit que le personnage d’aristocrate incarné par Pierre Fresnay aurait emprunté des attitudes et des gestes du futur général. »

4. Il est une « plume » de Pétain dans l’Entre-deux-guerres

« Que de jeunes officiers doués écrivent pour leurs généraux est une pratique courante. Entre de Gaulle et Pétain, c’est d’abord la source d’une proximité, d’élève à mentor, avant de devenir un sujet de brouille. Pétain le fait travailler pour un livre qui ne sort finalement pas. Or, plusieurs années après, de Gaulle, remarqué entretemps pour Le Fil de l’épée, estime être devenu un auteur de plein droit. Il publie donc en son propre nom des écrits préparés pour Pétain, au risque de beaucoup lui déplaire. »

5. En pleine Débâcle, le 25 mai 1940, il devient général… à titre temporaire

« On lui confie une division blindée, ce qui entraîne cette nomination. De fait, il ne devient jamais autre chose que général de brigade, ce qui aurait pu poser un problème : des officiers plus gradés viendront se placer sous son commandement dans le cadre de la France libre – mais de Gaulle est alors un chef non seulement militaire, mais politique. »

6. Les Britanniques sont désarçonnés par les « scènes » du général

« De Gaulle et Churchill se disputent parfois rudement ; ils manquent à plusieurs reprises de rompre. Le Premier ministre n’est pas le seul Britannique à affronter l’humeur du général français. Par exemple, Lyttelton, en charge du Proche-Orient pendant la guerre, en parle dans ses mémoires. Pour lui, en agissant ainsi, de Gaulle montre qu’il a bien analysé le malaise que créent chez les Britanniques ces ‘scènes’ orageuses. Cela lui donne un avantage dans les bras de fer avec eux. Au moment où la France libre est très dépendante, c’est une tactique de déstabilisation utile. »

7. Quand de Gaulle envisage de démissionner de la présidence du gouvernement provisoire, pendant l’hiver 1945-1946, il souhaite que le socialiste Léon Blum lui succède

« Même s’ils n’ont pas la même opinion sur tout, de Gaulle respecte beaucoup Blum. Il pense que c’est une personnalité dotée d’une vraie autorité morale – ce qui est précisément la qualité qui lui semble nécessaire à ce moment-là. Mais Blum décline en invoquant son âge et, sans doute, parce qu’il n’en a pas envie. »

8. Sa relation avec Anne (1928-1948), sa fille atteinte de trisomie, dévoile un autre aspect du général

« Cela rejoint ce qui me semble le fil directeur de sa vie : sa grande humanité, pas toujours perçue à distance. Il ne parle jamais d’Anne en public. Certes, une fondation est créée et initialement financée par les de Gaulle pour soutenir les jeunes femmes atteintes de handicap mental, mais le général considère ce sujet comme privé. Il fait le choix, alors peu courant, de garder sa fille chez lui, malgré le coût que cela représente et bien qu’il n’ait guère d’argent – ce que l’on oublie souvent à son sujet. D’ailleurs, ses droits d’auteurs pour ses mémoires vont à la fondation Anne de Gaulle.

C’est là aussi une dimension importante de la personnalité du général : il est détaché de tout accaparement matériel. De même, il a un dédain pour les privilèges et les honneurs – par exemple, il ne porte pas ses décorations en temps normal.

9. De Gaulle excelle dans l’écriture et dans l’art oratoire

« Ses mémoires de guerre en sont le meilleur exemple. Il adopte un style très écrit, très travaillé, qui transparaît dès son premier livre, en 1924. Il révèle une formidable intelligence psychologique et un sens de la formule exceptionnel. Ses portraits de personnalités qu’il a connues, comme Churchill ou Staline par exemple, sont des chefs-d’œuvre.

Il a aussi une redoutable maîtrise rhétorique à l’oral, mais il n’en use pas d’une manière superficielle. Chez lui, les mots sont chargés de sens. Il sait composer avec les émotions et, mieux, les susciter. L’exemple le plus fascinant est peut-être son fameux discours de Montréal, en 1967 : pendant huit minutes, de Gaulle crée une progression très efficace, une montée en intensité jusqu’au point culminant, le célèbre ‘Vive le Québec libre !’ »

10. Tandis qu’il vient de revenir au pouvoir, le dernier tome de ses mémoires s’achève de manière mélancolique

« Ces pages, publiées en 1959, peu après le début de son premier mandat, renvoient à une réflexion qui semble à contretemps sur le temps qui passe, sur la vieillesse. Cela peut paraître comme un indice de dureté un peu lugubre. Mais une note d’espérance transparaît aussi : il évoque le cycle des saisons, la renaissance qui revient toujours. C’est aussi le signe qu’il n’a pas la même perception de l’histoire que le commun des mortels. Pour lui, tout est fragile ; gouverner, c’est accepter que tout ce que l’on fait peut être fugace, emporté par le vent. Mais il faut garder une foi inébranlable en la France, en sa capacité à renaître. Il est intéressant de comparer cette humilité grave avec les immenses ambitions affichées par des hommes politiques aujourd’hui. »

11. On ne lui connaît aucune maîtresse avérée

« Certains lui ont prêté des liaisons, notamment avec la fameuse comtesse polonaise (avant son mariage) ou avec Élisabeth de Miribel, qui est sa secrétaire pendant la guerre. Cette hypothèse, toutefois, ne repose sur rien de solide. De Gaulle vit sous le regard de tout le monde ; il est accaparé par la politique, qui est un sacerdoce pour lui. S’il a des sentiments ou des aventures, ils sont rares et marginaux.

En revanche, beaucoup de femmes comptent dans sa vie : sa femme, Yvonne, sa mère, sa fille, sa nièce, Geneviève, et plus généralement les femmes engagées dans la Résistance. C’est lui qui donne le droit de vote aux femmes. Il considère qu’elles doivent être traitées exactement sur le même plan que les hommes. »

12. C’est un amateur de bons repas, qui aime bien boire

« Dans mon ouvrage, j’évoque un déjeuner à Colombey en 1969, qui illustre bien cet aspect. Au menu figurent omelette truffée, paupiettes, fromages, tarte aux pommes. Puis un café est offert, que le général agrémente d’une bonne dose de Grand Marnier. Enfin, il propose des immenses cigares offerts par Fidel Castro. Il en réserve d’ailleurs un pour un gendarme en civil alors employé comme chauffeur – cette attention montre encore la délicatesse du général. »

13. Il n’a pas de ligne directe dans son bureau et consacre une heure par jour à la lecture

« De Gaulle a une journée assez réglée, dans laquelle il trouve un équilibre. Il n’aime pas être bousculé et ne souhaite pas être interrompu quand il s’entretient avec quelqu’un. Seule exception importante: 1963, alors qu’il reçoit Edgar Faure au sujet de la Chine, on lui annonce la mort de Kennedy.

Même président, il répond aux ouvrages qui lui sont envoyés par une lettre circonstanciée, et garde une heure de lecture par jour. Lorsqu’il a de nouveaux collaborateurs à l’Elysée, il les reçoit dans son bureau. Un jour, l’un d’eux est invité à déjeuner et, au cours du repas, le général ne lui parle que de sujets culturels. Cela n’a rien d’étonnant… De Gaulle, à tort ou à raison, estime qu’un bon serviteur de l’État se doit d’avoir une bonne culture générale.»

14. Des préfectures doivent changer leurs lits pour l’accueillir

« C’est un principe de plus chez lui : il ne doit pas coûter plus que nécessaire à la République. Alors qu’il ne cesse d’arpenter la France, il considère qu’il doit se loger, non pas dans de beaux hôtels onéreux, mais dans les préfectures ou sous-préfectures. Sa taille impose parfois de s’adapter pour qu’un lit assez grand soit disponible ! »

15. Il a une très mauvaise vue

« Son opération de la cataracte, dans les années 1950, n’a pas de bons résultats : il voit mal. Ses lunettes ont des verres très épais. Mais, en public, il les retire presque toujours, y compris pour passer des troupes en revue ou pour faire un discours. Cela lui impose beaucoup de ‘par cœur’. Mais c’est, pour lui, une question d’image et de respect pour sa fonction : le président ne doit pas avoir l’air d’un vieillard. »

16. Il laisse ses Premiers ministres gouverner

« Alors que de Gaulle sait être très autoritaire et qu’il a dessiné les institutions de la VeRépublique en donnant beaucoup de pouvoir au président, il considère que ses Premiers ministres successifs doivent pleinement assurer leurs prérogatives. Il respecte donc presque toujours leur champ d’action. Le cabinet de l’Elysée, d’ailleurs, est très léger – bien plus qu’aujourd’hui. Les notes sont souvent biffées d’un ‘voir avec le gouvernement’ »

17. En mai 68, il trouve que son Premier ministre, Pompidou, opte pour « la faiblesse »

« Pompidou lui paraît trop conciliant, au début, envers le mouvement étudiant. En revanche, toujours fidèle à son idée, il le laisse tenir les rênes. Toutefois, quand il voit que la mobilisation ne s’arrête pas, il change de tactique : il part pour Baden-Baden, sa réflexion évolue et il décide d’une reprise en main. Il faut avoir en tête que, pour les deux têtes de l’exécutif, mai 68 est une forme nouvelle de mouvement, qu’ils peinent d’abord à comprendre. »

18. Il refuse des obsèques nationales

« Son testament, qui date de 1954, est très clair là-dessus – même si, en 1970, cela n’est pas totalement respecté, puisqu’il y a une cérémonie à Paris. »

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