
LE PRÉSIDENT QUI AURA PRÉCIPITÉ SON PROPRE CRÉPUSCULE
Les fins de règne des présidents ont toujours été douloureuses. Celle dEmmanuel Macron lest plus encore, car cest lui qui a précipité son crépuscule par la dissolution de 2024.
Avec cet acte incompréhensible, le chef de l`État a tué sa majorité, interrompu ses réformes, saccagé son propre camp.
CHAOS ET TERRE BRÛLÉE
Et sa politique de la terre brûlée ne semble pas connaître de limites, alors que souvre une guerre de succession entre des prétendants qu`il n`aime pas.
Édouard Philippe, Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Bruno Retailleau, François Bayrou, Michel Barnier, Bruno Le Maire… tous se sont confiés sur leurs rapports ambigus avec le président et leurs ambitions pour la suite.
À travers des scènes inédites et une cinquantaine de témoignages, ce livre dévoile les coulisses dun pouvoir à lagonie et dessine les contours de laprès.
Il révèle qu`en miroir de cette comédie politique se joue aussi une tragédie : celle d`un président qui, jusquau bout, veut rester seul en scène.
Le livre « La foudre et les cendres » de Louis Hausalter analyse la fin de règne d’Emmanuel Macron,
marquée par sa décision controversée de dissoudre l’Assemblée nationale en 2024, actant ainsi la perte de sa majorité et l’instauration d’un chaos politique.
Cette dissolution, perçue comme un coup de poker mal calculé, a précipité l’agonie de son pouvoir, révélant une déconnexion entre le président et la politique réelle.
Hausalter retrace les ambitions des prétendants à la succession, entremêlant témoignages et réflexions sur la solitude du président.
L’ouvrage dépeint un mandat troublé, témoignant des
- de tensions internes
- d’une quête désespérée
- de la égitimité perdue.
1. ARTICLE – Louis Hausalter : «Pour 2027, Emmanuel Macron rêve de quelqu’un qui lui gardera la place au chaud»
Par Alexandre Devecchio, 2 octobre 2025 LE FIGARO
Dans son nouveau livre, le journaliste politique au Figaro décrypte la fin de règne d’Emmanuel Macron. Car malgré la crise politique dans laquelle il a plongé le pays avec sa dissolution, le président de la République espère se représenter en… 2032.
Dans votre livre La Foudre et les Cendres , vous décrivez la fin de règne crépusculaire d’Emmanuel Macron. C’est un grand classique sous la VeRépublique pour un second mandat. Cependant, celle d’Emmanuel Macron semble plus douloureuse que celle de ses prédécesseurs. Pourquoi ?
Les fins de règne présidentielles relèvent presque des codes de la tragédie classique : le personnage principal est condamné, il le sait, et contemple avec impuissance le spectacle de ceux qui complotent dans son dos, tandis que les amis se font rares. Mais Emmanuel Macron a accéléré lui-même sa tragédie personnelle avec la dissolution de l’Assemblée.
Au mieux, il comptait sur ce coup de poker pour renforcer son camp, ce qui révèle son aveuglement. Au pire, il se retrouvait dans une cohabitation qui lui permettait éventuellement de reprendre des points de popularité. Il n’avait pas prévu ce qui est arrivé : une tripartition politique qui rend la France ingouvernable. Son pouvoir est d’autant plus agonisant…
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2. ARTICLE – Emmanuel Macron, le président qui se croyait Jupiter et qui finit Saturne
La dissolution surprise de l’Assemblée nationale en 2024 a marqué le tournant brutal du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Dans La foudre et les cendres : Macron, les secrets d’une succession interdite (éditions de L’Observatoire), le journaliste Louis Hausalter lève le voile sur les coulisses d’une décision solitaire, les fractures d’un pouvoir en crise, et les ambitions féroces de ceux qui lorgnent déjà sur l’après-Macron.
Louis Hausalter est journaliste politique au Figaro, en charge du suivi de l’Élysée. Il est l’auteur de « La foudre et les cendres Macron, les secrets d’une succession interdite » (aux éditions de L’Observatoire). Il a également écrit publié, avec Agathe Lambret, « L’Étrange Victoire » (éd. de L’Observatoire), un récit des coulisses de la réélection d’Emmanuel Macron en 2022.
Gabriel Robin est journaliste et essayiste (« Le Non Du Peuple », éditions du Cerf 2019).
Gabriel Robin : Dans votre livre La foudre et les cendres, vous revenez sur l’année 2024, marquée par la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale. Ce geste, surprenant et presque suicidaire, avait stupéfié les observateurs politiques à l’époque, il y a un peu plus d’un an. Comment l’expliquez-vous, à la lumière des témoignages que vous avez recueillis auprès de ses proches ? Était-ce un choix calculé ou une improvisation d’Emmanuel Macron ?
Louis Hausalter : Ce qu’il faut comprendre avant tout, c’est que cette dissolution a été un geste profondément personnel et individuel. On a beaucoup fantasmé sur des conseillers ou des cellules de l’ombre qui auraient ourdi ce scénario. C’est mal connaître le fonctionnement d’Emmanuel Macron. S’il avait été capable d’organiser des structures cohérentes et des processus décisionnels aussi élaborés, cela se saurait : ce n’est pas son mode d’action. Il cloisonne, divise pour mieux régner, et laisse ses conseillers s’affronter entre eux pour recueillir des avis contradictoires.
Parmi ses proches, certains ont accompagné cette décision, d’autres y étaient farouchement opposés. Je raconte dans mon livre que Philippe Grangeon, un historique d’En Marche, lui a adressé, le jour même, une note pour le supplier de ne pas dissoudre. C’était donc un acte profondément personnel.
Mais c’était aussi, à la fois, un calcul et un coup de poker politique. Le plan A d’Emmanuel Macron, au moment où il dissout, c’est de gagner. Ce qui est stupéfiant, c’est qu’il y croit sincèrement : il pense que son image personnelle et sa relation directe avec les Français peuvent inverser la défaite cuisante des européennes de juin 2024. Les jours et la campagne qui suivent lui donneront tort. Dès le premier tour, il comprend qu’il ne reconquerra pas de majorité, qu’il n’y en aura probablement pas du tout, et que son deuxième quinquennat est à un tournant.
À ce moment-là, il envisage une cohabitation avec le Rassemblement national. Ce n’est pas lui qui met en place le front républicain : Gabriel Attal lui coupe l’herbe sous le pied. Ce moment illustre la perte de contrôle du président sur son propre camp. Ses troupes se rallient à Attal, écœurées par la dissolution. Macron perd alors nombre de leviers et de pouvoirs, puisque désormais, il n’a plus de majorité.
Gabriel Robin : Vous racontez de nombreuses disputes au soir du premier tour, au lendemain de la dissolution, entre Édouard Philippe, François Bayrou, Gabriel Attal et Emmanuel Macron. On observe que cette tension persiste : le seul homme politique à avoir explicitement appelé à la démission du président est Édouard Philippe. Comment expliquez-vous que ceux qu’il a propulsés au sommet — Philippe, Attal — se retournent contre lui avec une telle virulence ?
Louis Hausalter : C’est un classique des fins de règne présidentiel. Aucun chef d’État n’a jamais été élu dans la continuité parfaite de son prédécesseur. Pompidou a fini par rompre avec De Gaulle, Sarkozy s’est construit contre Chirac, et Macron a trahi Hollande. C’est un ressort politique bien connu : les soutiens d’hier deviennent les concurrents d’aujourd’hui, parce qu’ils veulent être les présidents de demain.
C’est exactement ce qui se passe avec Gabriel Attal et Édouard Philippe. J’ai interrogé, pour mon livre, tous les prétendants au trône — car nous vivons actuellement une véritable saison de Game of Thrones : Attal, Philippe, Darmanin, Retailleau, Bayrou, Barnier… Tous nourrissent, à des degrés divers, des ambitions présidentielles. On assiste à une sorte de concours hypocrite du « plus anti-macroniste » parmi les anciens macronistes.
Et vous avez raison : beaucoup d’entre eux, Macron les a faits. Gabriel Attal est la seule vedette véritablement issue du macronisme. Quant à Édouard Philippe, personne ne le connaissait avant que Macron ne le nomme Premier ministre.
Mais deux facteurs expliquent cette rupture : le désaccord profond avec la dissolution, et le refus d’être associés à un pouvoir affaibli. Mon livre s’ouvre sur une scène, le 10 juin 2024 au soir, à l’Élysée : Macron reçoit Philippe, Attal et Bayrou. La réunion est d’une grande violence. Tous trois contestent la dissolution et lui conseillent de se tenir en retrait de la campagne législative, alors que lui pense que son image peut sauver la majorité. Ce moment marque une véritable cassure : entre le 9 et le 10 juin, le macronisme bascule dans une autre ère. C’est le début de la campagne présidentielle de ceux qui veulent déjà lui succéder.
Gabriel Robin : Comment se fait-il qu’Emmanuel Macron n’ait pas compris le message des élections européennes ? Les résultats étaient explicites, et les sondages soulignaient sa chute de popularité. Votre livre montre un président déconnecté de la réalité, aveuglé peut-être par sa popularité à l’étranger. Comment expliquez-vous cette déconnexion ?
Louis Hausalter : Vous avez raison : il existe une désynchronisation entre Emmanuel Macron et l’état réel de l’opinion. Dans le livre, je raconte une scène frappante : deux jours avant la dissolution, lors des commémorations des 80 ans du Débarquement, à Bayeux, j’ai vu un président accueilli par une foule polie, presque affectueuse, qui lui demande des selfies et des autographes. Ces moments nourrissent chez lui l’illusion que le problème ne vient pas de lui, mais du « cirque » politique alentour. Il croit sincèrement qu’une campagne menée par lui pourrait renverser la tendance.
Sa popularité internationale renforce ce biais. À l’étranger, il est perçu comme un président brillant, moderne, porteur d’une image séduisante de la France. Cette admiration, surtout dans les pays libéraux, alimente sans doute son sentiment de supériorité.
Mais il oublie le reste : les Gilets jaunes, la réélection de 2022 obtenue par défaut, l’absence de majorité absolue, les sondages en berne. Tout cela aurait dû l’alerter. C’est un aveuglement typique du pouvoir, aggravé par l’isolement de l’Élysée : plus personne n’ose vous dire la vérité, et vous perdez tout contact avec la température réelle du pays.
Gabriel Robin : Face à cette situation, Emmanuel Macron ne craint-il pas d’abîmer son pays ou ses institutions ? N’a-t-il jamais eu de véritable remise en question ? Et, selon les témoignages que vous avez recueillis, a-t-il évolué depuis la dissolution ?
Louis Hausalter : Sur le plan politique, Emmanuel Macron a incontestablement eu de l’habileté, surtout en 2017, lorsqu’il a su convaincre les Français qu’une partie de la droite et de la gauche partageaient les mêmes idées. C’était à la fois démagogique et très habile. Il a fracturé les deux camps traditionnels, et son ascension a durablement affaibli la droite, comme on le voit encore avec les divisions actuelles des Républicains.
Mais cette habileté initiale a peut-être nourri chez lui une illusion sur son propre génie politique. Il faut se mettre à la place d’un homme élu à 39 ans, sans expérience élective, réélu cinq ans plus tard — une première hors cohabitation sous la Ve République. De quoi le persuader qu’il possède un talent politique supérieur. D’où, sans doute, l’erreur de la dissolution : il pense que cela marchera encore une fois.
Depuis, il a été sévèrement ramené à la réalité. Des proches, qui n’osaient jamais le contredire, ont fini par lui dire en face, après l’été 2024, que la dissolution était une faute. Mais cela ne signifie pas qu’il en soit convaincu. Il estime encore qu’il n’avait pas d’autre choix.
3. VIDÉO – Crise politique : le crépuscule d’Emmanuel Macron ? L’analyse de Louis Hausalter
Louis Hausalter, journaliste au Figaro chargé du suivi de l’Elysée et auteur de «La foudre et les cendres» (L’Observatoire), est l’invité de Vincent Roux dans Points de Vue.
4. ARTICLE – « La Foudre et les cendres » : Louis Hausalter retrace les errements du second quinquennat sans boussole d’Emmanuel Macron
Le journaliste politique au « Figaro », dans un récit sous-titré « Macron, les secrets d’une succession interdite », offre le récit minutieux et fluide d’un pouvoir à l’agonie.
Il n’est jamais trop tôt pour raconter une fin de règne. A dix-huit mois de la fin du mandat d’Emmanuel Macron, Louis Hausalter, journaliste politique au Figaro, nous offre le récit minutieux et fluide d’un pouvoir à l’agonie, dont le chef pourtant incontesté a précipité le crépuscule.
Chargé du suivi de l’Elysée, Louis Hausalter fait remonter « le début de la fin » à la funeste décision de dissoudre l’Assemblée nationale, le 9 juin 2024. Le président de la République a-t-il cherché, en foudroyant son propre camp, à mettre le Rassemblement national au pouvoir ? Emmanuel Macron fait clairement comprendre aux chefs à plume du camp présidentiel, ce soir-là, qu’il préfère que Jordan Bardella débarque à Matignon maintenant plutôt qu’être raccompagné par Marine Le Pen sur le perron en 2027. « Une cohabitation vaut mieux qu’une succession », assène-t-il devant ses lieutenants effarés.
Lire aussi le récit | Un an après, Emmanuel Macron et la bombe à fragmentation de la dissolution de l’Assemblée nationale
Mais la faute originelle du délitement est sans doute à rechercher plus loin, dans l’élection présidentielle de 2022, soutient notre confrère. Un simulacre de campagne, un programme réduit à deux propositions (les réformes du lycée professionnel et des retraites), un président-candidat n’apparaissant qu’en coup de vent, entre un sommet sur la guerre en Ukraine et un appel à Vladimir Poutine. Réélu grâce à un refrain paresseux, « moi ou le chaos », Emmanuel Macron ne daigne pas davantage s’impliquer dans la campagne des législatives, tarde à trancher entre Catherine Vautrin et Elisabeth Borne pour Matignon, et manque d’une quarantaine de voix la majorité à l’Assemblée nationale. Mais à aucun moment il ne cherche à former une coalition pour gouverner. Et s’enfonce dans la dépression, grisé par l’exploit de sa réélection et incapable d’écrire la suite.