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MISE À JOUR – NI LA SANTÉ, NI L’ÉDUCATION, NI LA SOLIDARITÉ … : LA DETTE ACCUMULÉE N’A PAS FINANCÉ LES SERVICES PUBLICS EN SOUFFRANCE – POINT DE VUE

MISE À JOUR :

2. ARTICLE – « La dette française ne sert plus, ou presque, à des investissements pour préparer l’avenir du pays, mais essentiellement à éponger les déficits publics »

Pour maximiser ses recettes fiscales, la France a besoin d’un choc de PIB, qui doit s’accompagner d’un choc concomitant d’attractivité du travail, détaillent trois professeurs en sciences de gestion dans une tribune au « Monde ».

Laurent Cappelletti Professeur en sciences de gestion  – Olivier Meier Professeur en sciences de gestion – Henri SavallProfesseur en sciences de gestion – Publié 2 octobre 2025 LE MONDE

Lire aussi |  L’agence Fitch fait perdre son « double A » à la France

L’agence de notation américaine Fitch a dégradé, le 12 septembre, la note de la dette souveraine française de AA à A+. Le grave n’est pas tant cette note de A+, qui maintient la France dans un groupe de pays jugés solides au plan financier, comme la Chine, Israël ou l’Arabie saoudite, et devant des pays honorables sur ce plan, tels que l’Islande, l’Espagne ou l’Italie. Le grave apparaît quand on analyse cette notation en dynamique.

D’une part, notre note ne cesse de dégringoler depuis 2012, marquant là une incapacité française à stopper un endettement croissant et les déficits publics qu’il sert à combler. D’autre part, notre dette, qui pèse aujourd’hui plus de 3 300 milliards d’euros, soit 114 % du produit intérieur brut (PIB) annuel, est levée quasiment en totalité sur les marchés financiers, auprès d’acteurs institutionnels comme des banques centrales, des fonds souverains et d’investissement, ou bien des sociétés de banque-assurance.

Facteur aggravant, l’emploi de cette dette ne sert plus, ou presque, à des investissements publics pour préparer l’avenir du pays, par exemple en sécurité et défense, en nouvelles technologies, en recherche ou en transition écologique. Son emploi sert essentiellement à éponger les déficits publics, ceux de l’Etat et de la Sécurité sociale, c’est-à-dire à financer les fins de mois des fonctionnaires et des retraités, ainsi que les prises en charge de soins médicaux et les indemnités chômage des Français.

Singulier paradoxe

Pour finir, chaque citoyen se retrouve actionnaire involontaire d’une dette colossale – près de 50 000 euros par habitant –, financée intégralement sur les marchés financiers, dont il dépend silencieusement pour garantir l’accès aux services publics et à la protection sociale. Dans un pays souvent férocement anticapitaliste, on admirera là ce singulier paradoxe.

Alors, quelle stratégie budgétaire ? L’équation française revient à chercher à réduire les déficits publics pour réduire la part de dette qui sert à les combler (la mauvaise dette), retrouver des marges de manœuvre pour investir dans l’avenir des Français (la bonne dette) et regagner en indépendance vis-à-vis des marchés financiers. Les leviers pour réduire les déficits publics sont connus en sciences économiques et de gestion, mais ils font l’objet de débats, aujourd’hui, souvent …

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1. ARTICLE – Dette publique : où est passé l’argent ?

Claire Guièze et Joris Mathieu coprésidents du Syndeac – 23/09/2025

Comment les finances publiques peuvent-elles être à ce point dans le rouge alors qu’aucun investissement n’a bénéficié à l’éducation, la santé ou la culture, s’interrogent Claire Guièze et Joris Mathieu, coprésidents du Syndeac.

Quels services publics pour la France de demain?

Culture, éducation, justice, information, sciences… Syndeac, le syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, organise en 2025 une série de débats pour souligner le rôle et l’importance des services publics dans la société. Une série d’événements dont Libération est partenaire. 

Plus inquiétant que la dégradation de la notation financière de la France par les cabinets financiers est le déficit d’investissements dans nos services publics, au regard de l’accroissement de cette dette publique.

Comment est-il possible d’avoir augmenté à ce point le poids de la dette sans qu’aucun plan d’investissement massif dans l’éducation, la santé, la culture, la justice sociale n’ait été mis en œuvre durant ces dernières années ?

Comment est-il possible d’accroître ce taux d’endettement sans avoir mis en place une politique renforcée d’accès aux services publics pour toutes et tous, ni même sans bénéfice direct sur les fiches de paie des travailleurs ?

Où va l’argent ? Pas vers les collectivités territoriales, auxquelles les budgets 2 025 et 2 026 demandent de se serrer la ceinture. Pas vers la recherche, l’école, la culture, la santé, dont les acteurs principaux sont invités sans cesse à inventer de nouveaux modèles économiques pour soutenir leurs actions.

Plus inquiétant encore est le discours d’une partie de l’échiquier politique qui consiste à expliquer que cette dette serait précisément le résultat d’une politique publique trop coûteuse et trop peu efficiente. La responsabilité de la dette ? Elle serait à chercher du côté de l’administration, de son millefeuille de dispositifs, de strates et d’agences. Il faudrait, pour sauvegarder l’avantageuse défiscalisation des plus grandes fortunes — et donc pour maintenir à flot la chimérique théorie du ruissellement —, réduire drastiquement les charges de l’État et renvoyer les individus à leurs capacités propres à financer leurs soins, leur accès à l’éducation et à la culture.

Ce faisant, l’Etat abandonne ses principes fondateurs, ceux qui font de lui le garant de l’égalité et de la fraternité. En renvoyant, d’une part, les services publics à leurs capacités à diversifier leurs financements, et d’autre part, les usagers à leurs capacités à s’offrir ces services, il accentue la brèche des inégalités et compromet l’indépendance de ses services publics.

Davantage soumises aux financements privés, la recherche, la culture ou la presse voient — et verront toujours plus — leurs contenus orientés en fonction des intérêts de ces financeurs. La perte d’indépendance des médias est déjà fortement préoccupante. Les holdings placés entre les mains de quelques puissants investisseurs accroissent considérablement l’influence sur l’opinion des discours populistes. C’est ainsi que certains médias favorisent des effets de propagande, tels, par exemple, le slogan nauséabond «C’est Nicolas qui paie», qui, à lui seul, résume tout. 

Il imprime l’idée selon laquelle les «bons» Français seraient les vaches à lait des «mauvais» Français. Les «bons» perdraient en qualité de vie à cause des «mauvais» et de «l’assistanat». Cette expression, non seulement explicitement raciste, a comme objectifs principaux de semer la division, de légitimer l’idée qu’on ne devrait payer que pour soi et de faire s’effondrer tous les principes de solidarité qui sont le socle de notre modèle de société. Cette expression traduit la volonté bien plus large d’en finir avec un modèle où l’impôt, justement évalué en fonction des ressources de chacun, financerait une politique au service d’une société garantissant la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Face à l’ampleur de ce mouvement réactionnaire et face à la dégradation organisée des conditions d’accès aux services publics, le Syndeac (premier syndicat des entreprises artistiques et culturelles) considère comme essentiel de mener une série de débats en France pour lutter, à sa mesure, contre cette entreprise de déstabilisation des fondements de la République. La culture est par essence transsectorielle. Nos adhérents travaillent au quotidien avec l’ensemble des autres services publics : l’Education nationale, la santé, la justice, les politiques de la ville, la recherche.

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