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WOKISME (1) : DANGERS ET LIMITES, TRAHISON DU PROGRESSISME – OU LE CAMP DU BIEN

WOKISME : UNE IDÉOLOGIE POLITIQUEMENT CORRECTE , ET SES RAVAGES

METAHODOS vous propose une série d’articles et d’entretiens relatifs au WOKISME et autre modernisme.

Dans « Paradoxes de la pensée progressiste », André Perrin décortique avec ironie l’idéologie politiquement correcte et ses ravages.

Il s’agit critique des idéologues, qui s’emploient à imposer aux autres leur novlangue, dressant un état des lieux de leurs multiples contradictions.

Dans son nouveau recueil sous-titré « Le camp du Bien à l’heure du woke », André Perrin, agrégé de philosophie, poursuit son travail de critique des médias « autorisés » (notamment France Culture, Le Monde et Libération, mais pas seulement) et décortique les Paradoxes de la pensée progressiste. 

« Paradoxes de la pensée progressiste » PRÉSENTATION

Préface de Jean-Claude Michéa

Parler de la pensée woke, ou, pire encore, du wokisme, c’est s’exposer immanquablement à l’objection selon laquelle on parle de quelque chose qui n’existe pas : « Le wokisme n’existe pas », c’est une « obsession française », selon le journal Le Monde, une « chimère ».
Woke et wokisme rejoignent ainsi au rayon des choses inexistantes la théorie du genre, le politiquement correct, l’islamo-gauchisme, voire l’antisémitisme dans la mesure où celui-ci « reste résiduel en France » selon Jean-Luc Mélenchon.

En revanche, l’extrême-droite et la « fachosphère » existent bel et bien.
André Perrin montre que cette sélectivité est le signe parfait des idéologues dont l’une des plus profondes convictions est qu’on peut changer les choses en changeant les mots, et ils s’y emploient en tentant d’imposer aux autres leur novlangue.

Ce livre dresse un état des lieux et fait réfléchir savoureusement en pointant les multiples contradictions des idéologues qu’on peut quotidiennement voir et entendre en écoutant la radio publique et en lisant la « bonne presse ».

André Perrin est agrégé est philosophie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages remarqués dont Scènes de la vie intellectuelle (L’Artilleur, 2016) et collabore à la revue Commentaire.

Agrégé de philosophie, André Perrin a aussi exercé les fonctions d’Inspecteur d’Académie – inspecteur pédagogique régional de philosophie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Postures médiatiques (2022),Scènes de la vie intellectuelle en France(2016) .

ENTRETIEN – André Perrin : « Le wokisme constitue une trahison du progressisme des origines »

Propos recueillis par  Kévin Boucaud-Victoire. Publié le 30/09/2025 MARIANNE

Analysant plusieurs interventions médiatiques, notamment sur Radio France, André Perrin, agrégé de philosophie et ancien professeur de classes préparatoires aux grandes écoles, pointe les limites du discours d’une certaine gauche, dans « Paradoxes de la pensée progressiste » (L’Artilleur).

La querelle du wokisme dure depuis maintenant cinq ans. Face à une droite, mais aussi une partie de la gauche, qui dénonce le « wokisme », évolution du progressisme influencée par les campus américains, toute une large part de la gauche universitaire affirme que ce terme est vide et ne désigne rien. Agrégé de philosophie à la retraite, André Perrin ajoute sa pierre au débat. Pour lui, il est hypocrite d’affirmer que « wokisme » est un terme moins scientifique que « islamophobie ». Pour le démontrer, il s’appuie sur nombre d’intervention médiatiques pour montrer à la fois une cohérence idéologique, mais aussi que cette pensée comporte de nombreuses faiblesses.

Un livre qui, selon le philosophe Jean-Claude Michéa dans le court avant-propos qu’il signe, est « non seulement une hilarante anthologie du wokisme français […], mais également – et en vérité surtout – une introduction magistrale […] à ce travail de la pensée critique qui est visiblement devenu, de nos jours, la chose la moins bien partagée du monde intellectuel et artistique hexagonal. »

Marianne : Pour vous, le wokisme existe bel et bien… Comment le définissez-vous ?

André Perrin : Woke signifie « éveillé ». Il y a presque un siècle, Leadbelly, un bluesman américain, avait chanté « Stay woke, keep your eyes open » après que neuf adolescents noirs, injustement accusés d’avoir violé deux femmes blanches, eurent été lynchés par la foule, et l’expression « Stay woke » a été reprise en 2017 pour titrer un documentaire consacré au mouvement Black Lives Matter. Né dans la communauté afro-américaine comme un appel à la vigilance devant les injustices de la ségrégation raciale, le mot a été repris par la jeune bourgeoisie blanche des campus et étendu aux autres discriminations, en particulier celles subies par les femmes et les minorités sexuelles.

Cependant, à partir de cette exigence on ne peut plus légitime, s’est peu à peu développée une idéologie inquisitoriale, intolérante et outrancière qui s’emploie à débusquer le racisme, le sexisme, l’ethnocentrisme, l’homophobie ou la transphobie dans la moindre parole, dans les comportements les plus anodins et dans toutes les productions culturelles : notre société serait rongée par un racisme « systémique » (sauf dans le cas de l’antisémitisme qui serait, lui, « résiduel »), on y entretiendrait une « culture du viol » sur la base d’une « masculinité toxique » puisqu’« un homme sur deux ou trois est un agresseur », de sorte que tous les hommes devraient avoir honte et « sont coupables de ne pas avoir honte ». La science serait, quant à elle, complice de toutes ces injustices. La biologie est une science patriarcale et « viriliste » : il faut donc lui substituer « une anti-biologie, gynocentrique, matriarcale ou homosexiste ».

Concrètement que cela signifie-t-il ?

Aux États-Unis, un programme d’enseignement « équitable » des mathématiques, financé par la Fondation Bill Gates, se propose de « démanteler le racisme dans l’enseignement des mathématiques » récuse le concept de mathématiques « objectives » et attribue au suprématisme blanc le fait d’exiger une bonne réponse. Il faut donc « décoloniser » la science, contester son universalité, dénoncer avec Ann Scales la « tyrannie de l’objectivité » en se fondant sur une épistémologie des « points de vue » et des « savoirs situés » au regard de laquelle il importe moins pour une connaissance d’être vraie que d’épouser le « point de vue des dominé·es ».

Ainsi, en Nouvelle-Zélande, il faut désormais, dans les facultés des sciences, enseigner le mātauranga, savoir autochtone maori, à parité avec la science occidentale. Rappelons que selon le mātauranga, ce sont les pleurs de la déesse Papatuanuku qui provoquent la pluie… Gageons que Sandrine Rousseau, qui préfère les femmes qui jettent des sorts aux hommes qui construisent des EPR, ne s’en offusquerait pas.

Selon vous, que personne ne s’en réclame ne prouve rien. Après tout, personne ou presque ne se revendique du racisme, de l’extrême droite ou du fascisme…

Oui, de tous les arguments qui ont été invoqués pour nier l’existence du wokisme, et que je m’emploie à réfuter dans le texte qui introduit mon livre, c’est assurément le plus stupide. « Aucun intellectuel ne se déclare wokiste. La querelle du wokisme est, en effet, une guerre sans adversaire. Une guerre ouverte contre un ennemi non déclaré »nous dit un journaliste du Monde.

Et l’extrême droite, est-elle un ennemi déclaré ? Le Rassemblement national, universellement désigné comme parti d’extrême droite, avait contesté cette classification devant le Conseil d’État qui a rejeté sa requête le 11 mars 2004. Quel homme politique, quel intellectuel se proclame d’extrême droite ? Et si cet ennemi non-déclaré n’existe pas du fait qu’il est non-déclaré, pourquoi est-il dénoncé quotidiennement dans le journal Le Monde et sur les ondes de la radio publique ?

Comment expliquer que la grande majorité des universitaires contestent cette notion ?

La grande majorité des universitaires qui publient des tribunes le font dans la bonne presse. Après qu’une centaine d’universitaires de renom eurent publié une tribune alertant sur l’influence croissante de l’islamo-gauchisme et des idéologies décoloniales, indigénistes, racialistes à l’université, le journal Le Monde a publié une contre-tribune signée, elle, par deux mille « chercheurs et chercheuses » dont les noms étaient simplement suivis de celui de leur université mis entre parenthèses. Cela permet de « faire nombre » en intégrant dans la liste des postdoctorants, doctorants et autres étudiants dont la qualification scientifique est faiblement avérée et qui peuvent difficilement refuser de signer un texte que leur propose quel qu’un dont leur carrière dépend.

Déjà en 2008, j’avais relevé que la pétition de l’ENS-LSH de Lyon visant au lynchage médiatique du médiéviste Sylvain Gouguenheim ne comportait que 27 historiens sur plus de 200 signataires, et que parmi ces historiens, deux seulement avaient des titres universitaires équivalents à ceux de Sylvain Gouguenheim. En revanche, figuraient sur la liste les noms de toute une ribambelle d’élèves qui n’étudiaient même pas l’histoire et dont la plupart étaient encore, trois ans plus tôt, sur les bancs d’une classe terminale. Et puis, il est de moins en moins facile de parler librement dans le monde universitaire.

C’est-à-dire ?

Pierre Manent, qui jadis est entré à l’EHESS avec l’appui de deux grands intellectuels de gauche, dit que ce serait impensable aujourd’hui et conseille aux jeunes collègues de se montrer prudents tant qu’ils n’ont pas obtenu un poste inamovible. Jean-François Braunstein rapporte que de jeunes collègues lui disent qu’ils sont d’accord avec lui, mais ne peuvent pas en faire état publiquement parce qu’ils ne sont pas titularisés et ont besoin de crédits de recherche. Or, ces crédits sont souvent alloués par l’Europe ou la Ville de Paris.

Si vous proposez un projet de thèse sur le genre ou sur les méfaits du colonialisme, vous aurez plus de chance d’obtenir son financement que si c’est sur la métaphysique d’Aristote ou la déduction transcendantale des catégories chez Kant. Cela change peu à peu la physionomie de l’université.

Le progressisme se résume-t-il au wokisme ?

Il faudrait plutôt parler de néoprogressisme car, sous la forme nouvelle du wokisme, il constitue une trahison du progressisme des origines, héritier de la philosophie des Lumières de de la Révolution française, qui croyait à l’universalité des droits de l’homme, au pouvoir émancipateur du savoir, à l’objectivité de la science, qui luttait pour la laïcité et contre l’antisémitisme. Alors sans doute avons-nous encore des figures éminentes dont le progressisme, comme le fleuve selon Jean Jaurès, va à la mer en restant fidèle à sa source.

Je pense à Jacques Julliard, récemment disparu, mais aussi à Élisabeth Badinter, à Régis Debray, à Catherine Kintzler, à d’autres encore, mais je constate avec tristesse que leur fidélité à la source est suffisante désormais pour qu’on les voue aux gémonies de la droite, si ce n’est de « l’extrême droite ».

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