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POINT DE VUE À LIRE SUR LE QUINQUENNAT CARCÉRAL INFLIGÉ À N. SARKOZY

LA CONDAMNATION À CINQ ANS DE PRISON EST-ELLE UN SYMBOLE INNOCENT DES CINQ ANNÉES DE PRÉSIDENCE ?

Nous n’avons pas lu cette analyse qui pourtant n’est pas infondée : les juges ont effectivement indiqué que les faits reprochés ont permis à N.SARKOZY de conquérir la présidence. Un « quinquennat carcéral » pour un quinquennat présidentiel :

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné Nicolas Sarkozy à cinq ans d’emprisonnement avec incarcération prochaine pour avoir « laissé ses plus proches » collaborateurs démarcher la Libye de Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne victorieuse de 2007.

Le tribunal a retenu l’existence d’une entente avec Messieurs Claude Guéant, Brice Hortefeux et Ziad Takieddine, visant à préparer un pacte de corruption au plus haut niveau, dans la perspective de son élection à la présidence de la République.

Ce pacte devait reposer, d’une part, sur un financement en provenance d’un État étranger et, d’autre part, sur une contrepartie consistant dans le suivi pénal du dossier de Monsieur Abdallah Senoussi ainsi que dans la gestion de la situation en Libye.

Pour cette infraction, passible de dix ans d’emprisonnement, le tribunal a prononcé une peine de cinq ans, considérant qu’il n’y avait pas eu exécution du pacte corruptif.

Compte tenu de la gravité exceptionnelle des faits et du quantum retenu, et afin d’assurer l’effectivité de la sanction, le tribunal a assorti cette condamnation d’un mandat de dépôt.

On remarquera par ailleurs – et sans insister sur le militantisme de l’un des juges – que c’est après les protestations du syndicat de la magistrature conte le « silence assourdissant «  de Macron que celui-ci a fait un tweet.

ARTICLE – Sarkozy « au-dessous » des lois

La condamnation de Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison ferme avec exécution provisoire serait une « bonne nouvelle pour la démocratie » ? On peut estimer l’inverse, que l’ordre démocratique est bafoué par une décision sans substrat solide.

28 SEPTEMBRE 2025 CHALLENGES

Maurice Szafran

Journaliste politique, Maurice Szafran a cofondé et dirigé le magazine Marianne jusqu’en 2013. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages avec Nicolas Domenach, lui aussi éditorialiste politique chez Challenges dont Off : Ce que Nicolas Sarkozy n’aurait jamais dû nous dire (ed. Fayard, 2011).

Qu’on excuse par avance ces quelques lignes à la première personne, genre inusité à cet endroit. Mais avec Nicolas Sarkozy, le directeur de journal que j’ai été a une histoire particulière. À la tête de Marianne, j’ai écrit de ma main un titre —« Le voyou de la République »– qu’il n’a jamais supporté. Il s’agissait d’une réaction et d’une analyse, l’une et l’autre musclées, après le discours que le président de la République avait prononcé à Grenoble, en juillet 2010, à propos de l’identité nationale. Nous y avions perçu, à tort ou à raison, chacun en jugera, une inquiétante radicalisation à la droite de la droite. Il y eut maints autres épisodes tendus, difficiles, avec Nicolas Sarkozy, hargneux souvent, insultants parfois. Nicolas Domenach, aujourd’hui éditorialiste à Challenges, a dû lui aussi subir à de multiples reprises les foudres de l’ex-chef de l’État.

Un règlement de compte

Ce rapport particulier, très particulier, à Nicolas Sarkozy nous autorise sans doute à quelques commentaires après sa condamnation à 5 ans de prison ferme avec exécution provisoire — soit un emprisonnement dans les semaines qui viennent et pour quelques mois au moins. Écrivons-les de la façon la plus simple et sans détour : cette condamnation ultra-lourde semble relevée davantage d’un règlement de compte que d’une décision de justice sereine et argumentée. Les juristes, avocats comme magistrats, reconnaissent d’ailleurs sans difficulté que le concept « d’association de malfaiteurs », concept retenu pour condamner et punir Nicolas Sarkozy, reste au moins flou, qu’il prête au moins à interprétation, qu’il est le plus souvent utilisé pour « ratisser large » dans les affaires de drogue et de terrorisme quand quelques preuves tangibles manquent au dossier. C’est apparemment le cas dans ce nouveau procès Sarkozy — l’absence reconnue par le tribunal de preuves tangibles.

Embastillé pour l’exemple

Nous ne nous livrerons pas à un commentaire juridique de ce verdict. Nous en serions d’ailleurs bien incapables. Mais il est nécessaire de s’interroger à propos de cette « exécution provisoire » qui enfermera bientôt Nicolas Sarkozy dans une cellule de la prison de la Santé à Paris avant même le procès en appel et alors qu’il est à nouveau présumé innocent. Comment justifier ce mandat de dépôt et cette prochaine mise sous écrou ? Le tribunal l’argumente de le sorte : elle serait « indispensable pour garantir l’effectivité de la peine au regard de l’importance du trouble à l’ordre public ». Peut-être… L’argumentation est plutôt vague ? Qui plus est, personne, pas même les magistrats en charge du jugement, n’imagine l’ex-président s’enfuir ; ni réitérer une « opération de corruption au plus haut niveau »: ni non plus chercher à stipendier d’éventuelles parties prenantes. Il apparaît donc que Nicolas Sarkozy sera embastillé pour… L’exemple… Ce n’est pas acceptable et il s’agit là, en tout état de cause, d’un détournement, plus ou moins habile, de l’état de droit.

On peut reprocher à Nicolas Sarkozy d’avoir systématiquement maltraité la magistrature et ses agents depuis des décennies déjà, d’avoir mis en cause à maintes reprises la justice. Cette dialectique, in fine, n’a cessé de le desservir. Mais peut-on lui donner tort quand il affirme que « rien ne justifiait l’exécution provisoire, il y a juste la volonté d’humiliation » ? Rien, c’est vrai, ne justifie cette exécution provisoire. On peut lire et relire les passages du jugement détaillant et expliquant cette décision d’enfermement, en toute honnêteté, on ne la comprend pas. D’où ce sentiment de malaise : et si Sarkozy payait pour autre chose…

Interrogation morale et démocratique

Se pose alors une interrogation à la fois morale et démocratique. Il est de bon ton d’affirmer et de répéter qu’on ne conteste pas une décision de justice, qu’il n’est pas « républicain » de la critiquer parce que celle-ci est prononcée « au nom du peuple français ». Mais pourquoi donc ? Au nom de quelle éthique, de quels principes ? L’éditorial de nos confrères du Monde, souvent mesuré, est par exemple cette fois d’une virulence toute particulière. Sarkozy ? « Nul n’est au-dessus des lois. » Et en dessous ? Le jugement selon Le Monde « Bonne nouvelle pour la démocratie ». On peut estimer l’inverse, que l’ordre démocratique est bafoué par une décision sans substrat solide, qu’elle viserait un citoyen en particulier. Et ce citoyen-là, que cela plaise ou non, n’est pas n’importe qui, il compte parmi les huit présidents de la Ve République élus depuis 1962 au suffrage universel des Français. Qu’un de ces 8 là soit « mis au trou » ne peut que provoquer un séisme ; d’autant plus que l’image de la France est elle aussi frappée de plein fouet. Il suffit de lire la presse internationale pour s’en convaincre. Elle est railleuse, ricanante, persifleuse.

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