
TROISIÈME DÉGRADATION DE LA NOTE FINANCIÈRE DE LA FRANCE
Alors que Fitch, Morningstar DBRS et S&P Global ont décidé ces dernières semaines de dégrader la note de la France, Moody’s a annoncé ce vendredi 24 octobre de maintenir la sienne à Aa3 mais en abaissant sa perspective de « stable » à « négative ».
Moody’s classe la France en « perspectives négatives » en raison de « l’instabilité politique et au ralentissement des réformes »
L’agence souligne le risque de « fragmentation durable du paysage politique du pays », qui risque « de nuire au fonctionnement des institutions », avec des gouvernements « continuant à lutter pour obtenir une majorité parlementaire ».
Le risque de « fragmentation durable du paysage politique du pays »
Une incapacité à obtenir des lois qui règlent « efficacement les défis affaiblirait les institutions du pays », poursuit-elle.
« En l’absence de budgets qui contiendraient (efficacement) les dépenses ou augmenteraient les recettes, le déficit resterait plus large et plus durable que ce que nous prévoyons actuellement », poursuit l’agence.
Moody’s met ainsi fin à une séquence de dégradations successives en l’espace d’un mois. Mi-septembre, Fitch avait ouvert le bal en abaissant la note de la France de AA- (dette de bonne qualité) à A+ (dette de qualité moyenne supérieure). S&P Global a fait de même vendredi dernier. Morningstar DBRSavait également abaissé la note française en septembre.
Pour Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, ce simple abaissement de la perspective est difficile « à expliquer », sachant que certains de nos voisins comme l’Espagne et le Portugal sont moins bien notés par Moody’s « alors que ces pays ont de bien moindres déficits publics, une moindre dette publique de surcroît sur une tendance baissière, et une bien meilleure croissance ».
Une économie mise en grande difficulté par :
– Une politique de l’offre contredite par une explosion de la dépense publique
– Une instabilité politique empêchant les choix qui s’imposeraient
Toutes les agences ont souligné ces dernières semaines l’instabilité politique depuis la dissolution, qui pèse sur les finances publiques et paralyse partiellement deux moteurs de croissance, la consommation des ménages – leur taux d’épargne atteignant 18,9% de leur revenu au deuxième trimestre – et les investissements, qui ont baissé en 2024 de 5,6% pour les ménages, selon l’Insee, et de 2,4% pour les entreprises. La croissance est désormais attendue par le gouvernement à 0,7% cette année, et 1% en 2026.
Par ailleurs, Moody’s avait déjà prévenu en avril dernier qu' »un retour en arrière sur les réformes mises en œuvre depuis 2017, telles que la libéralisation du marché du travail et la réforme des retraites, serait négatif pour le crédit si nous devions déterminer que ce choix politique aurait des conséquences significativement négatives à moyen terme sur le potentiel de croissance et ou la trajectoire budgétaire de la France ». Or le gouvernement a accordé à l’opposition une suspension de la réforme des retraites jusqu’en 2028, pour espérer sauver son budget au Parlement.
ARTICLE – Moody’s, S&P et Fitch : la triple confirmation de la non-crédibilité de la France
Par Bertille Bayart. LE GIGARO 25 10 25
L’agence Moody’s a abaissé vendredi la perspective de la note souveraine de la France qui sauve de justesse, chez cette seule agence, son «double A».
Fitch le 12 septembre, S&P – par surprise – le 17 octobre, et Moody’s ce vendredi 24 octobre, les trois grandes agences de notation ont frappé l’une après l’autre les trois coups qui sanctionnent le glissement du statut de la dette souveraine de la France cet automne. Les deux premières l’ont reléguée dans le club des «simple A». La troisième s’est contentée d’abaisser de stable à négative la perspective de sa note Aa3. Une décision prudente qui résonne comme un sursis.
Comme ses deux concurrentes, Moody’s pointe deux évolutions de la situation française. D’une part, «l’instabilité politique risque d’entraver la capacité du gouvernement à relever des défis politiques majeurs tels que le déficit budgétaire élevé, l’alourdissement de la dette et l’augmentation durable des coûts d’emprunt, entraînant ainsi un affaiblissement plus rapide que prévu des principaux indicateurs budgétaires français». L’agence souligne d’autre part «le risque d’un renversement durable des principales dispositions…
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