
MISE À JOUR
ARTICLE 2. – « CONTINUER COMME AVANT, C’EST NOUS CONDAMNER À ÊTRE RELÉGUÉS »
UN AN APRÈS SON RAPPORT, MARIO DRAGHI SE DÉSOLE DE LA « LENTEUR » DE L’UE POUR REDRESSER SA COMPÉTITIVITÉ
BFM 16 09 2025
L’ancien président de la BCE appelle les gouvernements européens à « changer de vitesse, d’échelle et d’intensité » afin d’éviter un décrochage économique.
L’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a déploré, mardi 16 septembre, la « lenteur » de l’Europe à agir pour redresser sa compétitivité, un an après la remise d’un rapport prônant des « réformes radicales » pour échapper au décrochage économique. « Les entreprises et les citoyens (…) sont déçus par la lenteur de l’Europe, et son incapacité à aller aussi vite » que les Etats-Unis ou la Chine, a-t-il déclaré dans un discours à Bruxelles.
« Notre modèle de croissance s’érode, nos vulnérabilités s’accroissent, le financement des investissements requis n’est pas clairement tracé », a constaté l’économiste italien, invité par la Commission européenne à dresser un premier bilan, douze mois après la publication de ses préconisations.
« Changer de vitesse, d’échelle et d’intensité »
Le bras de fer commercial avec les Etats-Unis, ou l’endettement des pays européens, « nous ont rappelé cruellement que l’inaction menace non seulement notre compétitivité, mais également notre souveraineté », a-t-il encore estimé. Tout en saluant les actions déjà engagées et la détermination de la Commission à faire adopter de multiples mesures pour redresser la barre, il a regretté que « les gouvernements n’aient pas conscience de la gravité de la situation »
« Continuer comme avant, c’est nous condamner à être relégués. Pour nous en sortir, nous avons besoin de changer de vitesse, d’échelle et d’intensité », a-t-il encore plaidé.
De son côté, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a reconnu la nécessité d’accélérer les réformes, tout en dressant une liste de réalisations depuis un an notamment dans l’intelligence artificielle, la relance de l’industrie de défense ou l’allègement des fardeaux réglementaires.
Aboutir le projet de marché unique européen
Au passage, Ursula von der Leyen a distribué des piques aux autres institutions européennes, en particulier au Parlement, qui n’a toujours pas adopté une série de lois de simplification réglementaire dites « Omnibus ».
« Nous avons besoin d’une action urgente pour faire face à des besoins urgents, car nos entreprises et nos travailleurs ne peuvent plus attendre », a-t-elle lancé.
Elle appelle aussi à mettre en oeuvre « avec un sentiment d’urgence » le parachèvement du marché unique, un vaste projet consistant à lever d’ici 2028 de multiples barrières internes qui continuent de freiner l’activité économique dans de nombreux domaines. Et de citer une estimation du Fonds monétaire international, selon laquelle ces barrières intra-européennes représentent l’équivalent de 45% de droits de douane sur les biens, et de 110% sur les services.
ARTICLE 1. – « Le fait que le rapport Draghi reste en jachère à 90 % doit nous inquiéter : ces atermoiements finiront par se payer cash »
Stéphane LauerEditorialiste au « Monde » 14 09 2025
Si l’UE ne parvient pas à augmenter ses capacités d’investissement, il lui sera impossible de rester souveraine, explique dans sa chronique Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ».
En septembre 2024, quand Mario Draghi avait parlé de « menace existentielle » à propos du décrochage de l’économie européenne, beaucoup d’observateurs avaient cru que l’heure du sursaut avait enfin sonné. Le rapport remis à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, par l’ex-président de la Banque centrale européenne et ancien président du conseil italien avait été amplement commenté et unanimement salué. Mais visiblement, au regard du peu de chantiers lancés depuis un an, l’« existentiel » semble pouvoir attendre.
Sur les 383 recommandations du rapport, seules 43 ont commencé à être mises en œuvre, soit un peu plus de 11 %, selon le décompte effectué par le groupe de réflexion European Policy Innovation Council. La Joint European Disruptive Initiative, une agence visant à faire émerger en Europe les technologies de rupture, vient de lancer un « Draghi Tracker », guère plus optimiste, estimant que seulement 14 % des préconisations ont commencé à être appliquées. Bref, le sentiment d’urgence s’est bel et bien dissous dans la pesanteur institutionnelle et administrative bruxelloise.
Dans un discours très critique sur ce bilan, prononcé le 22 août, lors de la rencontre de Rimini (Italie), Mario Draghi avait fait un constat amer : « L’Union a cru que sa dimension économique s’accompagnait d’un pouvoir géopolitique et d’une influence dans les relations commerciales internationales. Cette année restera dans les mémoires comme celle où cette illusion s’est dissipée », avait-il résumé, avant de lâcher, en forme de supplique : « Faites quelque chose ! »
Fracas du monde
Le scepticisme grandissant sur la capacité de l’Union européenne (UE) à défendre ses intérêts s’est pleinement ressenti le 10 septembre, lors du discours sur l’état de l’Union prononcé par Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission a donné le sentiment d’être davantage une commentatrice des fracas du monde qu’un acteur incontournable. « L’Europe se bat ! », a-t-elle néanmoins assuré. Les Européens en doutent fortement. Un mois et demi après la signature de l’accord sur les droits de douane imposé par Donald Trump, une majorité d’entre eux déclare ressentir de l’« humiliation », selon une enquête publiée …
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